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Berceuses, Bébés et Veilleuses Rondes : Une Histoire Maternelle à Travers le Temps

L'article explore la complexité de la maternité à travers différentes époques, en se concentrant sur les berceuses, les bébés et les veilleuses rondes, symboles d'une histoire riche et nuancée. Il examine comment la société a perçu et traité les mères, en particulier celles considérées comme "déviantes" par rapport aux normes établies.

La Maternité : Un Spectre Émotionnel

« Il n'est pas de drame féminin plus poignant et plus universel que la maternité. Toutes les femmes sont sœurs en ces instants sublimes et tragiques. Mais alors que beaucoup, réconfortées par l'amour d’un mari, la présence d’une famille au sein d’un tendre foyer, attendent dans la joie la venue du nouveau-né, il en est d’autres, des solitaires qui sont initiées à la Passion maternelle (aggravée parfois de quel lourd secret) dans les grandes salles communes où naît la vie et où passe hélas ! quelquefois la mort ».Raymonde Machard, Le journal de la femme, 11 mai 1935.

L'entre-deux-guerres clame son respect de la maternité, inscrit dans la pierre boulevard Kellermann mais elle fut dure à celles qui ne respectaient pas le modèle d’épouse fidèle et prolifique. Une chape de mépris pèse sur les « filles-mères » (elles sont loin encore les honorables « mères-célibataires ») et ce chapitre expose le tragique de leur condition. Mais il y a d’autres parias de la maternité qu’il ne faut pas oublier : l’avortée, coupable et punie ; la femme tuberculeuse, mère sacrifiée ; l’étrangère, procréatrice méprisée.

On peut évoquer ici la berceuse, cette mélodie douce et répétitive chantée aux bébés pour les endormir, comme un symbole universel de l'amour maternel. Elle transcende les cultures et les époques, reliant les mères à travers le temps dans leur désir de protéger et de réconforter leur enfant.

Les Parias de la Maternité

L'Avortée

Dans La pratique de l’accoucheur en clientèle, Démelin donne pour les cas d’avortements criminels (la patiente consulte pour hémorragie ou fièvre) les conseils suivants ; « en présence d’une hémorragie grave, le moyen le plus simple de faire face à la perte, c’est de placer un tamponnement aseptique dans la cavité vaginale…, de bourrer le vagin de gaze aseptique ou de compresses stérilisées… L’hémorragie cesse, l’utérus se contracte et quelques heures plus tard, en ôtant le tampon, on trouve l’œuf derrière ». En cas d’infection génitale et d’utérus fermé, il faut « nettoyer sans violence » et attendre que le travail se déclare, mais si l’état est grave, l’hystérectomie vaginale s’impose. De toute façon, il faut « prendre garde au curettage, qui, par ses ensemencements et ses attaques traumatiques est trop souvent responsable d’accidents toxi-infectieux suraigus, mortels en quelques heures ou de perforations gangréneuses ».

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Ce respect des femmes ne s’adresse qu’à une certaine catégorie sociale ; les avortées malades et sans ressources qui ne peuvent que s’adresser à la maternité, connaissent un sort peu enviable ; des praticiens peu scrupuleux et pour qui transgression mérite punition, leur font subir le plus souvent un curettage à vif et des propos peu amènes ; cette torture semble d’après des récits militants de l’époque et des témoignages de sages-femmes (pour elles c’est « un très mauvais souvenir ») une pratique courante. Une infirmière se souvient que Devraigne laissait hurler les femmes jusqu’à ce qu’elles avouent la tentative d’avortement. Pour une ancienne sage-femme de Baudelocque, la maternité humilie les femmes qui avortent, les femmes pauvres et celles qui veulent abandonner.

La Tuberculeuse

Aucun praticien ne veut faire d’avortement thérapeutique aux mères atteintes de tuberculose ; peu disent qu’il y a incompatibilité entre la tuberculose et la maternité qui aggrave le plus souvent la maladie. Ils « préfèrent » pratiquer une césarienne d’urgence sur une femme mourante pour sauver l’enfant. Pour ces femmes, qui sont nombreuses à l’époque, le choix médical est clair : faire naître un enfant plutôt que préserver la mère. Même si la mère ne meurt pas à la maternité, elle est tout de suite, dans l’intérêt du nouveau-né, séparée de l’enfant placé en centre d’élevage pour quatre ans. « Quatre ans après la mère va mieux ou alors… ». Renée Lemaire préfère les points de suspension aux mots trop violents.

