Jean-Alexis Moncorgé, connu sous le nom de Jean Gabin, est une figure emblématique du cinéma français. Né le 17 mai 1904 à Paris et décédé le 15 novembre 1976 à Neuilly-sur-Seine, Gabin a marqué le XXe siècle de son empreinte indélébile. Plus qu'un simple acteur, il est devenu un mythe, incarnant une certaine idée de la France et de sa culture. Cet article explore la vie et la carrière de cet acteur exceptionnel, de ses débuts modestes à son statut de légende du cinéma.
Enfance et Débuts Artistiques
Jean Gabin voit le jour dans le 9e arrondissement de Paris, au 23 boulevard de Rochechouart. Il est le fils de Ferdinand Joseph Moncorgé, un tenancier de café et comédien d'opérette connu sous le nom de Ferdinand Gabin, et d'Hélène Madeleine Petit, une plumassière devenue chanteuse de café-concert sous le pseudonyme d'Hélène Petit. Son enfance se déroule à Mériel, sur les bords de l’Oise.
Enfant dissipé, il abandonne rapidement l’école et exerce divers petits boulots, tels que cimentier, manœuvre et magasinier. En 1922, son père l'encourage à entrer dans le monde du spectacle. Il débute comme figurant aux Folies-Bergère, où il participe à la revue Folie sur folie. Il apparaît également dans La revue du vaudeville et La Dame en décolleté. Ces premières expériences lui permettent de découvrir sa vocation et de perfectionner ses talents de chanteur et de danseur.
L'Ascension dans le Music-Hall et l'Opérette
Dans les années 1920, Jean Gabin se lance dans une carrière de chanteur de music-hall et d'opérette. En 1925, il participe à l'opérette Trois jeunes filles nues aux Bouffes-Parisiens. Sa carrière prend véritablement son essor en 1926, lorsqu'il devient un artiste de music-hall reconnu. Il imite alors Maurice Chevalier, un artiste populaire de l'époque. Son tour de chant le mène à travers toute la France pendant deux ans.
Après une tournée au Brésil qui s'avère être un échec, il revient à Paris. En 1928, lors d'une audition au Moulin Rouge, la célèbre chanteuse Mistinguett le repère. Il devient alors "boy" (danseur et chanteur) dans la revue Paris qui tourne. Il participe également à d'autres revues, telles que Allo, ici, Paris et Flossie.
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L'Éclosion d'une Star du Cinéma
À partir de 1930, Jean Gabin entame une carrière prolifique au cinéma. Il décroche son premier grand rôle dans Chacun sa chance. Sa capacité à chanter s'avère un atout précieux, le cinéma étant alors en pleine transition vers le parlant. En 1934, il rencontre Julien Duvivier, qui lui offre le rôle de François Paradis dans Maria Chapdelaine.
Les années 1930 marquent l'ascension fulgurante de Gabin. Il tourne avec les plus grands réalisateurs de l'époque, tels que Julien Duvivier, Marcel Carné et Jean Renoir, et devient une star du 7e art. Parmi ses films les plus marquants de cette période, on peut citer Pépé le Moko (1937), La Grande illusion (1937), Quai des brumes (1938), La Bête humaine (1938) et Le Jour se lève (1939). Ces films mettent en valeur son talent d'acteur et son charisme naturel.
La Seconde Guerre Mondiale et l'Engagement Militaire
La Seconde Guerre mondiale interrompt la carrière de Jean Gabin. Mobilisé le 2 septembre 1939, il quitte le château de Sainte-Gemmes pour rejoindre Cherbourg, où il est affecté au Service mobilisateur des Bâtiments de commerce comme quartier-maître fusilier-marin. Il constate la désorganisation qui règne lors de la réception des réservistes.
Au début de mai 1940, il obtient une permission exceptionnelle pour terminer le tournage à Paris de Remorques, un film de Jean Grémillon avec Michèle Morgan. Cependant, il ne réussit pas à rejoindre Cherbourg et n'est pas fait prisonnier lorsque le port est pris par les forces d'occupation allemandes, le 19 juin. Il se réfugie dans la zone libre, chez un ami à Saint-Jean-Cap-Ferrat.
