Noël, une période de célébration et de tradition, est souvent marquée par la présence de la crèche, une représentation de la naissance de Jésus. Si les auteurs des évangiles ne mentionnent pas le jour exact de sa naissance, la tradition de la crèche, elle, a une histoire riche et fascinante, particulièrement en Provence.
Origines et Évolution de la Crèche
L’histoire de la crèche remonte aux premiers siècles du christianisme. Dans une chapelle des catacombes de Saint-Priscille à Rome, une fresque datant de la première moitié du Ier siècle témoigne de l'une des premières figurations connues de la crèche. Au IVe siècle, l'âne et le bœuf, absents des Évangiles mais présents dans des écrits apocryphes, enrichissent la scène, comme en témoigne une représentation sur un mur du cimetière romain de Saint-Sébastien.
Au VIe siècle, des écrits anciens rapportent qu’une célébration de Noël est célébrée en l’église Sainte Marie Majeure à Rome, pendant la nuit du 25 décembre, autour des reliques de la crèche qui ont été rapportées de Bethléem.
Cependant, c'est au Moyen Âge que la tradition prend un nouvel essor. Les mystères de la Nativité sont joués sur les parvis des églises, mettant en scène la naissance de Jésus. François d’Assise est une figure clé de cette évolution. De retour de Bethléem, il crée en 1223 une des premières crèches vivantes dans son église de Greccio, en Italie. Les personnages étaient joués par les gens du village et les animaux étaient réels. Cette crèche vivante a donné naissance à une tradition qui s’est perpétuée, mais les « acteurs » ont été très largement remplacés par des personnages en bois, en cire, en carton pâte, en faïence et même en verre. Sous l'influence des prédicateurs franciscains, la coutume de la crèche vivante se diffuse en Italie et en Provence.
Nicolas IV, le premier pape franciscain, décida d’aménager en 1288 l’ancienne chapelle de la Crèche (oratorio del Presepio) de la basilique romaine Sainte-Marie-Majeure, où étaient conservées des reliques de la mangeoire de Bethléem rapportées des croisades. Il fit alors réaliser par Arnolfo di Cambio, entre 1289 et 1292, une des plus anciennes et plus imposantes représentations de la Nativité en pierre.
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Au XVIe siècle, les crèches ressemblant à ce que nous connaissons font leur apparition dans les églises. Dans le sillage de la spiritualité issue du Concile de Trente (1545-1563) et de la Contre-Réforme, ces mises en scène occasionnelles réservées au temps de Noël, démontables et réutilisables, contribuaient à toucher les fidèles et à renforcer la catéchèse. Apparues dans les églises et les couvents, elles rejoignent progressivement les maisons privées (la première crèche domestique attestée est celle de la duchesse d'Amalfi, Constanza Piccolomini di Aragona, en 1567).
L'Émergence de la Crèche Provençale
L’histoire de la crèche de Noël s’est poursuivie par l’apparition des crèches dans les familles, particulièrement à Naples, au XVIIIe siècle, dans les demeures aristocratiques.
En Provence, la tradition prend une tournure unique. En France, pendant la révolution, les représentations publiques étant interdites, la crèche de Noël apparaît dans les maisons. C’est alors l’origine de la crèche provençale qui s’inspire de la vie locale. Les artisans évoquent des personnages typiques de la région, du village ou des défunts de la famille. C'est à la fin du XVIII siècle que les crèches domestiques font leur apparition, dans des niches ou boîtes vitrées dites « chapelles ».
Une des premières crèches mécanisées connue à Marseille en 1775 : un dénommé Laurent aurait créé des personnages de grande dimension, articulés et revêtus de costumes provençaux, accompagnés de girafes, de rennes et d’hippopotames…
Au XIXe siècle, la crèche provençale fait son apparition à Marseille. Sa particularité réside dans les santons, petites figurines représentant des scènes de la vie locale et les métiers traditionnels.
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Les Santons : Âmes de la Crèche Provençale
Les santons, du provençal « santoun », c’est-à-dire « petit saint », sont au cœur de la crèche provençale. Ces figurines d’argile, apparues après la Révolution, sont emblématiques de l’esprit provençal et d’un savoir-faire artisanal toujours bien vivant. En effet, avec la fermeture des églises, la suppression de la messe de minuit et l’interdiction des représentations de la Nativité, les provençaux commencent à fabriquer eux-mêmes des figurines en pain de mie ou en papier mâché pour de petites crèches à domicile.
Après la Révolution, les santons de Provence prennent leur essor grâce à un sculpteur et peintre faïencier marseillais, Jean-Louis Lagnel. Celui-ci utilise l’argile rouge de Provence crue et des moules en plâtre pour produire des santons en série, au coût modeste et abordable pour toutes les bourses. Dès lors les petites figurines se diffusent largement, le procédé est adopté par de nombreux artisans et apparait le métier de santonnier. De nos jours, pour plus de solidité, on utilise l’argile cuite même si le santon traditionnel reste en argile crue.
Peu à peu la crèche provençale s’est enrichie de nouveaux personnages issus de la vie quotidienne provençale : la lavandière, le pêcheur, la poissonnière, le bûcheron, la fermière, le meunier, le porteur d’eau, le vannier… On trouve aussi le maire, le curé et le moine, les Bohémiens, l’Arlésienne, l’aveugle, le tambourinaire, le valet de ferme, le joueur de boules…et bien sûr aussi, le ravi.
