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La Berceuse de Brahms : Une Mélodie Éternelle

La berceuse de Brahms, ou Wiegenlied en allemand, est sans doute l'une des mélodies les plus célèbres au monde. Elle traverse le temps et les cultures, berçant des générations d'enfants et résonnant dans les cœurs de tous. Même si vous ne savez pas qu’elle s’appelle ainsi, vous l’avez entendue. Dans les boîtes à musique, les mobiles de berceau, les films, les publicités. Ce tube de notre petite enfance reste premier dans les hit-parades des maternelles. Cet article explore l'histoire fascinante de cette œuvre, son impact culturel et les raisons de son succès intemporel.

Genèse d'un Chef-d'œuvre

Johannes Brahms publie en 1868 ce Wiegenlied n°4 op. 69. Brahms n’a pas composé cette berceuse par hasard. Elle était un cadeau pour Bertha Faber, une ancienne chanteuse qu’il avait connue des années auparavant. La mélodie cache un secret : dans l’accompagnement au piano, Brahms a tissé les notes d’une vieille chanson populaire que Bertha lui chantait autrefois. C’était sa façon de lui dire « je me souviens ». Pourtant, comme c’est le cas de l’autre hit de Johannes Brahms, sa Cinquième Danse Hongroise, eh bien la mélodie de ce lied pour voix et piano n’est pas de lui ! Il s’agit en effet d’un arrangement, d’une relecture d’un duo vocal composé vingt ans plus tôt en 1842 sous le nom de « S'is Anderscht » par l’Autrichien Alexander Baumann. Une mélodie que Brahms chantait peut-être avec Bretha Faber, un amour de jeunesse qui en 1868 venait d’accoucher d’un petit garçon et qui à Brahms dédie sa partition !

Caractéristiques Musicales et Impact Émotionnel

Pourquoi cette berceuse est-elle si efficace pour endormir les enfants ? Grâce à plusieurs paramètres que l’on retrouve dans toutes les berceuses : son accompagnement en forme de balancier, à sa mélodie simple, lumineuse, répétitive, hypnotique, sa douceur et sa lenteur. Ni trop lent, ni trop rapide. Le rythme correspond naturellement à celui d’un cœur au repos. Pas de surprises, pas de notes qui sursautent. Le cerveau anticipe ce qui vient, et cette prédictibilité rassure. La berceuse de Brahms est d’une grande simplicité apparente : sa mélodie, identique pour chacune des strophes, est composée de deux phrases, elles-mêmes composées de deux partiesEn musique, on compare cette structure classique de la phrase à un jeu de questions-réponses. Mais l’accompagnement du piano est subtil et délicat, et les accords syncopés de la main droite apportent le balancement propice au bercement.

Les Paroles et Leurs Traductions

Le titre original allemand est « Wiegenlied », qui signifie simplement « chanson de berceau ». La berceuse la plus célèbre au monde existe en trois versions magnifiques : française « Berceuse de Brahms », allemande originale « Wiegenlied » et anglaise « Lullaby and Goodnight ».

La version originale composée par Brahms en 1868 garde toute sa poésie en allemand. « Guten Abend, gut’ Nacht » signifie simplement « Bonsoir, bonne nuit » - une formule tendre qui ouvre ce moment suspendu entre veille et sommeil. La première strophe est un texte extrait d’un recueil publié entre 1805 et 1808 : Des Knaben Wunderhorn (Le Cor merveilleux de l’enfant), il regroupe près de mille chants populaires allemands, dont certains remontent au Moyen Âge.

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Guten Abend, gut’ Nacht,mit Rosen bedacht,mit Näglein besteckt,schlupf′ unter die Deck!Guten Abend, gut’ Nacht,von Englein bewacht,die zeigen im Traumdir Christkindleins Baum.

Bonsoir, bonne nuit,veillé par des rosescouvert de clous de girofle,glisse sous l’édredon !Bonsoir, bonne nuit,gardé par des anges,qui te montrent en rêvel'arbre de l'enfant Jésus.

La version anglaise « Lullaby and Good Night » est celle que le monde entier connaît. Elle ajoute un second couplet absent de l’original allemand, évoquant les anges qui veillent sur l’enfant endormi.

L’adaptation française conserve l’esprit apaisant de l’original tout en s’adressant directement au « cher trésor ». Les mots sont simples, presque enfantins, pour que les tout-petits puissent les comprendre.

Un Héritage Musical Durable

Il existe des mélodies qui traversent le temps sans jamais vieillir. La Berceuse de Brahms est de celles-là. Brahms a composé bien plus qu’une simple mélodie. Plus de 150 ans après sa composition, la Berceuse de Brahms continue d’endormir des millions d’enfants chaque nuit.

