Michel Colucci, plus connu sous le nom de Coluche, l'humoriste provocateur et engagé décédé en 1986, est de retour sur le devant de la scène, d'une manière tout à fait inattendue. Grâce à l'intelligence artificielle (IA), Coluche est "ressuscité" à travers des deepfakes, des vidéos ultra-réalistes qui le montrent en train de commenter l'actualité et d'appeler à la mobilisation sociale. Ces créations numériques, bien que fascinantes sur le plan technologique, soulèvent des questions éthiques complexes quant à l'utilisation de l'image d'une personnalité décédée et le risque d'instrumentalisation politique.
L'IA Redonne Vie à Coluche : Un "Deepfake" Mobilisateur
L’intelligence artificielle fait revivre Coluche à travers des vidéos appelant à participer au mouvement « Bloquons Tout ». Déjà repris par les Gilets Jaunes en 2018, l’humoriste, mort en 1986, est devenu cette fois la figure de la mobilisation du 10 septembre. Avec le drapeau bleu-blanc-rouge en arrière-plan, l’humoriste semble ressuscité d’entre les morts. Mais Coluche est bel et bien décédé en 1986 : la vidéo est un deepfake. Elle s’inscrit dans une série de deepfakes de l’artiste, reprenant des extraits de ses interventions, ou encore faisant des imitations de sa voix pour lui faire dire des phrases qu’il n’a jamais prononcées. Dans certaines vidéos, le fondateur des Restos du cœur apparaît même transformé en bébé, reprenant une de ses interviews. Elle brouille les frontières entre vie et mort, réalité et fiction, au risque d’instrumentaliser des figures populaires sans leur consentement.
Une des tendances récentes sur les réseaux sociaux est de mettre en scène Coluche bébé, récitant ses meilleures blagues grâce à l’intelligence artificielle (IA) ou adaptant ses sketchs à la modernité.
Ces vidéos, souvent virales, le montrent sous des traits rajeunis, parfois même transformé en bébé, reprenant des extraits de ses interventions ou imitant sa voix pour lui faire dire des phrases qu’il n’a jamais prononcées. L'effet est saisissant, mais la question de la légitimité de ces créations se pose avec acuité.
Coluche, Figure de Contestation Sociale : Un Héritage Réapproprié
Ce n’est pas la première fois que l’humoriste est mobilisé à des fins militantes. En 2018, les Gilets jaunes avaient déjà utilisé son image pour incarner leur colère sociale. Coluche avait déjà été plébiscité à l’époque des "Gilets jaunes" en 2018.
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Singularité de cette popularité posthume : elle honore moins son humour que ses engagements politiques en faveur des classes populaires et des plus démunis. Sur YouTube, un montage grossier imagine ainsi un monde avec « un président en salopette à l’Elysée », qui aurait « peut-être mis fin à la misère, à l’injustice et à la faim en France ». Une troisième lui met dans la bouche un sketch entièrement généré par IA, où, d’une voix robotique, un Coluche reconstitué s’amuse que Macron se soit engagé en juin dernier contre le chalutage de fond, lui qui a « déjà touché le fond sur tout le reste ».
Le ton irrévérencieux et le franc-parler de Coluche, qui n'hésitait pas à critiquer les élites et à dénoncer les injustices sociales, résonnent particulièrement auprès de ceux qui se sentent exclus ou marginalisés. Son engagement en faveur des plus démunis, notamment à travers la création des Restos du Cœur, a marqué les esprits et continue d'inspirer.
"Bloquons Tout" : Coluche Ressuscité Appelle à la Mobilisation
Le mouvement « Bloquons Tout » a, lui, émergé dès juillet 2025 sur les réseaux sociaux, à l’initiative de l’organisation Les Essentiels. L’appel à bloquer le pays le 10 septembre s’est rapidement propagé, en réaction aux mesures budgétaires présentées par l’ex-Premier ministre François Bayrou. Les organisateurs assument pleinement de faire de Coluche leur figure de ralliement. Son visage apparaît notamment sur des tracts de mobilisation, comme un écho à sa posture critique envers les élites. « Bloquons Tout » doit d’ailleurs reprendre ce jeudi 18 septembre.
Une première vidéo deepfake de Coluche appelait déjà à prolonger la mobilisation au-delà du 10 septembre, lançant : « Si vous voulez vraiment faire chier l’État, faut pas juste rester au lit le 10. Faut continuer le 11, le 12, le 13, jusqu’à ce qu’ils viennent nous supplier en slip devant le Carrefour du coin. » Une autre séquence, mise en ligne lundi 15 septembre, appelle cette fois à se mobiliser le 18. « Alors le 18, deux options, soit vous allez bosser comme des bons moutons à tondre, soit vous faites la vraie grève. Une vidéo d'un faux Coluche générée par IA incite à se mobiliser le 10 septembre 2025. "Il parait que le 10 septembre, il y a la grande révolution nationale du larfeuille [portefeuille en argot] fermé, les mecs veulent bloquer la France en restant au pieu", lance ce faux Coluche. Dans un registre plus sérieux, le groupe "Les Essentiels", à l'origine de la mobilisation du 10 septembre écrit sur son site : "Coluche avait ouvert une brèche.
Dans ce contexte, les deepfakes de Coluche sont utilisés comme un outil de mobilisation, un moyen d'attirer l'attention et de rallier des sympathisants à la cause. Une vidéo d'un faux Coluche générée par IA incite à se mobiliser le 10 septembre 2025. "Il parait que le 10 septembre, il y a la grande révolution nationale du larfeuille [portefeuille en argot] fermé, les mecs veulent bloquer la France en restant au pieu", lance ce faux Coluche. Le mouvement « Bloquons Tout » a émergé dès juillet 2025 sur les réseaux sociaux, à l’initiative de l’organisation Les Essentiels. L’appel à bloquer le pays le 10 septembre s’est rapidement propagé, en réaction aux mesures budgétaires présentées par l’ex-Premier ministre François Bayrou. Les organisateurs assument pleinement de faire de Coluche leur figure de ralliement.
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Les Risques Éthiques et la Question de l'Authenticité
Si l'utilisation de l'image de Coluche peut sembler un hommage à son engagement et à son esprit contestataire, elle soulève également des questions éthiques importantes. Comme le souligne la journaliste Claire Fournier sur LCI, l'utilisation de l'humoriste lors de mouvements sociaux n'est pas nouvelle. "La figure de Coluche était déjà plébiscitée lors du mouvement des Gilets jaunes", rappelle-t-elle. Tout ce qu'il dit dans ces vidéos fait mouche, notamment auprès des jeunes, notamment avec ses critiques contre les élites et son engagement pour les plus pauvres.
Mais évidemment, l'utilisation de l'IA pose des questions éthiques en faisant "ressusciter un homme mort" et en lui prêtant des propos qu'il n'a jamais tenus. Ces derniers, générés par l'intelligence artificielle, lui font tenir des critiques très anti-gouvernement. "Coluche était contre toute récupération.
L'une des principales préoccupations est le risque de manipulation et de désinformation. En créant des deepfakes, il est possible de faire dire à Coluche des choses qu'il n'aurait jamais dites, de déformer sa pensée et de l'instrumentaliser à des fins politiques. Cela pose un problème d'authenticité et de respect de la mémoire de l'artiste.
De plus, ces vidéos brouillent les frontières entre vie et mort, réalité et fiction, au risque d’instrumentaliser des figures populaires sans leur consentement. Il est essentiel de rappeler que Coluche est décédé en 1986 et qu'il n'est donc pas en mesure de donner son accord quant à l'utilisation de son image et de sa voix dans ces créations numériques.
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