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Crèche de Noël à Beaucaire: Traditions et Histoire

La crèche de Noël, avec ses santons pittoresques, est une tradition provençale profondément ancrée. À Beaucaire, comme dans de nombreuses villes et villages de Provence, cette tradition est célébrée avec ferveur, tout en suscitant parfois des débats passionnés sur la laïcité et l'identité culturelle. Cet article explore l'histoire des crèches provençales, leur signification culturelle et religieuse, ainsi que les controverses qu'elles peuvent engendrer, notamment à Beaucaire.

Origines et Histoire des Crèches Provençales

Des Crèches Vivantes aux Santons d'Argile

La tradition des crèches remonte à Saint François d'Assise, le saint patron des santonniers. La légende raconte qu'en 1223, près du village de Gréccio en Italie, Saint François créa la première crèche vivante hors d'une église. Il fit construire une étable, choisit des villageois pour représenter la nuit de la nativité et y installa un âne et un bœuf. Cette crèche vivante connut un tel succès qu'elle fut reproduite dans d'autres villages d'Italie.

Cependant, des formes de crèches vivantes existaient déjà depuis des siècles dans les églises. Saint-Jérôme, au IVe siècle, mentionnait une coutume parmi les ermites de la Thébaïde de se réunir pour mimer la naissance de Jésus lors de la célébration de Noël. Saint François d'Assise contribua à populariser cette tradition.

La tradition attribue également à Saint François d'Assise l'idée de fabriquer des figurines de la nativité à partir de farine, d'eau et de sel, qu'il aurait appelées les "3 Santi Belli". Il y ajouta l'âne, le bœuf et les trois rois mages, donnant ainsi naissance aux santons italiens.

À la fin du XVIIIe siècle, des frères franciscains venus d'Italie introduisirent les crèches en Provence. Ces crèches se distinguèrent progressivement des réalisations napolitaines, suscitant un engouement considérable. Parallèlement, les "santibelli" étaient vendus par des colporteurs italiens, mais leur coût élevé les réservait à la bourgeoisie.

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La Révolution Française et l'Essor des Santons Populaires

La Révolution française joua un rôle paradoxal dans l'essor de la tradition des santons. En 1793, la politique révolutionnaire entraîna la fermeture des églises et la suppression des messes. Ne pouvant plus se rendre à l'église pour voir la crèche de Noël, le peuple commença à en fabriquer chez soi, en modèle réduit, tout en se cachant car cela était interdit. Les gens réalisaient de petits personnages qu'ils pouvaient facilement dissimuler, appelés "petits saints" ou "santoun" en provençal, d'où le terme "santon". Ces figurines représentaient Joseph, Marie et Jésus, et étaient confectionnées avec de la mie de pain ou du papier mâché.

Louis Lagnel démocratisa le monde du santon. En 1798, alors qu'il se promenait dans la campagne d'Aubagne, il remarqua que l'argile humide collait à ses chaussures et qu'elle se travaillait très bien. Il eut l'idée de l'utiliser pour faire une petite crèche qu'il vendit aussitôt. Par la suite, son procédé de moulage donna naissance au métier de santonnier. L'argile rouge provenant des gisements de Marseille et d'Aubagne devint le matériau caractéristique qui fit le succès des santons. L'argile crue, utilisée au départ, fut plus tard cuite, rendant les santons plus solides.

Les Santons dans la Crèche: Un Mélange de Religion et de Tradition Provençale

Les santons sont apparus dans le sud de la France il y a un peu plus de deux siècles. Ils sont les descendants des figurines de mie de pain, de plâtre, de cire ou de verre filé. Ils représentent la scène de la nativité chrétienne, mais aussi des vieux métiers et des personnages ancrés dans la tradition provençale. C'est un mélange de religion, de tradition et de culture locale.

À l'origine, les santons ne représentent pas des individus, mais des personnalités, des métiers, des fonctions sociales ou politiques des XVIIIe et XIXe siècles. Parmi les personnages traditionnels des crèches provençales, on retrouve souvent ceux issus des pastorales.

