Loading...

Le Continent Africain : Berceau de l'Humanité, un Concept en Évolution

L'Afrique est souvent désignée comme le "berceau de l'humanité", une affirmation qui soulève des questions fascinantes sur l'origine et l'évolution de notre espèce. Cette désignation, bien que largement acceptée, est aujourd'hui remise en question par des découvertes récentes et des analyses génétiques poussées. Cet article explore les fondements de cette théorie, les découvertes qui la nuancent et les perspectives d'avenir dans la recherche sur les origines de l'humanité.

L'Afrique, Berceau de l'Humanité : Les Preuves Initiales

L'idée que l’Afrique est le berceau de l’humanité repose sur des découvertes archéologiques et paléontologiques majeures. En effet, tous les plus anciens fossiles d’hominidés ont été retrouvés en Afrique. On peut citer Toumaï (-7 millions d’années), Orrorin (-6 millions d’années), Lucy (-3,2 millions d’années), ou encore, plus récent Australopithecus sediba (-1,95 millions d’années).

Ces découvertes, notamment les ossements de l'australopithèque Lucy datant de 3,18 millions d'années, retrouvés en Éthiopie, suggèrent que cette région a été l'une des premières à accueillir des hominidés. Ces fossiles ont permis de reconstituer une partie de l'histoire de l'évolution humaine, en montrant comment les premiers hominidés ont évolué et se sont adaptés à leur environnement.

Le terme "berceau de l'humanité" fait référence à la région considérée comme le lieu où l'humanité a émergé et s'est développée pour la première fois. C'est dans ce secteur que les premiers membres de notre espèce, Homo sapiens, ont évolué à partir de leurs ancêtres préhumains. Ainsi, l'Afrique, de l’est plus particulièrement, est symboliquement perçue comme le lieu où l'aventure humaine a commencé.

Des chercheurs tels que Mary Leakey, Richard Leakey et Donald Johanson ont joué un rôle crucial dans la découverte et l'interprétation de ces preuves. Leurs travaux ont permis de confirmer l'importance de l'Afrique dans l'histoire de l'humanité et ont jeté les bases de la théorie de l'origine africaine de l'homme moderne.

Lire aussi: Les traditions autour du Berceau de Naissance

Plusieurs pays africains sont considérés comme faisant partie du berceau de l'humanité en raison des découvertes archéologiques et paléontologiques qui y ont été faites. Parmi ces pays, l'Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie et l'Afrique du Sud figurent parmi les plus importants en matière de découvertes de fossiles d'hominidés et de sites archéologiques. Ces pays continuent à être des points chauds de la recherche sur l'origine de l'humanité et attirent des scientifiques du monde entier pour étudier notre passé commun.

Remise en Question du Modèle d'un Berceau Unique

Cependant, des découvertes récentes viennent nuancer, voire remettre en question, le concept d'un berceau unique de l'humanité en Afrique de l'Est. En 2022, pas moins de 80 empreintes de pieds fossiles ont été retrouvées au Maroc, suggérant que les plus anciens représentants de notre espèce y auraient vécu il y a environ 315 000 ans. Ces ossements seraient plus vieux d’au moins 100 000 ans que les premiers ossements reconnus découverts en Éthiopie. De même, en 2018, des os d’Homo sapiens datant de 85 000 ans ont été trouvés en Arabie Saoudite.

Ces découvertes suggèrent que l'histoire de l'évolution humaine pourrait être plus complexe qu'on ne le pensait initialement, avec des populations d'Homo sapiens ayant évolué dans différentes régions d'Afrique et peut-être même en dehors du continent.

L’idée communément admise - en partie fondée sur des archives fossiles - qu’Homo sapiens a pour origine une seule région d’Afrique est aujourd’hui mise à mal. De puissants modèles numériques associés à un large corpus de données génomiques suggèrent que les humains modernes seraient issus de multiples populations à travers le continent. “Ces populations anciennes - qui vivaient il y a plus d’un million d’années - appartiendraient toutes à des espèces d’homininés [une famille qui regroupe australopithèque, paranthrope et Homo], mais dont le patrimoine génétique différait légèrement”, détaille Nature dans un article destiné au grand public. Cette idée d’une origine multiple n’est certes pas nouvelle, mais les travaux publiés le 17 mai dans la revue scientifique en apportent les preuves les plus solides à ce jour.

