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La Magie de Noël au Burkina Faso : Traditions, Crèches et Solidarité Interreligieuse

À l'instar d'une grande partie du monde, Noël au Burkina Faso est synonyme de réjouissances, de prières et de fêtes pour les enfants. Cette période de l'année est marquée par des traditions uniques, des concours de crèches artisanales et un esprit de solidarité interreligieuse qui témoigne de la richesse culturelle du pays.

Un Concours de Crèches Artisanales : L'Expression Créative des Enfants

Au sein de nombreuses familles burkinabè, les enfants se lancent avec enthousiasme dans l'édification de crèches de Noël. Ces crèches sont généralement construites à mains nues à partir de terre ou d'argile, que les enfants ramassent dans leur quartier. De la paille est parfois ajoutée pour donner aux crèches un aspect traditionnel et authentique. Des boîtes de conserve de sardine recyclées servent de moules pour la fabrication de mini-briques. Au centre de la crèche, on retrouve souvent des statuettes du petit Jésus et de ses parents.

Toutes sortes de décorations viennent embellir ces œuvres et leur donner une allure festive. Les plus chanceux parviennent à se procurer de la peinture, des guirlandes ou des jeux de lumières pour faire briller leur création de mille feux. Partout au Burkina Faso, les plus jeunes se passionnent pour cette activité récréative qui fait l'objet d'une compétition amicale. Les enfants rivalisent d'ingéniosité pour réaliser la plus belle crèche du quartier. Une chaîne de télévision a même eu l'idée de récompenser chaque année les trois plus belles œuvres à la suite d'un concours, sillonnant les quartiers de Ouagadougou pour dénicher les perles rares.

L'originalité architecturale du Burkina Faso ne se limite pas à l'habitat. Les crèches sont devenues une véritable tradition dans les familles chrétiennes du pays. On retrouve dans l'éventail de modèles représentés des répliques de Notre-Dame de Paris, ainsi que des interprétations de la bergerie où Jésus a vu le jour. La sobriété d'une crèche familiale peut ainsi côtoyer le baroque de celle du voisin. Si les enfants participent toujours à leur édification, les idées et techniques de construction émanent souvent des adolescents et des adultes. Il n'est pas rare de voir les crèches de l'année précédente disparaître à l'approche du mois de décembre, au profit d'une nouvelle création qui fera la fierté de la famille. Dans les zones rurales ou les familles aux moyens limités, on se contentera souvent d'un coup de peinture sur la précédente version et de l'ajout des vœux pour l'année à venir.

Cependant, cette tradition évolue, et les crèches faites maison côtoient désormais les crèches industrielles bon marché.

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Une Affaire de Solidarité Communautaire : La Ronde des Plats

Au Burkina Faso, la célébration de Noël est également marquée par un esprit de solidarité, de partage et de générosité entre les membres d'un même quartier, qu'ils soient de confession chrétienne ou musulmane. Cette dimension communautaire se manifeste notamment à travers la "ronde des plats".

Le jour de Noël, dès que le soleil est au zénith, un rituel très attendu commence : chaque famille chrétienne prépare un plat spécial pour l'occasion et confie à ses enfants la mission de l'offrir aux familles musulmanes voisines. Les plats sont souvent posés sur la tête des enfants, sur un tissu servant de dessous de plat. Les enfants jouent alors leur rôle d'ambassadeurs, se présentant devant la porte de leurs voisins, qui les accueillent et les déchargent de leurs victuailles. Le plat vide est immédiatement rendu, sans être nettoyé, car une croyance entoure cet interdit. Le protocole se termine par des remerciements et des vœux appuyés, que les enfants transmettent à leurs parents.

De retour à la maison, les enfants sont aussitôt renvoyés avec de nouvelles louches fumantes pour remplir les plats de sauces et de savoureux morceaux de viande. Cette distribution quadrille la zone composée des voisins musulmans autour de la maison : ceux avec qui l'on partage un mur mitoyen, ceux qui sont en face, et ceux qui sont plus éloignés mais avec qui l'on entretient des rapports privilégiés. Cela peut représenter environ six familles différentes.

Une Dimension Transculturelle : L'Échange de Repas Interreligieux

Il existe un lien de réciprocité dans ce partage de nourriture. Quelques mois plus tard, les rôles s'inversent et les familles chrétiennes reçoivent à leur tour des repas de la part de leurs voisins musulmans à l'occasion des grandes fêtes musulmanes du Ramadan ou de la Tabaski. Les fêtes des uns sont ainsi attendues et célébrées par les autres, ce qui confère à ces célébrations une dimension transculturelle et crée une relation de partage entre les deux communautés.

