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Villerupt : Traumatisme et Répercussions d'une Fusillade

Dix jours après la fusillade qui a fait cinq blessés graves à Villerupt, petite ville de Meurthe-et-Moselle, les habitants sont encore traumatisés par le règlement de comptes qui a mené au drame.

Une Ville Sous le Choc

À la nuit tombée, Villerupt, commune de Meurthe-et-Moselle de 10 000 habitants, connue pour son petit festival de films italiens, s’enveloppe d’un silence quasi total. Autour de la place Jeanne-d’Arc, quelques commerces, plusieurs banques et des pizzerias, détail surprenant à cinq kilomètres de la frontière luxembourgeoise. Une église romane occupe tout un côté de la place carrée. À sa droite, une barre d’immeuble de sept étages, isolée au milieu de maisons de ville.

La quiétude du bourg contraste avec la présence de cinq fourgons de gendarmerie garés sur le côté de l’église. Depuis la fusillade du 13 mai ayant fait cinq blessés, dont trois graves, les habitants retiennent leur souffle. Un drame « sur fond de deal », confirme le sous-préfet.

Scène de Crime et Témoignages

Derrière le porche de l’immeuble où ont eu lieu les tirs, les tarifs de vente de drogue sont tagués sur le mur. Entre les dessins de revolvers et d’homme cagoulés, des prix et des horaires : 11 heures - 23 heures, 10 euros le gramme de weed, 600 euros les 10 grammes de cocaïne.Mike et Jessica, Villeruptiens depuis plus de 10 ans, autorisent leurs enfants à s’approcher du toboggan jaune. « Ils n’y avaient pas joué depuis longtemps », glisse la maman. Son compagnon est la première personne à avoir porté secours à la victime la plus gravement touchée. Kenzo, 17 ans, a pris une balle dans la tête, samedi dernier. Ce sont les témoins les plus proches de la fusillade.

Ils étaient sur le banc, de l'autre côté du porche, quand Jessica a aperçu un homme armé d’un fusil automatique. Songeant aux jeunes du coin qui s’amusent parfois à singer les caïds, elle croit d’abord à un jouet. Le bruit assourdissant des balles résonnant sous le porche la fait réagir. « C’est en le voyant tirer dans le tas que j’ai percuté », se souvient-elle. Au début, elle a pensé à un attentat. « Il venait de passer son brevet de secouriste il n’y a même pas trois mois », souligne Jessica. En arrivant à ses côtés, elle découvre un jeune homme allongé, la tête sur le trottoir, les yeux ouverts, fixes. « J’ai demandé à mon mari s’il était mort, il n’a pas répondu et a continué le massage cardiaque, raconte-t-elle. Partout où je levais la tête j’avais l’impression de voir une autre victime. Il y avait des morceaux humains partout par terre ». « Tout le monde a peur que l’histoire continue », commente un commerçant qui préfère témoigner anonymement après avoir reçu des menaces.

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Une Vengeance Familiale

Tous les témoignages convergent vers la même histoire, celle d’une vengeance familiale en trois actes qui aurait mené au drame, sur fond de deal de drogue.

Acte I, un des frères B., « le rouge », réclame une petite somme d’argent à un autre dealer. Acte II, ce dernier et ses acolytes s’en prennent à Omar, un autre frère B. Ils le cornaquent dans une poubelle, lui urinent dessus et le violent à l’aide d’une matraque télescopique, entre autres sévices. Le tout est filmé et diffusé sur le réseau de messagerie crypté Telegram. Humiliation suprême pour cette famille que le voisinage qualifie de « caïds ».

Acte III, le 13 mai, l’aîné de la fratrie, Abdelkrim B., se serait saisi d’une arme automatique pour venger son frère. Un témoin de la scène se souvient avoir entendu crier « C’est B., c’est B. ! » au passage du tireur. Abdelkrim a été interpellé deux jours plus tard, mis en examen et placé en détention provisoire. À 38 ans, il compte déjà 140 mentions sur son casier judiciaire et les journaux régionaux débordent d’articles sur ses condamnations pour des délits de violence ou de trafic de stupéfiants. Il était sorti de prison à peine un mois auparavant.

