Anne Pingeot, née le 13 mai 1943 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), est une figure discrète mais influente de l'histoire de l'art française et une personnalité marquante de la vie privée de François Mitterrand. Conservatrice honoraire au Musée d'Orsay, elle a consacré sa vie à l'étude et à la promotion de l'art, tout en vivant une relation amoureuse clandestine de plus de trente ans avec l'ancien Président de la République.
Une passion précoce pour les arts
Fille d’un ingénieur et petite-fille de l’inventeur du briquet à gaz, Anne Pingeot se passionne pour les arts dès son adolescence. Cette inclination la conduit à entreprendre des études d'histoire de l'art, d'abord à l'école des métiers d'art, puis à l'École du Louvre. Elle complète sa formation par une licence de droit, tout en suivant les cours de l'École du Louvre. Son parcours académique la prépare à une carrière dédiée à la conservation et à la valorisation du patrimoine artistique.
Une carrière dédiée à l'art
En 1973, Anne Pingeot jongle entre son métier de conservatrice au musée du Louvre et son rôle de spécialiste des sculptures du XIXe siècle au musée d’Orsay. Elle gravit les échelons et devient une spécialiste reconnue de la sculpture du XIXe siècle. Elle est nommée conservatrice au musée du Louvre, où elle s'occupe du département des sculptures. Sa minutie et son expertise la conduisent à participer au projet du musée d'Orsay dès 1973, où elle devient conservatrice des sculptures.
Commissaire générale de plusieurs expositions sur son thème de prédilection, elle est l'auteur de nombreux ouvrages d'art. Son travail contribue à redécouvrir la sculpture française du XIXe siècle, mettant en lumière des artistes tels que Degas, Bonnard et Gauguin. Son avis est sollicité à de multiples reprises par le Président de la République François Mitterand pour la concrétisation du projet “Grand Louvre”.
En 2001, Anne Pingeot intègre le Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) et se focalise spécifiquement sur l’archéologie et l’histoire des civilisations des époques médiévales et contemporaines. Lorsqu’elle part en retraite en 2008, Anne Pingeot se consacre à l’enseignement à l’Ecole du Louvre.
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Une relation secrète avec François Mitterrand
Côté vie privée, elle rencontre François Mitterrand en 1957. Elle a tout juste 14 ans quand elle rencontre pour la première fois François Mitterrand en 1957. L'homme politique lui montre de l'intérêt alors qu'elle passe des vacances avec ses parents à Hossegor. A l’été 1961, élu maire de Château-Chinon deux ans plus tôt, Mitterrand a 45 ans, elle en a 18. Une jolie bachelière brune un peu timide. Malgré leurs 27 années de différence, Mitterrand et Pingeot vivent un idylle à partir de 1961.
François Mitterrand lui offre l’opportunité de se rendre à Paris où elle se consacre aux études artistiques. Elle s'installe à l'automne 1960 dans un foyer de jeunes filles, l'Abbaye-aux-Bois, 11, rue de la Chaise, dans le 7e arrondissement de Paris. Elle débute par l'apprentissage des vitraux, puis prépare une licence de droit tout en menant en parallèle les cours de l'École du Louvre. À partir de l'été 1963, alors qu'il a 47 ans, François Mitterrand poursuit sans relâche son entreprise de séduction de la jeune femme de 20 ans. Elle vit en colocation 39, rue du Cherche-Midi (6e arrondissement de Paris), où François Mitterrand se rend souvent, plus ou moins discrètement.
Cette relation, qui durera plus de trente ans, se déroule dans le secret, Mitterrand étant marié à Danielle et père de famille. En mai 1964, François déclare son amour à Anne, qui reste silencieuse. Elle est issue d’une famille traditionnelle et conservatrice qui attend d’elle qu’elle se marie tôt et ne travaille pas. En août 1965, Anne cède à l’amour de François.
