Guillermo del Toro, cinéaste éclectique et talentueux, nous invite à pénétrer dans un univers romantique et inquiétant avec Le Labyrinthe de Pan. Ce film, à l'instar de L'Échine du diable, revisite un aspect tragique de l'histoire de l'Espagne, la défaite de l'armée républicaine pendant la guerre civile.
Une Réinterprétation de l'Histoire Espagnole
Del Toro utilise la subtilité d’un roman de Henry James pour commencer son film, avant de le clore dans un déluge charnel et pulsionnel. Le film se déroule dans l'Espagne franquiste de 1944 et suit Ofelia, une jeune fille imaginative, qui, pour échapper à la dure réalité de son quotidien, se réfugie dans un monde fantastique peuplé de créatures étranges.
L'Évasion Fantastique d'Ofelia
Ofelia, confrontée à la brutalité de son beau-père, un capitaine franquiste impitoyable, et à la maladie de sa mère enceinte, découvre un labyrinthe mystérieux. Elle y rencontre un faune qui lui révèle qu'elle est en réalité une princesse d'un royaume souterrain et qu'elle doit accomplir trois épreuves pour prouver sa valeur et retrouver son véritable foyer.
Un Conte de Fées Sombre et Poétique
Le Labyrinthe de Pan est un conte de fées sombre et poétique qui explore les thèmes de l'innocence, de la résistance et du sacrifice. Le monde fantastique d'Ofelia est à la fois enchanteur et terrifiant, reflétant les horreurs de la guerre civile espagnole et la cruauté du régime franquiste.
Les Épreuves d'Ofelia : Un Chemin Semé d'Embûches
Les épreuves qu'Ofelia doit surmonter sont autant de défis qui mettent à l'épreuve sa détermination et sa capacité à faire face à la violence et à la corruption. Elle doit affronter un crapaud monstrueux, voler une dague à un ogre terrifiant et faire un choix déchirant pour prouver qu'elle est digne de son héritage.
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La Berceuse du Labyrinthe : Une Mélodie Mélancolique
La berceuse du labyrinthe est une mélodie mélancolique qui accompagne Ofelia tout au long de son voyage. Elle symbolise l'espoir et la promesse d'un monde meilleur, mais aussi la tristesse et la perte.
L'Interprétation du Film : Réalité ou Illusion ?
L'interprétation du film est ouverte à la discussion. Certains critiques considèrent le monde fantastique d'Ofelia comme une simple illusion, une fuite de la réalité. D'autres y voient une dimension spirituelle, une métaphore de la lutte entre le bien et le mal.
Une Allégorie de la Résistance
Quelle que soit l'interprétation, Le Labyrinthe de Pan est une œuvre puissante qui dénonce la barbarie de la guerre et célèbre la force de l'imagination et de la résistance. Ofelia, malgré son jeune âge, incarne l'espoir d'un avenir meilleur et la capacité de l'être humain à se battre pour ses convictions.
Un Film Hanté par les Références
Crimson Peak est un film intime et hanté, y compris par ses références. Guillermo Del Toro a une façon particulière de se réapproprier les éléments tout en jouant la carte du classicisme. Les tourments, les malédictions, les amours meurtris, la peur de la vie - et celle de la décomposition - suintent dans Crimson Peak, mais comme l’écho camouflé d’un créateur craignant le monstre de la vie à l’instar d’un enfant inquiet face aux cauchemars de la nuit. Cette carapace de conte gothique s’effrite enfin, se fissure et laisse transparaître une toute autre fragilité, bien plus autobiographique. Cette maison qui saigne et respire, c’est la terre de Del Toro, son Art, son âme.
Un Étrange Espoir
Pourtant Crimson Peak et ses spectres bienveillants ouvrent la porte sur un étrange espoir. Empreint de mélancolie, s’il commence de la même manière que Le Labyrinthe de Pan et que L’Echine du Diable, par une image où dominent le chaos et la désolation, suivie d’un retour en arrière, la fin est moins tragique. Dans les premiers plans des deux opus précédents, on pouvait voir un enfant à terre, gisant dans une marre de sang.
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L'Importance des Couleurs
Au cours des premières scènes d’épouvante, les intérieurs sont dominés par le rouge et le vert, à l’instar des films de Mario Bava qui créait des éclairages expressifs à partir des couleurs primaires. On pense notamment au sketch « La Goutte d’eau » dans Les Trois visages de la peur où les lumières vertes et rouges clignotent, en baignant d’une aura inquiétante l’appartement de Miss Chester.
