La période post-partum, incluant la phase suivant l'arrêt de l'allaitement, est marquée par d'importants changements hormonaux qui peuvent entraîner des conséquences physiques et émotionnelles significatives. Cet article explore en détail ces changements, leurs manifestations et les stratégies pour accompagner au mieux cette transition.
Introduction
Le séjour à la maternité, bien que bref (entre 48 heures et 4 jours), est crucial pour la jeune maman. Le corps se remet de l’accouchement, et de nombreux symptômes peuvent apparaître. Après l’accouchement, le corps connaît une véritable tempête hormonale. Comprendre ces fluctuations hormonales est essentiel pour appréhender les défis potentiels et y faire face de manière éclairée. Cet article vise à informer les femmes sur les changements hormonaux post-allaitement, leurs impacts possibles et les solutions pour une transition en douceur.
La Chute Hormonale Post-Partum : Un Bouleversement Émotionnel et Physique
Le post-partum se caractérise en grande partie par ce que l’on appelle la chute d’hormones. Après l’euphorie provoquée par les endorphines (hormones du bonheur juste après l’accouchement) vient le fameux bouleversement hormonal (chute des œstrogènes dont est imbibée la future mère) et son flot d’émotions qui l’accompagne : passage du rire aux larmes, fatigue, fragilité et même parfois mal-être. La grossesse est une période particulière au niveau hormonal, avec d’une part une hormone spécifique à la grossesse qui fait son apparition (la bêta-HCG), et d’autre part les hormones dites féminines (œstrogènes et progestérone), dont les taux augmentent énormément. Concrètement, c’est l’expulsion du placenta qui engendre rapidement la chute des taux d’œstrogènes et de progestérone, toutes deux produites par le placenta, dès le premier trimestre et jusqu’à la fin de la grossesse. La chute intervient très peu de temps après l’accouchement, disons dans les 24 à 48 heures le temps d’éliminer celles qui sont encore présentes. La diminution rapide des hormones de grossesse, notamment les œstrogènes et la progestérone, peut provoquer une labilité émotionnelle importante. Deux ou trois jours après l’accouchement, ou un peu plus tard pour certaines, les jeunes mamans peuvent ressentir une grande labilité émotionnelle. On passe du rire aux larmes en peu de temps, on a une grande fatigue, voire un mal-être ou une mélancolie très profonde », décrit Rachel Halimi, sage-femme.
Symptômes Psychologiques
Il est très fréquent (mais pas systématique) de se sentir fatiguée voire un peu déprimée après un accouchement. Le bouleversement hormonal y est pour quelque chose mais n’oublions pas que l’arrivée d’un bébé, aussi merveilleuse soit-elle, est aussi un grand changement dans une vie et parfois une prise de conscience soudaine nous submerge. Rassurez-vous, cet état ne dure normalement que quelques jours. Notons que si cette fragilité émotionnelle perdure au-delà de quinze jours environ après l’accouchement, et/ou s’accompagne d’idées noires, de perte d’intérêt dans nos activités et hobbies habituels, de sentiment de culpabilité maternelle ou de ne pas être à la hauteur, de ne pas être une bonne mère, d’insomnies, il est crucial de consulter un professionnel de santé pour se faire aider. Ces manifestations émotionnelles, souvent regroupées sous le terme de "baby blues", incluent :
- Tristesse et pleurs fréquents : Une tristesse intense et persistante, souvent accompagnée de pleurs fréquents.
- Fatigue chronique : Une fatigue chronique, parfois disproportionnée par rapport à l’activité physique.
- Troubles du sommeil : Des troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie).
- Perte d’intérêt : Une perte d’intérêt pour les activités sociales ou personnelles.
- Sentiment de culpabilité : Un sentiment de culpabilité associé à une perte d’estime de soi.
- Sentiment d'échec : Un sentiment d’échec dans le rôle de mère.
- Pensées suicidaires : Des pensées suicidaires avec un risque de passage à l’acte.
- Rejet du bébé : Un rejet du bébé ou des difficultés à nouer un lien mère/bébé…
Symptômes Physiques
Outre ces symptômes psychologiques, peuvent s’ajouter des symptômes physiques, tels que la perte de cheveux (ou alopécie du post-partum), des changements cutanés (peau plus relâchée, plus sèche, acné…), des troubles du sommeil, déjà bien perturbé par les réveils nocturnes. Les changements hormonaux peuvent également provoquer divers symptômes physiques :
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- Perte de cheveux : Pendant la grossesse vous aviez probablement de très beaux cheveux, c’est parce que vous n’en perdiez quasiment plus grâce aux œstrogènes qui stimulaient votre organisme et prolongeaient ainsi la vie de vos cheveux. Quelques jours après l’accouchement (voir quelques semaines ou mois si vous allaitez) vous allez sûrement en perdre un peu, voire beaucoup pour certaines ! Pas d’inquiétude, c’est très fréquent et cela est un des symptômes du bouleversement hormonal que vous êtes en train de vivre.
