Introduction
La berceuse, plus qu'une simple chanson, est un rituel universel qui transcende les cultures et les époques. C'est le premier contact musical d'un enfant, un chant intime et rassurant qui l'accompagne vers le sommeil. Cet article explore l'origine des berceuses, leurs caractéristiques, leurs fonctions et leur évolution à travers le temps, en s'appuyant sur des exemples concrets issus de la tradition française et d'autres cultures.
Origines et Histoire
Les berceuses sont aussi vieilles que le monde. On retrouve des traces de ce thème dès le XIIe siècle. Déjà à la mode dans les milieux artistiques en plein XVIe siècle, cette chanson (bien vivante en 1885 (Pays Messin, Suisse romande, Engadine, Maurienne, etc)) a été traitée à quatre voix par Roland de Lassus. Ces mélodies, transmises oralement de génération en génération, sont souvent anonymes. Choisies pour leur mélodie ou leurs paroles, certaines furent des tubes en leur temps, d’autres plus confidentielles, mais elles ont toutes un point commun : on ne saura jamais qui les a écrites. Des inconnus, parfois lettrés, le plus souvent pauvres paysans, les ont conçues et chantées à d’autres, point de départ d’une transmission orale qui s’est petit à petit perdue dans le temps. Elles sont le reflet de la vie quotidienne, des préoccupations et des espoirs des communautés qui les ont créées.
Caractéristiques musicales et textuelles
La mélodie d'une berceuse doit être douce, simple et répétitive. La mélodie, devant être chantée à mi-voix, doucement, mystérieusement, en quelque sorte, se meut habituellement sur un très petit nombre de notes, de façon à ne pas dépasser des intervalles que la voix ne puisse franchir sans changer de timbre ou d’intensité. Dans un recueil comprenant une série consacrée aux berceuses alsaciennes, Weckerlin constate la fréquence d’un dessin de deux notes représentant presque à lui seul le thème, le sujet de la mélodie. Les paroles sont souvent poétiques, imagées et chargées d'affection. Elles peuvent évoquer la nature, les animaux, les rêves ou simplement le bonheur d'être ensemble.
La structure
Cette forme de chanson est connue sous le nom de randonnée, ou chanson énumérative, forme non spéciale à la berceuse, mais qui lui convient parfaitement, à cause de la monotonie résultant de la répétition continuelle des mêmes paroles et de la même formule mélodique.
Les thèmes
Les animaux, les oiseaux surtout, sont les personnages de prédilection de la berceuse.
Lire aussi: Histoire des berceuses
Fonctions de la berceuse
La fonction première d'une berceuse est d'apaiser et d'endormir l'enfant. Le mot berceuse en anglais se traduit par lullaby, qui signifie étymologiquement Lull, apaisement et endormissement, et a by, l’idée de proximité. Mais au-delà de cet aspect pratique, elle remplit également d'autres fonctions importantes :
- Créer un lien affectif : La berceuse est un moment privilégié de partage et de tendresse entre l'enfant et celui qui la chante.
- Développer le langage : L'enfant est bercé par les sonorités de la langue et commence à en intégrer les rythmes et les intonations.
- Transmettre une culture : La berceuse est un vecteur de transmission des traditions, des valeurs et de l'identité culturelle.
- Préparer au sommeil : En créant un environnement sonore rassurant et familier, la berceuse aide l'enfant à se détendre et à s'endormir paisiblement.
Exemples de berceuses traditionnelles françaises
Le répertoire français regorge de berceuses traditionnelles, dont certaines sont encore chantées aujourd'hui. Parmi les plus connues, on peut citer :
- "Fais dodo, Colas mon p'tit frère" : Certainement composée par le pianiste et compositeur Eliseo Grenet (l’histoire reste floue à ce sujet…). Une mélodie simple et entraînante qui invite Colas à dormir pendant que maman est en haut et papa en bas.
- "Au clair de la lune" : Bien qu'elle ne soit pas exclusivement une berceuse, cette chanson est souvent chantée aux enfants pour les endormir.
- "Dodo, l'enfant do" : Ici, la même succession de deux notes placées à intervalles de seconde se présente encore : il semble qu’il y ait dans ce minuscule parcours de la voix quelque chose de calme, de reposant. Nous le trouvons pour la première fois, à notre connaissance, dans un air d’opéra italien du dix-septième siècle, l’Orontea de Cesti : « Dormi, dormi ben mio ». Dans le trio des songes de Dardanus de Rameau, le chœur répond de même à l’incantation des solistes par le refrain : Dormez, dormez, murmuré sur deux notes à distance de seconde mineure. Ainsi la simple intuition, le sentiment juste de l’expression a conduit des musiciens d’expérience à employer, et, nous le répétons, sans parti pris d’imitation, instinctivement, un procédé que l’on retrouve, exactement pareil, dans la chanson populaire.