Personnages Clés de la Crèche Provençale

  • L'Ange Boufarèu: Messager de la naissance de Jésus, il guide les bergers vers l'enfant avec sa trompette.
  • Pistachié ou Bartoumièu: Personnage naïf et jovial, souvent valet de ferme, issu des pastorales.
  • Le Couple de Bohémiens: Représentent les gens du voyage qui faisaient partie de la communauté en offrant leurs services.
  • L'Aveugle et son Fils: Symbolisent l'amour filial, la mélancolie et l'espoir.
  • Le Maire: Personnage officiel, vêtu de son écharpe tricolore et de son haut de forme.
  • Le Tambourinaire et la Farandole: Le tambourinaire mène la farandole, une danse traditionnelle provençale.
  • Le Ravi: Le naïf du village, surpris et joyeux de la naissance de l'enfant Jésus.
  • Le Vieux et la Vieille: Souvent appelés Grasset et Grassette, ils représentent la sagesse et l'expérience.

Préparatifs de Noël selon les Traditions Provençales

Le 4 Décembre: La Sainte Barbe

On met des grains de blé (ou lentilles, pois chiche…) à germer dans trois coupelles. Le chiffre 3 symbolise la Trinité (Père, Fils et Saint-Esprit) ou la Sainte Famille (Marie, Joseph et Jésus). Elles seront déposées sur la table de Noël, parfois une de plus pour la crèche. Il faut 3 semaines pour que les graines germées poussent. Les brins doivent être beaux et drus, présage de la prospérité. C'était aussi un moyen de vérifier la qualité du blé afin de savoir si la future récolte avait des chances d'être une réussite ! Sainte-Barbe (milieu du 3ème siècle) était la fille d'un édile de Nicodémie (dans l'actuelle Turquie). Elle était enfermée dans une tour car elle était très belle et convoitée. Devenue chrétienne dans sa prison et refusant d'abjurer sa foi, son propre père la fit juger, torturer et enfin la décapita. La foudre tomba alors immédiatement sur lui, le réduisant en cendres. C'est la sainte patronne de plusieurs corps de métiers dont les artificiers, pompiers, miniers…

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Le Dernier Dimanche Avant Noël: La Crèche

Il est temps de faire la crèche, "faire la capello" ou faire la chapelle ! Le mot crèche vient du mot latin "cripia" qui signifie mangeoire, premier berceau de Jésus d'après l'évangile Saint Luc. Les félibres y ont mis quelques règles :

  • Des collines provençales.
  • Une verdure symbole d'espérance et de renouveau (solstice d'hiver, les jours rallongent) notamment du cyprès et du buis.
  • Des végétaux morts.
  • La présence de fleurs, symbole de prospérité qui sont blanches pour la pureté ou rouges pour le sang du Christ versé à sa mort: pyracantha ; olivier des Rameaux ; le laurier thym avec des baies bleues et une fleur blanche; hellébore symbole de pureté ; poinsettia ou étoile de Noël.
  • La présence de l'eau qui rappelle le baptême et la purification.
  • Le vent qui est le souffle de vie et symbole de la présence de Dieu.

Sans oublier l'étoile, un ange, le blé de la Sainte Barbe et une lumière !

La Veillée de Noël le 24 Décembre

Tout d'abord, le "cacho-fio" qui signifie écraser le feu, mettre le feu. Cette cérémonie se retrouve dans d'autres régions et existe au moins depuis le 16ème siècle. Pour les chrétiens, c'est la mort du Christ, un lien avec la libation : répandre du vin ou un autre liquide pour une divinité. La bûche doit venir d'un fruitier donnant des fruits à noyaux, mort dans l'année. Il faut la couper en automne et la laisser sécher au soleil. Le plus jeune et le plus vieux de la famille portent cette bûche en faisant trois fois le tour de table ou de la maison puis la déposent dans la cheminée. Elle est arrosée de vin cuit et l'on formule : "Alègre, Alègre ! Mi bèus enfant, Dièu nous alègre ! Emé Calèndo, tout bèn ven, e si noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens". On ajoute les braises du cacho-fio de l'an passé. Le feu est allumé avec un rameau d'olivier béni. La bûche est rallumée un peu tous les soirs jusqu'au jour de l'an. Ses cendres sont conservées pour en mettre dans la maison et tout le domaine afin de se protéger des incendies. On les rallume en cas de danger. C'est le symbole du cycle de l'année et de la continuité de la vie.

