La position de l’Église catholique sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet complexe, marqué par une doctrine ferme et une évolution pastorale. L'Église catholique s'oppose catégoriquement à l'avortement (IVG), suggérant que la vie humaine est sacrée et inviolable dès la conception. Cet article explore en profondeur cette position, en abordant ses fondements doctrinaux, son évolution au fil du temps, les nuances apportées par les papes successifs, et les défis posés par la légalisation de l'IVG dans de nombreux pays.
Une opposition catégorique fondée sur la sacralité de la vie humaine
L’Église catholique considère que la vie humaine doit être respectée et protégée de manière absolue depuis le moment de la conception. Dès le premier instant de son existence, l’être humain doit se voir reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels le droit inviolable de tout être innocent à la vie. L’avortement constitue une « atteinte à la vie en son commencement » et représente un acte moral inacceptable quelles qu’en soient les circonstances. Cette position s’appuie sur l’enseignement traditionnel de l’Église depuis ses origines, même si l’IVG est une pratique moderne.
« Tu ne tueras pas » : tel est le cinquième commandement du décalogue, les dix commandements donnés par Dieu à son peuple. L’Écriture précise l’interdit du cinquième commandement : « Tu ne tueras pas l’innocent ni le juste » (Ex 23, 7). Le meurtre volontaire d’un innocent est gravement contraire à la dignité de l’être humain, à la règle d’or et à la sainteté du Créateur.
Textes clés et fondements doctrinaux
Au XXe siècle, des textes comme la constitution Gaudium et Spes du Concile Vatican II et l’encyclique Evangelium Vitae de Jean-Paul II ont éclairé les débats.
Gaudium et Spes
Gaudium et Spes aborde la question de l’IVG dans le cadre plus large de la dignité de la personne humaine et du respect de la vie. Ce texte de 1965 réaffirme l’enseignement de l’Église concernant la valeur de la vie humaine dès sa conception, dans le chapitre intitulé «La dignité du mariage et de la famille», au paragraphe 51.
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Evangelium Vitae
Dans son encyclique, Jean-Paul II souligne quant à lui que la vie humaine est inviolable dès le moment de la conception. Il rejette tout argument qui tenterait de relativiser cette position en fonction de circonstances particulières ou de la viabilité du fœtus. Il précise que la dignité de l’être humain ne dépend ni de son âge ni de son état de développement, mais de sa nature même d’être humain créé à l’image de Dieu. Jean-Paul II critique vivement les sociétés modernes qui, à travers la légalisation de l’avortement, considèrent cet acte comme un droit. Il qualifie ces législations de manifestations de la « culture de la mort », qui méprise la valeur de la vie humaine au profit du relativisme moral. Le pape Jean-Paul II a réaffirmé cette position en 1995 dans son encyclique Evangelium Vitae.
Évolution du discours et accompagnement
Néanmoins, l’Eglise, consciente que cette position pourrait être mal comprise et sembler exclure les personnes concernées, a modifié sa position dans deux directions : la promotion des arguments pour la vie plutôt que les condamnations de l’IVG et l’accompagnement des personnes. Bien que la doctrine reste inchangée, le discours de l’Église évolue. Progressivement, pour des raisons pastorales et de l’ordre de la miséricorde, l’Eglise préfère utiliser des arguments empruntés au registre des droits de l’homme et entend défendre les droits de l’enfant à naître. Elle souligne aussi les risques psychologiques pour les femmes ayant recours à l’IVG, souvent négligés. Pour le pape François, cette position s'inscrit « dans la défense de tous les droits humains ».
Actions concrètes et soutien aux femmes
Ainsi, face à la légalisation et à la constitutionnalisation de l’IVG, l’Église soutient des actions concrètes non violentes de ses fidèles. Elle peut lancer, par la voix de ses pasteurs, des appels « au jeûne et à la prière » ; elle encourage le soutien aux femmes enceintes en difficulté et propose un accompagnement psychologique et spirituel post-avortement. Plus largement, l’Eglise inscrit sa position dans une défense globale de la vie « de la conception à la mort naturelle ». Elle veut faire entendre la promotion des droits des femmes et des enfants, ses appels à une politique familiale plus ambitieuse.
Le cas particulier du viol
On parle beaucoup ces jours-ci d’avortement suite à un viol. Triste à dire, un homme politique par ailleurs excellent a bêtement pataugé dans un domaine explosif, et y a frotté une allumette. Un viol est souvent la plus dévastatrice épreuve physique et émotionnelle qui puisse survenir dans la vie de sa victime. Elle peut en ressentir une culpabilité, une tristesse, et une dépression. Les victimes de viol qui en parlent se disent salies. Voilà pourquoi le cas du viol est un des plus durs à aborder pour les pro-vie, et certes des plus difficiles à comprendre pour les autres. Logique inattaquable: un enfant à naître est un être humain unique qui, par nature, jouit de certains droits. Ces droits, dont le premier est le droit à l’existence, sont inaliénables, même au nom d’autres droits, y-compris le soulagement de la terrible peine de la victime d’un viol. Très honnêtement, bien des gens pensent que ce n’est pas sérieux, et certains considèrent que les « pro-vie » sont des « sans-cœur ».