- "La P'tite Hirondelle" : La P'tite Hirondelle est une chanson française traditionnelle dont l'origine est à situer sans doute dans la France de Louis XVI. Il s'agit d'une forme rondeau dans lequel un couplet alterne avec un refrain. Aujourd'hui considérée comme une comptine pour les enfants qui la chantent en formant une ronde, La p'tite hirondelle évoque en réalité un fait qui ne concerne guère la sphère enfantine.
- "Le P'tit Quinquin" : Le "P'tit quinquin", en ch'ti, ce patois du nord de la France, c'est le petit enfant, le gamin. C'est aussi le nom d'une chanson populaire, véritable hymne officieux de la ville de Lille et de la région, connu de tous ses habitants. Cette berceuse a été composée par Alexandre Desrousseaux, poète lillois, en 1853.
- "Ah ! Danse collectée près de Saint-Sauveur d'Aunis" :
- "Ah! Ah! Quand ça les prend ça les tint pour longtemps" :
- "Ah! Ah! Du boudin ! Du boudin ! Du boudin ! Du boudin ! Et du boudin ! Et du boudin ! din ! Ses pois ! Ses pois ! Ses pois ! Drosser ses pois ! Drosser ses pois ! pois !" :
- "Ah ! Donne-moi quelque chose. Pour moi qui n'en ai guère. Nous l'enverrons en guerre" :
- "Ah ! Allons-y donc dans ces verts prés. Ell’ se sert bien de son épée" :
- "Ah ! Car il est en train d'y moudre. Y a un joli moulin. Est un joli blondin. Dans mon joli moulin. Au tic-tac du moulin. Son sac il était plein. Vous reviendrez demain. Je couch'rai mon moulin" :
- "Ah ! Seule la phrase A a été notée par Pénavaire, la phrase B est une proposition de Justin pour permettre une bourrée à 3 temps" :
- "Adieu Papa, adieu Maman ! Adieu mon fils, mon espérance ! Oh ! Regrette mais la sienne. Trop loin je l'ai laissée. Et viens servir encor. - Ah ! Que mon cœur aime tant ? Son âme au Paradis. De ne pas t'y revoi'. Au service du roy" :
- "Al dur'ra t'y toujours ? Al dur'ra t'y toujours ?" :
- "A Monsieur votre époux aussi bien comme à vous. il faut leur rapeler leur promesse oubliée. Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Morghiène ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Morguienne !" :
- "Au moitian d' c' patarou ! Ça i' m'en vourros … Pasqu'i pourros t' brouetter ! Crédi ! Guiaudine ! Guiaudine ! Guiaudine ! Guiaudine ! Guiaudine !" :
- "Au cabaret j’ai mangé mon argent. Au plaisir de ne plus vous revoir. Rallonge là, oh ! Rallonge la, oh ! Rallonge la, oh ! Rallonge la, oh ! Rallonge la, oh ! Rallonge la, oh !" :
- "Choisies pour leur mélodie ou leurs paroles, certaines furent des tubes en leur temps, d’autres plus confidentielles, mais elles ont toutes un point commun : on ne saura jamais qui les a écrites. Des inconnus, parfois lettrés, le plus souvent pauvres paysans, les ont conçues et chantées à d’autres, point de départ d’une transmission orale qui s’est petit à petit perdue dans le temps. « Sachons apprécier à leur juste valeur nos chansons populaires (…) admirons-y franchement le naturel exquis, la fraîcheur et la richesse d’imagination, la sincérité d’accent, la naïveté d’expression et l’éternelle jeunesse »" :
- "Cinq à six fois le soir et l'matin. Que les scieurs de long. Tout au milieu du bois. « Courage mes garçons ! « Nous faudrait de l'argent ! Nous vous en donnerons ! Volige et chev(e)ron. Eh ! nous la viderons" :
- "Coupez don lai queue du gros chat" :
- "Dans l'cabaret d'mon cousin Jousé. Te s'ras bin malin nicolas" :
- "Dans l'c…" :
- "De la meunière d'un moulin à vent" :
- "Dis, t’en souviens-tu ? Dis, t’en souviens-tu ? Dis, t’en souviens-tu ? J'en ai mangé du bon flan ! Des gratt'c… Chanté par P. An ai maingé du bon fiant ! An ai maingé du bon fiant ! Que fesot eun bru d'cainon !" :