L'Étrangère

Celles qui ont les moyens accouchent chez elles ; les plus démunies vont à l’hôpital : ce sont surtout des Polonaises à tel point que « la Pologne » est devenue une expression des maternités. Comme toutes les étrangères, elles sont mal aimées du corps médical parce qu’elles se soumettent difficilement à la médicalisation de la maternité ; Devraigne déplore très fréquemment que sur 100 femmes accouchant à Lariboisière en 1928, 21 n’ont pas consulté dont 42 % d’étrangères ; « il y a là, dit-il, surtout à Paris qu’on a pu appeler récemment l’hôpital du monde, un danger du fait de la clientèle étrangère de passage ».

Peut-être parce qu’elles sont originaires d’un pays plus lointain et slave, parce qu’elles sont plus pauvres, les Polonaises sont particulièrement maltraitées. Henriette Valet, Mme 60 Bis, les décrit, cantonnées dans un coin du dortoir, en butte aux tracasseries des autres pensionnaires qui ne « pensent pas au destin des Polognes, chassées de leur pays par la faim et qui font les gros travaux agricoles » et qui s’amusent des plus faibles. Elles subissent en outre le mépris du personnel infirmier et médical ; comme toute malade qui gémit la nuit, elles peuvent s’entendre dire par l'infirmière : « pas tant d’histoires… ça se fait faire un gosse et c’est pas capable de souffrir ! t’a pas dit non pour te le faire faire hein ! », mais elles seules auront droit, de la part des médecins, à cet anonymat grossier : « Pologne lève ton cul qu’on regarde dedans ».

Ces attitudes semblent caractéristiques des grandes structures parisiennes où les étrangères sont nombreuses ; une Polonaise interviewée dans un village de l’Aisne n’a pas du tout ressenti de discrimination à son égard dans la maternité rurale de Fargniers tenue par des religieuses. Dans les maternités de ville, les réfugiées espagnoles ne sont guère mieux accueillies à la fin des années trente. Cette attitude de mépris est le lot de celles qui sont porteuses d’une double tare : être étrangère et fille-mère.

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La Fille-Mère : Mère, Mais Déviante

La France de l’entre-deux-guerres se moralise ; il n’y a en 1936 que 41.000 naissances vivantes illégitimes contre 83.000 en 1920 et 65.000 en 1911 ; le taux d’illégitimité n’est que 6,4 % alors qu'il avoisinait 9 % avant la Grande Guerre. Bien sûr, les trois années qui suivent le long cauchemar connaissent une recrudescence de l'illégitimité : le désir d’oublier, l’éclatement des familles, les naissances retardées, la mort des maris et même la contestation des morales anciennes peuvent en rendre compte. Mais dès 1922, le taux d’illégitimité est inférieur à celui de 1911, alors que les circonstances - l’énorme déficit des sexes - pourraient l’enfler ; stable dans les années vingt, il diminue régulièrement pendant la décennie trente, et plus fortement que la part des femmes célibataires : réduction d’1/7 entre 1926 et 1936 alors que l’illégitimité recule d’1/4. Paris connaît une évolution identique mais reste la ville de perdition avec une illégitimité deux fois et demie supérieure à la moyenne française, pour la population domiciliée intra-muros : c’est pourquoi elle attire aussi les jeunes femmes de province qui veulent cacher leur grossesse.

