Quand arrive le mois de décembre, l’excitation de Noël commence à se faire sentir. On aime particulièrement cette fête pleine de traditions qui nous permet de nous retrouver en famille. En Allemagne, la crèche de Noël occupe une place spéciale dans le cœur des gens. Cet article explore en profondeur les traditions de la crèche de Noël en Allemagne, en mettant en lumière son importance culturelle et religieuse, ainsi que les diverses formes qu’elle peut prendre.
L'Essence de Noël en Allemagne
La fête de Noël est communément en Allemagne un point culminant de l’année difficile à égaler. Que l’on soit de confession catholique ou protestante, que l’on soit étranger à la croyance chrétienne ou appartenant à une autre religion, personne n’échappe totalement à la période de Noël. Dès la fin de l’été, les pains d’épices et les amandes de Noël dans les magasins sont les premiers signes annonciateurs de la fête. Les indices se multiplient de manière flagrante jusqu’au premier jour de l’avent, lorsque débute la véritable période d’avant Noël.
Les Marchés de Noël : Un Avant-Goût de la Fête
Alors, jusqu’au 6 janvier, les centres-villes s’illuminent de la lueur festive des guirlandes électriques et des guirlandes de sapin vert décorent les rues. Des arbres de Noël brillent de leur parure de lumière sur des places publiques et, dans les magasins, des chansons de Noël accompagnent les clients lors de leurs achats pour la fête. Une promenade à travers l’un des nombreux marchés de Noël n’est pas seulement accompagnée de musique de Noël ; les autres organes sensoriels - en plus des yeux et des oreilles - prennent aussi part à la fête qui approche. Un mélange d’odeurs provenant des stands de vin chaud, de gaufres et de saucisses traverse les allées de baraques. Aujourd’hui, les vieux marchés de Noël, comme le « Marché de l’Enfant Christ » (Christkindlesmarkt) à Nuremberg qui est une attraction pour la population locale comme pour les touristes, ne sont plus depuis longtemps les seuls à exister. De toutes parts ces 20-25 dernières années, de nouveaux marchés ont vu le jour. On observe un véritable mouvement touristique vers les marchés de Noël régionaux et interrégionaux importants.
La Dimension Familiale et Religieuse de Noël
Malgré les changements de structures et de modes de comportements que l’intégration croissante de la fête de Noël a entraînés dans le marketing économique et culturel, il y a plus de gens dans les églises les jours de Noël que les autres jours de l’année, plus particulièrement d’ailleurs la veille de Noël, le 24 décembre. Et la fête revêt toujours une dimension familiale marquée. Tandis que le père Noël devenait de plus en plus ces dernières années un modèle et une figure publicitaire important dans la société en tant que personne apportant des présents, dans les familles, pour les jeunes enfants, l’enfant Christ est traditionnellement responsable de la distribution des cadeaux la veille ou le matin de Noël. Une assiette pleine de sucreries, composée de pâtisseries spéciales de Noël, de chocolat et de fruits, se doit d’être présente parmi les autres cadeaux sous l’arbre de Noël, ou sur la table à côté où sont disposés les cadeaux. L’arbre de Noël décoré de bougies et, selon la tradition régionale et familiale, de boules de verre de couleur ou d’étoiles en paille entre autres, caractérise l’ambiance de Noël des salons allemands. L’estimation pour l’année 2000 se montait à 24 millions d’arbres de Noël fraîchement coupés, sans compter les sapins artificiels.
