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Berceuse de Brahms : Paroles, Signification et Impact

La berceuse, plus qu'une simple mélodie, représente la musique originelle, un fredonnement principiel, le chant du lien et de l’apprentissage, à la fois puissant et constructif, porteur de multiples identités. Cet article propose un voyage subjectif et tendre à travers l'histoire de ce genre musical à part entière, des ritournelles sentimentales aux mélodies plus politiques, en se penchant particulièrement sur la berceuse de Brahms, son histoire, sa signification et son impact.

La Berceuse : Un Chant Rituel et Universel

La berceuse est la musique originelle, le fredonnement principiel, le chant du lien avec les parents, celui de l’apprentissage de l’oralité, de la parole, mais aussi celui de la première séparation. Car, même proches, ceux qui nous la chantaient le faisaient pour nous laisser au seuil du sommeil, où nous entrions seuls. Mais forts de chants aussi puissants dans ce qu’ils construisent de nous, qu’ils étaient doux à l’oreille, souvent porteurs d’une identité, et de toutes une foule de mises en garde. Elles ont tant compté dans nos vies ces berceuses qu’elles sont devenues un genre en soi, dont compositeurs et musiciens se sont servis à l’envie, pour gagner les foyers, pour faire passer des messages ou sentimentaux ou politiques.

Les définitions de la berceuse sont à la fois nombreuses et lacunaires, souvent définies par leur fonction plutôt que par leurs caractéristiques formelles. Bien que les spécialistes peinent à établir son périmètre précis, la berceuse est un objet en mouvement, suivant l’avancée du sommeil et la fatigue de la mère, une forme fragile qui ne se fige jamais. Ce chant rituel représente le lien qui accompagne à la fois l’éveil à la vie et le dernier sommeil.

Le mot anglais pour berceuse, "lullaby", dérive de "lull" (apaisement, endormissement) et "by" (proximité). Une autre étymologie possible viendrait de l'hébreu "Lilith", un démon féminin qui, dans la tradition, vole l'âme des enfants la nuit. La lullaby serait donc un chant pour garder l'enfant dans le monde des vivants. La berceuse est ambiguë, car le berceur est un passeur, facilitant la transition vers le sommeil en apprivoisant le noir et le silence. Cette proximité entre le sommeil et la mort est une réalité.

Wiegenlied de Brahms : Une Mélodie Inoubliable

La Wiegenlied, op. 49 n°4, plus connue sous le nom de Berceuse de Brahms, est l’une des mélodies les plus universellement reconnues au monde. La plupart d’entre nous ne se souviennent pas du moment où ils l’ont entendue pour la première fois. Une phrase mélodique simple se déplace pas à pas entre les notes adjacentes de la gamme, sans dissonance ni tension inattendue. Le rythme doux du 6/8 imite le bercement d’un berceau, créant un sentiment de chaleur et de sécurité. Un changement subtil dans l’harmonie lente et équilibrée évite l’ennui. Néanmoins, dès la deuxième répétition, on commence à s’assoupir. À la fin, le sommeil vous envahit.

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Cette berceuse est sans doute la mélodie la plus connue de l’œuvre de Brahms. Qui ne l’a pas déjà entendue dans son enfance ? La première strophe est un texte extrait d’un recueil publié entre 1805 et 1808 : Des Knaben Wunderhorn (Le Cor merveilleux de l’enfant), il regroupe près de mille chants populaires allemands, dont certains remontent au Moyen Âge.

Les paroles de la première strophe sont :

Guten Abend, gut’ Nacht,mit Rosen bedacht,mit Näglein besteckt,schlupf′ unter die Deck !Guten Abend, gut’ Nacht,von Englein bewacht,die zeigen im Traumdir Christkindleins Baum.

Traduction :

Bonsoir, bonne nuit,veillé par des roses,couvert de clous de girofle,glisse sous l’édredon !Bonsoir, bonne nuit,gardé par des anges,qui te montrent en rêvel’arbre de l’enfant Jésus.