Selon la Présidente de « Feminists for life » 2 Serrin Foster il est évident que la victime d’un viol a surtout besoin d’être entourée de tout l’amour et de toute l’aide possibles. Pour certains, « si vous contraignez une femme à porter l’enfant de son violeur, chaque jour de ces neuf mois lui rappellera l’épreuve la plus traumatisante de sa vie.» Il y a là bien du vrai. Si vous considérez que l’enfant est complice du crime, alors sa présence quotidienne sera une épreuve de chaque jour. En fait, c’est une réalité émotionnelle pour de nombreuses jeunes femmes porteuses d’une grossesse non désirée, et pas seulement victimes d’un viol. Mais certaines victimes de viol se trouvant enceintes peuvent considérer autrement l’enfant à venir. Les enfants conçus lors d’un viol peuvent être le témoignage vivant de cette vérité incontournable: un enfant est un don de Dieu.
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L'excommunication et la miséricorde
L’Église catholique considère que l’avortement est un infanticide, et les personnes impliquées dans un avortement font l’objet d’une excommunication. L’excommunication prive de la possibilité de recevoir les sacrements. Les personnes qui participent à un avortement et les parents qui le font volontairement sont excommuniés seulement s’ils sont catholiques, s’ils sont conscients du degré de gravité de cet acte, et s’ils agissent librement.
L’Église n’exclut personne et souhaite que les femmes qui ont avorté, même quand elles étaient conscientes de la gravité de cet acte, puissent se sentir accueillies et aimées. Les chrétiens ne condamnent pas les femmes qui ont avorté ou les personnes qui ont réalisé ces avortements. Ils veulent que ces personnes puissent s’ouvrir à la vie et accueillir le pardon de Dieu. Mais pour cela il faut aussi prendre conscience du mal, du fait que l’avortement est le meurtre d’un être humain. Dieu pardonne toujours, mais pour accueillir son pardon il faut être conscient que l’on a besoin d’être pardonné. Les chrétiens sont appelés à faire découvrir à tout être humain qu’il est aimé. Si une femme ayant avorté se sent rejetée par des chrétiens, c’est que ceux-ci n’ont pas été fidèles à leur vocation.
La miséricorde est l’amour que Dieu porte à ceux qui sont faibles et pécheurs. Elle ne consiste pas seulement dans le pardon des péchés. Si Dieu me pardonne et que cela ne change rien à ma vie, je ne suis pas plus avancé… La miséricorde propose aussi une espérance, un chemin de vie. La personne qui a avorté peut se relever et vivre, être source de vie pour ceux qui l’entourent, même si elle a un jour choisi la mort. Le bonheur est possible pour tous, personne n’est exclu, même si Dieu ne nous promet pas que la vie sera facile sur cette terre.
La faculté d'absoudre le péché d'avortement
Le pape François a en effet décidé, lundi 21 novembre, de « concéder » à tous les prêtres « la faculté d’absoudre le péché d’avortement » commis par ceux qui s’en repentiraient. Cela peut concerner les femmes qui ont recouru à une interruption volontaire de grossesse (IVG), mais aussi les personnels soignants qui l’ont pratiquée. Pour l’Eglise catholique, l’avortement est un acte jugé si grave qu’il entraîne l’excommunication de ceux qui le commettent. Jusqu’à présent, le pouvoir d’absoudre ce « péché » était réservé aux évêques, qui pouvaient le déléguer aux prêtres de leur diocèse. En septembre 2015, le pontife argentin avait accordé cette faculté aux prêtres pour l’Année de la miséricorde. C’est cette mesure, initialement transitoire, qui est aujourd’hui pérennisée.
Dans une lettre apostolique intitulée Misericordia et misera, François rappelle « de toutes [s]es forces » qu’il n’est pas question pour l’Eglise de modifier son jugement sur l’IVG : « L’avortement est un péché grave, parce qu’il met fin à une vie innocente. » Mais, justement parce qu’il est grave, la réponse de l’Eglise catholique doit pouvoir témoigner du caractère inépuisable de pardon divin. « Je peux et je dois affirmer avec la même force qu’il n’existe aucun péché que ne puisse rejoindre et détruire la miséricorde de Dieu quand elle trouve un cœur contrit », affirme la lettre. « Que chaque prêtre se fasse donc guide, soutien et réconfort dans l’accompagnement des pénitents sur ce chemin particulier de la réconciliation », ajoute le pontife.
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Diversité des opinions au sein du christianisme
Le christianisme n’est pas tout à fait unanime sur la question de la moralité de l’avortement, mais la majorité des Églises chrétiennes assimilent cet acte au meurtre d’un être humain. Devant le drame de l’avortement, les chrétiens ont compassion des enfants à qui l’on ne permet pas de naître, mais aussi des femmes qui ont avorté, et des personnes qui ont commis des avortements.
À l’heure actuelle, les Églises luthérienne et réformée ont un point de vue beaucoup plus favorable à l’avortement que les autres confessions chrétiennes. Certains membres de ces Églises ont même été très actifs pour obtenir la légalisation de l’IVG en France. La Communion Protestante Luthéro-Réformée, qui réunit les quatre Églises luthériennes et réformées de France, s’est exprimée en faveur de la constitutionnalisation de l’avortement en France, se plaignant que « les religions [aient] été présentées comme un bloc ‘‘contre’’ cette démarche ».
L'évolution des opinions chez les catholiques français
Un sondage BVA pour Aujourd'hui en France/Le Parisien dimanche montre une image plutôt progressiste des croyants français. C'est notamment le cas sur l'avortement, que 90% des catholiques interrogés disent approuver, selon cette étude BVA pour Aujourd'hui en France/Le Parisien dimanche. Sans surprise, les non-pratiquants y sont les plus favorables (97%), mais ils sont tout de même 63% à se prononcer pour chez les pratiquants réguliers.
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