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La Berceuse à l'Opéra : Définition et Illustrations

La berceuse, présente dans toutes les cultures du monde, se manifeste à la fois dans la chanson populaire, dans l’opéra et sous forme de mélodie. Cet article explore la définition de la berceuse dans le contexte de l'opéra, en mettant en lumière ses caractéristiques, son évolution et des exemples marquants.

Définition et Origines de la Berceuse

Le terme "berceuse" désigne une mélodie vocale de forme strophique, profane ou religieuse, accompagnée ou non d’instruments, incluse dans une œuvre plus large ou autonome. Dans la poésie médiévale, c'est la « la petite brune » qui symbolise l’amour tendre et simple, image qui perdure jusqu'aux les airs de cour du XVIe siècle. Le terme n'est toutefois utilisé qu'au XVIIème siècle pour désigner un genre musical.

Évolution de la Berceuse

Les airs à chanter trouvent leur source dans les chansons au luth du XVIe siècle, appelés airs de cour à partir de 1571 par Adrien Le Roy. L'aria (terme italien pour "air") désignait à l’origine une mélodie vocale ou instrumentale, accompagnée ou non, incluse dans une œuvre plus large ou bien autonome. L'ariette, diminutif d’aria, désigne un air de durée variable au caractère léger, surtout chanté au XVIIIe siècle. Le genre se développe notamment en direction du théâtre, dans les comédies à ariettes où les chansons de style populaire laissent place à des airs nouveaux.

Caractéristiques Musicales et Vocales

Le Vibrato : Un Élément Clé

Le vibrato est un facteur déterminant dans l'appréhension de la voix chantée, puisque la tenue d'un son, contrairement à la voix parlée, entraîne la perception d'une oscillation. Il est pour beaucoup dans l'adhésion ou la répulsion à une voix (ou un style de chant). Le vibrato est propre à une voix détendue. Il est dû au fait que l'appareil phonatoire a du jeu (en particulier les cordes vocales qui bougent), et n'est donc pas rigidement maintenu, vibre en harmonie avec le son émis. C'est donc plutôt un signe de bonne santé vocale.

  1. Le vibrato est une oscillation autour d'une note : le son va alternativement plus haut et plus bas que la note écrite.
  2. L'amplitude est le second paramètre toujours cité dans la littérature. Il s'agit tout simplement de la distance parcourue par le vibrato autour de la note écrite. Kristine Ciesinski à la fin du premier acte des Gezeichneten de Franz Schreker (Metzmacher 2007). Ici, le vibrato parcourt un bon demi-ton, on pourrait écrire plusieurs notes, ce n'est pas seulement une note qui se déforme, on parcourt vraiment une grande distance.
  3. Régularité : La plupart des vibratos sont réguliers, mais d'autres sont plus anarchiques en apparence, vont et viennent à leur guise. Dans Lohengrin de Wagner, Victoria de los Ángeles chante Einsam in trüben Tagen, et l'on remarquera aisément que les vibrations de la voix reviennent d'une façon irrégulière (ou plutôt avec une régularité qui n'est pas symétrique).
  4. La plupart des voix vibrent en réalité, mais dans certaines, il peut être très audible et dans d'autres très discrets. Lucia Popp, avec un vibrato très équilibré (légèrement rapide peut-être, mais ni ample ni réduit), pourrait être un symbole du vibrato (avec Barbara Hendricks par exemple) : à peu près toutes ses notes sont vibrées, et elle a besoin de cela pour laisser son timbre d'épanouir (sans acidité). Il est en tout cas très audible dans sa voix, comme une sorte de grelot.
  5. Anna-Maria Panzarella en Erinice dans le ''Zoroastre'' de Rameau (version Christie, on entend Nathan Berg en Abramane). On ne parvient pas toujours à décider s'il s'agit d'ornementations (non écrites) ou de l'effet d'un vibrato rapide (et - relativement - ample). On pourrait aussi créer d'autres catégories, comme la capacité de moduler le vibrato : on pourrait en effet distinguer le vibrato stylistique qu'on adopte selon le répertoire d'un soir, le vibrato structurel qui fait 'fonctionner' telle ou telle voix, et le vibrato maladif, par vieillesse ou par difficulté technique. La littérature phoniatrique doit en fournir quantité d'autres.
  6. Le mot 'fréquence' est ambigu, parce qu'il peut recouvrir aussi bien la vitesse de battement que l'amplitude de la hauteur parcourue (la 'fréquence' étant aussi le mot pour désigner le nombre de battements d'un son par minute, ce qui détermine sa hauteur), et on l'évitera pour cette raison. Car le problème réside grandement dans des questions de vocabulaire flou. De la même façon, on parle de vibrato 'large' aussi bien pour un vibrato lent que pour un vibrato de grande amplitude. Gabriel Sadé en 2007 dans les Gezeichneten de Franz Schreker ; le chanteur est toujours impliqué et intelligent, mais la fréquentation de rôles exigeants a abîmé la voix. Dans l'aigu ''forte'', on peut ainsi entendre ce qu'on peut appeller avec une certaine malice discourtoise le ''syndrome Tarzan'', une expression qui a cependant le mérite d'être immédiatement parlante : un vibrato rapide mais de très large amplitude. J'aime beaucoup son Alviano Salvago quoi qu'il en soit, même à cette date ; le timbre n'est pas laid et l'interprète très concerné. L'inverse est moins facile à trouver (des vibratos lents avec une faible amplitude), et pour tout dire je n'en ai pas d'exemple à l'esprit.
  7. L'absence de vibrato (voix 'droite', voix 'blanche') est souvent considérée comme négative en chant classique (sauf en baroque), alors qu'elle nécessite une plus grande justesse des attaques pour tomber nettement sur la note. Le vibrato de grande amplitude est très mal vu : il est associé au vieillissement dans les répertoires les plus prestigieux et les plus lourds (Verdi / Wagner pour faire vite) ; certains chanteurs en effet en perdent le contrôle avec les progrès de la fatigue vocale et de l'âge. Il affecte beaucoup la justesse de la note et crée un son de sirène d'incendie (sinusoïdal) assez désagréable. Il mange aussi le texte, la ligne mélodique… Le vibrato très rapide (et de faible amplitude), ou vibratello, est souvent moqué, mais dérange moins. Finalement, on en rit, mais on ne le blâme pas tant que cela, parce qu'il n'affecte pas la justesse ; il a juste un côté désuet - bien que beaucoup de voix actuelles en disposent.
  8. Pour la musique ancienne (jusqu'à la première moitié du XVIIe siècle), il est prohibé. On chante avec des voix 'droites', pour assurer la justesse parfaite dans les polyphonies. Pour la musique baroque, il est utilisé, mais de façon parcimonieuse. À partir des années 1970, néanmoins, le renouveau du répertoire baroque et les recherches musicologiques vont conduire à réhabiliter le chant sans vibrato - jusqu'à inspirer très audiblement, aujourd'hui, les chanteurs de lieder par exemple. Plus le répertoire est lourd, plus l'orchestre est vaste, plus les vibratos deviennent importants, audibles, de grande amplitude (et généralement plus lents).
  9. Le vibrato chez les instruments à cordes ou à vents à le même rôle (rendre sonore, expressif, masquer les errances de justesse), et doit beaucoup à l'imitation de la voix humaine bien évidemment.

