Introduction
La tradition de la crèche vivante, initiée par Saint François d’Assise en 1223, a traversé les siècles et les frontières, trouvant un écho particulier en Alsace. Cet article explore l’histoire de la crèche, son évolution, et sa signification en Alsace, en s’appuyant sur les traditions locales et les influences culturelles.
Les Origines de la Crèche Vivante
En décembre 1223, Saint François d’Assise, dans le village de Greccio en Italie, a imaginé la première représentation vivante de la Nativité. De retour de Bethléem, il souhaitait rendre le message de l’incarnation plus compréhensible. Avec l’autorisation du Pape Honorius III, il recrée la scène de la Nativité dans une grotte, en utilisant une mangeoire remplie de foin, un bœuf et un âne. L’objectif était de rendre le message de l’incarnation plus accessible aux fidèles. Saint Bonaventure raconte que Saint François tenait l’enfant Jésus vivant dans ses bras.
Quelques années auparavant, en 1207, le Pape Innocent III avait interdit toute représentation de la crèche dans les églises.
La Propagation de la Tradition
La tradition de la crèche s’est rapidement répandue en Italie et en Provence grâce aux disciples de Saint François d’Assise. Au XVIe siècle, les crèches s’installent dans les églises d’Europe de l’Est, notamment à Prague. Peu à peu, la coutume gagne toute l’Europe.
Au XIXe siècle, la crèche provençale fait son apparition à Marseille. Sa particularité réside dans les santons, petites figurines représentant des scènes de la vie locale et les métiers traditionnels. Pendant la Révolution française, en 1793, les représentations publiques étant interdites, la tradition des crèches domestiques voit le jour.
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La Crèche en Alsace : Un Patrimoine Spirituel, Artisanal et Artistique
En Alsace, la tradition de la crèche est bien ancrée, chaque église possédant sa propre crèche, souvent montée par des bénévoles. Ces crèches se distinguent par leur diversité de représentations. En 2010, le Sentier des crèches a été créé au sein des Noëlies, une association fondée en 2002 par le Conseil régional, l’Église catholique et l’Union des Églises protestantes, afin de promouvoir les traditions de Noël en Alsace.
Le Sentier des crèches valorise les crèches remarquables, qu’elles soient situées dans les petits villages ou les grandes villes. Ces crèches sont considérées comme faisant partie du patrimoine alsacien, tant sur le plan spirituel qu’artisanal et artistique. L’édition actuelle du Sentier des crèches présente 53 installations réparties dans toute la région.
Les crèches sont répertoriées géographiquement en trois zones : Alsace du Nord, Centre Alsace et Alsace du Sud, avec des propositions d’itinéraires dans chaque secteur. L’objectif est d’encourager les visiteurs à découvrir un maximum de crèches pendant la période de Noël, en leur fournissant des informations historiques, les horaires d’ouverture et les personnes à contacter.
Évolution et Diversité des Crèches
Au fil du temps, la crèche a évolué, reflétant les traditions locales et les influences culturelles.
Crèches du Monde : Les crèches varient considérablement d’une région à l’autre. La crèche napolitaine, par exemple, représente la ville de Naples au XVIIIe siècle. Les crèches péruviennes se distinguent par leurs couleurs vives et l’utilisation d’animaux locaux comme le lama. En Afrique, les crèches sont souvent fabriquées à partir de matériaux locaux, tandis qu’en Asie, le bois de bambou est couramment utilisé. La crèche mexicaine intègre des éléments culturels locaux tels que les cactus et les cocotiers. La crèche russe, ou Vertep, est une maisonnette à deux étages.
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Matériaux et Techniques : Les crèches peuvent être fabriquées en cire, en terre cuite, en porcelaine ou en plâtre. Elles peuvent également être animées, avec des personnages en bois sculpté.
Exemples de Crèches en Alsace
Église Saint-Martin à Saint-Martin : Une fresque scénique impressionnante illustre des moments clés de la vie du Christ. Les personnages, plus que centenaires, proviennent d’une donation de Marie-Anne Naegel et ont été restaurés par une habitante.