- Changements cutanés : Après l’accouchement, la carence hormonale a tendance à ternir le teint et la peau à s’assécher.
- Douleurs mammaires : Après l’accouchement, différentes douleurs plus ou moins importantes selon les femmes peuvent être ressenties au niveau des seins. Dans les jours ou semaines qui suivront l’accouchement (si vous n’allaitez pas au sein), vos seins vont peut-être vous sembler moins toniques qu’avant. Certaines femmes trouveront que leur poitrine a diminué ou que leurs seins sont tout mous. Il est aussi possible que les mamelons grossissent, brunissent ou soient plus proéminents après un allaitement maternel. C’est normal, ces phénomènes sont liés à l’imprégnation hormonale.
- Vergetures : Les vergetures apparaissent de manière très inégale chez les femmes. Ces petites cicatrices sont d’abord violettes puis blanchissent avec le temps. Elles sont très visibles pendant la grossesse et vont diminuer de plus en plus lorsque la peau reprendra sa tension initiale (ou à peu près initiale !). Sachez que les vergetures peuvent apparaître aussi après l’accouchement.
- Diastasis recti : Pendant la grossesse, le « grand droit », un muscle situé à l’avant de l’abdomen est étiré et distendu puis s’écarte pour laisser l’utérus grandir (pendant la grossesse votre utérus passe de la taille d’une figue à une grosse pastèque). On remarque alors au niveau du ventre deux saillies verticales séparées par un creux lorsque le ventre est contracté. Dans les jours qui suivent l’accouchement cet écartement peut être d’une largeur de deux doigts.
Impact de l'Allaitement sur les Hormones
L'allaitement a un impact significatif sur les niveaux hormonaux après l'accouchement. La prolactine, hormone responsable de la production de lait, est élevée pendant l'allaitement. L'ocytocine, hormone de l'attachement et de l'éjection du lait, est également libérée lors des tétées. Ces hormones contribuent au bien-être émotionnel de la mère et favorisent le lien avec son bébé.
Sevrage et Chute Hormonale
Depuis l’arrêt de votre allaitement, quelques symptômes de type dépressifs se font sentir au quotidien. Pas de panique : la chute hormonale provoquée par la fin de votre allaitement ne peut pas passer inaperçue. Elle est tout à fait normale étant donné l’intensité physique et émotionnelle du lien qui se tisse entre vous et votre enfant pendant les tétées. Ce Milk-Blues est d’autant plus intense si l’arrêt de l’allaitement survient soudainement, et non de façon progressive. Terminée donc la libération des endorphines, hormones du bien-être, dont vous profitiez pendant l’allaitement. Autres événements au-delà des hormones pouvant faire chuter le moral : le rejet de vos seins par votre tout-petit et le passage au lait industriel peuvent vous rendre triste. Mais aussi les modifications corporelles avec le passage d’une poitrine ronde et généreuse sous allaitement à une sensation de seins vides et de poitrine qui disparaît. L'arrêt de l'allaitement, qu'il soit progressif ou brutal, entraîne une diminution des niveaux de prolactine et d'ocytocine. Cette chute hormonale peut provoquer des symptômes similaires à ceux du post-partum, tels que la tristesse, l'irritabilité et la fatigue.
Milk-Blues : La Dépression Post-Sevrage
Comme le dit Nathalie, au moment du sevrage naturel, il y a « à la fois de la nostalgie, de la joie, de la tristesse, tout cela mêlé qui se noue dans mon cœur ». Et pour Flore, « avec le dernier allaitement vient aussi la conscience que c’est un autre âge qui s’annonce, où il n’y aura plus de nouvel enfant. Ce sentiment de deuil, de « cœur lourd », peut chez certaines aller jusqu’à ce qu’on appelle maintenant un milk blues (mot construit sur le modèle de baby blues), voire une dépression post-sevrage (avec de l’anxiété, des insomnies…). Le milk-blues est une réalité pour de nombreuses femmes après l'arrêt de l'allaitement. Les symptômes peuvent inclure :
- Culpabilité, irritabilité, perte de plaisir : Le sentiment de ne pas être à la hauteur de son rôle de mère (…), une culpabilité, l’impression de ne pas être en mesure de s’occuper de votre bébé, un sentiment d’irritabilité et de rejet de votre enfant.
