Joan Baez, née le 9 janvier 1941 à New York, est une figure emblématique de la musique folk américaine. Auteure-compositrice-interprète, elle a marqué les esprits par sa voix de soprano unique, son engagement politique et son message de liberté, d'égalité et de paix. De Woodstock à la Fête de l'Humanité, Joan Baez a délivré son message de liberté, d'égalité et de paix en s'appuyant sur la musique folk et la country.
Une Enfance Cosmopolite et une Découverte de la Musique Folk
Née à New York d'un père mexicain et d'une mère irlandaise, Joan Chandos Baez a passé une enfance nomade avec ses sœurs Pauline et Mimi. Comment pourrait-il d'ailleurs en être autrement lorsque son père est mexicain, sa mère irlandaise et que l'on a vécu son enfance en Californie du Sud ? Les engagements de son père, physicien reconnu travaillant pour l'UNESCO, l'ont amenée à vivre dans différents pays, notamment à Paris, Rome, Genève et Bagdad. Ces expériences ont profondément marqué la jeune Joan, la confrontant à la pauvreté et à la cruauté humaine.
À l'adolescence, elle découvre la musique folk, d'abord à la maison grâce à des artistes comme Harry Belafonte, Odetta et Pete Seeger, puis en direct sur la place de Harvard Square à Cambridge, où des artistes amateurs se produisent. Joan Baez fait ses classes de chanteuse et de guitariste d’abord à Boston, puis à Chicago, avant de revenir à son point de départ en se produisant régulièrement au 'Club 47' de Cambridge en 1959. Ces « coffee shops », comme le 'Club 47', étaient surtout fréquentés par les étudiants. Dans ces lieux branchés où les artistes de folk se produisaient, sa voix de soprano d’une étonnante limpidité - pour ne pas dire d’une étonnante beauté - s’élevait avec un doux vibrato. Son chant puissant et intentionnel se mariait parfaitement aux arpèges de sa guitare dans un silence quasi religieux. Le style était déjà là, caractérisé par une diction impeccable et un accompagnement musical en picking d’une grande efficacité.
La Révélation et l'Ascension d'une Reine du Folk
L’année 1959 est une année importante dans la carrière de Joan Baez depuis qu'elle est devenue la révélation du festival de folk de Newport, alors très en vue. Invitée par l'une des figures majeures du renouveau de la musique folk américaine, Bob Gibson, elle y interprètera deux chansons devant 13 000 personnes. Les critiques seront enthousiastes. Une reine du folk venait de naître et quelques jours plus tard, elle obtenait la couverture de ‘Time Magazine’. Cet engouement porté par un public majoritairement Blanc - ce qu’elle critiquera vivement en exigeant une meilleure mixité lors de ses concerts - survient à un moment où existe une forte concentration d’artiste folk. Prise dans cette tourmente soudaine, Joan Baez n’était pas préparée. Ne connaissant rien au « système », elle craignait d’être happée par celui-ci. Surmontant ses crises d’angoisse avant de monter sur scène, la quittant parfois au milieu d’une chanson, on attendait pourtant d'elle qu'elle ne laisse rien paraître de ses peurs. Joan devait être à l'image d'une jeune fille bien sage qui chante toute seule avec sa voix et sa guitare, une jeune fille auréolée d’une certaine pudeur et d'une certaine retenue.
Ses deux premières productions discographiques (Joan Baez et Joan Baez vol. 2) seront composées pour l’essentiel de ballades, un genre que la chanteuse affectionne tout particulièrement. Ses premiers succès ne se font pas attendre. En 1965, plusieurs chansons émergeront. There but for fortune de Phil Ochs et Colours de Donovan s’accompagneront de plusieurs chansons écrites par son grand ami Dylan dont It’s all over now bay blue et Farewell Angelina.
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Visiblement douée et époustouflante dans un genre musical qu’elle dominait parfaitement, il n’était plus question pour elle de poursuivre ses études à l’université…
L'Engagement Politique et le Duo avec Bob Dylan
Raconter la carrière de Joan Baez, c'est aussi évoquer la rencontre avec Robert Allen Zimmerman, plus connu sous le nom de Bob Dylan. Cet auteur-compositeur et interprète, véritable poète quelque peu sauvage et vagabond, est déjà dans la trajectoire de s’imposer comme l'une des figures importantes de la musique populaire nord-américaine. Baez et Dylan deviennent inséparables et se produisent sur les mêmes scènes. L'histoire retiendra leur duo en 1963 au festival de Newport, chantant With god on our side.
