Dans le monde du sport, où la performance et le dépassement de soi sont rois, des athlètes exceptionnelles brisent les barrières et défient les préjugés. Ces championnes, atteintes de trisomie 21, incarnent la détermination, la résilience et la passion, prouvant que le handicap n'est pas un frein à la réalisation de soi. Elles inspirent par leurs parcours, leurs succès et leur engagement, ouvrant la voie à une société plus inclusive et respectueuse des différences.
Cléo Renou : Une Nageuse Étoile Filante
Sous son bonnet et derrière ses lunettes, Cléo Renou est une nageuse comme les autres, si ce n'est qu'elle est atteinte de trisomie 21. À 17 ans, cette jeune femme originaire de Redon (Ille-et-Vilaine) est championne du monde du 50 m papillon dans sa catégorie. Elle a déjà nagé au Mexique, au Canada et en Australie.
« Quand je suis dans l'eau, je me sens comme tout le monde. Comme les gens ordinaires », confie-t-elle. Sa mère, Alexandra, ajoute : « Elle est juste extraordinaire ». Son entraîneur, Bertrand Sébire, souligne qu'elle a le même statut que Florent Manaudou ou Teddy Riner sur les listes ministérielles des athlètes de haut niveau.
Cléo a commencé la natation à l'âge de 10-11 ans, suivant l'exemple de sa grande sœur Zoé. Elle a débuté dans un club avec des nageurs ordinaires, participant à des courses où elle arrivait souvent dernière. Mais sa détermination et sa persévérance l'ont poussée à progresser, jusqu'à intégrer une section de sport adapté et à remporter des victoires.
« Ce jour-là, j'ai dit maman, c'est fini : je ne serai plus jamais la dernière », se souvient-elle. Sa mère, admirative, confie : « À chaque fois que je la vois nager, j'ai les larmes aux yeux. À chaque fois ! C'est une telle fierté… »
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Bien que son handicap lui ferme les portes des Jeux paralympiques, Cléo se console avec les Global Games en Australie, l'équivalent des JO pour les déficients mentaux. Elle est également étudiante en CAP pour devenir vendeuse et effectue des stages dans une enseigne d'articles de sport, où elle conseille les clients au rayon natation.
« Le sport l'a beaucoup aidée, admire sa maman. C'est grâce à lui qu'elle est ce qu'elle est devenue : une jeune fille épanouie, radieuse et autonome. Les victoires, elle s'en moque. Ce sont nous, ses proches, qui sommes fiers pour elle. Le sport lui a donné de la confiance. À sa naissance, ma fille n'avait pas tous les atouts pour réussir, mais elle est allée les chercher pour être heureuse. C'est une belle revanche sur la vie. »
Marie Graftiaux : Une Moissonneuse de Médailles
Marie Graftiaux, issue d'une famille de grands sportifs, a été élevée dans l'amour du sport et le bonheur du dépassement de soi. Pour elle, l'eau est son élément depuis qu'elle est bébé. Elle a déjà été championne du monde en relais 4 x 50m, en nage libre, en relais 4 x 100m nage libre, en 100m brasse-200m brasse, en 100m papillon et en 4 x 200m nage libre.
Marie a décroché six médailles d'or et cinq d'argent en 12 courses lors des Virtus Games. Des performances qui viennent garnir un palmarès déjà bien fourni puisqu'elle compte aussi 9 titres de championne du monde.
Malgré son incroyable palmarès, Marie Graftiaux ne peut pas participer aux Jeux paralympiques de Paris 2024. « C'est mon rêve d'y être, je me battrai à la vie à la mort pour y arriver », martèle-t-elle.
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Sa mère, Anne-Françoise Van de Velde, explique que les athlètes qui ont un handicap mental ne peuvent concourir qu'en athlétisme, en natation et en tennis de table. De plus, il n'y a qu'une seule catégorie pour les handicaps mentaux, ce qui désavantage les personnes trisomiques en raison de leur plus petite taille ou de leur rythme cardiaque. Elle plaide pour une classification plus précise.