- Anxiété : Une extrême anxiété.
- Perte d'intérêt : Un désintérêt pour les activités habituellement agréables et une perte du plaisir lors de leur réalisation.
- Épuisement : Un épuisement permanent ou des problèmes de sommeil (dormir trop ou pas assez), une perte d’appétit, un sentiment de grande tristesse sans raison apparente et la volonté de rester seule, de se replier sur soi-même.
- Perte de contrôle : L’impression d’avoir perdu le contrôle et de ne pas pouvoir prendre de décisions.
- Modifications des relations familiales : Des modifications des relations familiales.
Autres Troubles et Douleurs Post-Accouchement
Outre les changements hormonaux, plusieurs autres troubles et douleurs peuvent survenir après l'accouchement.
Douleurs et Cicatrisation
Près de 30 à 60% des femmes ont une déchirure de la peau (muqueuse), du vagin ou parfois du muscle lors de l’accouchement. Malgré d’éventuelles déchirures (épisiotomie, césarienne…) vous pouvez aller à la selle même s’il n’est pas rare de ne pas y aller les 48 premières heures.
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- Déchirures et épisiotomie : Vous pouvez prendre des granules d’Arnica et de Graphite 9 CH, 3 granules deux fois par jours pour aider à la cicatrisation. La plupart du temps les fils utilisés pour la suture sont résorbables et tomberont tous seuls dans les 10 jours qui suivent l’accouchement. Vous pouvez prendre des granules d’Arnica et de Staphysagria 9 CH, 3 granules deux fois par jours pour aider à la cicatrisation. Appliquez dès la fermeture de la cicatrice, une crème réparatrice et apaisante. Pour allaiter au sein ou donner le biberon à votre bébé sans solliciter votre cicatrice de césarienne, procédez de même que pour un périnée douloureux. Préférez la position semi-assise ou allongée. Placez un coussin d’allaitement sous votre coude afin de bien relâcher le haut du dos. Laissez tomber vos épaules quand vous êtes installée pour nourrir votre enfant ce qui préviendra des douleurs au niveau du haut du dos et des épaules. Vous pouvez prendre des granules d’Arnica et de Staphysagria 9 CH, 3 granules deux fois par jours pour aider à la cicatrisation. Si vous avez tendance à mal cicatriser (tendance à la cicatrisation inflammatoire de type chéloïde) rapprochez-vous d’une sage-femme ou d’un kinésithérapeute pour masser la cicatrice dès sa fermeture. Le massage optimise la qualité de la cicatrisation. Vous pourrez par la suite vous auto-masser à l’aide d’une crème cicatrisante après résorption ou ablation des fils ou agrafes. Il est possible d’utiliser la técarethérapie pour aider la cicatrisation.
- Césarienne : Vous pouvez avoir mal aux épaules car une poche d’air peut rester dans votre abdomen et faire pression au niveau du diaphragme ou passe un nerf qui traverse l’épaule. La cicatrice peut être très sensible au départ puis tirailler et démanger en même temps que le processus de cicatrisation. La peau autour restera longtemps insensible due à la section des nerfs. Trouver la bonne position n’est pas toujours facile, préférez la position semi-assise dans votre lit pour ne pas tirer sur votre cicatrice. Une fois le pansement de la cicatrice retiré, vous pourrez vous laver avec un savon doux. Pensez à sécher en tamponnant avec votre serviette. Vous pourrez appliquer une crème cicatrisante dès que vous aurez l’accord de votre sage-femme. Vous pourrez masser la cicatrice dès que celle-ci sera bien fermée et que vous vous en sentirez capable. L’idée est de mobiliser les tissus autour de la cicatrice et de faire un petit palper-rouler avec cette dernière. L’objectif étant de bien la décoller des plans sous-jacents pour limiter les adhérences.
- Douleurs à la selle : N’hésitez pas à mobiliser doucement votre périnée en faisant comme si vous vouliez vous retenir de faire pipi durant l’expiration. Si vous présentez des fissures anales, l’exonération des selles peut être très douloureuse et provoquer des saignements.
Autres Problèmes Fréquents
- Hémorroïdes : Les hémorroïdes (petits vaisseaux qui se dilatent sous l’effort de la poussée soit lors de l’accouchement soit lors d’un passage aux toilettes) peuvent aussi être responsables de douleurs et de saignements. Environ 20% des femmes en souffrent mais ce n’est qu’un mauvais moment à passer.
