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L'histoire et l'héritage des berceaux en osier dans le Nord-Pas-de-Calais

Le berceau en osier ancien est un objet chargé d'histoire et de traditions, particulièrement dans des régions comme le Nord-Pas-de-Calais. Cette région, riche en savoir-faire artisanal et en particularités culturelles, a vu l'osier devenir un matériau privilégié pour la confection de nombreux objets du quotidien, dont les berceaux. Cet article explore l'histoire de ces berceaux, leur fabrication, leur place dans la société rurale et leur évolution au fil des siècles.

Le Nord-Pas-de-Calais : une région façonnée par l'histoire et la géographie

Le Nord-Pas-de-Calais, une région de définition tardive, comme d’autres parlent de la France, région dont les frontières furent encore plus tardives. La région Nord Pas-de-Calais, réunissant la Flandre et l’Artois, est très peuplée. Cette région a été profondément marquée par son histoire, sa géographie et les activités humaines. La vallée de la Sensée, située au sud du territoire, en est un exemple frappant. Les premiers aménagements de cette vallée datent de la période gallo-romaine, où la Sensée n'était qu'un affluent de la Satis, une rivière prenant sa source près d'Arras.

L'extraction de la tourbe, pratiquée depuis le Haut Moyen-Âge, a également façonné le paysage de la vallée. Bien que son pouvoir calorifique fût limité par rapport au charbon, la tourbe, un combustible peu coûteux et accessible résultant de l'accumulation et de la dégradation incomplète de matière végétale en milieu humide, était utilisée par les habitants pour se chauffer dès le Haut Moyen-Âge. À la fin du XVIIe siècle, l'extraction artisanale de la tourbe prit une nouvelle dimension avec l'arrivée de maîtres tourbiers de la Somme, et la tourbe de la Sensée commença à alimenter les grandes villes des alentours.

Au XIXe siècle, le charbon remplaça progressivement la tourbe, mais cette dernière continua d'être utilisée comme engrais jusqu'au milieu du XXe siècle. L'extraction intensive de la tourbe entraîna l'agrandissement des marais et la création de trous d'eau, ralentissant ainsi le cours de la Sensée. Par ailleurs, la culture du lin, souvent associée à l'exploitation de la tourbe, s'implanta durablement dans cette zone humide.

Le canal de la Sensée fut mis en service dès 1820, mais les travaux du canal du Nord, entrepris en 1908, furent ralentis par les deux guerres mondiales et ne furent achevés qu'en novembre 1965. Jusqu'à la généralisation des péniches automotrices dans les années 1960, le halage, qui consistait à faire tirer les péniches par des chevaux depuis la berge grâce à une corde attachée à un mât, était le principal moyen de traction. En 1950, l'augmentation du trafic de charbon, de fer, de produits agricoles, de ciment, de gravat et de sable rendit les écluses trop petites et les ponts trop bas.

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Aujourd'hui, cette zone humide est prisée pour ses activités récréatives et sportives de plein air, telles que le VTT et la randonnée. Dix circuits de randonnée de 5 à 13 km, inscrits au Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnées (PDIPR), sont proposés aux visiteurs. Un topoguide de randonnée, édité en 2005 par le SIRA, présente ces itinéraires avec des cartes et des informations sur les parcours. Ce guide offre de nombreuses occasions de découvrir l'histoire locale, les traditions, le patrimoine et la nature de la région.

Le nord du territoire appartient au plateau crayeux de l'Ostrevent, qui s'étend de la vallée marécageuse de la Scarpe à l'Artois et au Cambrésis. L'Ostrevent se caractérise par un paysage agricole de type openfield, où les grandes cultures (céréales, betteraves industrielles) occupent les trois quarts de la surface agricole. On y trouve également la culture de la pomme de terre et des chicons (endives). L'élevage est peu répandu, avec moins de 3 % des surfaces en herbe.

La culture de l'ail dans la région remonte probablement à l'époque des grandes migrations de l'Antiquité. L'ail était très apprécié des Gaulois, qui l'utilisaient déjà pour fumer les aliments afin de les conserver. Planté en février et récolté en juillet, l'ail est ensuite trié, calibré, confectionné en bouquet, tressé et fumé. Le fumage de l'ail permet de le sécher et de faciliter sa conservation. Les liens d'ail sont suspendus dans le fumoir pendant 8 à 10 jours, dans une atmosphère enfumée portée entre 40 et 50 °C. Après le fumage, les tresses d'ail sont entreposées dans un endroit sec et aéré.