Dégradation du Climat Social

Au Point central, le bien nommé bar de Villerupt, les clients déplorent un climat grandissant d’insécurité. Il y a juste un peu moins de deux ans que les jeunes se sont mis à revêtir capuches et cache-cous jusqu’aux yeux, façon gangsters américains, en même temps qu’apparaissaient les tarifs inscrits à même les murs. Sous le porche, ils passent des journées entières, assis sur des chaises, parfois à une dizaine, adoptant les codes des grandes cités, en décalage avec l’atmosphère de ce simple bourg de Meurthe-et-Moselle. « Plus personne n’osait passer, les habitants de l’immeuble avaient peur de rentrer chez eux », détaille un commerçant.

« La proximité avec les frontières du Luxembourg, de la Belgique et de la Hollande fait qu’il y a toujours eu du deal ici, mais c’était discret. Là, plus personne ne se cachait. » Depuis l’été dernier, la tension est montée d’un cran. Le nombre de bagarres a augmenté, les faits divers aussi, jusqu’à la fameuse vidéo. Bastons, coups de couteau, armes à feu… « On savait qu’il allait prendre un fusil et se venger », déplore-t-il.

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Victime Collaterale

Kenzo, plongé dans le coma, ne faisait que passer. La mère de Kenzo, Cindy, connaissait aussi le danger mais jure que son fils, lui, n’était pas un dealer. Qu’il ne faisait que passer au mauvais endroit au mauvais moment. Le jeune garçon a été touché à la tête pendant la fusillade, plongé dans le coma. Il commence seulement à montrer des signes d'éveil. Elle a enfilé son jogging orange et sa veste de foot bleue, floquée de ses initiales. Elle s’apprête à se rendre à l’hôpital, un véritable périple de plus de 100 kilomètres pour une femme sans permis, sans revenus et sans soutien psychologique.

Les larmes montent à l’évocation de celui qu’elle considère comme un mélange de Mister France et de Jul. « Sa place est derrière un micro », lui a dit une de ses profs. « Vous savez, mon fils c’est un gars bien. La seule chose qu’il voulait, c’était chanter. » La fusillade a fait basculer leurs vies. « Je hurlais » où est mon fils « dans tout Villerupt. Je me suis pissée dessus », se souvient-elle. Comme les autres habitants, elle sentait elle aussi la tension monter et mettait son fils en garde à chaque sortie « Si tu vas là-bas (à proximité du point de deal, ndlr), tu traces », se souvient-elle lui avoir répété.

Pourtant, Cindy n’accable pas l’auteur des tirs. « Pour moi, ce n’est pas le seul responsable. Je comprends qu’il ait voulu se venger. Ceux qui ont fait ça à son frère sont aussi fautifs. Si on avait fait ça à ma famille, je serais devenue folle. »

Dans sa chanson « Départ », publiée il y a un an sur Youtube, Kenzo rappait : « J’sais pas si je vais revenir quand je dis à tout à l’heure. Maman je t’aime j’ai du mal à te le dire dans les yeux. » Une phrase que Cindy ne peut s’empêcher d’évoquer en pleurant. Jamais elle n’aurait pu imaginer que sa petite ville se transforme en théâtre de règlements de comptes armés.

Justice et Condamnation

En mai , une fusillade près d'un point de deal à Villerupt avait fait cinq blessés, dont trois graves.

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Abdelkrim Bellot, 40 ans et 38 mentions au casier judiciaire, a été condamné vendredi à Nancy à 30 ans de réclusion criminelle pour une fusillade près d'un point de deal à Villerupt (Meurthe-et-Moselle) en ayant fait cinq blessés, dont trois graves. Cette peine est assortie d'une période de sûreté des deux tiers, soit 20 ans, rapporte Le Républicain Lorrain. En mai , le jeune Kenzo, alors 17 ans, avait été blessé, comme quatre autres personnes, par une rafale à l'arme automatique. Touché par une balle à la tête - tirée à moins de 3 mètres de lui -, le jeune homme est aujourd'hui en fauteuil roulant. Face aux assises et au jeune Kenzo, l'accusé Abdelkrim Bellot avait nié son implication et être le tireur. « Je te le dis, Kenzo, ce n’est pas moi », a-t-il par exemple assuré, comme le relatait L'Est Républicain.

Mercredi à Nancy, plusieurs témoins ont assuré que le tireur était bel et bien l'accusé. « Franchement, je ne pouvais pas venir avec un 6,35. Ça n’aurait pas impressionné. Je suis en guerre, il me faut une arme de guerre. Ils n’auraient pas fait ça à mon frère, jamais je n’aurais pris cette arme. J’ai rafalé et je suis parti ! », a-t-il affirmé dans cette vidéo qui a été diffusée à l'audience.

tags: #collision #villerupt #cinq #blessés

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