La Crèche : Un Symbole Central de Noël
C’est là, sous l’arbre de Noël ou juste à côté que le lien entre les caractères terrestres et religieux de la fête trouve généralement aussi sa place : la crèche. La mise en scène, représentée généralement comme scène de la nativité, avec, dans sa forme la plus réduite, Marie, Joseph et l’enfant Jésus allongé dans une mangeoire, se retrouve aujourd’hui aussi bien dans des familles catholiques que protestantes, même si, dans la tradition religieuse, elle est marquée par les mouvements jésuites et de la contre-réforme. On la trouve également souvent là où l’attachement religieux s’est amoindri ou n’existe plus. La crèche renvoie à un ensemble de coutumes, qui est, certes, souvent occulté dans la société sécularisée au croisement entre le deuxième et le troisième millénaire après Jésus-Christ, mais qui est néanmoins compris dans une large couche de la population. C’est pourquoi, en plus de ce que représente l’évènement de Noël pour les croyants, le rôle de la mémoire culturelle s’ajoute, pour tous les autres spectateurs, aux crèches érigées dans des églises catholiques et aussi de manière isolée dans des églises protestantes. « Regarder des crèches » fait un peu partout partie des activités préférées à l’époque de Noël, au-delà du cadre religieux. Le « Chemin des crèches » s’est par exemple développé à Bamberg en une attraction qui n’est pas un simple supplément décoratif dans le programme culturel de la saison hivernale, mais également un facteur entretenu pour le tourisme de la ville pour des raisons économiques. En 2001-2002, le « Chemin des crèches de Bamberg » conduisait les visiteurs à travers 34 crèches dans des églises, des musées, et sur des places publiques.
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Diversité des Crèches en Allemagne
Pour Noël, les Allemands accordent beaucoup d’importance à la décoration de leur maison. Les crèches tiennent également une place particulière dans la décoration de Noël des Allemands : miniatures, grandeur nature, figurative ou vivantes, il y en a de toutes les sortes. Les crèches sont partout (lieux publics ou pas, administrations ou pas). Les Allemands ne comprennent absolument pas le débat français sur les crèches de Noël.
L'Importance de la Bavière
La ville de Bamberg, parfaite héritière de la culture du monde, se trouve au nord de la Bavière, en Franconie, dans la circonscription administrative de la Haute-Franconie. Les formes de coutumes de la Bavière au cours de l’année sont, jusqu’à aujourd’hui, déterminées par un catholicisme au caractère essentiellement Baroque dans de larges parts de la région. C’est pourquoi, le nombre de crèches dans les musées est considérable en Bavière. La collection de crèches du Musée National de Bavière à Munich, connue au-delà des frontières de la région, est un pôle d’attraction tout au long de l’année.
Culte Mystique de l’Enfant Christ
La représentation scénique du nouveau-né Jésus dans un lieu fictif par un ensemble de personnages plus ou moins restreint est un rappel évident de la tradition biblique. Cependant, d’autres traditions que ces signes temporaires du souvenir accompagnent ces crèches. Il s’agit des enfants Jésus en position allongée ou debout, que l’on trouve encore aujourd’hui particulièrement souvent dans des églises et des couvents de Bavière ainsi que des régions limitrophes. Leurs traces remontent à l’époque du culte mystique de l’enfant Jésus au Moyen Âge.
Statuettes de l’Enfant Jésus
Le récit de César de Heisterbach renvoyait à la transition de la vision spirituelle à l’acte de dévotion sous forme de dialogue avec l’enfant Jésus. Sainte Brigitte de Suède, dans sa vision mystique, était spirituellement témoin de la naissance du Christ. Néanmoins, Margaret Ebner (1291-1351), dominicaine au couvent franconien Maria-Mödingen près de Dillingen se considérait de plus en plus comme la représentante de Marie. Il ressort de ses écrits qu’elle utilisait - comme beaucoup de mystiques de son époque - un enfant Jésus en bois dans un berceau, qui lui avait été offert en 1344 le jour de la St. Stéphane, le 26 décembre, non seulement comme une exhortation à la méditation, mais aussi comme un enfant auquel elle prodiguait des soins corporels. On conserve jusqu’à aujourd’hui à Maria-Mödingen un enfant Jésus sculpté dans le bois, daté d’environ 1340. À Nuremberg, le culte d’une relique de crèche que Charles IV (1347-1378) avait obtenu du Pape Urbain V en 1368 à Rome peut avoir contribué - et peut-être spécialement en Franconie - à l’importance de l’enfant au berceau. Ce morceau de crèche fut plus tard placé sous la protection du Conseil de Nuremberg et fut exposé chaque année avec d’autres joyaux sur la place du marché. Des figurines de l’enfant Jésus et des berceaux étaient aussi bien possédés par des couvents et des églises que par des familles bourgeoises.
