La figure de Mozart, génie musical universellement reconnu, est auréolée de mythes et d'anecdotes, alimentant un imaginaire collectif riche et diversifié. Au-delà de son œuvre authentique, un certain nombre de compositions apocryphes lui ont été attribuées, participant à la construction d'une image de Mozart à la fois accessible et extraordinaire. Parmi ces œuvres, la question de l'origine de certaines berceuses attribuées à Mozart suscite un intérêt particulier, notamment en raison de leur impact sur la culture populaire et de leur rôle dans la perception du compositeur comme figure familière et rassurante.
Mozart et la Berceuse : Entre Authenticité et Apocryphe
Le terme « berceuse », issu du gaulois « berz » signifiant l'action de bercer, évoque une mélodie douce et apaisante destinée à endormir les enfants. La berceuse est rarement construite sur une dimension culturelle, mais plutôt biologique. Comme une ritournelle, elle se décline à conduire progressivement le bébé de l'état de veille vers le sommeil et ce, selon le tempérament de l'enfant et pour certains au niveau d'excitation où il se trouve, ralentir la berceuse dès qu'un certain apaisement est perçu. La tradition orale l'emporte sur l'écrit et se perpétue de mère en fille.
Dans le contexte de l'œuvre de Mozart, la notion de berceuse prend une dimension particulière. Si le nom de "berceuse" fait immédiatement penser à la berceuse en Ré bémol Majeur de Chopin, la berceuse sur un vieil air de Bizet, la berceuse de Donizetti, "le marchand de sable" de Brahms, la berceuse de Solveig de Grieg, "dors ami" de Massenet l'on découvre vite qu'il y en a bien d'autres. Certains mouvements d'oeuvres classiques tels que la romance de "la petite musique de nuit" de Mozart, les adagios des concerti pour piano et orchestre de Mozart et de Beethoven, sans oublier le "somnifère" adagio d'Albinoni peuvent apaiser les petits, même les plus agités. Au-delà des compositions explicitement désignées comme telles, certaines mélodies issues de ses œuvres lyriques ou instrumentales possèdent un caractère berçant et apaisant, propice à l'endormissement.
Cependant, certaines berceuses populaires attribuées à Mozart sont en réalité d'origine douteuse. C'est le cas notamment de la célèbre berceuse Schlafe, mein Prinzchen, schlaf’ ein (« Dors, mon petit prince, dors »), dont l'attribution à Mozart est aujourd'hui contestée.
Les Attributions Erronées : Un Phénomène Complexe
L'attribution erronée d'œuvres à Mozart est un phénomène complexe, lié à plusieurs facteurs :
Lire aussi: Pourquoi chanter des berceuses à votre bébé ?
- L'imprécision des pratiques éditoriales et archivistiques de l'époque : Du fait de l’imprécision des pratiques éditoriales et archivistiques de l’époque, l’on peut ainsi comprendre que des partitions de Johann Georg Reutter, de Josef Mysliveček, d’Antonio Salieri, aient parfois pu passer pour siennes.
- La volonté de capitaliser sur le nom de Mozart : Une autre catégorie d’erreurs d’attribution commises, pourrait-on dire, de bonne foi, réside dans les œuvres publiées immédiatement après la mort de Mozart - alors que les deux gros éditeurs du moment, Artaria à Vienne, Breitkopf à Leipzig puis Simrock à Bonn, s’employaient précipitamment à publier le plus de fascicules possibles, au prix quelquefois d’entorses à l’intégrité du catalogue.
- La construction du mythe Mozart : Tout comme Leopold Mozart avait jadis entrepris de construire un mythe autour de lui, Mozart se trouve immédiatement après sa mort recruté, cette fois par Constanze, au service d’un autre mythe : celui du génie maudit créant dans la douleur jusqu’à ses derniers instants. Ces pièces ont en commun de présenter un aspect ludique, voire ouvertement enfantin : en s’inscrivant dans le mythe de Mozart-enfant que nous évoquions plus haut, elles ont contribué à démystifier sa personnalité et son écriture toute entière, et à faire de Mozart une référence omniprésente et rassurante dans notre imaginaire collectif.
Dans le cas des berceuses, l'attribution à Mozart a pu être favorisée par l'image du compositeur comme enfant prodige, capable de créer des mélodies simples et touchantes dès son plus jeune âge.