Les tours, généralement quadrangulaires, maçonnées de briques avec des chaînages et des harpes de pierres blanches, furent construites au XIXe siècle sur des censes roturières pour témoigner de la richesse de leurs propriétaires. On peut également admirer quelques châteaux d'architecture française des XVIIe et XVIIIe siècles, situés dans les villages, dans la nature et à la croisée des chemins. En 2000, le SIRA a édité, en partenariat avec le Cercle Historique du Val de Scarpe, un livre présentant les 80 lieux cultuels de l'Arleusis : « Chapelles et Calvaires de la région d’Arleux ».

Apparu entre 2500 et 1800 ans avant JC, soit à la fin du Néolithique et au début de l'âge de bronze, le mégalithisme marque une étape majeure de l'évolution de la société humaine avec le développement de pratiques culturelles et funéraires. Les géants du Nord, portés ou roulés, héros imaginaires, guerriers, personnages historiques locaux, mythologiques ou issus du monde ouvrier, animent les carnavals, les ducasses et les fêtes locales. Ensemble, ils participent à la construction d'une communauté solidaire, dynamique et ouverte à tous.

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Les géants du Nord sont des figures essentielles du folklore du Nord de la France et de la Belgique. Ils représentent des personnages historiques, légendaires ou fictifs, ainsi que des animaux. Portés à bras d'hommes ou tirés sur chariot, ils sortent en processions et dansent dans les rues les jours de fête. Créés par un groupe de personnes partageant les mêmes valeurs (même profession, même confrérie), les géants représentent leur ville et symbolisent l'identité collective. Lors des processions, ils sont portés par une ou plusieurs personnes qui leur donnent vie : ils dansent, rencontrent, embrassent… Comme nous, ces monstres d'osier naissent, se marient et ont des enfants qui sont parfois même baptisés.

De physionomie et de taille variable (entre 3 et 9 mètres de haut), les géants sont composés d'osier, de fil de fer, de papier, de carton, de cuir ou de bois. Lors de processions, le port du géant est souvent réservé à une confrérie ou une association particulière. Aujourd'hui, seules cinq ou six familles se partagent ce privilège, qui se transmet par les liens du sang. Seul, en couple ou en famille, le géant traverse la ville selon un itinéraire déterminé, le long duquel la foule se masse. Il est souvent accompagné d'une fanfare et a un air qui lui est propre.

En France, les géants sont implantés sur l'ensemble de la région du Nord Pas-de-Calais. On en trouve également quelques-uns en Picardie. Les premières apparitions de géants datent du XIVe siècle au Portugal et du XVIe siècle en France. Ils sortent lors des processions religieuses et illustrent des épisodes de la Bible ou de légendes. Mais les déviances profanes de certains géants ne sont pas du goût de l'Église. Proscrits des processions religieuses, ils défilent lors de carnavals et de fêtes païennes.

La Révolution essaye également de les faire disparaître, mais le rituel de la procession perdure et s'adapte aux changements de régimes politiques comme à l'évolution de la vie religieuse. Gayant de Douai, par exemple, porte successivement le blason de Charles Quint, le soleil de Louis XIV et enfin les armes de la ville. Chaque géant a sa fête dont il est l'acteur principal. Cependant, d'autres pays abritent d'étranges cousins, quoique moins nombreux et d'origines diverses.

La découverte de charbon dans le Nord nécessite plus d’un siècle de recherches infructueuses avant que ne soit reconnu le premier terrain houiller en 1850. Le bassin du Pas-de-Calais sera bientôt partagé entre les diverses sociétés d’exploitations. Les difficultés sont nombreuses et les moyens mécaniques peu puissants. Les hommes doivent parfois descendre à l’échelle tout au fond des mines, les terrains sont dangereux, les conditions de travail lamentables. Quelques améliorations sont apportées au fil des ans, mais les conditions s’améliorent vraiment à partir de 1945, quand le métier est transformé par l’arrivée de l’électricité qui apporte avec elle les engins modernes. C’est le 21 décembre 1990 que le dernier charbon remonte et met fin à 270 ans d’histoire. Les mines du Nord ont été en tête des évolutions techniques et à l’avant-garde des luttes sociales.