Église Saint-Nicolas à Neuve-Église : La crèche, acquise en 1954, est un hymne à la nature, réalisée avec des matériaux issus des forêts locales. Elle met en scène 11 personnages dans une étable en bois subtilement éclairée.
Église Saint-Antoine à Maisonsgoutte : Depuis 1963, la crèche est composée de sculptures en bois réalisées par le sculpteur local Bernard Ledermann.
Église Saint-Gall à Breitenbach : Datant des années 1930, la crèche repose sur un décor palestinien créé une vingtaine d’années plus tard.
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La Crèche Vivante : Une Tradition Renouvelée
La tradition de la crèche vivante est ravivée chaque année en Alsace. Par exemple, dans l’église Saint-Boniface de Burnhaupt-le-Haut, une crèche vivante est mise en scène lors de la messe de minuit, grâce à l’association Renouons avec les traditions. De même, à Strasbourg, une grande crèche en bois est installée dans la cour du Palais des Rohans, avec des représentations vivantes assurées par des jeunes.
Représentations Alsaciennes Précédant la Crèche
L’art populaire alsacien accorde une place à la crèche, bien que parfois moins prononcée qu’en Autriche ou en Bavière. On la retrouve sur les carreaux des poêles en faïence, les plaques de fonte de Zinswiller et les moules à gâteaux rhénans. La plus ancienne sculpture de la nativité alsacienne se trouve sur l’église de Baltzenheim (XIe siècle). Le plus ancien dessin provient de l’Hortus Deliciarum.
Opposition et Acceptation de la Crèche
La crèche a suscité des opinions divergentes au cours de l’histoire. Certains protestants ont critiqué son caractère papiste, tandis que les Témoins de Jéhovah interdisent les représentations de Noël. Cependant, pour beaucoup, la crèche reste un élément important pour transmettre la foi.
La Crèche : Plus qu’une Représentation, un Message
La crèche est plus qu’une simple représentation de la naissance de Jésus. Elle est un rappel de l’humilité, de la simplicité et de l’amour divin. Elle invite à la méditation et à la contemplation du mystère de l’incarnation. Comme le dit Saint François d’Assise, la crèche est un moyen de rendre le message de Noël plus compréhensible et plus vivant.
L'histoire de la crèche de Bethléem
Bethléem, signifie «maison du pain» (Beth-Léem) ce qui est porteur de sens dans l’explication du message de Jésus, il apporte le «pain de vie, ou le pain descendu du Ciel». Mais que s’est-il passé dans ce village de Judée ?
La sainte famille s’était retrouvée dans cette petite ville de Judée (Luc 2) pour obtempérer à un ordre romain de recensement de César Auguste ordonnant de se faire compter dans la ville d’origine de sa tribu. L’évangéliste Luc (II,1,5) précise car il était de la progéniture de David.» C’est en effet de là qu’est partie Ruth, la Moabite, ancêtre de David, et David était de Bethléem (1 S 16). Ces recensements n’étaient pas exceptionnels, en 103 après J.C., Caïus Vibius Maximus, préfet d’Egypte ordonne à tous ceux qui ne demeurent pas au pays de leur famille d’y revenir sans délai s’y faire inscrire.
Hérode fut très impressionné par le message des mages, car il connaissait la Bible et la prédiction du prophète Michée (Mi 5.4) qui signale «c’est de toi, Bethléeem que sortira celui qui doit régner sur Israël» (ou le chef, le pasteur de mon peuple Israël (Mt 2).