La table de Noël est dressée de 3 nappes blanches, symbole religieux du 3 mais aussi pour un aspect car on passait 3 jours à table (le 24 au soir, 25 midi et 26 midi pour le deuxième Noël). Sur la table on installe le blé germé, 3 chandelles, la belle vaisselle, la ménagère,…et l'on garde toujours une place pour le pauvre.

Le Gros Souper et les Treize Desserts

Le Gros Souper est le repas du 24 décembre, au soir, avec des plats maigres, sans viande. Il doit y en avoir beaucoup, signe d'abondance. Les plats peuvent différer selon les régions :

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  • Les soupes : soupe de lentilles, de pois cassés, soupe à l'oignon
  • Les entrées : ravioles et raviolis, céleri à l'anchois, escargots, omelettes
  • Les poissons et coquillages : tian de morue aux épinards, moules farcies, anguilles
  • Les légumes : carde à la sauce aux truffes, tourtes, tians, panais
  • La salade : frisée
  • Les fromages
  • …et parfois l'aïoli en plat unique

Les treize desserts remplacent la coutume abandonnée des 13 petits pains (dont un gros coupé en 3 : un morceau pour le pauvre de la crèche ; un morceau dans l'armoire à linge pour les malades, les incendies, emporté par les voyageurs ; un morceau partagé par les convives et les animaux).

  • La fougasse à l'huile d'olive appelée pompe à huile, on doit la rompre et non la couper sous peine d'être ruiné dans l'année.
  • Nougat noir
  • Nougat blanc
  • Les dattes, connues en Provence grâce à la foire de Beaucaire au 12ème siècle.
  • Les mandarines ou oranges (fruits d'ailleurs, symbole de luxe)
  • Le melon d'hiver (melon vert) qui a un peu déserté la table provençale
  • Les raisins
  • Les poires
  • Les Fruits confits ou la pâte de coing

Les 4 mendiants :

  • figues sèches (gris des Franciscains)
  • raisins secs (noir des Augustins)
  • amandes (blanc des Dominicains)
  • noix ou noisette (brun des Carmes)

Le tout est accompagné de vin cuit ! La liste varie selon les régions, voir les villes et les familles, chacun compose la table des desserts à sa façon ! Pas moins de 55 desserts ont été répertoriés en Provence !

Entre Noël et la Chandeleur

L'Épiphanie le 6 Janvier

Célèbre l'arrivée des mages. Le gâteau des rois est une couronne de pâte briochée parfumée à la fleur d'oranger, garnie et recouverte de fruits confits. On en mange pendant un mois.

Les Pastorales au Mois de Janvier

Du provençal "pastre" qui signifie berger.

  • Premier acte : l'ange annonce la nouvelle aux bergers, puis s'en suit une présentation des différents personnages qui met en scène leurs caractères particuliers.
  • Deuxième acte : met en scène la divulgation de la nouvelle de la naissance de l'enfant. Les bergers arrivent au village et réveillent Roustido un vieux garçon qui réveillera à son tour Jourdan le mari de Margarido et Margarido elle-même. Tous les trois réunis partiront vers l'étable sans oublier de répandre la nouvelle au hasard du chemin.
  • Troisième acte : Tout ce petit monde se retrouve chez Benvengu. L'occasion de faire la fête autour d'un bon verre de vin. Après quelques agapes, la chute de Pistachié poussé par le boumian dans le puits et l'arrivée de l'ange qui confirme la nouvelle, tout ce petit monde se mettre en route vers la crèche.
  • Quatrième acte : Chaque personnage se présente devant l'enfant Jésus et lui offre son présent. Des miracles s'accomplissent. Margarido et Jourdan se réconcilient, l'aveugle retrouve la vue, le boumian devient gentil et Jiget, le bègue, retrouve une élocution normale.

