Introduction
Claude Nougaro, figure emblématique de la chanson française, a marqué son époque par son style unique, mêlant poésie, jazz et rythmes du monde. Cet article explore sa biographie, de ses racines toulousaines à son héritage artistique, en passant par les moments clés de sa carrière et l'engagement de ses proches pour faire vivre sa mémoire.
Les Racines Toulousaines et l'Éveil Musical (1929-1950)
Claude Nougaro voit le jour le 9 septembre 1929 à Toulouse, au 56, boulevard d'Arcole. Ses racines familiales sont profondément ancrées dans la région. Ses grands-parents maternels, Thérèse Tellini née Rabbione, piqueuse de bottines, et Armand Tellini, électricien, sont originaires du Piémont italien et ont immigré en France vers 1905. Ses grands-parents paternels, Cécile Nougaro née Rougé, sage-femme, et Alexandre Nougaro, planton à la mairie de Toulouse, sont respectivement nés à Toulouse et à Muret. C'est d'ailleurs sa grand-mère Cécile qui l'aide à naître. Ses parents, Liette Tellini, née à Brignoles dans le Var en 1906, et Pierre Nougaro, né à Toulouse en 1904, sont tous deux artistes. Pierre est chanteur d'opéra, premier baryton à l'Opéra de Paris, et Liette est professeure de piano, ayant obtenu un premier prix au conservatoire.
En raison des fréquentes tournées de ses parents, Claude est élevé par ses grands-parents paternels dans le quartier des Minimes à Toulouse. Il grandit dans un cadre modeste et ne voit ses parents que sporadiquement. C'est pendant cette période qu'il découvre la musique grâce à la TSF de ses grands-parents. Il écoute Glenn Miller, Édith Piaf, Bessie Smith et Louis Armstrong, des artistes qui l'inspirent et l'influencent profondément. Il dira plus tard que New York est la ville-phare qui a éclairé l'ombre de son enfance.
Sur le plan scolaire, son parcours est irrégulier. Il est inscrit au lycée Rollin à Paris en 1943. Entre 1944 et 1947, il fréquente successivement l'abbaye-école de Sorèze, le collège privé Montaigne à Vence, puis le collège de Cusset, près de Vichy, où il échoue au baccalauréat en 1947. Il se lance alors dans le journalisme et travaille pour un journal à Vichy, puis en Algérie pour « La Dépêche de Constantine ».
En 1949, Claude Nougaro effectue son service militaire à Rabat au Maroc, une période marquée par dix mois passés au cachot.
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Les Premiers Pas dans le Monde Artistique (1950-1962)
De retour à Paris, Claude Nougaro vit chez ses parents, avenue des Ternes. Il continue à écrire, notamment des chansons pour Marcel Amont (Le Barbier de Séville, Le Balayeur du roi) et Philippe Clay (Joseph, la Sentinelle). Il rencontre également Georges Brassens, qui devient son ami et mentor.
En 1954, il commence sa carrière sur scène en récitant ses poèmes au Lapin Agile, un cabaret parisien de Montmartre fréquenté par Jean-Roger Caussimon. Il envoie également des textes à Marguerite Monnot, compositrice d'Édith Piaf, qui les met en musique (Méphisto, Le Sentier de la guerre).
C'est au Lapin Agile qu'il décide de chanter ses propres textes pour gagner sa vie, à partir de 1957. Il se produit également dans d'autres cabarets, comme La Maison Rose de Germaine Pichot à Montmartre, le Liberty's, La Tête de l'art et Zèbre.
En parallèle, il continue à écrire pour d'autres interprètes, parmi lesquels Jacqueline François, Philippe Clay et Marcel Amont.
En octobre 1958, le label Président édite ses premiers enregistrements, suivis d'un 33 tours 25 cm intitulé "Il y avait une ville" l'année suivante. Cependant, le succès ne se manifeste qu'en 1962, avec son arrivée chez Philips et la rencontre avec son directeur artistique Jacques Canetti.
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La Consécration et les Années Philips (1962-1975)
C'est en 1962 que Claude Nougaro connaît son premier grand succès avec les chansons "Une petite fille" et "Cécile ma fille" (dédiée à sa fille Cécile, née en 1962). Ces chansons le font immédiatement connaître du grand public, bien qu'il ait déjà commencé à percer en faisant les premières parties des concerts de Dalida.
Le 9 juin 1963, en pleine tournée, un accident de voiture près de Roanne le cloue au lit pendant plusieurs mois. Cet événement marque un tournant dans sa carrière.
À partir de 1964, il est accompagné par l'élite des jazzmen français, notamment le pianiste Maurice Vander, l'organiste Eddy Louiss, le contrebassiste Luigi Trussardi et le batteur René Nan. Maurice Vander deviendra son principal partenaire musical, arrangeur, pianiste et co-compositeur.
En 1965, à la mort de son ami Jacques Audiberti, il lui écrit un hommage en chanson, "Chanson pour le maçon".