La Folk devient pour la chanteuse le moyen de défendre ses idéaux qu'elle partage avec Bob Dylan , un fervent pacifiste qu'elle rencontre en 1963 et dont elle lance la carrière et interprète de nombreux titres. Dès lors, ses chansons prennent un tournant politique, notamment avec "We shall over come". Ses prises de position font très rapidement de "la madone des pauvres", la porte-parole du mouvement hippie qui s'illustrera particulièrement lors de la guerre au Vietnam.
Joan Baez devient tout comme Dylan une chanteuse « politisée » et même plus en agissant sur le terrain communautaire. En véritable objecteur de conscience, elle prend la défense des Noirs et des droits civiques. Elle s’élève contre le ‘Klux Klux Klan’ et les enfants battus sous les yeux de la police. Elle devient une amie du pasteur Martin Luther King et interprète des chants de libération (Walking & talking with my mind on freedom). Au cœur des années 60, la voici militante des droits civiques à un moment où les plus vives tensions surviennent entre Blancs et Noirs. Joan Baez réclame égalité et justice dans un pays profondément fractionné. Sa conduite est alors à l’opposé de la majorité des artistes qui prennent une certaine distance et privilégient avant tout leur carrière. Son action pacifiste la conduit à passer quelques jours en prison. Mais une fois libérée, il n'est pas question d'arrêter la lutte.
Les Années 1970 : Guerre du Vietnam et Évolution Personnelle
En 1968, elle rencontre David Harris, un militant tout comme elle, un activiste s’opposant à la guerre du Vietnam. Elle tombe amoureuse, visiblement séduite par le personnage. Joan, pourtant si indépendante, accepte de se marier avec lui. La chanteuse donnera naissance à un garçon, Gabriel, peu de temps après que son mari est incarcéré pour avoir refusé d’intégrer l’armée. La prison, l’éloignement, puis le retour de David auront raison du couple qui finira par se séparer en 1973.
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En 1971, elle se rend à Hanoï, la capitale du Nord Vietnam, pour vivre comme un constat réaliste (prise sous les bombardements des B-52), l’échec de cette guerre qui avait déjà fait tant de ravage et d’atrocité inutiles. Son album Diamonds and rust sortie en 1975 marque un retour spectaculaire de la chanteuse. Outre la chanson éponyme, qui revient sur sa relation avec Bob Dylan dans les années 60, l’album Diamond and rust démontre une fois de plus que la chanteuse est toujours proche des engagements politiques et artistiques de ses débuts.
Un Engagement Constant pour les Droits de l'Homme
Après la guerre du Vietnam, son combat ne cessera pas, prenant d’autres causes à défendre tout aussi nobles. En 1981, elle se rendra dans un camp de réfugiés en Thaïlande et à Santiago au Chili, ne perdant jamais de vue de quel côté il faut être. Soif de justice, révolutionnaire, soupçonnée d’être communiste dans le pays qui l’a vu naître, elle viendra chanter pour soutenir les opposants à la dictature militaire d’Augusto Pinochet. Les droits de l’homme restent son combat, comme en 1989, à Bratislava (ex-Tchécoslovaquie) avec les dissidents ou à Sarajevo en 1992, en plein conflit, en soutenant un peuple qui crie famine, privé d’espoir.
Alors qu'un vent conservateur souffle sur les Etats-Unis, Joan Baez passe beaucoup de temps en Europe, où elle se produit régulièrement, notamment en France avec un concert caritatif organisé en 1980 pour la veillée de Noël sur le parvis de Notre-Dame de Paris. A la fin des années 80, elle revient dans son pays, sans pour autant délaisser son combat politique. Dans les années 90, elle reprend son bâton de pèlerin pour défendre les laissés pour compte de Bosnie et sera l'une des premières artistes à se produire à Sarajevo.
Les Années 2000 et l'Évolution Artistique
Après "Gone from the danger" en 1997, Joan Baez revient six ans plus tard avec "Dark chords on a big guitar", un CD qui témoigne de son amour pour la chanson folk. Certains de ses titres seront repris lors de sa tournée française entamée en mars 2006. En 2008, elle fait paraître son premier album en cinq ans, «Day After Tomorrow», enregistré à Nashville. Joan Baez s’embarque ensuite pour une tournée internationale ininterrompue depuis dix ans, qui passe plusieurs fois par la France. «How sweet the sound» est un documentaire de Mary Wharton qui retrace la carrière de la folk-singer, diffusé aux États-Unis en 2009 et en France en juillet 2010. Un grand concert est donné au Beacon Theatre de New York, en janvier 2016, en l’honneur de son 75e anniversaire. En avril 2017, elle entre au Rock and Roll Hall of Fame et donne un concert à New-York. Pendant ce temps, elle travaille sur «Whistle Down The Wind», un album de reprises de chansons de quelques-uns de ses compositeurs préférés (Tom Waits, Zoe Mulford, etc.) dont la sortie est prévue le 2 mars 2018.