Exemples d'Interprétations Vocales

  • Magdalena Kožená dans l'extrait le plus célèbre d'Ariodante de Haendel, le fameux Scherza infida. Sur les notes tenues, on entend nettement la répétition du son central, à une fréquence très rapprochée.
  • Jeanette MacDonald dans Meyerbeer ! Le page Urbain à la fin du premier acte des Huguenots : le récitatif Nobles seigneurs, salut ! et sa cavatine Une dame noble et sage.
  • Lucia Popp, avec un vibrato très équilibré, pourrait être un symbole du vibrato.

Berceuses Célèbres à l'Opéra

  • Jocelyn de Benjamin Godard : L'opéra le plus connu de Godard, Jocelyn, est célèbre par sa Berceuse.
  • Wozzeck d'Alban Berg : Après avoir été insultée par une voisine, Marie ferme la fenêtre et chante une berceuse à son enfant. À ce moment-là, Wozzeck arrive, lui raconte ses visions et s’en va sans prêter la moindre attention à son enfant. L'opéra de Berg s'ouvre sur une nouvelle articulation du monde sonore tout en répondant bien à la définition d'opéra : un chant posé sur un drame. Opéra charnière, entre le chromatisme wagnérien et la « composition sur douze sons » schönbergien, l'édifice musical réalisé par Berg est basé sur un atonalisme général mélangé à des moments de tonalité. Conçue comme une entité fermée sur elle-même, la structure formelle de l'opéra est très complexe : chaque acte et chaque scène ont une vie autonome à l'intérieur de cet ensemble. L'opéra est dominé par l'idée du temps, ce contenant d'événements, qui est synonyme de monotonie (la vie plate et provinciale représentée) et d'éternité. L'angoisse du temps est exposée dès le début du premier acte par le personnage du Capitaine qui veut retarder son échéance : « Langsam… ».

Berceuses et Musique Engagée

Hanns Eisler, qui ne concevait pas la musique en dehors de sa fonction politique, avait pour idéal de mettre la révolution musicale au service de la révolution socialiste. De La Mère (Die Mutter), autre pièce didactique des mêmes auteurs, écrite en 1931, et sorte de pendant positif de La Décision, la postérité retient notamment « L’éloge du communisme » (« Lob des Kommunismus ») : ce dernier prend la forme d’une berceuse, là où l’on attendrait un chant d’agitation.

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Anecdotes et Curiosités

Il est intéressant de noter que certaines comptines enfantines, telles que "Au clair de la lune", sont en réalité des chansons pour adultes aux significations cachées. "Au clair de la lune", LA berceuse qu’on a tous chanté au moins une fois à un enfant mais qui parle en fait des problèmes d’érection masculins avec cette "chandelle morte"….

Initiatives Modernes

L'Opéra de Dijon a mis en place un dispositif original pendant le confinement, "Chante moi l'opéra", où des chanteurs d'opéra chantent des berceuses par téléphone aux enfants du personnel soignant et autres professions mobilisées.

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