Le lieu de la naissance de Jésus, il est assez étonnant que certains contestent actuellement le fait de cette naissance en ce lieu, car cet endroit a été consacré et vénéré dès les premiers siècles du christianisme. Le lieu fut même connu des autorités romaines, car après la deuxième révolte juive de132 à 135 après JC, l’empereur Hadrien confondant juifs et chrétiens déshonora le lieu de la naissance de Jésus en y plantant un bosquet sacré dédié à Adonis. Justin le philosophe considère le lieu comme «le logis» natal du Christ. Saint Jérôme dit justement de ce lieu : «ce n’est pas dans l’or et l’argent que vit au monde le Seigneur mais dans la boue».
De Nazareth à Bethléem, il s’agissait pour le saint couple de parcourir 150 kilomètres à dos d’âne (sans doute) dans une caravane ou isolément, on ne le sait, sur des routes médiocres.
Il s’agit en fait des excavations, des sortes de maisons semi-troglodytes. Des refuges similaires sont toujours visibles, plus à l’Orient , en Turquie (Cappadoce), celles iraniennes (Nord-Ouest de Kandovan), on en connaît aussi en Egypte (près de la mer rouge). Il est étonnant que l’on oublie dans notre époque moderne que ces types de refuges aient pu être utilisées par des bergers veillant sur leur troupeau la nuit, contre les bêtes sauvages, protégés des intempéries dans ces grottes au fond des roches.
D’ailleurs Origène, au IIIème siècle, séjourne en Palestine, et confirme cette tradition sur la grotte de la Nativité.
Pour sacraliser le lieu et éviter une nouvelle dégradation, Sainte-Hélène, mère de l’empereur Constantin, qui recherche des traces de la vie de Jésus, fait surmonter le lieu d’une grande basilique (325-326), modifiée ensuite par Justinien (empereur byzantin 527-565) en 531.
La chapelle où Jésus est né ne montre plus le roc que l’on découvre dans l’oratoire proche, dit de la «Crèche» qui abrite ce que l’on nomme «l’autel des Mages». C’est dans une de ces grottes qu’aurait vécu saint Jérôme sur la traduction latin de la Bible, il y serait mort en 419-420.
Crèche de Noël en Alsace des représentations tardives
Il n’est pas question ici de retracer l’histoire de la crèche qui occuperait une dizaine de pages, la crèche fut d’abord un objet d’églises, puis de parvis d’églises, peu répandue en Alsace. Même si on trouve des carreaux de poële en faïence, des plaques de fonte de Zinswiller, des moules à gâteaux rhénans avec la représentation de la Nativité. La plus ancienne sculpture la nativité alsacienne qui nous soit parvenue se trouve à l’église de Baltzenheim et date du XIème siècle. Le plus ancien dessin est extrait de l’Hortus deliciarum (dans l’encyclopédie de l’abbesse du Mont-Ste-Odile). Parmi les plus anciens documents le retable des dominicains de Martin Schongauer et le retable d’Issenheim de Matthias dit Grünewald. Le Noël alsacien est occupé par l’arbre de noël (Christboim) il laissa tardivement un peu de place au pied de la crèche dans les maisons individuelles. Et connut quelques réticences du coté du protestantisme alsacien. les anciennes gravures en sont témoins qui montrent les noëls domestiques, si sapin et branches il y a, peu de crèche et encore moins de santons… Geiler de Kaysersberg, prédicateur de la cathédrale, qui ne pardonnait aucun papisme, affirme posséder une crèche dès le 18ème siècle. Il semble selon Van Gennep, le folkloriste, que les crèches du Moyen-âge se trouvaient dans les couvents et monastères féminins, d’où les «petits Jésus» de cire que dénoncèrent les prédicateurs.
Quelques dates
1207 Innocent III interdit toute représentation des crèches dans les églises
1223 François d’Assise crée la première crèche vivante à Greccio sur autorisation du Pape Honorius III
1252 arrivée des crèche de l’autre côté des Alpes
1545-1563 le concile de Trente autorise l’adjonction d’autres personnages que ceux de la Bible.
1571 mentions des crèches dans les cours de Bavière, Westphalie, Rhénanie, Palatinat, Hesse, Silésie, Saxe, Poméranie.
