Bruno Ginesty, un Toulousain de 35 ans, a opéré une reconversion professionnelle étonnante et inspirante. Après avoir passé des années dans le monde exigeant de la musique classique, il est devenu une figure incontournable du ménage, partageant sa passion et ses astuces avec une communauté grandissante sur les réseaux sociaux. Son parcours atypique, marqué par des défis et des opportunités, témoigne d'une capacité remarquable à se réinventer et à trouver sa voie.
Un coup d'arrêt inattendu et une renaissance
Alors qu’il envisageait de manager d’autres artistes au début de l’année 2020, la pandémie est venue donner un coup d’arrêt brutal et sans appel à ses projets, au mois de mars. Plutôt que de passer le confinement à Paris, Bruno Ginesty décide de regagner la maison familiale en région toulousaine, auprès de sa mère et quelques-uns de ses six frères. C'est dans ce contexte particulier que Bruno Ginesty a redécouvert une passion enfouie et a trouvé une nouvelle vocation.
La naissance d'un influenceur du ménage
En même temps qu’il se consacre au décapage de la maison familiale, Bruno Ginesty en profite pour créer un compte Instagram (instagram.com/bgin.clean) où il montre les avants/après de ses interventions. « Au départ, c’était juste pour la sphère familiale et amicale », précise-t-il. Ce qui n'était qu'un simple passe-temps s'est rapidement transformé en un véritable phénomène.
Au fil des vidéos, sa communauté augmente, en même temps que sa popularité qui lui vaut sa première interview pour la Radio Occitanie. Un mois plus tard, il a plus de 1000 abonnés. Tout s’enchaîne. Un article dans Le Monde le propulse en pleine lumière. Suivent TF1, 7 à 8, 66 minutes sur M6 puis Brut. Son compte Bgin Clean totalise plus d’un million de followers sur les réseaux.
Le succès de Bruno Ginesty réside dans sa capacité à aborder le ménage de manière positive et accessible. Pour le Toulousain, le mot ménage ne doit pas rimer avec corvée. « Pour cela, il faut instaurer de petites routines quotidiennes. Par exemple, je prends ma douche, je la rince à l’eau froide, je passe un coup de raclette et je sèche. La saleté fraîche s’en va plus vite. Pour le linge, Bruno Ginesty conseille de bien l’étendre, par famille, de bien laisser passer l’air, « on gagne du temps, c’est moins froissé », dit-il. Pour la poussière, « c’est toujours de haut en bas. Son livre regorge de conseils, d’astuces mais je ne donne jamais de leçon.
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"Ménagez & vous" : Un livre qui cartonne
Fort de ce succès, le Toulousain reçoit des propositions de maisons d'édition. C’est comme cela qu’il vient de publier « Ménagez & vous » chez Marabout. Dans cet ouvrage, Bruno Ginesty parvient, sans difficulté aucune, à communiquer sa passion pour le ménage. Le fait qu’un homme s’empare de ce domaine suscite la curiosité «mais ce n’est pas cela qui explique mon succès mais plutôt le fait que j’aborde le sujet de façon positive.
Un parcours atypique : de l'opéra au ménage
Plus jeune, Bruno n’avait pas de grandes ambitions. « J’étais un élève médiocre », résume-t-il, abrupt. Adolescent, il redouble sa quatrième, puis sa troisième et finit par être envoyé en pension par ses parents. « Ils m’ont dit : “On ne peut plus rien faire pour toi.” J’ai détesté cette période : j’avais deux ans de retard et mes camarades étaient bien plus jeunes que moi… ».
Mais à quelque chose malheur est bon : l’établissement invite un jour une cantatrice, qui interprète un extrait du Magnificat de Jean-Sébastien Bach devant les élèves de sa classe. Médusé, il se découvre une soudaine passion pour la musique lyrique. « J’étais complètement bouleversé. À partir de là, tout change. Il se met réellement à travailler, rattrape son retard, et trouve la motivation pour les études. Son père refuse qu’il parte pour Paris avant d’avoir suivi une voie plus générale. Bruno passe donc par une école de management à Marseille, avant de rejoindre la capitale. Là, il suit un stage de trois mois à l’Opéra Garnier, entre l’atelier lyrique et le travail de bureau. « Après cette expérience, c’était décidé, je vivrai à Paris ! J’ai intégré la Sorbonne pour prouver à mon père que je méritais que l’on me fasse confiance. Et s’il le fallait, j’étais prêt à trouver un job payer mes études moi-même !