- "Douda… Trop matin s'est levée. Douda… Pour voir la mer couler. Douda… Douda… Chantait une chanson. Douda… J'voudrais bien la savoir. Douda… Je vous l'apprend(e)rai. Douda… Dans la barque est entrée. Douda… Sans rire et sans plorer. Douda… Ell' si prend à plorer. Douda… Qu'avez-vous à plorer ! Douda… Votre mère ou bien moi ! Douda… Ni ma mère ni toi. Douda… Votre soeur ou bien moi ? Douda… Ni ma soeur(e) ni toi. Douda… Galant, tu m'l'as gagné. Douda… Je vous le rend(e)rai. Comm' de l'argent prêté" :
- "Eun' ! Deuss ! Trouais Eun' ! Deuss ! Trouais ! Eun' ! Deuss ! Trouais Eun' ! Deuss ! Trouais ! « Hardi ! D' jouiller pou un tas d' lônous ! Vont trâner sus les pâtis" :
- "Fait-il bon labourer ? - Hé ! - Hé ! Tu te moques de moi. - Hé ! - Hé! Je te donn'rai z-un coup. - Hé ! - Hé! Tu n'es qu'un polisson ! - Hé !" :
- "Habillé de velours. Deux heures avant le jour. C'est son compèr' le loup. Si matin devant jour ? Aux noces envers chez nous. Oh ! Le loup n'a pas manqué. Tout l'monde huchait au loup. - Oh! Oh ! va, tu m'pay'ras tout. Oh ! Oh ! Les deux oreilles itou. Il te fera des trous" :
- "Héla ! grand Dieu !" :
- "Hola ! I vons pouvoèr le couiner. Peu i le mig’rons teurtous" :
- "Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Morghiène ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Hum ! hum ! Morguienne !" :
- "Il y a-t-un moulin. Est un joli blondin. - Veux-tu moudre mon grain ? Mon moulin n'y va point. Envoyez-les demain ? Nous lèv'rons le moulin. - Veux-tu moudre mon grain ? Mon moulin y va bien. Au tictac du moulin. Votre sac il est plein" :
- "J'en ai mangé du bon flan !" :
- "J'es pas d’là ! J’es pas d’là ! J’es pas d’là ! J’es pas d’là ! Pour une belle qui ne m'aimait pas. J'la trouve assise auprès d'son bien aimé. Que mes amours ne t'y convenaient pas ? Mon beau galant vas-t-en tu perds ton temps. A jouer au jeu des amoureux" :
- "La d'moisell' parl' d'amourettes. Qui ne parl' que d'amourettes ? Je suis votre amant, la belle. Beaucoup s’arrètent ici. De vous avoir par finesse. J'ai passé la nuit 'vec elle" :
- "La fleur la plus jolie. Ah ! Sa fleur la plus jolie. Qui n'connaiss' pas leur père" :
- "Les amants venint chez nos. On dit qu'i n'y a point de draps ! Les amants venaient chez nous. On dit qu'i n'y a point de draps !" :
- "Ma maîtresse se marie. - O mon fils, tu ne sais pas ? Habill'-toi en demoiselle. Au château de ta maîtresse. Log'rez vous un' demoiselle ? Voyager la nuit seulette ? J'ai perdu ma camarade. Vous couch'rez ici seulette. La d'moiselle était honteuse. - Quell' demoiselle êtes-vous ? Vous paraissez tout' honteuse. De coucher la nuit seulette. Vous couch'rez avec la servante. Coucher avec un' servante ! Vous couch'rez avec ma fille. Mam' l'hôtess' porta chandelle. Ne veut point d'une chandelle. Qui n'veut point d'une chandelle ? Que le monde mi regarde" :
- "Mais dedans ma chambrette. J'en aurai bien une autre" :
- "Mon jaune, aussi mon blanc… Allons… eh ! … Y vendr' seigle et froment. Allons… eh ! Un écu mon froment. Allons… eh ! C'est l'fils d'un avocat. Allons… eh ! ) bis. Pour m'compter mon argent. Allons… eh ! Ma mèr' s'est accouchée. Allons… eh ! Que fair' de cet argent ? Allons… eh ! Allons… eh ! Pour mettr' l’enfant dedans… Allons… eh !" :