La plus ancienne crèche française est conservée à Chaource (Aube, église-Saint-Jean-Baptiste de Chaource) avec des pièces mobiles datant du XVIème siècle. Dans les églises françaises, on utilisa des crèche avec des mannequins de bois avec mains et tête de cire ou personnages et animaux en verre filé de Venise
XVIIème siècle : Les premières crèches aux personnages habillés venant d’Espagne, apportées en Italie par les Jésuites.
1601 Altötting,1607 Munich, 1608 Innsbruck, Hall.
1700 Arrivée de la crèche dans les familles Autrichiennes, dans le grand public. Ainsi le Dr Haider, écrivit en 1890 que le premier arbre de noël ne fut planté à Ischgl qu’en 1890, on y trouvait déjà bien une crèche.
1775 : naissance du premier santoum (petit saint) qui ne percèrent jamais dans les régions bavaroises ou tyroliennes où la profusion et la maitrise du bois permirent de sculpter étables et personnages de crèche.
1802 interdiction de la crèche dans les églises.
1825-1848 Ludwig 1er elles sont de retour dans les églises bavaroises.
XIXème siècle : grand succès des crèches de papier et de cartons en Alsace et en Allemagne.
1870 : première crèche en Scandinavie.
A quoi sert la crèche ?
Idolâtrie, conspuée un temps par les protestants, interdites par les témoins de Jéhovah, qui ne célèbrent pas les anniversaires, ni la fête de noël placée à une date païenne, et dont le Christ ne demande pas la célébration. C’est pourtant un élément important pour transmettre la foi. C’est même une «branche reconstructrice de l’art sacré,elle doit aider l’ «homme pieux à avoir le sentiment qu’il pénètre sur la scène de l’histoire sainte et l’encourager à méditer le plus profondément possible sur la voie qui le mène au salut». Rudolf Berliner (1955)
Les scènes de noël jouées en Alsace
Une origine souvent oubliée par les ouvrages est celle des représentations aux VI et VII ième siècle des jeux de l’Avent ou de la Nativité. On conserve des traces écrites de ces représentations en 1462 dans la ville de Colmar, en 1553-1556-1558-1617-1690. Dans l’année 1690 on a réuni pour l‘occasion 20 garçons et 22 filles dans le cimetière de la ville pour une Weihnachtskrippline écrit et mis en scène par le prêtre Johann Ludwig Schenkel. En Allemagne, les scènes se jouaient dans l’église et évoquaient la naissance de Jésus. Pour marquer davantage les esprits du public, les personnages se répondaient. Ces jeux prenaient le nom de l’instant où une jeune fille, retirait le petit enfant Jésus de la crèche et le berçait dans ses bras au rythme de la musique, c’est-à-dire le Kinderwiegen” (bercer l’Enfant JÉSUS)
D’autres représentations alsaciennes ancêtres de la crèche
Des représentations sont citées dans l’Hortus deliciarum (le jardin des délices) de Herrade de Landsberg. Puis, plus tard au XV e siècle, une nonne de Schönensteinbach en parle. Sa santé ne lui permettait plus de sortir de sa chambre . Elle transforme donc sa chambre à coucher en crèche (dans son abbaye de Dominicaines). On en trouve dans l’église d’Erstein en 1651 “I Christkindlein in der Krippe item das Xkindlein so vor die Kanzel gebracht wird”. “L’enfant Jésus de la crèche, ainsi que l’enfant Jésus qui est déposé devant la chaire”. Dès 1690, un chapelain venu de Fulda en installe une à Türckheim sans que cela ne soulève d’hostilité. Puis on trouve une crèche à la cathédrale de Strasbourg au XIX ème siècle, en grand format dans celle de Saint Étienne de Strasbourg. (en 1823), puis en 1829 et 1853 à Saint Pierre le Jeune. Un ami du prédicateur de Geiler de Kaysersberg, qui ne pardonnait pourtant aucun papisme ou écart, affirme en posséder une dès le 18 ième siècle.
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