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L'osier : un matériau traditionnel et polyvalent

L'osier, ce sont des rameaux flexibles de saules utilisés dans la fabrication de la structure des géants, il en fait la particularité des géants du Nord de la France et de la Belgique. L'osier est un matériau naturel, renouvelable et abondant dans les régions humides comme le Nord-Pas-de-Calais. Sa souplesse et sa résistance en font un matériau idéal pour la vannerie, l'art de tresser des fibres végétales pour créer des objets utilitaires ou décoratifs.

Dans le Nord-Pas-de-Calais, la culture de l'osier et la vannerie étaient des activités traditionnelles importantes, fournissant des revenus complémentaires aux familles rurales. L'osier était utilisé pour fabriquer une grande variété d'objets, tels que des paniers, des corbeilles, des meubles, des clôtures et, bien sûr, des berceaux.

Le berceau en osier : un symbole de l'enfance et de la famille

Le berceau en osier ancien est bien plus qu'un simple objet de puériculture. Il est un symbole de l'enfance, de la famille et des traditions. Dans les foyers ruraux du Nord-Pas-de-Calais, le berceau en osier était souvent transmis de génération en génération, témoignant de l'histoire familiale et des liens intergénérationnels.

La fabrication d'un berceau en osier était un travail minutieux, réalisé par des artisans vanniers expérimentés. La structure du berceau était généralement constituée d'une armature en osier tressé, renforcée par des montants en bois. L'intérieur du berceau était garni de ткани, de paille ou de laine pour assurer le confort du bébé.

Le berceau en osier était souvent décoré de motifs simples, tels que des tresses, des losanges ou des fleurs. Ces décorations pouvaient avoir une signification symbolique, liée à la protection de l'enfant ou à la fertilité de la famille.

L'évolution des berceaux en osier au fil des siècles

Au fil des siècles, les berceaux en osier ont évolué pour s'adapter aux besoins et aux goûts des différentes époques. Au Moyen Âge, les berceaux étaient souvent suspendus pour protéger les bébés des animaux et des courants d'air. À la Renaissance, les berceaux sont devenus plus décoratifs, avec des sculptures et des ornements plus élaborés.

Au XIXe siècle, l'industrialisation a entraîné la production en série de berceaux en métal ou en bois, mais les berceaux en osier ont continué d'être fabriqués artisanalement, conservant leur charme et leur authenticité. Aujourd'hui, les berceaux en osier anciens sont recherchés par les collectionneurs et les amateurs d'objets anciens, qui apprécient leur valeur historique et esthétique.

Habitat et communauté rurale

La concentration de l’habitat a été aussi fréquente, sinon plus, que sa dispersion. Pour le petit diocèse d’Arras (2 821 km2) on a compté 21 % de toponymes romans, mais « les créations des XIe-XIIIe siècle sont moins nombreuses que les disparitions ». Ainsi de Tréhout, toponyme germanique indiscutable, dont la paroisse, fondée en 1239, était taxée à 16 L dans le pouillé de 1360, qui figurait sur les rôles de l’aide d’Artois, comme une communauté, mais qui était désert en 1469 et n’est plus aujourd’hui qu’un lieu-dit de Vitry-en-Artois : les gens étaient partis, laissant le toponyme sur place. La grande charte de 1066 pour Saint-Pierre de Lille cite 21 lieux ruraux situés dans la châtellenie de Lille ; 11 sont des communes aujourd’hui, 10 ne sont plus que des lieux-dits, des lieux vides parfois. Au XIIe siècle, à en juger par les toponymes inscrits dans la marge de leur cartulaire, les moines d’Hesdin possédaient des biens dans 52 villages dont 19 appelés villa ou villula (et une fois parrochia) ; 21, dont 11 villae, sont aujourd’hui des communes, 20, dont 5 villae, ne sont plus que des lieux-dits, 11, dont 3 villae, ne sont pas identifiés et ont dû disparaître. Il y avait donc beaucoup de « lieux » ou de « villes ». C’est à la fin du XVe siècle qu’on commença à parler de « villages » et de « hameaux ». Mais la ferme isolée ou le hameau ne constituait pas forcément une unité fiscale. À Moringhem, près de Saint-Omer, vieille villa franque qui formait toujours une unité fiscale en 1469, on dénombra en 1725 27 feux dont 7 au chef-lieu et 20 dans 4 hameaux bien visibles sur la carte actuelle. Ici la communauté regroupait des habitats distincts, ailleurs les habitats distincts formaient des communautés différentes.