La Chandeleur en Février

La chandeleur (candelouso en Provençal) est une fête traditionnelle Chrétienne ayant lieu 40 jours après Noël. Elle correspond à la présentation de Jésus au Temple et à sa reconnaissance par Syméon « lumière qui se révèle aux nations » et c’est l’une des 12 grandes fêtes Liturgiques de l’Église orthodoxe. Le terme Chandeleur vient du Latin « festa candelarum » qui signifie « fête des chandelles » en rapport avec les bougies allumées et pour mettre à l’honneur la lumière pendant cette fête.

Aujourd’hui, la Chandeleur est célébrée dans une ambiance festive en mangeant des crêpes. Ces dernières sont attribuées au Pape Gélase Ier qui en aurait fait distribuer aux pèlerins arrivant à Rome. On dit aussi que les crêpes avec leur forme ronde et dorée font penser au soleil, le retour de la lumière et donc le Printemps.

Dans la tradition Provençale, la Chandeleur clôture les fêtes Calendales (qui débutent le 4 décembre, jour de la Sainte Barbe).

La tradition voulait aussi que les familles Provençales fassent bénir une chandelle, de l’allumer et de rentrer dans les maisons avec. Si elle s’éteignait, c’était le présage d’une catastrophe. Si elle restait allumée, la famille faisait le signe de croix devant chaque portes et fenêtres de la maison pour la protéger de la foudre.

En Provence, nous avons aussi la crèche blanche (tradition peu connue), cette dernière est visible la semaine suivant la Chandeleur.

La Crèche de Noël à Beaucaire: Une Tradition Vivante et Débattue

Une Tradition Populaire et Diversifiée

Traditionnelles, modernes, décalées, vivantes… Les crèches de Noël s'installent dans les maisons, les églises, dans des salles d'expositions, il y en a même une dans le hall de l'hôtel de ville de Beaucaire, nul ne peut l'ignorer ! Les santons ont toujours la côte à Noël. Des bénévoles se remontent les manches pour perpétuer leurs histoires.

À Beaucaire, les Santonales, inventées par Antoine Masseï et perpétuées par la municipalité, mettent en scène plus de 200 santons costumés, avec des clins d'œil à l'histoire et à la littérature locales, comme "La diligence de Beaucaire" d'Alphonse Daudet, la foire de Beaucaire ou la légende du Drac.

La Crèche de Noël au Cœur des Débats sur la Laïcité

Chaque année, l'installation d'une crèche dans l'Hôtel de Ville de Beaucaire suscite des manifestations, des débats politiques et juridiques. Le maire RN de Beaucaire, Nelson Chaudon, a même inventé une nouvelle parade de Noël pour contourner la loi, en installant la crèche à l'extérieur de la mairie, tout en présentant des santons de Provence, sans référence à la Nativité, à l'intérieur de l'Hôtel de ville.

Cette situation reflète la complexité de la question de la laïcité en France, où la tradition et la culture se heurtent parfois aux principes de neutralité religieuse de l'État.

Les Arguments des Partisans et des Opposants à la Crèche en Mairie

Les partisans de la crèche en mairie mettent en avant son caractère culturel, artistique et festif, ainsi que son rôle dans l'expression d'un héritage culturel unique et de l'identité nationale. Ils considèrent que la crèche rassemble les gens, au-delà des clivages religieux.

Les opposants, quant à eux, rappellent que la mairie est un lieu public qui doit respecter la neutralité religieuse. Ils estiment que l'installation d'une crèche dans un lieu public constitue un acte de prosélytisme religieux et une violation de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État.

Une Jurisprudence Complexe et Évolutive

La jurisprudence relative à l'installation de crèches dans les lieux publics est complexe et évolutive. Le Conseil d'État a reconnu que l'installation d'une crèche peut être admise dans l'espace public si elle revêt un caractère culturel, artistique ou festif, sans constituer un acte de prosélytisme. Cependant, l'interprétation de ces critères reste sujette à débat et à des décisions de justice parfois contradictoires.

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