Introduction
La berceuse de Noël arménienne, bien que peu documentée individuellement dans les sources à disposition, s'inscrit dans un contexte culturel riche et complexe, influencé par des traditions musicales variées et des expériences historiques marquantes. Pour comprendre son histoire, il est essentiel d'explorer les éléments constitutifs de la musique populaire arménienne, ses liens avec d'autres cultures et les thèmes récurrents qui la caractérisent. Cette exploration nous mènera à travers l'Asie Mineure, le Caucase et au-delà, révélant les multiples facettes d'un patrimoine musical en constante évolution.
La Chanson Populaire en Asie Mineure : Un Carrefour d'Influences
La chanson populaire en Asie Mineure, et plus particulièrement sur les rives de la mer Égée, représente un véritable carrefour d'influences musicales. Le peuplement cosmopolite des villes côtières, comme Smyrne, favorise les échanges culturels et musicaux. Dès le XVIIIe siècle, et plus encore avec le développement des voies ferrées à la fin du XIXe, les échanges commerciaux et les déplacements des populations mettent en contact les centres urbains et les campagnes, les villes de la côte et l'intérieur des terres.
Smyrne, bien qu'étant le centre le plus important, n'est pas un lieu isolé. Des villes comme Salihli, Menemen, Pergame et Aïdin sont des lieux de rencontre de diverses influences culturelles. Les musiques byzantine, arabo-persane, ottomane et balkanique se mêlent à celles de la Grèce helladique. Ces influences se manifestent tant au niveau des formes musicales, des mélodies et des rythmes que des thématiques abordées dans les textes.
Des compositeurs et musicologues tels que Louis-Albert Bourgault-Ducoudray ont contribué à diffuser ces mélodies en Europe dès le XIXe siècle. Les enregistrements réalisés à Smyrne, les tournées européennes de l'Estoudiantina de Smyrne et les archives de recueils de chansons constituées par les Grecs dès les années 1920 témoignent de l'intérêt porté à ce patrimoine musical. Les textes des chansons sont une source essentielle pour l'étude de la mémoire, des fonctionnements sociaux, des modes de vie et des mentalités des populations de cette région.
La Chanson Populaire : Témoignage et Expression des "Patries Perdues"
La chanson populaire est considérée comme une "mémoire des patries perdues". Elle est avant tout un témoignage et une expression de ces "patries". Originale ou adaptée, elle est le produit de la petite bourgeoisie urbaine en pleine expansion de commerçants et artisans dans l'Ionie des années 1880-1922, période correspondant à la Belle Époque. Elle a traversé les décennies et les générations par la voie orale, jusqu'à l'arrivée du disque.
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Les Grecs d'Ionie, sujets de l'Empire ottoman, évoluent dans un contexte politique intérieur et international complexe. Victimes des relations particulières qui se développent entre le royaume de Grèce et l'Empire, ils sont objets d'expulsions et d'exactions. Des témoins tels que Georges Metsolis et Nicolas Horbos ont retranscrit les chansons de leur enfance à partir de leur mémoire et de carnets familiaux constitués avant et après 1922.
Les chansons populaires abordent des thèmes variés tels que l'amour, la famille, la vie quotidienne, les fêtes et les relations sociales. Elles témoignent d'une réelle douceur de vivre, mais aussi des plaintes, des lamentations et du désespoir. Elles dépeignent un monde fait de joies, de plaisirs, de déceptions et de drames. Un immense amour pour la terre ionienne, ses paysages et ses lieux de vie se dégage de ces chansons.
Thèmes d'Exil et d'Éloignement
Comme Phocée, les ports et l'Asie Mineure égéenne sont des lieux d'exil. Un creuset de thèmes communs enrichit la chanson populaire et donne quelques-uns des textes les plus originaux et les plus représentatifs d'une société marquée par l'éloignement et l'exil. Vont s'y ajouter les thèmes de l'exil des émigrés, de plus en plus de Micrasiates partant pour l'Amérique ou l'Australie, à partir de 1909 de ceux qui refusent d'effectuer le service militaire, devenu obligatoire, dans l'armée ottomane ; et à partir de 1912 de ceux qui s'engagent dans l'armée grecque durant les guerres balkaniques puis la Grande Guerre et celle de 1919-1922.
La Condition Féminine dans la Chanson Populaire
Dans la chanson d'amour, les conventions d'une société fermée séparent nettement les hommes et les femmes. La femme dévoyée est stigmatisée. Cependant, on note une évolution considérable de la condition féminine durant les deux décennies précédant la "Catastrophe", particulièrement dans la région de Smyrne. Traditionnellement, la femme joue un rôle fondamental dans l'ordre social et familial. Les témoignages vantent la beauté et l'allure des Smyrniotes. Les cartes postales montrent les lieux de vie dans lesquels elles évoluent. Si les "kentra" (tavernes où l'on joue de la musique) restent presque exclusivement réservés aux hommes, à partir de 1900 on voit de plus en plus de femmes les accompagner dans divers lieux de divertissement.
Les Fêtes et la Vie Sociale
Les "chansons d'Asie Mineure" (les Micrasiatika) sont jouées dans les cafés-aman et à l'occasion des fêtes qui rythment la vie sociale. Elles n'évoquent que rarement la "peur du Turc". Les naissances, baptêmes, mariages, enterrements, deuils, fêtes du nom, de la paroisse, du saint patron et pèlerinages sont des occasions de rencontres auxquelles toutes les générations et catégories sociales participent, entre autres par la chanson. Les mœurs, les liens sociaux et familiaux et les rituels présentent de très fortes analogies tout le long de la côte égéenne.
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Les jardins sont un thème d'inspiration favori montrant l'importance de la nature et l'amour que les Micrasiates portent à leur terre. Les chansons délivrent un lexique remarquable de fleurs, d'arbres et de fruits.
La Musique Arménienne : Traditions et Spiritualité
Dans le contexte du Caucase, la musique arménienne occupe une place importante. Les traditions musicales arméniennes sont riches et variées, allant des chants liturgiques aux mélodies populaires. La musique est souvent liée à la spiritualité et à l'expression de la foi.
La chercheuse Estelle Amy de la Bretèque a étudié les paroles mélodisées dans la communauté yézidie d'Arménie. Elle a montré que ce mode d'énonciation dépasse le cadre funéraire et représente une manière de se rapporter à la vie. Ses recherches portent sur les expressions musicales et poétiques du sacrifice de soi dans la Méditerranée orientale et le Caucase.
Berceuses Kurdes et Arméniennes à Istanbul
Estelle Amy de la Bretèque et Melissa Bilal ont étudié les berceuses arméniennes et kurdes à Istanbul. Ces berceuses témoignent des traditions et des cultures de ces communautés. Elles sont souvent chantées par les femmes et transmettent des valeurs et des histoires aux enfants.
Petit Papa Noël : Un Exemple de Chanson de Noël Universelle
Bien que n'étant pas une berceuse arménienne, la chanson "Petit Papa Noël" illustre la capacité d'une chanson de Noël à transcender les frontières et à devenir un hymne universel. Créée en 1946 par Raymond Vincy et Henri Martinet, elle a été traduite dans de nombreuses langues et reprise par d'innombrables artistes. Son succès témoigne du pouvoir de la musique à évoquer la magie et la joie associées à la saison des fêtes. L'histoire de sa création est aussi un exemple de comment une chanson peut naître d'un contexte particulier (la guerre) et évoluer pour devenir un message d'espoir universel.
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