Dans le film de Guillermo del Toro, le meurtre sauvage du père fait lui aussi l’objet d’une remarquable mise en scène où dominent les contrastes : ainsi le sang de la victime éclabousse puis inonde les carreaux immaculés de la salle de bain du club, scène dont le modus operandi et le cadre rappellent immanquablement Profondo Rosso de Dario Argento. On relève aussi dans Crimson Peak des effets d’écho ou de rime visuelle, procédé cher au réalisateur mexicain : ainsi deux scènes d’enterrement se répondent, à quelques années d’intervalle. Le jeu sur les perspectives et les forts contrastes donnent lieu ici à deux scènes de toute beauté.
Dans la première, deux rangées de personnages en deuil, dont les vêtements sombres se détachent sur la neige, encadrent le cercueil qu’on transporte jusqu’à sa dernière demeure. Dans la deuxième, la neige a laissé place à la pluie, comme pour suggérer une détérioration, une déliquescence qui épouse le destin de l’héroïne. Le délicat service à thé chinois, leitmotiv du film dans sa deuxième moitié et clin-d’œil au genre du film policier ou aux victimes des romans d’Agatha Christie, participe lui aussi de la poésie de Crimson Peak, d’autant qu’il est souvent redoublé d’une rime musicale, la berceuse que joue régulièrement Lucille au piano.
Enfin, le film est construit comme un diptyque pictural puisqu’à chaque espace correspond une palette cohérente : en Amérique dominent des tons beiges, or, orangés, qui semblent évoquer la douceur qui entoure Edith et le bouillonnement de ce nouveau monde.
Allerdale Hall : Un Personnage à Part Entière
Le manoir des Sharpe, lieu envoûtant et maléfique, joue un rôle tout aussi essentiel que les protagonistes de Crimson Peak, ce que confirme du reste le titre du film. Guillermo del Toro ne se cache pas d’avoir voulu faire d’Allerdale Hall le personnage principal de son film. Cette maison imposante mais vermoulue, témoignage de la grandeur passée de la famille, constitue bien l’enjeu de l’intrigue : c’est pour la conserver et la restaurer que Thomas et Lucile sont prêts à tout.
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La maison est envahie de papillons de nuit, qui agonisent faute d’avoir pu retourner à l’air libre. Ces papillons, montrés en gros plan, se font dévorer par d’autres insectes, et présagent du destin d’Edith, dont la vie elle aussi s’étiole, prise au piège de cette prison grandiose. Le manoir n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’imposante demeure délabrée et envahie par les araignées de Miss Havisham dans De Grandes Espérances, le roman de Dickens. Mais c’est peut-être Edgar Allan Poe qui constitue la source d’inspiration la plus manifeste pour Allerdale Hall dans Crimson Peak : dans sa nouvelle, la Chute de la maison Usher, les fissures de la maison symbolisent la décadence de la lignée et les héros de Poe, frère et sœur jumeaux, ont pu inspirer les Sharpe.
Cette ruine à venir des valeurs et du monde aristocratiques, Edith, la jeune américaine, ne semble pas y prêter attention. Elle n’est pas insensible aux marques de noblesse et de distinction liées au statut de son fiancé, et, sans se l’avouer, est grisée par ce rêve de grandeur. Poursuivant la réflexion entamée par Henry James dans ses meilleurs romans, le réalisateur mexicain oppose ici de manière subtile le vieux continent au nouveau monde, l’Angleterre aristocratique au dynamisme démocratique de l’Amérique, et fait se confronter deux systèmes de valeurs fondés sur le privilège ou le mérite.
La pâleur de sir Thomas Sharpe et de sa sœur les apparente à des vampires, ce qui ne fait que renforcer le mystère qui entoure leur identité et leur passé trouble. Mais au-delà de cette apparence sinistre, les personnages sont aussi des vampires dans la mesure où ils s’emparent de la fortune des êtres sur lesquels ils mettent la main. Incapables de subvenir à leurs propres besoins et de s’adapter à la modernité, ils sont anachroniques. L’usage qu’ils font du poison contribue à les rattacher à des êtres vampiriques puisqu’ils vident progressivement les autres personnages de leur force vitale.
Humour et Humanisme
En dépit de l’atmosphère crépusculaire qui imprègne Crimson Peak, le film de Guillermo del Toro n’est pas dénué d’humour et d’humanisme. L’humour apparaît ici et là, par petites touches. C’est ainsi un personnage de médecin, passionné de Conan Doyle, qui finira par mettre en pratique les leçons de Sherlock Holmes pour enquêter sur la disparition tragique du père de l’héroïne puis partir à la recherche de celle qu’il aime. A la différence des films d’épouvante typiques, les personnages de Crimson Peak ne sont pas monolithiques : même les méchants sont amenés à évoluer, à s’humaniser.
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