Pour parler des communautés on part des documents fiscaux. Dès qu’il se manifesta, c’est-à-dire dès le XIVe siècle, le fisc ne voulut et ne put connaître que des communautés : l’impôt, étant de répartition, ne pouvait peser que sur des groupes humains cohérents, solidaires et responsables, capables d’assurer le stade ultime de la répartition fiscale, entre les feux. Toutes les communautés formèrent donc une unité fiscale, aussi bien celles qui comprenaient plusieurs hameaux que celles qui étaient réduites à un feu. Dans la Flandre Wallonne on avait d’abord imposé ensemble les deux petits villages voisins de Bauvin et de Provin, sans doute parce qu’ils appartenaient à Saint-Vaast d’Arras, qui rechignait tellement à payer les aides ducales, mais c’étaient deux communautés distinctes qui, dès 1429, obtinrent d’être séparées et qui se disputaient encore en 1449, en 1491, pour savoir qui, de l’initial fardeau commun, payerait les 2/5 ou le tiers, qui les 3/5 ou les deux tiers. Ces communautés étaient donc antérieures à la fiscalité. De quand datent-elles ? Cela revient à se demander quelle en était la nature.

On pense d’abord à une définition ecclésiastique : la communauté, c’était la paroisse. C’est vrai parfois, pas toujours : souvent la communauté réunit deux paroisses, ou bien c’est la paroisse qui est divisée en plusieurs communautés. D’où vient cette distorsion ?

D’abord la paroisse rurale a été tardive et il est évident que les gens n’ont pas attendu d’avoir ecclesia et presbyter pour résoudre entre voisins leurs problèmes communs. Le voisinage a précédé l’éventuelle paroisse. Vers 850 le polyptyque de Saint-Bertin ne cite que 9 ecclesiae pour 21 domaines ruraux ; c’est bien peu. Aux Xe-XIIe siècle les lieux de culte se sont multipliés et il n’est pas impossible que chaque communauté ait eu son altare, son atrium, son sacerdos proprius. Les seigneurs auront construit les églises pour percevoir les revenus : l’usage de l’église était obligatoire et payant ; c’était une banalité comme les autres. Vers 1093-1186 les moines d’Hesdin possédaient tout ou partie de l’autel et du cimetière dans dix villages qui ne sont parfois plus aujourd’hui que des hameaux, des fermes, des lieux-dits ; à la fin du moyen âge il n’en restait plus que 4 ou 5 paroisses. Le XIIIe siècle avait donc fait le tri dans cette prolifération anarchique des lieux de culte. C’est alors qu’apparut la paroisse. Dans le diocèse d’Arras le mot ne s’est imposé qu’à la fin du XIIIe siècle. B. Delmaire y a trouvé 443 autels dont 17 absents du pouillé de 1360 (3,84 %). Calcul sans doute fautif car un sondage dans les 25 premières notices paroissiales montre que dans 5 cas (20 %) l’autel avait disparu en 1360 et il est probable que si cet auteur avait dépouillé les documents antérieurs à 1093 il aurait trouvé d’autres altaria éphémères.

La création des paroisses n’a donc pas été, de Charlemagne à saint Louis, le processus linéaire qu’on pense, paroisse d’abord, succursales ensuite. Les secours, plus que le témoin d’un peuplement intercalaire tardif, sont celui d’une ancienne géographie des lieux de culte, d’un réseau plus serré, d’une Église plus généreuse. Il ne faut pas dire que le réseau paroissial est resté incomplet à cause de l’incurie des laïques, mais qu’il s’est appauvri à cause de la cupidité des clercs.