En février 1941, refusant de tourner pour les Allemands, il s'expatrie aux États-Unis avec un visa d'artiste. Il embarque à Lisbonne sur le croiseur Exeter de la marine anglaise, emmenant avec lui un accordéon et un vélo de course, et arrive à New York le 4 mars suivant. À Hollywood, il vit une romance avec Marlene Dietrich, mais peine à retrouver le succès qu'il avait connu en France.
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Le 3 avril 1943, il s'engage pour la durée de la guerre dans les Forces françaises combattantes avec le grade de second maître fusilier-marin. Il embarque sur l'escorteur Élorn des Forces navales françaises libres, où il assure la fonction de capitaine d’armes et commande une batterie anti-aérienne. Le bâtiment accompagne un convoi de pétroliers jusqu'à Alger. Il est ensuite affecté comme instructeur au centre Sirocco des fusiliers marins d’Alger. Refusant un poste au service du cinéma aux armées, il est désigné, le 29 avril 1944, pour le régiment blindé de fusiliers marins (RBFM). Il combat en Moselle et participe à la libération de la poche de Royan. Ce parcours le conduit jusqu'au nid d'aigle d'Hitler, à Berchtesgaden. Son engagement lui vaut d'être décoré de la Croix de Guerre et de la Médaille Militaire.
La Reconversion et la Consécration d'un "Pacha"
À la Libération, Jean Gabin revient au cinéma avec une image nouvelle. Ses cheveux ont blanchi prématurément. Après l’échec du film Martin Roumagnac en 1946, il connaît une période difficile et tourne dans plusieurs productions au succès limité.
Cependant, en 1954, le film Touchez pas au grisbi, réalisé par Jacques Becker, relance sa carrière. Il devient alors un "pacha" au physique imposant et au regard sombre, incarnant des rôles de truands ou de policiers avec une droiture immuable. Les dialogues de ses films sont souvent signés Michel Audiard.
Les années suivantes sont marquées par une série de succès, tels que Voici le temps des assassins (1956), En cas de malheur (1958), Un Singe en hiver (1962), Du rififi à Paname (1966), Le Pacha (1968) et Le Clan des Siciliens (1969). Son interprétation dans Le Chat (1970) est particulièrement saluée par la critique.
Gabin devient une figure incontournable du cinéma français, tournant avec la plupart des grands acteurs de l'époque, tels que Fernandel, Lino Ventura, Bernard Blier, Jean-Paul Belmondo et Alain Delon. Il crée également, en 1963, avec Fernandel, la société de production Gafer.
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Vie Privée et Héritage
La vie privée de Jean Gabin est marquée par plusieurs relations amoureuses. Il est marié à Gaby Basset de 1925 à 1931, puis à Jeanne Mauchain de 1933 à 1943. Il a également des liaisons avec les actrices Mireille Balin et Michèle Morgan. Sa liaison avec Marlène Dietrich dure de 1941 à 1947. En 1949, il épouse Dominique Fournier, avec qui il a trois enfants : Florence, Valérie et Mathias.
Jean Gabin décède le 15 novembre 1976 à Neuilly-sur-Seine. Ses cendres sont dispersées en mer, au large de Brest, par un ancien navire de la Marine nationale, en présence de sa famille et de ses amis.
Plus de quarante ans après sa mort, Jean Gabin reste une figure emblématique du cinéma français. Il a incarné la France et ses transformations, et son image continue de résonner dans l'imaginaire collectif. Un prix Jean Gabin est attribué chaque année à un jeune comédien prometteur. Le musée Jean Gabin à Mériel perpétue sa mémoire.
Filmographie Sélective
Jean Gabin a tourné dans 95 films au cours de sa carrière. Parmi les plus célèbres, on peut citer :
- Pépé le Moko (1937)
- La Grande illusion (1937)
- Quai des brumes (1938)
- La Bête humaine (1938)
- Le Jour se lève (1939)
- Touchez pas au grisbi (1954)
- Voici le temps des assassins (1956)
- En cas de malheur (1958)
- Un Singe en hiver (1962)
- Le Pacha (1968)
- Le Clan des Siciliens (1969)
- Le Chat (1970)
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