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La coopération professionnelle en pédiatrie : Définition, enjeux et perspectives

La coopération professionnelle en pédiatrie est un sujet d'une importance croissante, compte tenu de l'évolution des besoins de santé et de la nécessité d'améliorer l'accès aux soins. Cet article vise à définir la coopération professionnelle dans ce contexte, à en explorer les enjeux, et à présenter les perspectives d'avenir, notamment à travers les protocoles de coopération.

Introduction

La prévalence croissante des polypathologies et des pathologies liées au vieillissement engendre une demande de soins accrue, nécessitant une souplesse dans l’organisation des soins. Ces enjeux nécessitent de faire évoluer le rôle des différents professionnels de santé en développant la coopération entre professionnels et en repensant les attributions de chacun, tout en conservant la qualité et la sécurité des soins délivrés. La coopération entre professionnels de santé, qui se traduit sur le terrain par des délégations de tâches, vise à élargir l’offre de soins et à réduire les délais d’accès à une prise en charge, afin d’améliorer les parcours de santé des patients.

Définition de la coopération professionnelle en pédiatrie

La coopération professionnelle en pédiatrie se définit comme une collaboration structurée entre différents professionnels de santé, tels que les médecins, les infirmiers, les psychomotriciens, les éducateurs de jeunes enfants, les puéricultrices, et les psychologues, afin d'assurer une prise en charge globale et coordonnée des enfants. Elle implique un partage des connaissances, des compétences et des responsabilités, dans le respect des rôles et des expertises de chacun.

Les enjeux de la coopération interprofessionnelle

Amélioration de l'accès aux soins

La coopération interprofessionnelle permet d'optimiser l'utilisation des ressources et de réduire les délais d'attente pour les patients. En déléguant certaines tâches à des professionnels paramédicaux, les médecins peuvent se concentrer sur les actes nécessitant leur expertise spécifique, améliorant ainsi l'accès aux soins pour un plus grand nombre d'enfants.

Optimisation des compétences

La coopération favorise le développement de nouvelles compétences infirmières et permet une meilleure répartition des tâches au sein de l'équipe soignante. Elle encourage la valorisation de l'expertise de chaque professionnel et permet d'apporter une approche et une vision infirmière à une prise en charge médicale.

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Parcours de santé améliorés

Le protocole concrétise la démarche de coopération entre professions de santé en décrivant les activités ou les actes de soins transférés, et la façon dont les professionnels de santé vont réorganiser leur mode d’intervention auprès du patient. Les délégations peuvent être de plusieurs natures : réalisation d’actes ou d’activités à visée préventive, à visée diagnostique ou à visée thérapeutique. La coopération entre professionnels de santé est possible quels que soient les modes d’exercice (libéral, salarié, mixte) et les cadres d’exercice (établissements de santé, maisons de santé, pôles de santé, réseaux de santé, centres de santé, cabinets médicaux, Ehpad, HAD, SSIAD, etc.).

Réponse aux besoins de santé complexes

La coopération interprofessionnelle est essentielle pour répondre aux besoins de santé complexes des enfants, notamment ceux atteints de polypathologies ou de troubles du développement. Une approche coordonnée permet de prendre en compte toutes les dimensions de la santé de l'enfant et d'assurer une prise en charge personnalisée et adaptée.

Les protocoles de coopération : un cadre pour la délégation de tâches

Depuis une quinzaine d’années, des protocoles de coopération formalisent des délégations d’activités ou d’actes entre professionnels paramédicaux et médicaux. Ces dispositifs, qui encouragent le développement de nouvelles compétences infirmières, se déploient à l’échelle locale et nationale. Initié par l’article 51 de la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) de 2009, le dispositif des protocoles de coopération a été rénové par l’article 66 de la Loi Organisation et transformation du système de santé (OTSS) du 24 juillet 2019.

Types de protocoles

Deux types de protocoles de coopération existent :

  • Protocoles nationaux : Ils sont encadrés par arrêtés, qui définissent de manière stricte la profession du délégant et du délégué, l’acquisition des compétences exigées pour la mise en oeuvre du protocole, les actes ou activités dérogatoires aux conditions légales d’exercice, les critères d’inéligibilité pour les patients ne pouvant être pris en charge dans le protocole et les lieux possibles de mise en oeuvre. Les équipes terrain peuvent se rattacher à un protocole national, en se déclarant auprès des tutelles sur le portail dédié « démarches simplifiées ».

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  • Protocoles locaux : Les équipes peuvent aussi créer leur propre protocole à l’échelle locale, qui ne sera applicable, dans un premier temps, qu’à l’équipe l’ayant élaboré. Il n’a pas vocation à obtenir l’avis de la HAS mais doit toutefois être déclaré à l’ARS via la plateforme dédiée. Son extension est possible à d’autres équipes du territoire voire au niveau national, sous réserve d’une évaluation de pertinence par le CNCI et l’avis de la HAS.

Dans les deux cas, ces protocoles sont nominatifs. Ce fonctionnement implique donc un engagement de plusieurs médecins et infirmiers afin de garantir la continuité du protocole en cas de départ d’un membre de l’équipe.