- "Oh! oh! Ses deux machines en balance, et vous m’entendez bien. La clé dans la serrure, et vous m’entendez bien. Ça fait des veaux quand même (tout d’même) et vous m'entendez bien. Chanson énumérative sur un timbre [air] bien connu, “ Vous m’entendez bien ”, qui sert de cadre mélodique à plusieurs autres chansons de tradition orale, assez souvent à caractère satirique [cf la célèbre “ Chanson des pommes de terre ”]. Si Coirault ne semble pas avoir retenu cette chanson dans son catalogue, elle est mentionnée dans le catalogue Laforte, qui l’intitule Vous m’entendez bien - Les curés [IV.Ma-31]" :
- "Oh ! - Hé! Où donc que j' vas m'aller cacher ? Où donc la dame du château ? - Hé! - Hé! - Hé ! Oh ! - Hé! - Hé !" :
- "Oh ! - Oh ! [- Oh ! - Oh !" :
- "Oh ! Que la mine vous change ? Non, je n'en ai point peur. Tout le long de ces îles !" :
- "Oh ! Seule la phrase A a été notée par Pénavaire, la phrase B est une proposition de Justin pour permettre une bourrée à 3 temps" :
- "Par ma foi ! Par ma foi !" :
- "Qui veut savoir complainte ? - Que me donneras-tu ? - Oh ! - Oh! Qui s' qui t'a mise ici '? - Oh! Si j'pourrais te r'tirer. - Oh! - Oh! Si j' pourrais te toucher. - Oh! - Oh! Que faut-il dir' chez vous?" :
- "Qu'avait bien six pouces de long. J'ai encore la crotte au cul" :
- "Quante l'on est vieux, on a bien du tourment. Qui te va conter. Dans n'eun vieux chesseu ! Et des jolis chants. Toinot un cabri. Et moué à peu pré . La ! La ! La ! Que j’te vas conter. Dans un vieil habit (chiffon) ! Et des jolis chants. Toinot un cabri. Qui n’était pas cré. Et moi à peu près. Oh ! Oh ! Oh !" :
- "Reviens-y donc vers tes blancs moutons. Pour aller voir les vignerons. D’un bel enfant dans son beau lit blanc. Eh ! Ah ! Eh la ! Eh la ! Trololo…" :
- "Saura vous acquitter de tous ces bois coupés. Et jamais le coup n’a voulu partir. Chaque fois qu’il tire, son fusil doit partir. Qui coupait du bois dedans mes forêts. Vous avez déchiré votre fin tablier. Saura vous acquitter de tous ces bois coupés. Et jamais le coup n’a voulu partir. Hélas ! D'avoir arrêter sur un si beau gibier. Chaque fois qu'il tire l'fusil doit décharger" :
- "S’il allait voir quelqu’un passer. J’en voudrais faire ma bonne amie" :
Berceuses et subversion : Quand la douceur cache des messages subversifs
Il est fascinant de constater que certaines berceuses, sous leur apparente innocence, peuvent véhiculer des messages subversifs ou des critiques sociales. Ces interprétations, souvent issues d'une analyse approfondie des paroles et du contexte historique, révèlent une dimension cachée de ces chants populaires.
Exemples d'interprétations subversives de comptines :
- "Il court, il court, le furet" : Ce jeu enfantin pourrait cacher une contrepétrie à connotation sexuelle : "Il fourre, il fourre, le curé".
- "Loup y es-tu ?" : En inversant la perspective, cette chanson pourrait évoquer l'attente amoureuse d'une femme envers un homme, symbolisé par le loup qui se déshabille lentement.
- "Nous n'irons plus au bois" : Cette comptine pourrait faire référence à l'interdiction de la prostitution par Mme de Maintenon sous le règne de Louis XIV, ou à la condition des jeunes femmes forcées d'épouser des hommes plus âgés.
- "Savez-vous planter les choux" : Cette chanson pourrait être une métaphore de la procréation et de la découverte du plaisir.
Ces interprétations, bien que parfois audacieuses, témoignent de la richesse et de la complexité des chansons populaires, qui peuvent être lues à différents niveaux de compréhension. Elles nous rappellent que les berceuses, au-delà de leur fonction première, peuvent également être des témoignages de l'histoire et des mœurs d'une époque.
