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Avortement à Casablanca : Réalités et Témoignages

L'avortement au Maroc est une question complexe, entourée de tabous et de restrictions légales. Bien que l'avortement soit illégal dans la plupart des cas, il demeure une réalité pour de nombreuses femmes. Cet article explore les réalités de l'avortement à Casablanca, en mettant en lumière les témoignages poignants de personnes concernées, les conditions souvent précaires dans lesquelles ces interventions sont pratiquées, et les enjeux éthiques et sociaux sous-jacents.

Clandestinité et Risques

Au Maroc, l'avortement est puni par la loi d'une peine de prison ferme. Il n’est autorisé que si la vie de la femme enceinte est en danger. En conséquence, la majorité des avortements sont pratiqués clandestinement, souvent dans des conditions insalubres et dangereuses. Certaines sont effectuées par des herboristes ou « faiseuses d’anges », mais la plupart se font sous le manteau dans les cliniques et cabinets de gynécologie.

La clandestinité de l'avortement engendre des risques considérables pour la santé des femmes. Les complications ne sont pas rares, liées à des blessures de l’utérus, des hémorragies internes ou des infections dues à des méthodes artisanales, moins chères qu’un avortement médical.

Témoignages

Les témoignages recueillis auprès de personnes ayant vécu l'expérience de l'avortement révèlent la complexité de leurs motivations, les difficultés rencontrées et les conséquences psychologiques et émotionnelles.

  • Mehdi, 29 ans, webmaster : Confronté à une grossesse non désirée avec sa copine, Mehdi a cherché une solution dans l'urgence. L'avortement, pratiqué par un médecin à Agadir, a engendré un sentiment de dégoût et a finalement conduit à la séparation du couple. Son amie n'a plus jamais été la même, elle a même quitté le Maroc pour essayer d'oublier leur acte.

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  • Anouar, 24 ans, employé de banque : Face à la menace d'un scandale familial, Anouar a obtenu de l'argent de sa sœur pour aider son ex-compagne à avorter. Il ignore ce qui s'est passé ensuite, mais il a appris plus tard que l'enfant aurait dû être une fille.

  • Rachid, 38 ans, délégué médical : En 1998, Rachid et son amie ont décidé d'avorter d'un commun accord. L'avortement, pratiqué dans une clinique huppée de Casablanca, a eu des conséquences psychologiques importantes sur son amie, entraînant des grossesses psychologiques et la fin de leur relation.

  • Kawtar, 22 ans, assistante marketing : Kawtar a opté pour une pilule abortive, une expérience douloureuse et traumatisante. Malgré la douleur physique et émotionnelle, elle a été rassurée de ne pas être stérile, et l'avortement a paradoxalement révélé son instinct maternel.

  • Fawzi, 25 ans, responsable financier : Menacé de scandale, Fawzi a payé une fille pour qu'elle avorte, sans même être certain d'être le père. Il voulait juste acheter son silence et ne plus entendre parler d'elle.

  • Wafae, 24 ans, étudiante : Wafae a subi un avortement clandestin douloureux et traumatisant chez un généraliste à Oulfa. Elle a été traitée avec mépris et a dû subir un deuxième curetage sans anesthésie.

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  • Zineb, 30 ans, assistante de direction : Zineb a vécu une expérience éprouvante avec un gynécologue qui a exigé une somme importante en liquide et a utilisé des méthodes peu orthodoxes. Elle a finalement expulsé un embryon chez elle, dans des conditions effrayantes.

  • Malika, 33 ans, comptable : Forte de son expérience, Malika a opté pour un gynécologue moins cher pour son deuxième avortement. Elle a été rassurée par le médecin, qui pratiquait l'avortement pour sauver les filles du drame.

Ces témoignages illustrent la diversité des situations et des motivations qui conduisent les femmes à avorter, ainsi que les risques et les souffrances associés à la clandestinité.

