Damien Saez, né le 1er août 1977 à Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), est un auteur-compositeur-interprète français dont la carrière, lancée avec le succès fulgurant de "Jeune et con" en 1999, est marquée par un engagement constant et une exploration musicale éclectique. Son parcours, depuis les bancs du conservatoire jusqu'aux scènes les plus prestigieuses, témoigne d'une passion précoce et d'une volonté farouche d'exprimer sa vision du monde.
Une Enfance Entre Musique et Déménagements
Les premières années de Damien Saez sont marquées par le divorce de ses parents en 1981, le conduisant à s'installer dans le sud de la France avec sa mère, éducatrice pour adolescents en difficulté, et son beau-père, documentariste. Très tôt attiré par la musique, il débute le piano et est admis à l'âge de 8 ans au Conservatoire national de musique de Dijon, où la famille s'installe. Il y restera neuf ans, obtenant son diplôme d’études musicales et son baccalauréat. Déjà, il fait partie de groupes au sein desquels il joue des reprises. Mais Damien Saez, qui s'est également familiarisé en autodidacte avec la guitare, souhaite jouer et chanter ses propres compositions et textes.
L'Ascension Parisienne et le Succès de "Jours Étranges"
En avril 1996, il « monte » à Paris, avec en tête l'idée de s'y faire repérer. Bientôt, William Sheller en personne le prend sous son aile. Le single « Jeune et con », très diffusé en radio et sur les chaînes musicales, attire immédiatement l'attention du public. L'album, dont le single est extrait, Jours Etranges, révèle un auteur-compositeur-interprète aux talents et à l'inventivité prometteurs. Si le single, classique dans son format et sa composition, était un bon morceau, l'album se révèle riche, entre rock saturé et ballades, le tout mâtiné d'arrangements électroniques maîtrisés. Pour l'enregistrement, qui s'est étalé sur sept mois, il s'est entouré de vrais pros, notamment Ron St. Germain au mixage, célèbre pour ses travaux aux côtés de Lou Reed, Soundgarden, U2, ou encore Sonic Youth. L'album devient double disque d'or et Saez est nominé en tant que « Révélation de l'année » aux Victoires de la Musique en 2001. A la cérémonie, il donne d'ailleurs une performance dans laquelle les fans voient la marque d'un rebelle et les autres un moment pathétique de télévision : venu chanter « Jeune et con », le chanteur débute en chantant - mal - « Thank You » de Dido. Puis, le bonnet rabattu sur les yeux, il interprète son tube en forçant sur l'image du rebelle - jusqu'au ridicule -, comme pour réaliser un hold-up en direct… De fait, les uns l'idolâtrent et les autres le trouvent agaçant : il faut dire que son chant maniéré, sa voix cassée et ses paroles souvent presque puériles ont quelque chose de caricaturalement (post-)adolescent. Mais Damien Saez revendique tout à fait ces paroles naïves, aiguillées par un lyrisme juvénile d'un romantisme au fond très classique, voguant entre révolte politique, désabusement mélancolique et échappatoires dans le rêve, les drogues ou l'amour. Qu'il plaise ou déplaise, le jeune artiste exprime des sentiments assez largement partagés par la « génération » (mot qu'il utilise beaucoup dans ses paroles) devenue adulte après l'effondrement du bloc soviétique, sur fond de « mort des idéologies » proclamées par les élites.
Directement inspiré de 'Strange Days' des Doors, ce premier opus révèle un jeune homme révolté, crachant des textes ravageurs pour dépeindre une société en pleine implosion. L'année 2000 est essentiellement consacrée à une grande tournée, en France, Suisse, Belgique et Italie et sur les grandes scènes des festivals de rock.
Engagement Politique et Évolution Musicale
Saez se distingue également par son engagement politique. En 2002, entre les deux tours de l'élection présidentielle, il compose "Fils de France", une chanson diffusée gratuitement sur internet en réaction à la montée du Front national. En mars 2007, à l’occasion des élections présidentielles, Damien Saez écrit « Jeunesse lève-toi », téléchargeable gratuitement sur internet.
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Après avoir pas mal tourné pour défendre son premier album, Saez enregistre God Blesse / Katagena, un double album musicalement ambitieux qui paraît en mars 2002. Et pour cela, Saez s'entoure de professionnels chevronnés : Theo Miller (Placebo) à la production, James Eller (Julian Cope, Nick Lowe, Mark Knopfler, No One Is Innocent) à la basse, Clive Deamer (Jeff Beck, Portishead) à la batterie, entre autres. Les arrangements de cordes sont dirigés par Eumir Deodato (qui a notamment travaillé sur la majorité des chansons de l'album Post de Björk) et Wayne Wilkins (Johnny Cash). De son côté, Damien Saez assure l'ensemble des parties de guitares et de claviers. L'album surprend par sa profusion, allant du rock saturé aux relents industriels de « J'veux du nucléaire » au techno « Sexe », en passant par de belles pièces d'inspiration romantique (piano et cordes) ou des morceaux de rock symphonique… On y trouve également l'hymne désabusé « Solution », dans lequel il chante : « Nous ne voulons plus de vos solutions / Il n'y a plus de rêve pour cette génération ». De part en part, court une mélancolie tenace, qui tourne de la révolte à l'accablement. Semblant se poser en porte-voix d'une partie de la jeunesse, dans la continuité du précédent album, il n'a de cesse de parler de « génération » (« enfant d'une génération ratée… », « il n'y a plus de rêve pour cette génération », « elle est condamnée, notre génération »…). Saez semble en fait parcouru par les contradictions d'un post-adolescent, ce que traduit encore son chant maniéré et son rejet répété d'un monde adulte abhorré, ce en quoi il rappelle les thèmes de groupes grunge tels qu'Alice In Chains ou Nirvana… Si les paroles n'ont pas grandement évolué, musicalement c'est d'un bon en avant dont on peut parler.