Malgré son opposition farouche à la politique, les événements de Mai 68 lui inspirent la chanson "Paris Mai", qui est interdite d'antenne car jugée subversive.
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Sa chanson "Toulouse" est un vibrant hommage à sa ville natale.
Les Années Barclay et le Départ pour New York (1975-1987)
En 1975, Nougaro quitte Philips pour Barclay.
En 1985, après un album jugé décevant, Barclay ne renouvelle pas son contrat. Claude Nougaro vend sa maison de l'avenue Junot à Montmartre et part pour New York, en quête d'inspiration.
Nougayork et le Retour au Succès (1987-2004)
À New York, produit par WEA, il écrit et enregistre l'album "Nougayork", sous la direction de Philippe Saisse et Mick Lanaro. En 1987, la chanson titre "Nougayork" devient l'un de ses plus grands succès.
En 1989, il récidive avec l'album "Pacifique". Les titres "Énergie" et "Vive l'alexandrin" sont des succès. "Toi là haut" est dédié à son père décédé en 1988, tandis que "Toulouse to win" est la seconde chanson qu'il consacre à sa ville natale.
Sa santé se dégrade à partir de 1995, année où il subit une opération du cœur.
De 1998 à 2004, il se consacre davantage à des concerts et des festivals. En 2002, il tourne dans toute la France avec "Les Fables de ma fontaine", un spectacle où il déclame plusieurs de ses textes dépouillés de leurs habillages musicaux.
En 2003 et 2004, alors qu'il est déjà gravement touché par la maladie, il prépare un nouvel album pour le label jazz Blue Note Records, réalisé par Yvan Cassar. Cet album, intitulé "La note bleue", sortira après sa mort.
Claude Nougaro s'éteint le 4 mars 2004 à Paris, des suites d'un cancer. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.
Vie Privée et Famille
Claude Nougaro a eu plusieurs relations importantes dans sa vie.
En 1955, il rencontre Sylvie, hôtesse au cabaret Le Lapin Agile à Montmartre. Leur fille, Cécile, naît en 1962. Il lui dédie la chanson "Cécile, ma fille", écrite à sa naissance et parue en 1963.
En 1967, il entame une relation avec Odette, d'origine arménienne. Ils se marient le 10 mars 1969.
En 1975, il rencontre Marcia, divorcée du guitariste brésilien Baden Powell. Il lui dédie la chanson "Marcia Martienne". Leur fils, Pablo, naît en 1977.
La même année, il fait la connaissance d'Hélène sur l'île de La Réunion. Kinésithérapeute originaire de Toulouse, elle devient sa quatrième épouse. Ils se marient en 1994. Il la surnomme « la femme de ma mort ».
Outre Cécile et Pablo, Claude Nougaro a eu deux autres filles, Fanny et Théa.
L'Héritage et la Mémoire de Claude Nougaro
Depuis sa disparition, sa dernière épouse et ses enfants ont eu à cœur de faire vivre sa mémoire et son œuvre.
Cécile a créé à Toulouse "La Maison Nougaro", inaugurée le 9 septembre 2019, et y organise des expositions et des concerts. Cette maison, située dans la maison éclusière du Canal de Brienne, est un lieu de rencontres et d'échanges autour de l'œuvre de Claude Nougaro. Le projet a nécessité trois millions d'euros, dont 2,5 millions pour la réhabilitation du lieu. Cécile a quitté l'Orne pour se consacrer à ce projet. Elle s'est entourée d'une douzaine de Toulousains pour mener à bien cette aventure.
Fanny a créé le site officiel "claudenougaro.fr" et gère "Nougaro Éditions" qui regroupent les deux derniers albums et de nombreux inédits.
Théa a publié en 2014 un livre sur la relation d'une fille à son père intitulé "J’entends encore l’écho de la voix de papa". Elle a également publié un livre-disque pour enfants intitulé "Claude Nougaro, enchanté !", comprenant douze chansons illustrées.
De nombreuses villes françaises ont rendu hommage à Claude Nougaro en donnant son nom à des écoles, collèges, lycées, rues et salles de spectacles. Une Place Claude Nougaro a été inaugurée le 28 novembre 2019 à Paris XVIIIe.
Depuis le 9 septembre 2019, la péniche "Sanctanox", amarrée dans le port de l’Embouchure à Toulouse, permet de relier les visiteurs à l’artiste. La péniche accueille près de 10.500 visites individuelles par an. Des expositions temporaires y sont organisées, comme celle consacrée à la vie de Sylvie, la première femme de Claude Nougaro.
Distinctions
Claude Nougaro a reçu plusieurs distinctions au cours de sa carrière, notamment :
- Deux "Victoires de la Musique" en 1988 pour "l’album Nougayork" et pour "le meilleur interprète masculin".
- La Légion d'honneur, remise à Toulouse le 23 mars 1991 des mains du Maire Dominique Baudis.
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