Ces travaux incluent des données de séquençage de génomes plus complètes que ce qui avait été utilisé jusqu’à présent, prenant en compte des populations existantes d’Afrique de l’Est et de l’Ouest et du peuple Nama, d’Afrique australe. En outre, des variables telles que la migration et les “mélanges” de populations ont été exploitées dans les modèles afin de prédire les flux génétiques au cours de milliers d’années. Ces prédictions ont ensuite été comparées à la variation génétique observée aujourd’hui pour déterminer quels modèles correspondaient le mieux aux données.

Lire aussi: Choisir les bons jouets pour bébé dans le berceau

Ainsi, Eleanor Scerri, archéologue de l’évolution à l’institut Max Planck de géoanthropologie, en Allemagne, qui n’a pas participé à cette étude, résume : “Nos racines remontent à une population globalement très diverse composée de populations locales morcelées.” L’entrelacement de ces populations, faiblement séparées par leurs différences génétiques, fait que l’évolution humaine pourrait être décrite davantage “comme une vigne enchevêtrée que comme un ‘arbre de vie’”, écrit Nature.

L'Évolution Humaine : Un Puzzle Complexe

La théorie « Out of Africa », selon laquelle le berceau de l'humanité serait le résultat d'une expansion démographique partie de l'Afrique subsaharienne, vient de subir de nouveaux coups de boutoir. Dans un article publié cet été par la revue « Trends in Ecology & Evolution », un groupe de scientifiques spécialistes de l'évolution humaine, de génétique et des climats du passé, affirme qu'au cours des 300.000 dernières années, c'est une dynamique complexe de connexions, de séparations et de métissages entre les différentes lignées et cultures de nos ancêtres qui aurait engendré, à la manière d'un puzzle, la diversité de notre espèce.

De sérieux doutes ont commencé à faire trembler les fondements de la théorie du berceau unique l'année dernière, avec la découverte au Maroc des restes d'un représentant d'Homo sapiens. Et pas des moindres : dans l'ancienne mine saccagée de Djebel Irhoud, à l'ouest de Marrakech, où il a pu dégager le site, le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin et son équipe ont libéré les plus anciens ossements connus de notre espèce, plus vieux de 100.000 ans que les premiers ossements reconnus comme anatomiquement modernes découverts en Ethiopie. « La découverte marocaine repose la question de l'enracinement initial d'Homo sapiens », explique le directeur de l'équipe de recherche.

A l'époque, de nombreuses régions aujourd'hui inhospitalières d'Afrique, telles que le Sahara, étaient humides et vertes, traversées par des réseaux entrelacés de lacs et de rivières, et il n'existait aucune frontière géologique sur le continent. Inversement, certaines régions tropicales étaient arides. La nature changeante de ces zones a conduit à des subdivisions au sein des populations humaines, qui ont donc vraisemblablement traversé de nombreux cycles d'isolement et de mélanges, conduisant à des adaptations locales et à des périodes de mélanges génétiques et culturels.

« L'évolution des populations humaines en Afrique était multirégionale. Notre ascendance était multiethnique et l'évolution de notre culture matérielle était bien multiculturelle », résume le docteur Eleanor Scerri, archéologue au Jesus College de l'université d'Oxford et chercheuse à l'Institut Max-Planck , qui a cosigné l'étude publiée dans la revue « Trends in Ecology & Evolution ».

Lire aussi: Avis sur les berceaux Calidoo, Zina et Amara

Métissages et Évolution Réticulée

Une autre découverte, réalisée fin août, confirme cette vision buissonnante de l'évolution, faite d'une mosaïque foisonnante qui a vu apparaître et disparaître des espèces jusqu'à conduire notre famille vers une lignée unique qui a inventé le feu, le langage et la bombe atomique. Elle provient également d'une équipe de l'Institut allemand Max-Planck, menée par l'anthropologue évolutionniste Svante Pääbo.

Ce chercheur est connu pour avoir largement contribué au décodage du génome des Néandertaliens et permis d'avancer qu'ils avaient mélangé leurs gênes à nos ancêtres Sapiens.Cette fois, c'est à un fragment d'os d'à peine 2,5 cm que s'est intéressé le scientifique. Découvert en 2012 parmi des milliers d'autres fragments d'animaux dans une grotte des montagnes de l'Altaï, il appartient à une adolescente de treize ans qui vivait là il y a 90.000 ans. Une première analyse a été pratiquée en 2016 sur son ADN mitochondrial (correspondant au matériel génétique transmis par la mère à son enfant). Elle a révélé que l'os appartient à un hominidé d'origine Néandertal. En étudiant ensuite l'ADN nucléaire (hérité pour moitié de l'ADN paternel), l'équipe de Svante Pääbo a fait une découverte surprenante : la jeune fille était métisse, issue de l'accouplement d'une mère néandertalienne, donc, et d'un père dénisovien.