- Descente d'organes : Plusieurs facteurs peuvent favoriser une descente plus ou moins importante des organes pelviens. La grossesse et l’accouchement par voie basse avec ses poussées provoquées sur les organes peuvent en faire partie. Durant l’accouchement, suivez bien les exercices de respiration vus en amont avec votre sage-femme. Durant les 6 semaines après l’accouchement (au minimum), évitez toutes hyperpressions abdominales. Si vous êtes constipée pendant et après l’accouchement, ne forcez pas en retenant votre respiration. Après l’accouchement, allongez-vous dès que vous pouvez. Vous pouvez aussi bander votre bassin dès après l’accouchement. Le bandage du bassin permet de se sentir plus à l’aise lorsque l’on est debout et prévient la descente d’organes due à la laxité ligamentaire de cette période.
- Peau sèche : Pensez également à protéger votre visage du soleil (même en ville) pour éviter l’apparition du masque de grossesse.
Solutions et Conseils pour une Transition Harmonieuse
Il est crucial de mettre en place des stratégies pour gérer les changements hormonaux et les autres défis post-partum.
Soutien Émotionnel et Professionnel
Ces symptômes doivent alerter la jeune maman ainsi que son entourage. Un suivi par les sages-femmes, les médecins ou des professionnels spécialisés en santé mentale est primordial pour prévenir toute aggravation.
- Parler et décharger : Décharger auprès de vos proches, peut aussi s’avérer nécessaire pour traverser cette complication transitoire. L’oreille neutre et l’expertise de spécialistes comme votre sage-femme ou un psychologue peut vous être d’une grande aide : en effet plusieurs mois après l’accouchement, nombreux sont les proches qui n’estiment pas l’impact de l’arrêt de l’allaitement sur votre santé mentale et qui n’auront en conséquence pas la disponibilité d’écoute dont vous avez besoin.
- Contacter des professionnels : Dès la grossesse, il est ainsi conseillé tant pour accompagner son projet d’allaitement, bien vivre son post-partum et la reprise du travail, de prendre des contacts.
- Être attentive à son bébé : Il y a des bébés qui pleurent plus que d’autres. Sachez que votre bébé est sensible aux émotions de ses parents et en particulier les vôtres. Il ressent le stress de sa maman et comme il ne peut s’exprimer il essaiera probablement de communiquer avec vous par le pleur qui est son seul moyen de communication. Ne restez pas avec vos angoisses ou inquiétudes si vous en avez. Vous pouvez utiliser le ballon de grossesse pour bercer bébé : portez votre bébé contre vous, asseyez-vous sur le ballon et faites des petits rebonds sur le ballon. Dans votre ventre, bébé avait l’habitude du mouvement haut/bas lors de la marche.
Retour aux Habitudes et Bien-Être
- Accepter et retrouver ses habitudes : Pour pallier cette chute de moral, n’hésitez pas à aller au bout des retrouvailles avec votre « vie d’avant » : s’accorder de vrais temps pour vous, que ce soit des plages horaires suffisantes pour avancer sereinement dans votre travail, des heures pour pratiquer votre sport et/ou vos loisirs préférés, ou encore voir vos amis. Autant de moments bien-être au quotidien libérateurs de sérotonine et d’ocytocine pour assurer les sensations de plaisir et d’attachement.
- Mobilisation précoce : On recommande de plus en plus une mobilisation précoce dès le premier jour après l’accouchement. Cela permet de reprendre conscience de cette zone qui a été fortement étirée lors du passage du bébé. L’exercice de contraction/décontraction est alors recommandé. Pour travailler le muscle transverse (muscle du ventre plat) et le périnée en même temps, commencez par expirer profondément.
Soins et Prévention
- Soins de la peau : Pensez à vous hydrater la peau avec un baume relipidant avant, pendant et après la grossesse.
- Rééducation abdominale : Pour réduire le diastasis, il faut renforcer les muscles profonds. Commencez par une rééducation hypopressive abdominale chez un kinésithérapeute qui pourra suffire à diminuer l’écartement d’un léger diastasis.
- Alimentation et hydratation : Pensez à boire suffisamment au quotidien.
Gestion des Visites et du Stress
- Éviter le stress : Un bébé qui passe de bras en bras tout l’après-midi lors des visites sera beaucoup moins paisible le soir venu. Pensez à vous et à votre bébé.
- Limiter les visites : Évitez les visites au moins le premier jour de l’accouchement. Si vous êtes fatiguée, n’ayez pas peur de le dire clairement à vos visiteurs.
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