A l'été 2004, paraît son troisième album, Debbie, un album plus court (11 titres et un peu plus d'une heure contre 29 titres et 2h 20 pour le prédécesseur) sous l'influence prépondérante de Noir Désir. Le morceau-titre qui ouvre l'album évoque un singulier mélange entre le Noir Désir énergique de Du Ciment Sous Les Plaines et les cuivres irrésistibles de La Mano Negra. De fait, le disque s'inscrit nettement dans le sillage de la bande à Bertrand Cantat, dont il explore largement le patrimoine. Le résultat est, une fois de plus, convaincant musicalement ; il surprend surtout par des paroles enfin débarrassées de l'afféterie grandiloquente des deux premiers albums. Par instants, Saez se montre capable de paroles réellement poétiques (à l'image, notamment, de « Comme une ombre »). Le public suit, une fois de plus.
En avril 1996, il « monte » à Paris, avec en tête l'idée de s'y faire repérer. Bientôt, William Sheller en personne le prend sous son aile. Remarqué, il est signé par le label Island (filiale d'Universal) et enregistre un premier album.
Controverses et Indépendance Artistique
La carrière de Saez est jalonnée de controverses. En 2010, la RATP censure l'affiche de son album "J'Accuse", représentant une femme nue dans un caddie de supermarché. Le chanteur s'indigne de cette décision, y voyant une atteinte à sa liberté d'expression et une critique de la marchandisation du corps humain. Décidant d'entamer une carrière en indépendant, Saez quitte Universal, avant de se lancer en 2005 dans une tournée accompagné de trois guitares et un piano… Au printemps 2008 sort le quatrième album de Saez, le triple Varsovie / L'Alhambra / Paris, sur son nouveau label Cinq7 (distribué par Wagram). Suite à cette parenthèse, Saez marque son retour par le fracassant J'Accuse. En guise d'amuse-bouche, l'inédit « Police » est largué en novembre 2009. Avant même sa sortie le 29 mars 2010, l'album bénéficie d'une publicité inattendue due à la RATP qui censure l'affiche représentant le visuel de la pochette, une femme nue dans un caddie de supermarché. Le chanteur s'indigne de cette décision portant atteinte à sa liberté d'expression et fait valoir sa dénonciation de la marchandisation du corps humain. La tournée qui démarre en avril s'annonce comme une croisade pour l'artiste en mal de reconnaissance.
"Le Manifeste" et le Renouveau Artistique
Après un intermède anglophone sous le nom Yellow Tricycle, Saez est de retour avec le vigoureux J'Accuse au printemps 2010, accompagné d'une polémique comme le chanteur les affectionne. En 2012, Messina prend la relève sous la forme d'un triple album. Damien Saez défraie une nouvelle fois la chronique en 2013 avec Miami et sa pochette provocante. Puis il disparaît complètement, ne publie plus rien sur les réseaux sociaux et ne réapparaît que trois ans plus tard avec un projet d'envergure : une aventure d'un an, marquant ses quarante ans, baptisée Le Manifeste, qu'il qualifie de « Nouvel art ». Il la décline comme un carnet de bord au travers de poésies, de nouveaux titres, de photos et de textes. Elle prend forme avec la publication de trois albums, L'Oiseau Liberté, Lulu et Le Dernier Disque.
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En 2016, après trois ans de silence médiatique total, il revient avec un projet original, Le Manifeste, qu'il envisage comme une aventure artistique - qu'il qualifie de « Nouvel art », mêlant chansons, concerts, photos, textes ou encore poésie, diffusés au fil d'une année, celle de ses quarante ans.
Une Biographie Révélatrice
Il y a quelques mois, le 29 novembre 2014, est sorti Damien Saez à corps et à cris, une biographie de Damien Saez signée Romain Lejeune. En quelques jours, le livre s’est vendu à plus de 2000 exemplaires, sans aucune autre publicité que quelques messages relayés sur les réseaux sociaux.
Romain Lejeune, l'auteur, explique que rédiger la biographie de Damien Saez s'est imposé comme une évidence, ayant suivi son parcours et rencontré l'artiste à plusieurs reprises. Il souligne avoir respecté la parole de Damien Saez et s'être concentré sur les choses avérées, de son enfance à nos jours.
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