Variétés de Statuettes
Une inscription dans la chronique de l’église St. Martin à Bamberg en est la preuve. En 1542, on se procurait une pièce de tissu en lin, sur laquelle l’enfant Jésus devait être allongé ou placé à Noël. Cette variété appelée « Fatschenkindl » en Bavière et en Autriche laisse supposer une adoption de l’italien. Le « Petit Enfant de Saint Augustin » (Augustiner Gnadenkind), qui repose aujourd’hui dans un berceau dans l’église Bürgersaal de Munich, appartient aussi à cette variété du Fatschenkind. Le miracle de la figurine tout d’abord brisée en morceaux puis à nouveau intacte aurait eu lieu en 1624 et fut à l’origine de la naissance d’un intense pèlerinage. Le « Petit Enfant de Saint Augustin » trouva une large diffusion sur des feuilles de prières et de pèlerinage et fut instauré comme motif lors de la peinture d’armoires en bois. Aujourd’hui encore, entre le 24 décembre et le 6 janvier, des recueillements en son honneur ont lieu chaque jour dans l’église Bürgersaal de Munich. D’autres statuettes aussi sont particulièrement vénérées jusqu’à nos jours en tant qu’images de grâce. Le « Petit Enfant de Loreto » (Loreto-Kindl), le « Petit Enfant de Reutberg » (Reutberg-Kindl) et le « Petit Enfant de Prague » (Prager-Kindl) en font partie. L’une des nombreuses reproductions de l’enfant de Prague est par exemple exposée à l’époque de Noël dans l’église du couvent de Waldsassen à la frontière tchèque. Mais à côté de cela, il y a beaucoup de figurines à l’origine moins précise, comme celle de l’enfant Jésus debout avec un geste de bénédiction, exposée toute l’année à la cathédrale de Freising, près de Munich. Ce sont de précieuses pièces uniques. Néanmoins, des statuettes en terre cuite blanche et produites en série de l’enfant Jésus debout ou des enfants au berceau sous la forme de miniatures de 5 à 7centimètres, datant d’environ 1500, transmises par des fouilles aussi bien en Rhénanie qu’en Allemagne du Sud, témoignent de la popularisation de la coutume par le passé.
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Pièces de Noël et Crèches Vivantes
Des objets de musées témoignent du culte de l’enfant Jésus dans le passé. Dans beaucoup d’églises de Bavière, les statues d’enfants Christ font partie jusqu’à nos jours de la représentation du processus de salut. Cependant, ils ne disent rien sur la façon dont se déroulait ce culte par le passé. Le plus vieux chant de Noël en langue allemande est ici un lien essentiel entre les objets de culte, de recueillement spirituel et l’acte religieux. Ce chant, qui appartient aujourd’hui au répertoire connu et largement chanté des chants de Noël, faisait partie de la liturgie religieuse et des pièces de Noël. Il aurait été rédigé autour de 1380 par un moine à Salzbourg, et commence ainsi : « Joseph, mon cher Joseph, aide moi à bercer mon jeune enfant » (Josef, lieber Josef mein, hilf mir wiegen mein Kindelein). La coutume du « bercement de l’enfant » qui se développait devint presque synonyme de la célébration de Noël. Plusieurs chroniqueurs franconiens trouvèrent que cela valait la peine d’être mentionné. Ainsi, Sebastian Franck signalait en 1534 : « À Noël, ils célèbrent la fête de l’enfance du Christ et placent un berceau sur l’autel dans lequel repose un enfant sculpté dans le bois. Une grande foule saute et danse autour de cet enfant et les vieux regardent, et ils chantent de nombreux chants étranges traitant du jeune enfant qui vient de naître ».