En 2010, il devient contrôleur de billets au théâtre des Champs-Élysées. Il y travaille, mais il y passe aussi tout son temps libre. « C’était un job de rêve ! Je pouvais assister aux répétitions et écouter les plus grands artistes du monde. Malheureusement, mes camarades de Master n’étaient pas du même avis et j’étais très mal perçu dans ma promo. Pour des gens prétendument ouverts, ils avaient un jugement très négatif sur l’opéra, qu’ils considéraient comme élitiste, un art de bourgeois. »
Au théâtre des Champs-Élysées, il côtoie la célèbre productrice Jeanine Roze et finit par connaître tout le monde. Fier de son évolution, son grand-père lui offre de belles chaussures en cuir qu’il portera durant ces trois années. « Je rentrais tous les soirs avec les pieds en feu, mais heureux ! Alors qu’il est incrit en Master 2 à l’université, Bruno apprend l’existence du Master spécialisé Médias, Arts et Création à HEC. Décidé à l’intégrer, il met toutes les chances de son côté : « J’ai postulé pour faire un stage au Met de New York avant même de passer l’entretien à HEC. Dominique Meyer, l’ancien directeur du théâtre des Champs-Élysées, Thérèse Cédelle, l’ancienne agent de Natalie Dessay, et Christian Schirm, le directeur de l’Opéra de Paris, m’ont tous les trois écrit une lettre de recommandation pour Peter Gelb, le directeur du Met. Il était d’accord pour me prendre, mais ne pouvait pas me payer. Il vit à Harlem avec un colocataire musicien, assiste aux répétitions, arpente les coulisses, anime les entractes des concerts, transporte des bijoux pour les cantatrices… « Je pensais parler anglais, jusqu’à mon premier jour, où on m’a demandé d’appeler les RH (“HR”).
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De retour en France, Bruno s’installe en colocation dans le 15e arrondissement de Paris avec son meilleur ami et futur associé Romain qu’il a rencontré à HEC. Ils arrivent tous les matins sur le campus à bord de la vieille voiture de son ami, avec trois autres camarades. Si une chose a marqué son esprit lors de ses études sur les bancs d’HEC, c’est le discours d’ouverture : Apprendre à oser. « Après avoir passé ma vie à galérer, j’avais enfin trouvé une passion et c’est ce qui m’a permis d’oser. Ce laïus a résonné en moi comme une évidence. » Bruno travaille avec acharnement, y apprend les étiquettes, se réjouit de rencontres et se dit que rien n’est impossible. Sauf peut-être de joindre travail et plaisir : « Je n’ai assisté à aucune des fameuses soirées du jeudi.
Diplôme en poche, le jeune passionné retourne à son ancien travail aux côtés de Jeanine Roze, ravie de dire à ses amies qu’elle avait engagé un HEC : « C’est moi qui l’ai formé, le petit ! » Au sein de l’illustre théâtre, Bruno s’occupe de l’organisation des concerts, des répétitions, de la venue des artistes et également de la communication. « J’adorais bosser pour eux, mais je n’étais payé que le SMIC, alors que je m’investissais à 100% toute la semaine et même le dimanche ! Pour le remercier de ses années de bons et loyaux services, Jeanine le met en relation avec Emmanuelle Haïm, une célèbre cheffe d’orchestre pour qui Bruno a une vive admiration. « C’était le rêve ! Je suis devenu son tour manager et j’étais à mon compte. Je parcourais l’Europe et les États-Unis avec elle et j’ai eu la chance de rencontrer un très grand nombre d’artistes exceptionnels, tels que Natalie Dessay avec qui je suis devenu ami. Bruno s’occupe de la communication, des relations presse, de la vente de concerts… Il devient assistant personnel. « Je faisais tout. Trop. Et à la fin, je me perdais. Les projets échouaient parce qu’on me donnait trop peu d’infos. Et on me rendait responsable. Les tensions vont crescendo lorsqu’il annonce son départ. Après trois mois de préavis extrêmement tendus, Bruno quitte le navire. C’est violent, difficile, mais libérateur. « Je me suis dit que j’allais prendre deux semaines off sans ouvrir mon ordinateur, quitter mon appartement pour en trouver un autre à 400 m.