Auteure-compositrice parfois associée à sa sœur, Mimi Fariña (décédée en 2001 des suites d’un cancer), Joan Baez a surtout ouvert la voie à des chanteuses comme Melanie ou Joni Mitchell.
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L'Art comme Extension de l'Engagement
Depuis qu’elle s’est retirée de la scène, Joan a pu concentrer ses talents dans les arts visuels sur la peinture et le dessin, créant un art avec une conscience sociale. Sa deuxième exposition ’Mischief Makers’ - des portraits de visionnaires qui ont pris des risques et se sont battus pour le changement social par des actions non violentes - a eu lieu du 1er janvier au 14 février. ’Mischief Makers 2’ est la suite très attendue de son premier ’Mischief Makers’, acclamé par la critique en 2017, une exposition à guichets fermés au Seager Gray qui a lancé sa carrière de peintre. Pour célébrer son 80e anniversaire, une réception a été diffusée en continu avec une interview, une visite virtuelle de l’exposition et d’autres festivités et ’espiègleries’ pour marquer cette occasion importante. Dans le cadre de sa campagne de mobilisation pour l’élection présidentielle de 2020, le portrait que Joan a réalisé de la vice-présidente élue Kamala Harris est devenu viral lorsqu’elle l’a posté avec le mot ’badass’ [dure à cuire]. Le nouveau spectacle présente également des portraits de l’auteure-compositrice-interprète Patti Smith, de l’adolescente militante pour le climat Greta Thunberg, du cinéaste Michael Moore, de l’ancien quarterback de la NFL et militant Colin Kaepernick, de la militante pour le contrôle des armes à feu Emma Gonzalez, de l’icône de la contre-culture Wavy Gravy et de l’auteur et militante lauréate du prix Pulitzer Alice Walker. Comme elle l’avait fait dans le premier Mischief Makers, Joan inclut un autoportrait, intitulé ’Black is the Color’. Complet ! Depuis que j’ai partagé ma peinture pour la première fois, le Dr Anthony Fauci a continué à être méprisé et marginalisé par le manque d’engagement de l’administration Trump envers la science. J’ai donc ajouté un mot à l’œuvre, dans l’espoir de faire passer le message suivant : « Faites confiance à Fauci ».
Héritage et Reconnaissance
Le 18 mars 2011, elle reçoit un hommage d’Amnesty International pour ses services rendus à la cause des droits de l’Homme. Un prix porte désormais son nom et sera décerné à une personne ou une œuvre en faveur de l’avancée des droits humains.
Symbole d'une génération protestataire, ancienne compagne de Bob Dylan, ardente militante des droits civiques, engagée contre les guerres et conflits - du Vietnam à l'Irak -, auprès du syndicat Solidarité, en Pologne, d'Andreï Sakharov, des mères de disparus en Argentine et au Chili, la chanteuse américaine Joan Baez a joué dans les années 1960 et 1970 un rôle prépondérant dans le succès de la musique folk auprès des jeunes. Malgré le déclin inévitable de ce renouveau musical, elle demeure une artiste populaire en ce début de xxie siècle. En se produisant en tournée à travers le monde aux côtés de musiciens et de chanteurs plus jeunes et en multipliant ses prises de position politiques, elle réussit à toucher un nouveau public, aux États-Unis comme ailleurs. Son sens de l'engagement et sa voix inimitable sont toujours largement salués.
Joan Baez n’a rien perdu de son courage, valorisant ses actions pacifiques et s’opposant à toutes les formes de violence. Ses convictions sont toujours là, intactes. En posant son regard sur le passé, elle a même du mal à imaginer qu’une telle existence lui soit arrivée. La chanteuse conserve un public fidèle et amoureux, comme nous en France, envers une chanson à texte porteuse de messages. Son style musical est toujours resté le même, comme au premier jour, ne cherchant même pas à défendre cette image immuable qui la fait connaître dans le monde entier. Les années, l’époque, les modes, n’ont visiblement jamais eu de prise sur elle.
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