Lyon, ville d'histoire et d'innovation, s'enorgueillit à juste titre d'une institution qui a marqué un tournant dans l'histoire de la médecine : l'École Vétérinaire. En 1761, cette ville fut le berceau d'un enseignement dont l'utilité primordiale n'est plus à démontrer. Un Lyonnais, Claude Bourgelat, fut le premier à saisir l'importance de cette discipline, faisant de la France, une fois de plus, l'éducatrice des nations dans ce domaine. Cet article explore l'histoire fascinante de cette institution pionnière, son fondateur, et son impact sur le traitement des maladies animales.
Claude Bourgelat : Un Avocat Devenu Pionnier Vétérinaire
Claude Bourgelat naît à Lyon le 27 mars 1712. Issu d'une famille de négociants, son père, Pierre Bourgelat, était marchand de soies et échevin de la ville. Initialement destiné à la carrière juridique, il étudie le droit à l'Université de Toulouse et s'inscrit au barreau de Grenoble.
Le Désenchantement du Droit et la Passion Équine
Un épisode marque un tournant décisif dans sa vie. Après avoir gagné une cause qu'il découvre injuste, il sollicite en vain l'annulation de l'arrêt auprès du parlement. Profondément déçu par cette expérience, il renonce à sa carrière d'avocat. Sa passion pour les chevaux, cultivée depuis sa jeunesse, le conduit alors à s'engager dans un régiment de cavalerie.
L'Étude Approfondie du Cheval et l'Inspiration de Soleysel
Bourgelat se consacre corps et âme à l'étude du cheval, dévorant les traités existants. Les écrits de Jacques Soleysel, qui avait entrepris de fonder une école pour combattre les préjugés et établir l'étude vétérinaire sur des bases scientifiques, retiennent particulièrement son attention. Bourgelat entrevoit alors la possibilité de surpasser les réalisations de Soleysel.
La Voie Expérimentale et l'Académie d'Équitation de Lyon
Il se livre à un examen critique des connaissances de l'époque, remontant à l'origine des erreurs. Persuadé que seule l'expérimentation peut les corriger, il effectue de nombreuses dissections, non seulement sur les chevaux, mais aussi sur d'autres animaux domestiques. Fort de cette expertise, il obtient le poste de chef de l'Académie d'équitation de Lyon en 1740. Ses compétences équestres lui valent une renommée européenne, et même Frédéric II de Prusse le consulte sur la conduite de la cavalerie.
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Publications et Reconnaissance
En 1747, Claude Bourgelat publie un traité complet d'équitation qui rencontre un vif succès et attire de nombreux élèves. Il publie ensuite ses "Éléments Hippiatriques", où il démontre à la fois ses talents d'anatomiste, d'écrivain, de praticien et d'expérimentateur. Diderot et d'Alembert, en pleine publication de l'Encyclopédie, font appel à lui pour rédiger les articles relatifs à la médecine vétérinaire. Il étend alors ses recherches à tous les animaux domestiques.
La Fondation de l'École Vétérinaire de Lyon : Une Révolution dans le Traitement des Maladies Animales
Fort de ses connaissances et de sa conviction de la nécessité d'un enseignement structuré, Bourgelat obtient l'autorisation d'ouvrir une école pour le traitement des maladies des bestiaux. L'arrêt royal, daté du 4 août 1761, accorde au fondateur une subvention de 50 000 livres.
L'Ouverture et le Succès Initial
L'école ouvre ses portes le 1er janvier 1762. Le succès est immédiat : elle compte 5 élèves le 25 février, 38 à la fin de l'année, et 80 l'année suivante. Elle s'installe dans les bâtiments d'une ancienne hôtellerie, "A l'Abondance", située dans le faubourg de la Guillotière.