Le confinement : une révélation
Mais le destin a d’autres plans pour Bruno. Dans la maison familiale de Toulouse, Bruno renoue avec son autre passion : le ménage. Troisième enfant d’une fratrie de sept, il a cultivé cette disposition dans son jeune âge. « Quand j’étais enfant, la première chose que je faisais lorsque mes parents n’étaient pas à la maison, c’était passer le balai et l’aspirateur. J’ai toujours aimé rendre service et j’aimais les voir heureux de rentrer dans une maison propre. Du temps, il en a à revendre et c’est ce qui lui donne l’idée de lancer son compte Instagram. Pourquoi Bgin Clean ?
« Sans minimiser le drame que ça a été pour beaucoup, moi, ce confinement m’a sauvé. J’étais épuisé. Pour la première fois depuis des années, je pouvais souffler. Il commence alors à filmer, d’abord timidement, puis avec un enthousiasme croissant, des vidéos de ménage. Brosse dans une main, savon de Marseille dans l’autre, il nettoie des tapis, plaques de cuisson et fonds de cuvette sous l’œil attentif de son téléphone. Seules ses mains apparaissent à l’image, et joint au geste des commentaires en voix off, sur un ton bienveillant et drôle.
Fidélité et authenticité : les clés du succès
De sa première vidéo aux 30 abonnés, à son succès actuel, il a franchi beaucoup d’étapes. Il explose sur les réseaux mais demeure fidèle à ses principes. « Je ne veux pas faire semblant. Je n’ai jamais voulu faire de la promo pour des produits que je n’utilise pas. Il refuse plus de 300 collaborations. Travaille en off pour Diptyque, la SNCF, Darty. Et publie un livre, Ménage & vous, aux éditions Marabout, qui se vend très bien, et l’aide à alléger ses dettes.
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« Je n’ai pas de planning de publication. Toutes mes vidéos sont déstructurées et c’est ce que j’aime ! Tout marche à l’instinct en fonction des commentaires ou des messages que je reçois. » Bruno conserve seulement quelques gimmicks pour l’identité de la chaîne : son intro « Bonjour les amis ! », son outro « Bref, je ne sais pas pour vous, mais moi je suis heureux », qui constituent sa signature. « Les gens aiment généralement bien ma manière de m’exprimer, ça les fait rire, alors tant mieux.
Bgin : une marque responsable
Refusant de faire des collaborations, Bruno a fondé sa propre marque : Bgin. C’est avec son meilleur ami et associé Romain, qu’ils ont lancé la start-up en mai dernier grâce à une campagne de crowfunding sur KissKissBankBank. Pour l’instant, Bgin ne propose qu’une seule gamme de produits essentiels (savon de Marseille, pierre blanche et un multi-usage). L’objectif : rendre le ménage plus agréable et limiter au maximum le plastique du packaging pour des raisons écologiques. « Je veux que notre marque soit la plus responsable possible, même si je ne suis pas moi-même irréprochable dans mon mode de vie. Je me déplace à vélo et je n’achète jamais de fast fashion, mais à côté de ça, je fume comme un pompier et je ne suis pas végane. J’essaie avec mon compte de briser ce discours parfois trop culpabilisant.
Un artiste du quotidien
Il a quitté les coulisses des opéras pour les recoins des cuisines, troqué la loge des artistes pour des lavabos flamboyants, mais n’a rien perdu de son sens de la mise en scène. Avec sa bonne humeur contagieuse et ses manies bien rangées, Bruno Ginesty transforme le ménage en spectacle, les produits d’entretien en accessoires de théâtre. Il n’entend plus chanter Verdi, mais il enchante le quotidien.
Le baron du ménage s’attelle désormais à créer format de vidéos plus longues et plus travaillées. « Je veux aller à la rencontre des gens, c’est ce que j’aime le plus et aussi ce qui me manque le plus sur les réseaux sociaux.
Aujourd’hui, d’un point de vue professionnel, ce Toulousain de 35 ans, a définitivement quitté le monde de la musique et défend avec la même passion « un ménage noble ». « En écrivant, je voulais juste rendre service aux gens, pour de vrai », conclut Bruno Ginesty.
Un personnage paradoxal
C’est un personnage paradoxal : chaleureux et lumineux, mais en même temps bourré de TOC, Bruno Ginesty ne manque pas de singularité, et c’est ce qui fait son charme. Ce professionnel de la musique classique reconverti en gourou du propre a découvert sa nouvelle vocation à la faveur du confinement de 2020.
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