Qui sont chaque année, ces 40 à 60 mille filles-mères ? : rarement des mères volontaires comme Henriette Valet, souvent des « éclopées de l’amour » qui n’ont pas de recours contre les hommes sans scrupule et que A. Danan rencontre dans les hôpitaux parisiens comme « cette petite vosgienne engrossée par un riche parisien», ou l’étudiante de Strasbourg à qui un fonctionnaire colonial a fait un enfant à 19 ans. Selon Danan « les trois fins classiques de la jeune mère abandonnée sont la tuberculose, la Seine, la Prostitution ». C’est en effet dans les bas-fonds de Marseille que se retrouve Spirita, l'héroïne de Ton corps est à toi, mais elle recule devant l’alternative « crève ou couche » et demande asile à la maternité. Plus souvent que les filles de milieu aisé, qui cherchent à avorter, les femmes travailleuses, modestes, s’adressent aux institutions d’assistance. De nombreuses institutions s’occupent des filles-mères et leur permettent de passer ce moment difficile dans des conditions matérielles correctes, mais leur capacité d’accueil est souvent limitée et leur fonctionnement traduit le mépris dans lequel la société les enferme.

La plupart des témoins qui ont évoqué le sort des filles-mères soulignent qu’elles sont « mal considérées », « méprisées », « reniées par les leurs et mises au ban de la Société » ; une seule femme dit qu’« à la campagne, on les aidait ». La société de l’entre-deux-guerres semble s’ouvrir quelque peu à la tolérance. Comme avant guerre, les militants, malthusiens, féministes dénoncent le sort réservé aux filles-mères ; en 1934, la Ligue des Droits de l’homme, forte de ses 200.000 adhérents leur apporte une aide précieuse, en adoptant à Marseille une déclaration des droits et devoirs du citoyen et de l’humanité dont l’article 13 précise : « la maternité étant considérée comme fonction sociale doit être protégée et respectée par la société sans aucune distinction d’origine quant aux circonstances de la conception».

A ces inconditionnels des droits de la femme se joignent les réalistes, qui invoquent les circonstances - dénatalité et déséquilibre des sexes - pour demander respect et aide matérielle envers toutes les mères, mariées ou non. Pinard, suivi par Devraigne, a là aussi joué un rôle moteur ; « il y a en France, à l’heure qu’il est, 1,5 million de jeunes filles qui ne se marieront pas… Une femme ne se porte bien que si elle est mère et autant que possible avant l’âge de 25 ans… la stérilité est contre nature, une législation qui l’encourage est inhumaine, partant contraire à la morale », écrit-il au début des années vingt et Devraigne demande dans son interview au Matin (9 septembre 1925) sous le titre « Honorons et protégeons toutes les mères » le remplacement du terme « fille-mère » par « mère abandonnée», beaucoup moins culpabilisant pour la femme. Un journal de 1925 demande « un peu de justice et d’indulgence pour ces ouvrières de la maternité et de la société ». Ce mouvement prend quelque ampleur ; devant le 9e congrès des Commissions départementales de la Natalité, le haut-fonctionnaire Sarraz-Bournet, qui présente une enquête sur les « maternités secrètes », conclut : « Ne peut-on proclamer que la maternité hors mariage n’est pas un sujet de honte quand la mère accomplit tout son devoir ? ». La même attitude s’exprime au premier congrès international des sages-femmes catholiques à Lille en 1934 : « en ces temps de démoralisation, on ne peut jeter la pierre à une fille-mère ; elle a au moins le mérite de n’avoir pas attenté à la vie de son enfant et d’avoir plutôt supporté le déshonneur».

Mais ces voix sont encore minoritaires ; au nom de l’Alliance Nationale et d’une majorité silencieuse, Boverat dit haut et fort qu’« il importe grandement, dans l’intérêt du pays, d’éviter de faire à la Fille-mère, une situation privilégiée vis-à-vis de la mère légitimement mariée ». Elles sont surtout plus charitables que tolérantes ; pour presque toutes, les filles-mères restent des mères déviantes qu’il faut secourir, ou racheter. Le même Sarraz-Bournet poursuivait : « pour remplir nos berceaux vides, notre réseau de protection maternelle et infantile doit être renforcé en faveur de toutes celles qui ont succombé un instant devant les forces de l’instinct, de l’ignorance, et de la misère ». En témoignent le débat sur les maisons maternelles et le fonctionnement des institutions envers les filles-mères.