Ce rituel croisé est une pratique bien ancrée dans les mœurs au Burkina Faso, basée sur des valeurs interreligieuses et communautaires. Il constitue un geste social à dimension collective qui permet de faire vivre la relation de bon voisinage. Au-delà, cette tradition d'échanges culinaires offre à chacun l'occasion de réaliser un acte de respect et d'acceptation de la religion de son voisin, tout en soulignant les qualités altruistes de la sienne.

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Ce moment est particulièrement attendu par les enfants, qui se réjouissent à l'idée de festoyer en ce jour de fête des autres, qui devient finalement le leur. Ce rituel contribue ainsi à l'éducation des plus jeunes à la tolérance religieuse. Pour les parents, c'est également une occasion de réaliser des économies.

Dans un pays où coexistent environ 60 % de musulmans et 40 % de chrétiens, cette coexistence harmonieuse se manifeste depuis longtemps sans discours, mais au son des fourchettes et des cuillères. La fête de Noël, au même titre que les autres fêtes religieuses, sert d'opportunité pour renforcer les liens entre les membres de la communauté de voisinage et pour saluer symboliquement la cohésion interreligieuse.

L'Évolution des Coutumes : Les Défis de la Modernité

Cette pratique d'échanges de repas interreligieux entre familles d'un même quartier est confrontée aux effets de la mondialisation. La pression économique, le développement des quartiers résidentiels et le départ des enfants des cours familiales sont autant de facteurs qui contribuent à freiner sa perpétuation.

La pression économique, caractérisée par la flambée des prix des denrées alimentaires, est sans doute la cause principale du recul de cette pratique. Cette réduction du pouvoir d'achat a un impact direct sur la capacité des familles à entretenir le rituel. Il n'est pas rare que certaines familles choisissent de quitter leur domicile pendant les fêtes pour éviter la gêne de ne pouvoir assurer la coutume. L'usage se maintient tant bien que mal au gré des années et selon les possibilités de chacun. Parfois, l'ancienneté des relations de voisinage justifie que l'on se plie à certains actes sociaux, ce qui est souvent le cas dans les vieux quartiers.

Le développement des quartiers résidentiels entraîne des modes de vie qui tendent à installer des barrières invisibles entre les voisins. Jadis, dans la vision traditionnelle africaine, "le voisin avait un statut de parenté", comme le rappelle l'historien Joseph Ki Zerbo. Cette considération sociale semble s'étioler de plus en plus, même si elle reste une réalité au sein des milieux populaires et dans certaines classes moyennes. Ces familles continuent de partager et d'entretenir des relations étroites et quotidiennes empreintes de solidarité et d'assistance mutuelle.

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Le départ des enfants des cours familiales représente également un facteur de déperdition si le relais n'est pas assuré. Devenus adultes, les jeunes d'hier se sont déplacés ou ont changé de pays de résidence. Les parents vieillissants ne peuvent alors plus perpétuer la ronde.

Le Pagne de Noël : Un Symbole de Foi et de Tolérance

Une autre tradition festive au Burkina Faso est le port du "pagne de Noël", un tissu en wax imprimé de messages à caractère religieux et de dessins festifs. Ces tissus colorés, aux motifs à étoiles et sapins frappés d'images de la naissance de Jésus, sont devenus une véritable institution dans ce pays où se côtoient chrétiens, musulmans et animistes.

Les fidèles portent le pagne religieux lors de la messe de minuit et le 25 décembre. Certains n'hésitent pas à s'en vêtir toute l'année, car c'est une manière élégante et joyeuse de porter des messages de paix. Les connaisseurs s'amusent même à reconnaître l'année d'un pagne en fonction de ses motifs.

L'origine de ce phénomène remonte aux années 1970, avec "Madame Pauline", considérée comme la précurseuse. Elle imaginait et faisait tisser ses propres pagnes en coton burkinabé. Chaque fête religieuse a son étoffe, une manière de marquer l'événement et de "partager le message".

Aujourd'hui, le pagne de Noël est devenu une pièce convoitée, et même les non-chrétiens apprécient de porter ces tissus colorés pendant les fêtes. Un exemple parmi tant d'autres de la tradition de tolérance et de coexistence religieuse qui a longtemps prévalu au Burkina Faso.

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