Clément Colomby : Un Triple Champion du Monde de Ski Nordique
Fraîchement sacré triple champion du monde de ski nordique, Clément Colomby nous raconte son quotidien en tant qu'athlète porteur de trisomie 21. Comme beaucoup d'enfants originaires des Alpes, Clément Colomby a grandi au rythme des sorties en montagne, entre randonnées et sessions de ski. Dès l’âge de 6 ans, il a intégré les cours de l'École du ski français (ESF), en commençant par le ski alpin avant de se tourner vers le nordique. Clément est immédiatement à l’aise sur ses skis et, très vite, il se distingue de ses camarades.
Le jeune Isérois a deux petits trucs en plus : le talent et une anomalie chromosomique, la trisomie 21. Quelques années plus tard, le pari est réussi. Clément, désormais âgé de 33 ans, est sur un petit nuage depuis quelques jours. Le sportif revient tout juste des Championnats du monde de paraski adapté, qui se sont déroulés à Bessans (Savoie). Une trentaine d’athlètes considérés comme déficients intellectuels, porteurs de trisomie 21 ou autistes, s’y sont affrontés. L'équipe de France a récolté quinze médailles et Clément n'y est pas pour rien. Trois nouvelles médailles d'or se sont ajoutées à sa collection déjà bien remplie.
Les médailles de Clément sont le fruit de plusieurs années de travail acharné. "Qu'il se fasse repérer était une chose. Après, il a fallu lui trouver un club spécifique pour qu'il puisse suivre l'entraînement d'un sportif de haut niveau", détaille sa mère, Marie-José Colomby. C’est là que les choses se sont corsées. Clément a une petite vingtaine d'années quand il trouve enfin une structure pour l'entraîner. Il s'agit du club Ski nordique Belledonne Chamrousse (SNBC) qu'il n'a jamais quitté.
Un entraînement d'athlète de haut niveau exige aussi un accompagnement personnalisé. Dans le cadre de ses Mondiaux de ski nordique, Clément s'est entraîné à raison de trois fois par semaine en plus d'une séance de kiné hebdomadaire. Un rythme soutenu qui lui permet d'être intraitable sur les pistes.
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Toujours avide de victoires et insatiable de compétition, Clément ne se contente pas seulement de ski nordique. Le sportif a appris les fondamentaux de la natation en même temps que ceux du ski, avec la même passion et la même détermination. Là encore, il excelle et collectionne les médailles. Un rythme intense qui lui convient parfaitement. "J’aime me battre pour y arriver", confie le jeune homme. Sa mère l'assure, il ne renonce jamais, même dans les moments les plus difficiles.
Clément est le premier Français porteur de trisomie 21 à avoir bénéficié d’une convention d’aménagement d’emploi (CAE) dans le secteur public. "Je travaille dans les espaces verts et, grâce à cette convention, j’ai du temps pour m’entraîner, tout en continuant à percevoir un salaire lorsque je pars en stage avec l’équipe de France", détaille-t-il.
Clément a besoin de plusieurs mains pour compter le nombre de médailles qu'il a gagnées, entre les compétitions de ski et de natation. "Les JO, c’est mon rêve", martèle le champion qui, à défaut d’avoir pu participer à ceux de Paris l’été dernier, a été un des porteurs de la flamme. "Une immense fierté", assure-t-il.
Les Défis et les Espoirs du Sport Adapté
Ces athlètes, comme beaucoup d'autres porteurs de trisomie 21, se heurtent à des obstacles spécifiques dans le monde du sport. L'un des principaux défis est l'accès aux compétitions de haut niveau, notamment les Jeux paralympiques. Depuis 2000, les personnes atteintes d’un handicap intellectuel accèdent de plus en plus difficilement aux Jeux paralympiques.
Cette année-là, les Jeux de Sydney ont été marqués par un scandale de tricherie : certains joueurs de l’équipe espagnole de basket s’étaient fait passer pour des personnes déficientes mentales lors des Paralympiques. Vingt-cinq ans plus tard, Clément et sa mère espèrent que les handicaps cognitifs pourront retrouver leur place dans la famille paralympique.
Un autre défi est le manque de visibilité et de soutien financier. Entre manque de visibilité et faible présence de sponsors, Clément est un sportif de haut niveau qui performe loin des feux des projecteurs.
Malgré ces obstacles, l'espoir demeure. La mobilisation de la FFSA (Fédération Française du Sport Adapté) et les discours officiels lors des championnats du monde à Bessans vont dans le sens d'une meilleure inclusion des athlètes porteurs de trisomie 21 dans le monde du sport.
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