Exemples de protocoles de coopération

Dans le cadre de la médecine de ville et plus précisément dans les structures d’exercice coordonné, 6 protocoles de coopération nationaux ont été autorisés. Parmi eux, on peut citer :

  • Renouvellement du traitement de la rhino-conjonctivite allergique saisonnière par l'infirmier diplômé d'Etat et le pharmacien d'officine
  • Prise en charge du traumatisme en torsion de la cheville par le masseur-kinésithérapeute
  • Prise en charge de la douleur lombaire par le masseur-kinésithérapeute
  • Prise en charge de la pollakiurie/brûlure mictionnelle par l'infirmier diplômé d'Etat et le pharmacien d'officine
  • Prise en charge de l’odynophagie par l'infirmier diplômé d'Etat et le pharmacien d'officine
  • Prise en charge de de l’éruption prurigineuse chez l’enfant de 12 mois à 12 ans par l'infirmier diplômé d'Etat et le pharmacien d’officine

Mise en œuvre des protocoles

Pour rendre effectives des pratiques innovantes, le ministère publie également régulièrement de nouveaux AMI afin d’ouvrir la création et la rédaction des protocoles de coopération aux équipes de professionnels volontaires. Ces dernières s’engagent à rédiger un projet de protocole et son modèle économique, avec le soutien continu du secrétariat du CNCI.

Les équipes souhaitant participer à la rédaction du protocole de coopération pourront se manifester via un appel à manifestation d’intérêt (AMI). Votre équipe est volontaire pour candidater à un AMI pour un futur protocole de coopération national autorisé ? Vous serez contacté par le secrétariat du comité national si vous êtes sélectionné.

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Les défis de la coopération interprofessionnelle

Coordination et communication

La multiplicité des intervenants dans une équipe pluridisciplinaire complexifie la circulation de l’information. La structuration des canaux de communication clarifie les flux d’information. Les outils de communication adaptés facilitent les échanges malgré les contraintes organisationnelles. Les réunions efficaces optimisent le temps collectif précieux. La vérification de la compréhension mutuelle prévient de nombreux malentendus.

Différences de formation et de culture professionnelle

Les différences de formation, de culture professionnelle et de statut peuvent parfois créer des divisions au sein d’une équipe pluridisciplinaire. La reconnaissance mutuelle des compétences constitue un premier pas essentiel. Les activités de team building renforcent la cohésion au-delà des identités professionnelles. La formation continue commune offre des occasions précieuses de développer une culture partagée. L’élaboration collective de procédures et d’outils rassemble les différentes expertises autour d’objectifs concrets.

Maintien de l'autonomie professionnelle

Concilier l’autonomie nécessaire à chaque profession avec les exigences du travail collectif représente un équilibre délicat à trouver. La clarification des zones d’autonomie et de décision collective est fondamentale. La confiance réciproque se construit progressivement et facilite cet équilibre. La valorisation des initiatives individuelles au service du projet commun encourage l’innovation tout en renforçant la cohésion. Les temps de régulation permettent d’ajuster cet équilibre en fonction des besoins et des expériences.

Compétences clés pour une coopération réussie

Réussir dans un environnement pluridisciplinaire nécessite des compétences spécifiques qui vont au-delà de l’expertise technique propre à chaque métier.

  • Communication : L’écoute active constitue la base de toute communication efficace. Il s’agit de porter une attention véritable aux propos des collègues, sans préjugés ni interruptions. La clarté du langage professionnel est également essentielle. Chaque discipline possède son jargon spécifique, mais une équipe pluridisciplinaire doit développer un vocabulaire commun accessible à tous.
  • Connaissance des rôles : Dans une équipe pluridisciplinaire, chaque membre apporte une contribution unique basée sur sa formation et son expérience. La connaissance précise des rôles de chacun est fondamentale.
  • Gestion des conflits : Les divergences d’opinions sont inévitables dans une équipe pluridisciplinaire. L’attitude face au conflit détermine souvent son issue. Considérer les désaccords comme des opportunités d’enrichissement mutuel plutôt que comme des obstacles permet de maintenir un dialogue ouvert et productif.
  • Coordination : La gestion du temps et des priorités permet d’honorer ses engagements envers l’équipe. La traçabilité des actions et des décisions assure la continuité des interventions. La capacité d’anticipation et de planification contribue à la fluidité du travail collectif.

Le rôle de la psychomotricité dans la coopération en pédiatrie

Le travail des psychomotricien-ne-s prend différentes formes selon les secteurs, car leurs activités sont très diversifiées. Le mandat qui leur est confié est suffisamment large pour qu'ils puissent proposer des projets spécifiques en plus des séances de groupe qu'ils peuvent animer ou co-animer avec une personne de l’équipe. La finalité est d’offrir un soutien aux enfants accueillis dans les institutions petite enfance (IPE) subventionnées, dans leur exploration du mouvement ainsi que dans le plaisir de la découverte et des apprentissages.

L’observation est une thématique importante dans le travail de la psychomotricité. L’observation directe permet aux équipes de faire de nouveaux constats et de comprendre comment les personnes présentes interagissent entre elles. Ce changement de focus est bénéfique parce que c’est en observant ce qui fait « la vie de tous les jours » que l’on peut non seulement apprendre à décrire nos pratiques, mais aussi observer comment nos valeurs s’incarnent au quotidien dans l’institution.

Perspectives d'avenir

La coopération interprofessionnelle en pédiatrie est en constante évolution. Les protocoles de coopération sont régulièrement mis à jour et de nouveaux sont créés pour répondre aux besoins émergents. La réflexion sur l’intégration des actes dérogatoires dans le décret de compétences est en cours, notamment pour les protocoles ayant désormais une dizaine d’années d’existence.

Le travail de refonte sur le métier d’infirmier mené actuellement permet d’envisager une réflexion sur le sujet de la rémunération des infirmiers engagés dans les protocoles de coopération.

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