Berceuses du monde
Chaque culture possède ses propres berceuses, avec des mélodies, des paroles et des instruments spécifiques. Par exemple, la berceuse basque donnée par Vinson dans Pays basque, et dont la traduction est : « Pauvre enfant, dodo et dodo ! Il y a une bonne envie de dormir : vous d’abord et moi ensuite, tous deux nous ferons dodo ! dodo, dodo, dodo ! Le méchant père est à l’auberge, le coquin de joueur ! ». Il y a aussi des berceuses en Bretagne, avec des paroles en bas breton ; tel est par exemple le Son al Laouënanic (Chant du roitelet), dont la musique est peut-être moins caractéristique, mais dont les paroles sont curieuses : les versiculets de la berceuse bretonne font apparaître à l’enfant qui s’endort un roitelet imaginaire, dont le plumage pèse cent livres et qu’on a mené à l’abattoir pour le faire égorger par le boucher ; c’est ainsi que la chanson mène tout d’abord l’enfant au pays des rêves.
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Le "Lorî" Kurde
Interprété littéralement, Lorî-Lorî revêt les traits d’une berceuse traditionnelle, utilisée pour endormir les enfants à l’instar du “fais dodo” français. L’ethnomusicologue Estelle Amy de la Breteque, qui a étudié ces chants dans le cadre de sa recherche de DEA, explique que “dans la culture kurde, les lamentations sont l’expression de toute douleur, nostalgie ou difficulté“. Elles sont chantées par les femmes kurdes en de nombreuses occasions : lors de décès (plaintes mortuaires) ou de mariages (la mère de la mariée pleure le départ de sa fille), mais aussi pendant des moments du quotidien (tissage, cuisine) où lorsque qu’elles bercent leur enfant. “Les berceuses, nous dit-elle, ainsi que les lamentations, sont des chants d’expression solitaire. En berçant du pied le berceau de leurs enfants, les femmes kurdes chantent l’absence d’un parent ou du mari, ou encore un Kurdistan mythique.
Le "Drume Negrita" Cubain
La langue de Mercedes Alfonso est « chantante » des accents et héritages multiples qui composent la culture cubaine, mais elle ne se définit pas comme chanteuse : « Je chante comme on chante à Cuba parce que tu as entendu depuis que tu es petite les berceuses que chantaient ta mère, ta grand mère ou la voisine d’à côté qui est en train d’étendre son linge… Pour nous c’est quelque chose de très naturel ! ». Les lecteurs hispanophones (ou à peu près) de cette page auront sûrement remarqué que la version originale reproduite ci-dessus laisse entendre les accents créolisés de l’espagnol cubain, imprégné des différentes langues parlées dans les Caraïbes depuis les débuts de la colonisation du pays au XVIe siècle : du castillan bien sûr, de l’anglais et du français également, mais aussi des traces d’anciennes langues amérindiennes et de différents dialectes du Yoruba, qui est encore parlé dans les rituels de la Santeria. Le « duerme » (qui signifie « dort », à l’impératif) se transforme alors en « drume » tandis que certains termes renvoient clairement au culte des Orishas qui structure les pratiques religieuses des peuples yoruba telles que le candomblé dans le Nord du Brésil, l’umbanda autour de Rio de Janeiro, ou la Santeria à Cuba.
Le "Soin soin" Franco-Provençal
Plusieurs d’entre elles ont été publiées au sein de deux Atlas sonores (ici, les numéros 10 et 22). La traduction la plus répandue de ce chant traditionnel en francoprovençal étant : “Sommeil, sommeil, viens, viens, viens. Ici, “la mami” désigne “Le petit”. Si le rythme et l’élocution trahissent un impatience certaine dans l’attente du sommeil, les paroles sont également autrement directives: “Soin soin que le vène vène. Soin soin que le vène donc.”, autrement dit “Sommeil, sommeil, qu’il vienne, vienne. Sommeil, sommeil qu’il vienne donc.”.
Ces exemples illustrent la diversité et la richesse des berceuses à travers le monde. Elles sont un témoignage de l'ingéniosité humaine et de la capacité à créer des mélodies et des paroles qui apaisent, réconfortent et transmettent des valeurs essentielles.
La berceuse aujourd'hui
Aujourd'hui, la berceuse continue d'être chantée par les parents du monde entier. Elle s'adapte aux nouveaux contextes culturels et technologiques, tout en conservant son essence : un chant d'amour et de protection pour l'enfant qui s'endort. De nombreux artistes contemporains s'inspirent des berceuses traditionnelles pour créer de nouvelles compositions, témoignant de la pérennité de ce genre musical.
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