Évolution des Traditions
Un autre chroniqueur décrivit de manière plus détaillée la coutume originaire de Hof sur la Saale dans un temple protestant à la fin du XVIe siècle (1592) : « Le jour saint de Noël, lors des vêpres, tandis que, selon une vieille habitude, on berçait l’enfant Jésus, et que l’organiste jouait au clavier « In laudibus in dulci jubilo » ainsi que « Joseph, mon cher Joseph » (Josef, lieber Josef mein), tandis que le chœur chantait et que quelques-uns se disposaient à danser pendant ces chants, de jeunes garçons et de jeunes filles défilèrent alors dans le temple en dansant autour du maître-autel et les vieux se joignirent aux jeunes afin de rappeler la naissance gaie et pleine de d’allégresse du Christ de manière extérieurement grossière ». Si l’on perçoit ici une certaine distance, le récit de voyage d’un anglais de la fin du XVIIe siècle (1691) n’en est que plus critique : « Les fidèles tirent sur les nombreux rubans attachés à un grand berceau, chantent des berceuses et sifflent « chut, chut » lorsque le bruit envahit l’église, comme si l’on pouvait réveiller un enfant fait de bois ». Après le Concile de Trente, l’instruction religieuse des croyants était fixée par la dogmatique jésuite. Ce sont également les Jésuites qui encouragèrent la mise en scène de pièces de Noël ou la fixation scénique en « crèches vivantes ». Vers 1600, ils s’établirent dans l’Évêché de Bamberg et prêchèrent depuis là à travers de larges parts de la Franconie. Pour l’année 1615, on apprend de la chronique de l’église Alt-St. Martin de Bamberg, dont les Jésuites avaient la charge, qu’à Noël, un « theatrum in vesto navitatis christi » avait été construit et que des matériaux en bois (des planches) et de la paille avaient été nécessaires. De plus, on avait découpé des anges. On soupçonne fortement qu’il s’agissait là d’une référence à une pièce de Noël. Ou bien s’agissait-il d’une crèche vivante ? Cette déduction s’offre également, car Marie-Anne Junius, dominicaine au couvent du Saint Esprit de Bamberg raconte à propos de l’année 1634, que les Jésuites l’auraient exhortée à placer un enfant Jésus dans une crèche à l’église, afin que les enfants de l’école puissent venir et qu’ils puissent saluer et adorer l’enfant.
Traditions Régionales et Artisanat
En Allemagne, l’une des décorations les plus connues est la fameuse pyramide de Noël (« Weihnachtspyramid »). En Europe du Sud et de l’Ouest, ces pyramides en bois sont un élément incontournable des fêtes de fin d’année depuis le Moyen-Age, où elles étaient accrochées dans les maisons afin d'éloigner les forces de l’hiver. Originaires de la région de l’Erzgebirge en Allemagne, la pyramide de Noël allemande a été conçue à la fin du XVIIIe siècle pour remplacer à peu de frais un véritable arbre de Noël. Outre le sapin, l’artisanat de Noël allemand occupe une place de choix : pyramides de Noël à bougies, casse-noisettes en bois, arches lumineuses et crèches miniatures décorent les foyers.
Les Crèches et Nativités Allemandes : Une Diversité de Matériaux et de Styles
Les crèches et nativités allemandes se distinguent par une grande diversité de matériaux et de styles. On trouve des crèches en bois sculpté, souvent originaires du sud de l'Allemagne, des crèches en porcelaine, en papier mâché, et même en verre, notamment en Thuringe. La cire est également un matériau utilisé, en particulier en Souabe. Cette diversité témoigne de la richesse des traditions régionales et de l'ingéniosité des artisans allemands.
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