Plusieurs études ont ainsi montré qu'une partie de l'ADN des Dénisoviens a été sélectionnée chez certaines populations d'Homo sapiens : chez les Inuits, il influence par exemple la gestion des tissus adipeux ; chez les Tibétains, il améliore le transport de l'oxygène dans le sang, expliquant leur capacité à vivre en altitude où l'air est pauvre en oxygène. L'homme de Denisova, qui tire son nom de la grotte des montagnes de l'Altaï où a été découverte la jeune fille, a aussi contribué à hauteur de 4 à 6 % au génome des Papous de Nouvelle-Guinée et des aborigènes australiens.

En inspectant le génome de plus de 5.500 individus, ils ont repéré de l'ADN dénisovien chez les populations d'Asie de l'Est, en particulier deux ethnies chinoises et les Japonais. Ils ont aussi remarqué que cet ADN différait significativement de celui retrouvé dans les populations d'Australasie. Il existait donc deux populations dénisoviennes que notre ancêtre a rencontrées, respectivement en Asie de l'Est et en Asie du Sud-Est.

Une question plus théorique se pose concernant le déploiement et le(s) « foyer(s) » de l’espèce Homo sapiens.

  • selon la théorie Out of Africa (ou monocentriste) il existe un seul berceau pour les hommes modernes : l’Afrique. L’espèce Homo sapiens sort d’Afrique et remplace les autres espèces déjà présentes comme Néandertal, ou Homo erectus en Asie. Il ne s’hybride pas avec Homo erectus. C’est cette théorie qui a été le plus adoptée par un grand nombre d’anthropologues.
  • selon la théorie en Candélabre (ou pluricentriste) les Homo erectus partis d’Afrique il y a 2 millions d’années ont évolué de manière identique dans des régions différentes. Toutes ces populations ont donné naissance à la même espèce (Homo sapiens) à plusieurs endroits du Vieux Continent.
  • enfin, une théorie qui obtient de plus en plus de suffrages : l’évolution réticulée (ou intermédiaire). C’est un peu une combinaison des deux théories précédentes : toutes les populations sorties d’Afrique se sont hybridées avec les hominidés déjà présents sur le Vieux Continent. Les vagues d’émigrants se sont donc fondues avec les populations plus anciennes : Homo sapiens est le résultat d’un vaste brassage !

Les Sorties d'Afrique et la Dispersion d'Homo Sapiens

Les plus anciennes traces de présence humaine hors d’Afrique ont été retrouvées en Géorgie. Datées de 1,8 million d’années, elles indiquent que des mouvements de population ont probablement commencé vers 2 millions d’années. En Europe, il existe d'autres traces des tout premiers peuplements mais elles sont rares.

Pour la plupart des chercheurs et chercheuses, Homo erectus africain (aussi nommé Homo ergaster par une partie de la communauté scientifique) a été le premier à migrer. Certains pensent toutefois qu’Homo habilis fait un tout aussi bon candidat et pourrait être le premier migrant.

Quelle que soit l’espèce qui a franchi le pas, ses membres n’ont pas décidé de quitter l’Afrique un beau matin, en suivant une carte ou un plan établi. Il s’agit plutôt de déplacements sur quelques kilomètres, et probablement d’allers-retours. C’est pourquoi les scientifiques ne parlent pas d’une sortie d’Afrique mais de sorties plurielles.

Selon la science qui étudie la génétique des populations, en particulier avec l’aide de la datation moléculaire, tous les humains qui vivent aujourd’hui à la surface de notre planète sont issus d’une série de sorties d’Afrique qui se seraient produites il y a 50 000 à 70 000 ans. C’est donc Homo sapiens qui va s’étendre sous toutes les latitudes, altitudes, climats et environnements, preuve de sa capacité à s’adapter aux écosystèmes les plus diversifiés.