On date leur apparition à la fin du XVIIIe siècle. Pourquoi ? Parce que si les crèches existent depuis le Moyen-Âge, la période révolutionnaire voit la fermeture des églises, et l'interdiction des messes de minuit. De là, les représentations de la nativité sont assez mal vues. En Provence, on voit alors l'apparition de petits personnages d'argile, les santons, venus d'Italie, particulièrement de Naples.
Leur utilité, faire en sorte que chacun puisse installer une crèche dans l'intimité du foyer, à l'abri des regards. C'est au tout début du XIXe siècle qu'on voit naître la première foire aux santons à Marseille. Elle se tient toujours de fin novembre à début janvier. En Vaucluse aussi on en voit chaque année, à Carpentras ou Orange notamment.
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La Fabrication des Santons
Le procédé de fabrication commence par le modelage d’un modèle en argile brute afin de constituer un moule en plâtre pour reproduire les figurines d’argile. Le santon démoulé est fignolé, parachevé, séché à l’air libre plusieurs heures avant d’être placé dans un four à une température très élevée. Puis, dernière étape, le santon est peint à la main.
Personnages Emblématiques
La particularité, c'est que non seulement dans les crèches de chez nous, on retrouve bien sûr tous les personnages de la Nativité, ça c'est le côté cultuel, mais on y met aussi des personnages plus "contemporains", qui représentent les métiers provençaux : la lavandière, le meunier, le pêcheur… Et puis bien sûr les animaux, ainsi que tous les éléments pour recréer un vrai village provençal, avec les maisons typiques par exemple. Ça, c'est le côté culturel. On est donc loin d'avoir seulement l'étable, le boeuf, l'âne, Jésus, Marie… et le ravi.
On connait l’expression populaire « le ravi de la crèche » qui désigne une personne naïve et d’un optimisme béat. Le « ravi » est l’un des multiples personnages de la crèche provençale qui, outre la Sainte Famille et les animaux de l’étable, comporte une foule de protagonistes locaux et pittoresques. Au départ le « ravi » n’est d’ailleurs qu’un personnage représenté souriant et les bras levés, se réjouissant simplement de la naissance de Jésus. C’est au XIXe siècle, sous l’influence des pastorales et de Mistral, qu’il devient une sorte d’idiot du village… C’est un de ces santons qui donne vie aux crèches provençales.
Crèches Remarquables et Traditions Locales
A Avignon, la grande crèche de l’église des Célestins s’étend sur 48 mètres carrés. Elle compte 650 personnages convergeant vers l’étable, et une centaine de petits bâtiments. Le décor évoquant la Provence a nécessité 600 kilos de souches d'arbres et une tonne de terre et sable.
A Fontaine-de-Vaucluse, un musée est consacré aux santons (environ 2 000 pièces). On y découvre une des plus petites crèches au monde, qui tient dans une demi-coque de noix.
A Cavaillon, une demeure, privée, l'hôtel d'Agar, expose durant deux mois tous les hivers plus de 200 sujets en cire ou papier mâché provenant des couvents provençaux et de l'artisanat marseillais du XVIIIe au milieu du XIXe siècle.
A Aix-en-Provence, le musée du Vieil Aix, dans l’hôtel particulier du XVIIe siècle Estienne de Saint-Jean, présente des santons, mais aussi les marionnettes d’une crèche parlante du XIXe siècle.
Il existe huit ateliers de santonniers à Aix-en-Provence, qui travaillent selon les méthodes artisanales et traditionnelles ; chaque année, au moment des fêtes de fin d’année, se tient la traditionnelle Foire aux Santons sur l’esplanade Cézanne à proximité de la fontaine de la Rotonde.
Le peintre Paul Cézanne a été représenté en santon par plusieurs santonniers d’Aix-en-Provence et de Marseille.
En 2025, Aix fête son plus célèbre concitoyen, Paul Cézanne. Les sites emblématiques du peintre, carrières de Bibémus mais aussi bastide du Jas-de-Bouffan (réouvrant après des années de restauration) sont à l'honneur. Une exposition exceptionnelle au musée Granet "Cézanne au Jas de Bouffan", animera la cité provençale présentant les œuvres du peintre, dont Picasso aimait à dire qu'il était "notre père à tous" ("les artistes du début du XXe siècle").
Conseils de Visite
Maison Santons Richard, à Aix-en-Provence : A Aix en Provence, n'hésitez pas à visiter la Maison Santons Richard, qui réalise des santons de manière traditionnelle depuis 1968 et est à l'origine du personnage du berger. La Maison propose aussi une figurine représentant Paul Cézanne en train de peindre.
Maison Empereur, à Marseille : Créée en 1827, la Maison Empereur est la plus ancienne quincaillerie de France.
Controverses Autour des Crèches
Nombreuses ont été les polémiques sur l'installation de crèches dans des bâtiments publics, notamment les halls de mairie, ou de conseils départementaux.
En 2016 à Avignon, les élus Les Républicains au conseil municipal avaient demandé à ce que la crèche installée dans l'église des Célestins soit mise dans le hall de la mairie. Ils s'appuyaient ainsi sur une décision du conseil d'Etat, qui stipulait que l'installation de crèches était possible si elles revêtaient un caractère "culturel ou festif".
A Avignon, décision a été prise de maintenir la crèche dans l'église des Célestins. Mais le débat n'est pas forcément terminé, entre ceux qui considèrent la crèche comme objet uniquement cultuel, et ceux qui mettent en avant son caractère culturel.
Pour les chrétiens catholiques
Pour les chrétiens catholiques, la crèche est un moyen de vivre le sens de la naissance de Jésus.
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