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Avec sa facture simple et chantante, la berceuse de Brahms se prête comme vous pouvez l’imaginer à toutes formes de métamorphoses. Ornez se mélodie et les accords qui l’accompagnent de quelques notes bluesy supplémentaires et vous obtenez par exemple cette version très charmeuse de Dave Brubeck. Rajoutez des paroles en français et encore plus de sucre et des clochettes obligatoires pour tout album de chansons de Noël et vous récoltez ceci… Brahm’s Lullaby, la berceuse de Brahms chantée par Céline Dion en 1998 dans l’album de reprises de chants de Noël These Are Special Times, l’un des albums de chants de noël les plus vendus de tous les temps et une jolie parenthèse comme le surnomme ainsi Jérémy Parayre dans son livre Céline Dion 45 ans de succès album par album qui vient de paraître il y a quelques jours aux éditions Hors Collection et que je conseille à tous les fans de Céline ! Mais pour celles et ceux qui préfèrent des cordes plus classiques disons, plus Brahmsiennes eh bien sachez que l’on retrouve aussi le thème de la Berceuse de Brahms dans une autre œuvre… de Brahms ! Au début du premier mouvement de sa deuxième et joyeuse Symphonie composée en 1877 on peut entendre ce thème, le second qui semble lui aussi se souvenir de la plus belle berceuse de l’histoire de la musique ! Ce qu’on sait moins, c’est que la petite musique qui s’échappe des manèges qu’on fait tourner au-dessus du lit des bébés, est une berceuse de Brahms : écouter la boîte à musique puis l’original.

Comment Intégrer la Berceuse de Brahms dans le Rituel du Coucher

Quelle que soit votre culture, votre langue, vous reconnaissez cette mélodie comme une berceuse. Elle transcende les frontières. Chantez-la chaque soir, au même moment. Après le bain, après l’histoire. Ce rituel signalera à votre enfant : « C’est l’heure de dormir ». Presque en murmurant. Votre voix devient une caresse sonore. Une fois, deux fois, trois fois. Jusqu’à ce que les yeux se ferment. Caressez les cheveux, le dos. Le toucher renforce l’effet apaisant de la mélodie. Si vous préférez ne pas chanter, les versions instrumentales fonctionnent aussi. Mais les études montrent que la voix humaine, même imparfaite, reste plus apaisante qu’un enregistrement. Votre enfant reconnaît votre voix.

Ce qui est bouleversant avec cette berceuse, c’est qu’elle crée un lien entre les générations. Votre arrière-grand-mère l’a peut-être chantée. Votre grand-mère certainement. Vos parents vous l’ont chantée. Un jour, votre enfant devenu parent la chantera à son tour. La même mélodie, traversant le temps, portant toujours le même message : « Tu es en sécurité. Tu peux dormir. Les applications de bruit blanc et de berceuses pour bébés l’incluent presque toutes.

Brahms : Un Compositeur Complexe et Attachant

Né à Hambourg (Allemagne) le 7 mai 1833 d’un père musicien dans l’orchestre municipal, Johannes Brahms sera le second de trois frères. Le père de Brahms décèle très vite l’oreille absolue chez son fils (ce dernier identifie n’importe quelle note instantanément). À sept ans, il commence alors à prendre des cours de piano avec Otto Cossel et donne ses premiers concerts à dix ans. Puis il change de professeur pour Eduard Marxsen, réputé dans Hambourg. Celui-ci détecte le génie de l’enfant et lui fait découvrir Johann Sebastian Bach, Wolfgang Mozart et Ludwig van Beethoven. Il lui enseigne également la théorie musicale.