Aux XIIIe-XVIIIe siècle les paroisses étaient donc moins nombreuses que les communautés. Pour la partie rurale du diocèse d’Arras (2 705 km) on a compté en 1469 355 paroisses et 449 communautés (rapport 1,26). Mais ce nombre de 449 pèche par défaut, l’auteur n’ayant pas pris en compte, arbitrairement, celles qui étaient réduites à un feu. Arbitraire injustifié car, comme on a vu, ces fermes isolées étaient la trace d’une ancienne communauté. Le rapport 1,26 doit donc être corrigé. En 1469 on trouvait dans la recette d’Arras au moins 228 localités dont 10 enclaves appartenant à d’autres recettes ; les 218 restant étaient regroupées en 196 unités fiscales correspondant à 160 paroisses. Il y avait donc 1,44 communauté pour une commune. Le rapport se retrouve dans la campagne de Saint-Omer (33 communes pour 23 paroisses). Presque toutes ces communautés sont devenues des communes en 1790, car c’était la communauté qui comptait, non la paroisse. Comme l’écrivait en 1698 l’Intendant Bignon, « le terme de paroisse n’est connu en Artois que par rapport au spirituel : en toutes autres affaires… on use du terme de communauté ».

Il en allait de même ailleurs. Dans la Flandre Wallonne les premières Enquêtes Fiscales ont examiné des « paroisses » ; les manants sont venus déposer au nom de leur « paroisse ». Simple façon de parler car bien souvent le territoire de ladite paroisse comprenait des enclaves (au total 15 % du sol et des hommes) qui ne payaient pas l’impôt avec la Flandre Wallonne et qui, comme le montrent les cartes anciennes et récentes, correspondaient à des habitats bien distincts. Donc les manants qui déposaient devant les commissaires de la Chambre des Comptes ne parlaient qu’au nom de leur communauté. Ici aussi il y avait beaucoup plus de communautés que de paroisses. De même sans doute en Hainaut.

L’étude des communautés fait donc apparaître une structure de l’habitat plus serrée et plus ancienne que la structure paroissiale, et si solide qu’elle s’est souvent traduite en 1790 par l’érection en commune de ce qui n’avait pas été paroisse sous l’Ancien Régime, ni au XIIIe siècle. Des communautés dès le Haut Moyen Age ? Pourquoi pas, quoi qu’en ait dit R. Fossier ? Mais pour quoi ?

Communauté à cause de la discipline agraire, dit-on parfois, et de l’usage des communaux. Hélas, il n’y a pas la moindre trace de vaine pâture et de contrainte de sole dans les coutumes picardes de 1025 à 1300, ni dans le cartulaire d’Hesdin de 1093 à 1186. Serait-ce donc un phénomène tardif, comme le veut G. Duby ? Mais on ne trouve rien non plus de 1250 à 1500. Autrement dit cette discipline agraire a peut-être existé, mais avant l’an Mil. Pourquoi pas d’ailleurs ? Quant aux communaux il y en avait peu et il y en eut de moins en moins car on les lotissait, on les vendait. Dans la Flandre Wallonne de 1549, sur quelque 160 communautés, seules 30 avouaient « une petite communauté », c’est-à-dire un marais commun, parce qu’elles étaient riveraines d’une rivière indolente. Mais souvent ces marais étaient communs à tous les villages riverains. Dira-t-on que la communauté rurale était composée de 6, 8 ou 10 villages ? Mieux vaut abandonner cette piste.

On pose parfois l’équation « communauté = seigneurie ». À première vue c’est inacceptable, car la seigneurie pullulait : il pouvait y en avoir une dizaine par village, du moins des seigneuries foncières. Pour le Hainaut G. Sivéry semble identifier communauté rurale, seigneurie et échevinage, sans distinguer seigneurie foncière et seigneurie justicière ; or le seigneur foncier avait besoin d’un échevinage propre et s’il n’avait pas assez de tenanciers pour garnir son banc de sept échevins il en empruntait au seigneur voisin, ou bien on prenait « deux héritiers pour un échevin »… On y voit plus clair pour l’Artois. Là les droits du seigneur foncier étaient des plus réduits : quelques droits utiles, des rentes, même plus de corvées. Au contraire ceux du seigneur vicomtier qui avait la police des chemins, des denrées, des poids et mesures, et toute la police rurale comme les bêtes trouvées en dommage ou les nouvelles esteules, et les puits à marne mal restouppés ; c’est lui qui publiait les bans de mars et d’août qui réglaient toute la vie rurale. La voilà, la discipline agraire ! Les communautés rurales correspondaient donc peut-être à des seigneuries vicomtières, mais comme on ne possède pas de liste de ces seigneuries on n’est pas plus avancé.