Aspects financiers

Le coût d'un avortement clandestin varie considérablement en fonction du médecin, de la clinique et de la méthode utilisée. Les prix peuvent varier de 1 500 DH à 4 000 DH, voire plus dans certains cas. Cette somme représente une charge financière importante pour de nombreuses femmes, en particulier celles issues de milieux modestes.

Certains médecins profitent de la situation de vulnérabilité des femmes pour pratiquer des prix exorbitants. Meriem a réussi à trouver un gynécologue qui a accepté de pratiquer un avortement par aspiration, contre 4 000 DH en liquide. « J’ai été choquée par le prix, hors consultations. Je gagnais 7 000 dirhams par mois [644 euros]. Heureusement, le père m’a aidée », raconte cette jeune Marocaine, issue de la classe moyenne.

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Conséquences psychologiques

L'avortement, qu'il soit légal ou clandestin, peut avoir des conséquences psychologiques importantes pour les femmes. Certaines femmes peuvent ressentir un soulagement, tandis que d'autres peuvent éprouver de la culpabilité, de la tristesse, de l'anxiété ou des regrets.

L'absence de soutien psychologique et de suivi médical après un avortement clandestin peut aggraver ces conséquences. Rachid a témoigné que son amie s'est métamorphosée après l'avortement, hurlant "Mon enfant ! Vous avez tué mon enfant". Elle a ensuite fait deux grossesses psychologiques, et leur relation a pris fin.

Le rôle des professionnels de la santé

Les professionnels de la santé sont confrontés à un dilemme éthique lorsqu'une femme leur demande un avortement. La loi marocaine interdit l'avortement, mais certains médecins choisissent de pratiquer des avortements clandestins pour aider les femmes en détresse.

Une gynécologue témoigne qu'elle a arrêté de pratiquer les avortements, car elle s'est rendu compte que cela comportait trop de risques. Une consœur a fait deux ans de prison après avoir pratiqué un avortement qui s’est terminé par le décès de la patiente. À demi-mot, elle avoue qu’elle continue de pratiquer exceptionnellement des avortements, pour des cas qui lui « déchirent le cœur ».

Débats et enjeux

La question de l'avortement est au cœur de débats passionnés au Maroc. Les défenseurs de la légalisation de l'avortement mettent en avant le droit des femmes à disposer de leur corps, les risques liés à la clandestinité et la nécessité de protéger la santé des femmes.

Les opposants à l'avortement invoquent des arguments religieux, moraux et éthiques. Ils considèrent que l'avortement est un acte immoral qui met fin à une vie humaine.

En 2015, le roi Mohammed VI a demandé au gouvernement de revoir la loi sur l'avortement. Une proposition de loi sur « l’interruption médicalisée de la grossesse » (IMG), autorisée en cas de viol, d’inceste, de handicap mental ou de malformation très grave du fœtus, est encore bloquée au Parlement.

Le procès de Hajar Raissouni

L’affaire Hajar Raissouni a défrayé la chronique au Maroc. Il s’agit du procès de la journaliste Hajar Raissouni qui travaille au moment de son arrestation pour le périodique arabophone Akhbar Al Youam, connu pour son ton critique envers le pouvoir marocain. La police arrête la journaliste et son fiancé à la sortie d’un cabinet de gynécologie à Rabat. Le gynécologue, sa secrétaire et l’anesthésiste font également l’objet d’une arrestation. Les accusations portées contre Hajar et son fiancé concernent la débauche (relations sexuelles hors mariage, punies par la loi) et l’avortement. Le gynécologue est accusé d’avortement et de pratique habituelle d’avortement, tandis que l’anesthésiste et la secrétaire sont poursuivis pour leur participation présumée à l’acte d’avortement.

Après un procès qui dure un mois, la journaliste et son fiancé sont condamnés à un an de prison ferme pour avortement et relations sexuelles illicites, le gynécologue à deux ans de prison ferme, l’anesthésiste à un an de prison avec sursis et la secrétaire à huit mois avec sursis.

La condamnation de Hajar a été perçue par les militants pour la dépénalisation de l’avortement au Maroc comme une arrestation exceptionnelle.

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