À 17 ans, Brahms rencontre Eduard Hoffmann, dit Remenyi, violoniste hongrois. En 1853, malgré de violentes disputes, les deux amis commencent une tournée de concerts triomphaux (ils jouent même devant le roi, grâce à la recommandation du violoniste virtuose Joseph Joachim). Le violoniste familiarisera Brahms avec la musique tzigane et ce dernier utilisera dans son œuvre quelques mélodies de ce genre. Puis Brahms rencontre Franz Liszt à Weimar mais l’entrevue se passe mal : alors que le pianiste virtuose admire et complimente son visiteur, ce dernier semble déçu et donne l’air de s’ennuyer. F. Liszt, vexé, sort de la pièce. Brahms et Remenyi se séparent alors, et l’Allemand est invité par J. Toujours recommandé par son ami, Brahms part à Düsseldorf pour rendre visite à Robert Schumann, qu’il connaissait déjà un peu. Le couple (Robert et sa femme Clara Schumann), deviennent ses amis dès la première entrevue, le 30 septembre 1853, et le resteront jusqu’à la fin. Séduit par le talent du jeune homme, Robert ne tarit pas d’éloges. Il écrit : « Il est venu cet élu, au berceau duquel les grâces et les héros semblent avoir veillé. Son nom est Johannes Brahms, il vient de Hambourg… Dès qu’il s’assoit au piano, il nous entraîne en de merveilleuses régions, nous faisant pénétrer avec lui dans le monde de l’Idéal. Son jeu, empreint de génie changeait le piano en un orchestre de voix douloureuses et triomphantes. » Pourtant, cette publicité élogieuse embarrasse plutôt Brahms car il n’a que 20 ans et a peur de décevoir. Il devient un familier de la famille Schumann. Malheureusement, Robert est nerveusement très fragile : il est de plus en plus sujet à des hallucinations. Il continue à perfectionner son art : il se procure des œuvres de J.S. Bach, comme l’Art de la Fugue, des volumes d’œuvres de Roland de Lassus et de Palestrina et se met à composer pour quatre et six voix (écouter le début du Sextuor n°1 op.18). Après l’internement de Schumann en 1854 dans un hôpital psychiatrique, sa relation avec Clara s’intensifie mais reste platonique. J. Joachim et Brahms s’associent alors à la veuve pour donner des concerts afin de l’aider à subvenir à ses besoins. Quand Robert décède 2 ans plus tard, Clara s’éloigne peu à peu de Brahms. De 1857 à 1859, il est chef des chœurs à la cour de Detmold et enseigne à des princesses. Son salaire est donc confortable. Son Concerto pour piano et orchestre no 1 (op. 15, 1858 : écouter le début du 3ème mvt) provoque l’hostilité du public deux fois de suite (à Detmold puis à Leipzig). S’opposant, avec J. Brahms devient la référence des adeptes de la musique pure, attachés à la tradition. Chez lui, rares sont les formes libres (ballade, rhapsodie, fantaisie… : écouter la Fantaisie pour piano op. 116 n°3) : il préfère composer dans le cadre rassurant des formes classiques : 4 symphonies, 2 concertos pour piano, 1 pour violon, sonates, quatuors… (écouter le final du quintette à cordes n°1 op. Vers les années 1860, deux écoles s’opposent en Allemagne. Il y a ceux qui, à la suite de Liszt et Wagner prônent la musique de l’avenir (Zukunftsmusik) : ils défendent une conception « littéraire » de la musique qui repose sur des formes libres comme le poème symphonique et le drame en musique où le texte est servi par un flot musical continu. En 1862, Brahms se rend à Vienne, est nommé directeur de la Singakademie, et s’y installe définitivement. J. Joachim l’aide à s’introduire dans les milieux musicaux. En 1865, la perte de sa mère lui inspire le Requiem allemand opus 45 (écouter un extrait), chef d’œuvre d’équilibre et d’écriture contrapunctique. Entre 1866 et 1868, il part pour une tournée en Europe. Johannes Brahms, très apprécié de tout Vienne, est atteint d’un cancer du foie et meurt à Vienne le 3 avril 1897, environ un an après Clara Schumann. Brahms devint un musicien respecté dans le monde entier. Malgré son « passéisme », Brahms n’a nullement été méprisé par l’avant-garde atonaliste. Schœnberg a même orchestré le Quatuor avec piano n°1 op. 25 (écouter la fin du 4ème mvt). Et Webern écrit : « … Un exemple qui vous frappera au plus haut point est le Chant des Parques (écouter la fin). Ce qu’on trouve là en fait de cadences, et à quel point ses remarquables harmonies nous éloignent de la tonalité, est stupéfiant. Brahms n’est pas considéré par ses contemporains comme un « moderne », mais plutôt comme le successeur des classiques. Sa Première Symphonie est même, selon Hans von Bülow, « la dixième symphonie de Beethoven ». Dans le 4ème mouvement de sa symphonie (écouter la fin), Brahms utilise un thème proche de l’Hymne à la Joie de la 9ème. Pourtant, il refuse cette filiation embarrassante, se considérant surtout comme un artisan ayant beaucoup à apprendre des maîtres du passé. Aussi étonnant que cela puisse nous paraître aujourd’hui, ses œuvres étaient d’un accès difficile pour ses contemporains ! Déjà , à propos de sa première symphonie, il notait : « Maintenant, je voudrais faire passer le message vraisemblablement surprenant que ma symphonie est longue et pas vraiment aimable. »

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