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La berceuse de Brahms est d’une grande simplicité apparente : sa mélodie, identique pour chacune des strophes, est composée de deux phrases, elles-mêmes composées de deux parties. En musique, on compare cette structure classique de la phrase à un jeu de questions-réponses. Mais l’accompagnement du piano est subtil et délicat, et les accords syncopés de la main droite apportent le balancement propice au bercement.

La Genèse d'une Œuvre Empreinte de Nostalgie

L’histoire de l’écriture de cette œuvre par Johannes Brahms est aussi intéressante que l’œuvre elle-même.

Le génie de Brahms se manifeste par la variété de ses compositions. Le plus souvent, les structures complexes et les émotions profondes sont la norme. Ses œuvres orchestrales, ses concertos, son Requiem allemand et d’autres pièces de grande envergure comme celle-ci sont encore fréquemment joués aujourd’hui. Mais Brahms avait aussi la capacité de se ramener à un niveau auquel les gens ordinaires pouvaient s’identifier.

Le travail du compositeur sur sa vaste œuvre ne lui laissait que peu de temps pour établir une vie de famille. Le créateur de l’une des chansons pour enfants les plus populaires au monde ne s’est jamais marié et n’a pas eu d’enfant. Il a pourtant été amoureux à plusieurs reprises, souvent de femmes déjà conquises. Le cas le plus célèbre est celui de son affection non partagée pour la compositrice Clara Schumann, épouse de son ami Robert Schumann. Au lieu de l’amour, Brahms a vécu pour la musique.

L’une des plus importantes histoires d’amour ratées de Brahms a inspiré le Chant du berceau. La longue genèse de cette œuvre a commencé alors que Brahms était encore un beau jeune homme d’une vingtaine d’années, vivant à Hambourg, en Allemagne. Alors qu’il dirigeait le chœur de femmes de Hambourg (Hamburger Frauenchor), il rencontra Bertha Porubsky.

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Tous deux commencent à s’écrire et leur correspondance permet de retracer l’évolution de leur relation. Dans la première lettre qu’il lui adresse, datée du 9 octobre 1859, Brahms parle de Bertha comme d’une « amie vénérée et chère ». Il écrit : « J’aurais aimé que tu voies mon visage ravi lorsque j’ai trouvé tes lettres et que je les ai lues. La première belle écriture m’était déjà familière, je l’avais en effet contemplée ce dernier soir à Hambourg, et combien de fois depuis lors ».

L’amour commun de la musique et les expériences partagées entre Brahms et Bertha ont, comme on pouvait s’y attendre, conduit à une romance florissante. Ses adresses passent rapidement de « chère amie » à « dame vénérée », puis à « très vénérée ». Dans une lettre datée du 20 novembre 1859, il fait face aux « ragots » croissants qui entourent leur « correspondance clandestine », en déclarant : « Les bonnes filles semblent avoir les yeux fixés si inébranlablement sur leur carrière qu’elles flairent trop rapidement l’odeur de quelqu’un qui souhaite donner un coup de main à l’une d’entre elles ».

Au cours de leur relation, Bertha lui chanta une chanson d’amour autrichienne populaire, S’is Anderscht, que Brahms n’a jamais oubliée.

Après quelques années, leur relation s’est refroidie. La faute en incombe entièrement à Brahms, qui cesse soudainement de lui écrire, une habitude qui lui est propre. Bertha réagit en retournant à Vienne et en épousant le riche industriel Arthur Faber en 1863. Malgré leur passé, Brahms resta ami avec Bertha et Arthur jusqu’à la fin de sa vie, passant de nombreux réveillons de Noël avec eux.

À la naissance du deuxième enfant de Bertha, Brahms écrivit sa désormais célèbre berceuse pour commémorer l’événement. Pendant qu’il l’écrivait, il s’est tourné vers la vieille chanson d’amour que Bertha lui avait chantée un jour et l’a utilisée comme contre-mélodie dans l’accompagnement au piano. Dans une lettre datée d’août 1868, Brahms écrit au couple :« Frau Bertha verra tout de suite que j’ai composé hier le chant du berceau spécialement pour votre petit ; elle trouvera aussi tout à fait approprié, comme moi, que pendant qu’elle endort Hans, son mari lui chante et lui murmure une chanson d’amour. »

Brahms demanda également à Bertha de lui envoyer la musique et les paroles de la chanson, admettant que depuis les années où il l’avait entendue chanter, « elle ne bourdonne dans [s]on oreille que de façon approximative ».