Mazarine Pingeot naît de cette relation en 1974. La naissance de Mazarine défie tous les interdits. Anne, alors âgée de 29 ans, vient de commencer à travailler en tant que conservatrice et achète un petit appartement à Saint Germain des Près. Installée et bénéficiant d’un revenu financier régulier, elle se sent prête à accueillir un enfant. Ses liens de parenté avec l’ancien Président français ne sont toutefois dévoilés au public qu’en 1994.
Une vie dans l'ombre
Anne Pingeot a vécu une vie discrète, partagée entre sa passion pour l'art et sa relation avec François Mitterrand. Elle a su préserver son indépendance et mener sa carrière tout en acceptant les contraintes d'une liaison secrète. Elle n'a jamais cherché la lumière ni profité de sa proximité avec le pouvoir.
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Jamais elle n’avait parlé de ses années passées dans l’ombre du président, ni de la fille qu’elle a eue avec lui. Pour la première fois, Anne Pingeot raconte ses années passées avec François Mitterrand, à l’occasion de la parution d’une biographie consacrée à l’encien chef de l’Etat. Jamais elle n’a bénéficié de sa proximité avec le Président "pour obtenir un poste où un avantage", affirme Michel Charasse.
Mazarine, « le seul vrai cadeau » De leur histoire naîtra ensuite l’un des secrets les mieux gardés de la Ve République : Mazarine, qui voit le jour en 1974 après un ultimatum. Anne Pingeot a alors 30 ans, et mène sa carrière de conservatrice au musée du Louvre. « Elle savait qu’elle ne deviendrait jamais sa femme. Mais elle désirait un enfant de lui. Dans un premier temps, François avait refusé. (…) Anne était catégorique. S’il refusait, avait-elle dit, cela remettrait en question leur relation. Il avait capitulé », écrit Pilip Short. « C’est le seul vrai cadeau qu’il m’a fait », livre Anne Pingeot à l’écrivain.
"C’est une religion, chez elle, de ne pas parler", prévient Laurence Soudet, une des plus proches collaboratrices de Mitterrand. Et puis Mazarine parle pour deux. Elle a été "l’ombre de son ombre", aurait dit Brel. Une vie dans un sillage… toujours là mais fuyant la lumière. "Je n’ai jamais connu quelqu’un qui se méfie à ce point du pouvoir", assure Elisabeth Normand, une ancienne de l’Elysée.
L'après-Mitterrand
François Mitterrand est mort depuis deux heures. A son chevet, que viennent de quitter Anne Pingeot et sa fille, arrivent Danielle et ses deux fils. Le moment est pénible. André Rousselet, l’exécuteur testamentaire, se racle la gorge. "Pour les obsèques, comment fait-on avec l’autre famille?" interroge-t-il. La réponse de Danielle fuse. "Elle n’a pas à être là." Les deux fils se regardent. "On a discuté, se souvient Jean-Christophe Mitterrand, et assez vite il a paru évident que tout le monde devait être là." Les deux vies parallèles allaient pouvoir se rejoindre.
Anne Pingeot, l’autre maman, abandonnée aux regards des chiens, protégée par une fine mantille noire pour flouter ses larmes. "Ma mère est l’héroïne d’un film que personne ne verra jamais", résume sa fille dans son livre Bouche cousue. "La discrète, la modeste, l’amoureuse", la décrit Michel Charasse. Une clandestine de l’histoire de France.
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Depuis quinze ans, la vie a continué. Toujours entourée de ses livres de la rue Jacob, peut-être aussi des "forces de l’esprit" dont il parlait. Celle qui aurait pu s’appeler "Anne Mitterrand" a pris sa retraite en 2008. Elle a eu 67 ans en mai, un bon mois pour un anniversaire, et traversait encore Paris à vélo ces jours-ci. Depuis quinze ans, elle n’est jamais revenue sur sa tombe un 8 janvier. Par détestation des curieux. Elle s’y rend de temps en temps. Quand elle veut. Seule.
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