On peut enfin se demander s’il ne faut pas faire remonter la communauté rurale jusqu’à la villa du Haut Moyen Age qui, elle, a connu les communaux, la discipline collective, les corvées faites en commun et la forte autorité du maître. Dans la « campagne de Saint-Omer » (aujourd’hui 29 communes et23 390 ha) le polyptyque de 850 décrit 5 villae entières attribuées à la nourriture des moines de Saint-Bertin ; il faut en compter autant pour les autres offices, ce qui fait dix ; et au moins autant pour la mense abbatiale, et pour les chanoines de Saint-Omer, qui avaient un tiers de la fortune de Sithiu, plus les fiefs. Autrement dit, ici tout appartenait à cette Église. À partir de 900 les villae éclatèrent en fiefs, en petites seigneuries dont aucune, semble-t-il ne donna naissance à une communauté d’habitants. Il y a plus : les moines avaient acquis dans la même région, toujours pour le victus fratrum, cinq domaines croupions qu’on peut souvent identifier à des hameaux actuels et dont aucun, que l’on sache, n’a donné naissance à une communauté. Autrement dit les acquêts des moines n’ont pas brisé les communautés préexistantes qu’on devrait donc faire remonter à l’époque franque, sinon plus haut. Pourquoi pas ? Il n’y a rien de plus indestructible que les paysanneries. Mais ce ne sont là qu’hypothèses.

Ce qui est certain, c’est qu’en 1328 il y avait des communautés plus nombreuses que les paroisses et qu’on a comptées pour telles dans l’État des paroisses et des feux. En Vermandois furent comptés pour paroisses « les cités, châteaux (villes), villes (villages), et lieux ». C’est probable ailleurs. C’est certain pour le bailliage de Senlis et le comté de Valois où on trouve 1,48 soit-disant paroisse de 1328 pour une commune moderne : 1,48 ! À peu près comme en Artois ! S’il en était partout de même on doit dire que le domaine royal était 1,4 fois moins étendu que ne l’a cru F. Lot et que la population du royaume était 1,4 fois plus forte : densité 56, et non 40…Habitation

Le plus souvent en tas, parfois en rue, le village était un groupe de maisons enfouies dans la verdure de leurs hayes. Ainsi l’ont représenté les Albums de Croÿ et les terriers, quand ils délimitent un canton de dîme ou de terrage, s’appuyent parfois sur « les hayes du village ». À l’intérieur de ce « circuit des hayes » le sol était divisé en parcelles qu’en Flandre Wallonne on appelait en 1449 des « lieux » ; le lieu, c’était à la fois le courtil et la maison ; celle-ci pouvait être démontée et emportée dans un autre village où l’impôt était moins lourd : on transportait son « lieu » d’un village dans un autre et le « lieu », c’est-à-dire le courtil, restait vaghe, ars, destruit, désolé, a ruyne. Dans l’Enquête Fiscale de 1549 ce que les manants déclarèrent d’abord, ce furent les « jardins ». En Artois on parlait de jardins, de courtils, de mès ou de manses.

Dans la Flandre Wallonne de 1449 un lieu correspondait à un feu, mais on pouvait trouver des sous-locataires exempts de taille comme « vivans soubz les aultres » ou dans de « petites kahutes et fournilz ». Et cela dans le monde vide du XVe siècle ! Après 1500 se multiplièrent les mentions de gens « demeurant avec autruy », « en fournils et chambres », de « maisons où il y a 2 ou 3 mesnages » ; ces sous-locataires furent alors comptés comme autant de feux fiscaux.

Le problème avait été beaucoup plus aigu de 1000 à 1300 : comme la population quadruplait, il avait fallu, soit diviser les mès, soit accu…

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