L'Impact et les Bienfaits de la Berceuse

La Chanson du berceau a connu un succès immédiat auprès du public. Au cours des années qui ont suivi sa composition, elle a été arrangée sous différentes formes pour presque tous les instruments imaginables, du piano à l’orchestre de concert.

Non seulement sa popularité est indéniable, mais les avantages qu’elle procure à l’enfant qui l’écoute le sont tout autant. Il a été scientifiquement prouvé qu’exposer les enfants à des berceuses améliore le développement cognitif, la créativité et l’expression émotionnelle du jeune cerveau en développement.

Des études ont montré que les mères qui chantent à leur bébé améliorent leur développement. En outre, chanter ou jouer des berceuses à vos enfants ne doit pas nécessairement commencer à la crèche. Les bébés dans le ventre de leur mère sont capables d’entendre des sons dès la 16e semaine de grossesse. À la 24e semaine, ils sont capables de reconnaître la voix et le langage de leur mère. Les avantages cognitifs s’appliquent aussi bien aux enfants in utero qu’aux tout-petits. De nombreux enregistrements de la berceuse de Brahms peuvent être écoutés gratuitement sur internet.

Quiconque a déjà sacrifié une histoire d’amour pour poursuivre une carrière sait que, même dans les cas les plus réussis, la décision n’est jamais tout à fait agréable. À la fin de sa vie, Brahms regrettait de ne pas s’être marié et de ne pas avoir eu d’enfants. Dans sa Berceuse, on entend non seulement la douceur de la musique, mais aussi la nostalgie de ce qu’il n’a jamais eu.

La Musique In Utero : Un Éveil Précoce

De nombreux scientifiques se sont penchés sur l'influence de la musique sur les femmes enceintes et les fœtus. Alfred Tomatis, dans les années 80/90, a étudié la musicothérapie pendant la grossesse. Il semblerait que les femmes écoutant du Mozart ressentaient moins de stress et que leurs bébés reconnaissaient certaines musiques entendues au stade fœtal, y réagissant avec calme, comme avec la voix maternelle.

Une étude de 2017 a démontré que l’association entre sons et émotions durant la gestation se prolongeait au stade postnatal. Les mêmes conclusions pourraient être appliquées à l'espèce humaine : moins de stress pendant et après la grossesse, tant pour l'enfant que pour la maman.

Dès la 16ᵉ semaine, le système auditif de l’embryon se développe et perçoit les stimuli sonores environnants : battements de cœur, respiration, bruits intestinaux et la voix de la mère. L’Institut Marques de Barcelone a découvert que les fœtus réagissaient plus significativement à la musique diffusée par voie vaginale qu'abdominale, vocalisant en réponse à la musique, mais pas à la voix parlée. Cela a mené à la création du dispositif Babypod.

Il est important de limiter l’intensité sonore pour protéger le système auditif fragile du fœtus. L’écoute de musique in utero permet également d’écarter un risque de surdité si l’on observe des réactions du fœtus.

Playlist Idéale pour l'Éveil du Fœtus

Les recherches s’accordent à dire que la musique classique est la plus adaptée pour stimuler les fœtus. L’institut Marques a testé différents styles et a constaté que les réactions des petites oreilles étaient :

  • 84 % pour le classique ;
  • 79 % pour les musiques traditionnelles ;
  • 59 % pour le pop-rock.

Les compositeurs les plus populaires sont Mozart, Bach et Prokofiev.

Quelques pièces incontournables :

  • Petite musique de nuit de Mozart
  • Pierre et le Loup de Prokofiev
  • Sonate pour flûte en si mineur (BWV 1030) de Bach
  • Wiegenlied, op. 49 No. 4 de Brahms
  • Le Carnaval des Animaux de Camille Saint-Saëns

En fin de grossesse, les berceuses et mélodies relaxantes sont particulièrement conseillées.

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