"Eine Kleine Nachtmusik" : Plus qu'une Sérénade, une Source d'Inspiration
Il est important de noter que La Petite Musique de Nuit n’a rien d’une berceuse ! C’est une musique de fête qui enchantait les soirées de la noblesse autrichienne à la fin du 18e siècle mais qui se danse aussi très bien façon swing de la Nouvelle Orléans…Max Dozolme se penche sur quelques reprises d' Une petite musique de nuit de Mozart . Des versions des années soixante signées Claude Bolling, The Swingle Singers et Peter Schickele .
Une version de la Petite musique de nuit signée Claude Bolling où les cordes de Mozart dialoguent avec des vents, des cuivres, un banjo, un piano, une contrebasse et une batterie ! Une reprise des quatre mouvements de la Sérénade de Mozart sorti en 1965 sur l’album Jazzgang Amadeus Mozart. 1965 c’est à dire la même année que cette autre version de la Petite Musique de Nuit chantée par un ensemble spécialiste, lui aussi, du cross-over musical. Une reprise échevelée où vous aurez peut-être reconnu le timbre et la précision chirurgicale des Swingle Singers avec la soprano Christiane Legrand, la soeur aînée de Michel Legrand ou encore la contralto Anne Germain, doublure chant de Catherine Deneuve dans les films Peau d’Âne et Les Demoiselles de Rochefort. Nous sommes en 1965, c’est à dire un an avant la dernière reprise que je voulais vous faire écouter, peut-être la plus étonnante de toutes. Quand le premier concerto pour piano de Franz Liszt ou l'air "Là Ci Darem La Mano" de Mozart et tout un tas d’autres thèmes célèbres du classique se superposent à La Petite de Nuit de Mozart, cela donne Eine Kleine Nichtmusik, traduction : Un petit cauchemar musical. Une sorte de blind test composé en 1966 par Peter Schickele, musicien américain spécialisé dans les blagues musicales et qui mériterait bien un Maxxi Classique qui lui serait entièrement consacré !
L'Alphabet de Mozart : Une Plaisanterie Musicale Apocryphe
Une autre œuvre intéressante à considérer dans le contexte des attributions douteuses est l'Alphabet de Mozart (KV 294d puis 516f, et enfin K⁶ Anh. C 30:02). Cette petite partition à trois voix, appréciée de toutes les chorales germanophones et francophones, est connue sous le titre d’Alphabet de Mozart, parfois sous-titrée « Une plaisanterie musicale » (Ein musikalischer Scherz). La bibliothèque nationale la date arbitrairement de 1770 (pourquoi ? mystère) ; la référence francophone la plus développée demeure le site du « chœur de mariage » Éolides, selon lequel cet Alphabet aurait été « arrangé par C.F. Par » - et pourtant : nul besoin d’aller chercher bien loin pour trouver la première édition, publiée dans les années 1830 et revendiquée par un certain Carl Eduard Pax (1802-1867 ou 1869).
De ce dénommé Pax, peu de traces sont restées ; on trouve, tout au plus, un recueil de chansons pour enfants co-signé avec le poète Fallersleben, ainsi que quelques partitions chorales, sur des textes de Goethe ou des mélodies populaires. Est-il permis de supposer, pour autant, que ce nommé Pax serait également l’auteur de l’Alphabet ? L’hypothèse reste incertaine, puisque ses autres contributions le présentent bel et bien comme un arrangeur et collecteur plutôt que comme un compositeur à part entière ; du reste, son recueil précité qui nous est parvenu, comprend effectivement quelques mélodies célèbres de Mozart, ainsi que des mélodies populaires.
Lire aussi: Analyse musicale de La Reine des Neiges
Mozart, Compagnon de Nos Enfants : Un Emblème Culturel
De Mozart/enfant-génie, l’on en vient donc à Mozart/compagnon-de-nos-enfants : Wolfgang Amadeus n’est plus une référence musicale associée à un contexte historique et culturel identifiable, mais un emblème civilisationnel uchronique et intrinsèque, constitutif de notre éducation et de notre langue même.
Lire aussi: Berceuses Célèbres : Analyse et Exemples
tags: #berceuse #de #Mozart #origine