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Les Maternités Secrètes et l'Abandon Prohibé

Dans le contexte de l’époque, il est difficile à une fille-mère d’assumer sa grossesse au sein de la famille, et dans une petite ville. Assez souvent, elle fuit son milieu d’origine et cherche à cacher sa grossesse puis à abandonner l’enfant. D’après l’enquête de Sarraz-Bournet, il existe dans 30 départements « des établissements spéciaux publics ou privés recevant les femmes enceintes désireuses de cacher leur état de grossesse et d’accoucher clandestinement », comme la Maison des Mères à Gerland (429 femmes accueillies en 1931) ou l’établissement de Grézy les Meaux, le plus proche de Paris. Dans 31 autres départements, toute femme voulant conserver le secret de son accouchement peut accoucher dans une maternité sans enquête ou formalité administrative préalable (par exemple dans la Seine), mais dans 18 départements comme le Nord le secret de l’accouchement n’est pas garanti.

Si on admet avec le Dr Pelissier qu’il y a chez les femmes enceintes célibataires trois types de demandes - « la femme qui demande à ce que son nom ne soit pas connu mais à qui il est indifférent d’être vue par le personnel ou par les autres pensionnaires » ; « la femme originaire de la région qui veut bien donner son nom mais ne pas être vue » ; celle qui veut le secret absolu - la situation est quantitativement et qualitativement déficiente ; selon ce médecin, qui n’oublie pas que l’hôpital est encore rarement le lieu des classes aisées, « une maternité secrète doit posséder des dortoirs en commun à petit nombre de lits, pour qu’il soit possible à la direction de catégoriser suivant le milieu social les entrantes et un quartier entièrement secret en chambres séparées, dans lesquelles une pensionnaire peut entièrement s’isoler ».

La Maternité de Port Royal, tout comme Baudelocque, peut fonctionner comme maternité secrète ; elle comprend une salle pour « les femmes enceintes qui ne peuvent plus travailler pour vivre et qui sont venues là en avance » et quelques lits offerts à celles qui n’ont pu trouver de place dans des asiles de nuit. « On n’exige de la femme qui arrive aucun papier ; elle donne son nom et son adresse, on lui permet, si elle le désire, le secret ; mais elle peut très bien donner un faux nom ou n’en pas donner du tout » ; dans ce cas, notée X, elle est priée d’inscrire sa véritable identité dans une enveloppe cachetée, rendue intacte à la sortie, ouverte seulement en cas d’accident. A Renée Lemaire qui enquête, l’Administration donne l’exemple d'une « jeune fille de bonne famille » qui a glissé une feuille blanche dans l’enveloppe et qui, morte, a été envoyée dans une salle de dissection parce que personne n’a pu la réclamer.

Après avoir erré dans Marseille, Spirita se réfugie, comme X, à la maternité que Victor Margueritte décrit comme sinistre par sa fonction et son architecture, mais chaleureuse par son personnel. Spirita est entrée, « le cœur serré », dans « la longue et lourde caserne» ; « le bon bol de bouillon chaud qu’on lui a fait avaler, la gentillesse du médecin, qui au premier coup d’œil, a ordonné, sur le champ, qu’on la gardât - enfant mal placé - la facilité avec laquelle tout s’est aplani malgré son manque de papiers et son formel refus de donner son nom, l’ont un peu réconciliée avec cette maison qui à l’heure la plus critique de sa vie, va lui servir de foyer… Debout dans le vaste vestibule où débouchent deux grands corridors, Spi n’a pas assez de regards pour enregistrer ses impressions : nudité des murs clairs, portes qui s’ouvrent pour un va et vient de femmes déformées et d’infirmières et cette vague, fade …

La Veilleuse Ronde : Un Symbole de Protection

La veilleuse ronde, souvent placée dans la chambre d'un bébé, est un autre symbole de protection et de réconfort. Sa lumière douce et chaleureuse rassure l'enfant pendant la nuit, l'aidant à se sentir en sécurité et à s'endormir paisiblement. La forme ronde, sans angles vifs, évoque la douceur et la sécurité du ventre maternel.

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