Homo sapiens est le premier à occuper toutes les régions du monde. Ainsi, à la différence des continents africain et asiatique déjà fréquentés par d’autres espèces avant la nôtre, l’Australie (au moins vers 65 000 ans), l'Amérique (au moins vers 25 000 ans) ou encore les îles lointaines du Pacifique (il y a 3 000 ans) vont connaître leurs toutes premières occupations humaines. En témoignent les faisceaux d’indices - outils, restes osseux, restes humains, etc. - exploités par les préhistoriens.

Les préhistoriens privilégient plusieurs hypothèses, mettant notamment en avant la bipédie stricte comme facteur déclenchant. Alors que la station debout et la marche sur deux membres inférieurs existent chez différents animaux, elles restent occasionnelles, comme chez les primates non-humains, ou peu efficientes, comme chez les australopithèques.

C’est seulement à compter d’Homo habilis et Homo erectus africain, que l’on voit apparaître un parfait bipède endurant, comme nous le sommes aujourd’hui. Une capacité qui a pu être un facteur décisif pour commencer à arpenter le monde.

Une autre des conditions envisagées par les chercheurs et qui aurait incité nos ancêtres à se déplacer est le fait que ces derniers se transforment progressivement de charognards en chasseurs. En suivant peu à peu les troupeaux, les voici qui changent de territoire probablement sans s’en apercevoir. De courtes distances en courtes distances, ils traversent des continents entiers - l'Afrique puis l'Asie, sur quelques générations.

Rencontres et Métissages en Eurasie

Après la découverte l'an passé en Grèce d'un hominidé plus ancien que Toumaï, notre ancêtre supposé découvert au Tchad, ces nouveaux indices fournissent une preuve supplémentaire aux tenants du modèle alternatif au berceau africain qui situe l'origine de l'homme… en Eurasie. L'an passé, le professeur de génétique suédois Ulfur Arnason avait jeté un pavé dans la mare en publiant une étude dans la revue « Gene ». Ses travaux ont porté sur l'analyse génomique des populations d'hominidés qui peuplaient la région à cheval entre l'Europe et l'Asie, et, selon ses conclusions, les mélanges génétiques entre Homo sapiens, Néandertal et Denisova ne peuvent pas s'expliquer avec le peu de temps de vie en commun que suggère le modèle « Out of Africa ».

Partant d'Eurasie, Homo sapiens aurait colonisé l'Afrique, l'Europe et l'Asie en plusieurs groupes distincts, expliquant les mélanges génétiques marqués de l'homme moderne avec ses cousins d'une région à l'autre du globe. « La dispersion d'Homo sapiens à travers l'Eurasie, il y a 60.000 ans, a sans doute permis des interactions répétées à grande échelle avec les populations archaïques », avance Ulfur Arnason. Ce qui pourrait expliquer, mieux que les théories actuelles, comment Néandertaliens et Dénisoviens ont été absorbés par l'homme moderne.

Lorsque Homo sapiens arrive en Europe, vers 50 000 ans, celle-ci est déjà habitée par Homo neanderthalensis. Difficile toutefois de déterminer la chronologie exacte de l’arrivée des premiers et de l’extinction des seconds, et donc de leur potentielle rencontre. La question alimente les débats depuis des décennies. D’autant que l’analyse de vestiges attribués à l’un et à l’autre sur des périodes successives, comme les dents humaines exhumées à la grotte Mandrin (Ardèche), vient complexifier la donne en montrant qu’il peut y avoir une alternance dans l’occupation des sites.

Si la chronologie des migrations conserve son importance, les scientifiques travaillent aujourd’hui à établir plus précisément la contemporanéité entre les différentes espèces humaines qui ont habité le monde, les rencontres et les potentiels évènements de métissage entre leurs représentants.

L’étude des génomes a permis des avancées significatives en attestant d’épisodes de métissages, preuve de la cohabitation de différences espèces. Ainsi, il y a bien des gènes communs entre Homo sapiens et Homo neanderthalensis, ainsi qu'entre ces deux derniers et les Dénisoviens, plus à l’Est de l’Europe actuelle. Et probablement pour lesquelles les fossiles n’ont pas encore été retrouvés ou identifiés !

En ce qui concerne Homo sapiens et Néandertal, le séquençage de l'ADN de fossiles qui leur sont attribués et dont les génomes ont été comparés avec ceux de populations humaines actuelles montre un métissage indubitable.

tags: #continent #berceau #de #l #humanite #preuves

Articles populaires:

Share: