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Catherine Gueguen : Neurosciences Affectives et Accompagnement de l'Enfant

Introduction

Les neurosciences affectives et sociales offrent une perspective novatrice sur le développement du jeune enfant, soulignant l'immaturité de son cerveau avant l'âge de 5 ans. Cet article explore comment les adultes, en particulier les professionnels de la petite enfance, peuvent optimiser l'accompagnement de l'enfant en tenant compte de ces découvertes. L'approche met l'accent sur l'importance d'une attitude empathique et bienveillante, l'aide à l'expression des émotions, la création d'un environnement positif et la prévention des violences éducatives ordinaires.

L'Impact des Neurosciences Affectives et Sociales

Les neurosciences affectives et sociales, apparues à la fin du XXe siècle, se penchent sur les mécanismes cérébraux qui sous-tendent les émotions, les sentiments et les compétences relationnelles. Elles révèlent que la qualité de la relation - empathique, soutenante et aimante - est primordiale pour le développement optimal du cerveau de l'enfant. L'objectif est de favoriser une écoute mutuelle, où chacun se sent compris dans ses émotions et pensées, et où l'empathie permet de ressentir et de comprendre l'expérience de l'autre.

Cette approche, lorsqu'elle est adoptée au sein d'une équipe, renforce l'adhésion de ses membres, favorisant la solidarité et la collaboration. Le soutien mutuel devient alors essentiel pour faire face aux défis que représente l'accueil des jeunes enfants. L'empathie implique de ressentir et de comprendre ses propres émotions (auto-empathie) ainsi que celles d'autrui, et de chercher à apporter du bien-être à ceux qui sont en détresse, une attitude appelée sollicitude empathique.

Il est crucial pour les professionnels de différencier les émotions des enfants de leurs propres émotions, car porter la souffrance des enfants peut mener à des difficultés personnelles, voire à l'épuisement professionnel. Bien que cela soit particulièrement complexe pour les parents, reconnaître et gérer cette distinction est essentiel pour accompagner efficacement les enfants.

Aider l'Enfant à Exprimer Ses Émotions

Un enfant qui tape, griffe ou mord exprime généralement un besoin profond non satisfait (attention, affection, calme, jeu, etc.). Son cerveau émotionnel et archaïque le pousse à agir ainsi, et non par méchanceté. Il est donc impératif d'éviter de qualifier l'enfant de "pas gentil," car cette humiliation verbale est nuisible à son cerveau fragile et malléable.

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Lorsqu'un enfant adopte un tel comportement, il traverse une véritable tempête émotionnelle. L'apaiser devient la priorité, plutôt que de le punir, ce qui ne ferait qu'intensifier son stress. Cela ne signifie pas qu'il faut le laisser faire sans réagir. Il faut lui dire fermement : « On ne mord pas. » Ensuite, il est important de l'aider à verbaliser ses émotions : « Étais-tu en colère ? T'ennuyais-tu ? Avais-tu besoin qu'on s'occupe plus de toi ? » Même si l'enfant ne parvient pas immédiatement à exprimer son émotion, il peut au moins se connecter aux différentes émotions qui lui sont présentées. Un encouragement tel que « Je te fais confiance, tu vas apprendre à ne plus taper » peut également être bénéfique.

Les recherches sur le cerveau de l'enfant confirment que l'apaisement, l'aide à l'expression des émotions et l'encouragement favorisent la maturation du cerveau, en particulier les circuits et les structures cérébrales qui permettent de gérer les émotions et les impulsions. Il est également essentiel de s'occuper de la victime en l'aidant à exprimer ses émotions : « Cela t'a mis en colère ? Es-tu surpris ? Inquiet ? » Cet accompagnement demande du temps et de l'attention.

Créer un Cercle Vertueux par l'Exemple

Les professionnels peuvent parfois avoir l'impression de manquer de temps, mais s'occuper d'un enfant qui mord ou qui pleure n'est jamais une perte de temps. Les autres enfants observent et apprennent comment on prend en charge une personne en détresse avec sollicitude. En montrant un comportement adapté, les professionnels servent de modèles puissants que les enfants imitent grâce à leurs "neurones miroirs." Progressivement, les enfants apprennent à s'entraider et à se consoler mutuellement avant même l'intervention des adultes.

La vie en collectivité est une opportunité d'apprendre l'entraide, la coopération et l'empathie. Les professionnels ne sont pas seulement des modèles pour les enfants, mais aussi pour les parents et les collègues. Adopter les mêmes comportements bienveillants au sein de toute la communauté contribue à faire progresser la société dans son ensemble. Nos actions ont un impact profond sur le fonctionnement des molécules cérébrales, des circuits neuronaux et même l'expression de nos gènes.

Le maternage - prendre soin, rassurer, sécuriser, consoler - n'est pas réservé aux tout-petits. À tout âge, on peut en avoir besoin. Les parents maltraitants ont souvent besoin d'être maternés eux-mêmes pour ensuite être capables de prendre soin de leur enfant, créant ainsi un cercle vertueux. Le maternage peut modifier certains gènes, permettant aux personnes d'être plus résilientes face au stress, et agir sur l'hippocampe, la partie du cerveau qui régit les capacités d'apprentissage et de mémorisation.

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Prévenir les Violences Éducatives Ordinaires

Malgré les preuves scientifiques de leurs effets néfastes, beaucoup de gens ont encore recours à la violence physique en croyant bien faire, reproduisant souvent ce qu'ils ont eux-mêmes subi. Les professionnels ont un rôle de soutien à jouer auprès de ces parents (et de tous les autres) pour les aider à trouver d'autres solutions, un rôle de co-éducation. Cependant, ils ne sont pas toujours assez nombreux pour assurer une présence adéquate auprès des enfants et des parents.

La recherche scientifique, notamment les travaux de Rebecca Waller, démontre les conséquences négatives des éducations punitives et sévères sur le développement des enfants. Ces pratiques peuvent rendre les enfants et adolescents agressifs, anxieux, dépressifs, durs, insensibles et les conduire à des difficultés psychologiques, voire psychiatriques, avec des addictions et même des suicides. Il est donc vital d'arrêter d'humilier et de punir les enfants.

Dans le monde entier, les enfants subissent quotidiennement des punitions corporelles et des humiliations au sein de leur famille, des institutions ou à l'école. Si 53 pays, dont 32 en Europe, ont adopté une loi pour interdire et dénoncer ces pratiques, la France maintient encore un droit de correction. Des associations telles que Stop VEO et certains députés militent pour que la loi abolisse enfin les violences envers les enfants, suivant l'exemple de la Suède, premier pays à avoir interdit ces pratiques il y a plus de quarante ans, transformant ainsi toute sa société.

L'importance de la Formation et de la Communication Non Violente

Catherine Gueguen souligne l'importance de la formation des professionnels de la petite enfance à la relation. Une attitude bienveillante permet de développer les compétences relationnelles et émotionnelles de l'enfant, ainsi que ses capacités intellectuelles et son sens moral. Elle encourage les adultes à se comporter comme ils souhaitent que les enfants se comportent, en utilisant leurs neurones miroirs pour influencer positivement le comportement des enfants.

La Communication Non Violente (CNV) est un outil précieux pour aider les professionnels à gérer les situations difficiles sans recourir à la punition. Par exemple, face à un enfant qui mord, il est important de rappeler la règle (« On ne mord pas ») sans le punir, car la punition montrerait que seuls les rapports de force permettent de régler les conflits.

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