Un Rayonnement Européen Malgré un Soutien Étatique Limité
Bien que Bourgelat dote la France d'écoles vétérinaires, un bienfait que l'Europe s'empresse d'adopter, il est peu encouragé par l'État. Il doit hypothéquer sa propre fortune pour financer l'établissement de l'enseignement. Il ne reçoit pas d'honoraires et ne perçoit qu'une somme totale de cinquante mille francs, versée sur six ans.
Le Transfert et l'Évolution de l'École
En raison de l'étroitesse des locaux et des dégradations subies pendant le siège de Lyon, l'école est transférée dans le courant de frimaire, an V, à la maison des Deux-Amants, un ancien monastère datant de 1675. L'espace étant insuffisant, elle s'étend sur le claustral des Cordeliers de l'Observance. Ce n'est qu'en 1840 que l'École est définitivement en possession de ses limites actuelles. Des travaux de restauration sont entrepris peu après, et achevés en 1860.
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L'École Royale Vétérinaire et l'Établissement National
En 1764, l'école reçoit le titre d'École royale vétérinaire, et Bourgelat est nommé directeur et inspecteur général de toutes les écoles établies ou à établir. Par une loi de germinal an III, l'École devient définitivement un établissement national.
Les Écoles d'Alfort et de Toulouse
Avant la Révolution, une autre école est créée sur le même modèle à Alfort, près de Paris. En 1818, l'école de Lyon est reléguée au rang d'école de seconde classe, et seule Alfort a le droit de conférer le diplôme de médecin-vétérinaire. Une ordonnance de 1825 rétablit l'égalité, et une troisième école est fondée à Toulouse. Depuis 1866, l'enseignement est réparti de la même façon dans les trois établissements.
Le Budget et les Installations
Le budget de l'École est modeste à ses débuts, mais constitue néanmoins une lourde charge pour Bourgelat. En dehors de la subvention initiale, il ne reçoit aucun traitement. Il abandonne généreusement à l'œuvre qu'il a créée le revenu de la ferme des fiacres de la ville, qui lui avait été concédé. En 1765, lorsqu'il quitte Lyon pour fonder l'école d'Alfort, il demande au roi que ce revenu soit définitivement attribué à l'entretien de l'École de Lyon, ce qui est accordé en 1768. À ce moment, le budget de l'École vétérinaire s'élève à 24 000 livres.
L'agencement de l'École est judicieux, et le plan de l'architecte Chabrol est bien conçu. Des laboratoires et des salles sont ajoutés au fil du temps pour accompagner le développement de l'École. La cour d'honneur, ornée de galeries en arcades et de la statue de Bourgelat, mène aux salles de cours, aux laboratoires, et au grand amphithéâtre. La cour de clinique et la cour des infirmeries accueillent les animaux en traitement et en observation.
L'Enseignement et le Corps Professoral
L'enseignement à l'École vétérinaire dure quatre ans. Les élèves sont admis sur concours et doivent être bacheliers. Ils sont répartis entre les trois écoles. À la tête du corps professoral se trouve un directeur, digne continuateur des Bourgelat, des Rozier, des Lecoq et des Chauveau. L'enseignement est réparti en dix chaires, chacune possédant un professeur et un chef de travaux. Une grande importance est accordée à l'expérimentation et à la manipulation.
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L'Impact de l'École Vétérinaire sur la Santé Animale et l'Agriculture
L'École vétérinaire de Lyon a joué un rôle crucial dans l'amélioration de la santé animale et le développement de l'agriculture. Elle a formé des générations de vétérinaires compétents qui ont contribué à lutter contre les épizooties et à améliorer les pratiques d'élevage.
La Lutte Contre les Épizooties et l'Amélioration du Bétail
La région du Lyonnais, en particulier, a bénéficié de l'action de l'École. Grâce à la vulgarisation des connaissances vétérinaires dans les campagnes, elle a contribué à l'amélioration du bétail.
La Sensibilisation des Élites et les Fermes-Écoles
L'administration a également cherché à sensibiliser les élites agricoles aux nouvelles méthodes d'élevage. Des sociétés d'agriculture ont été créées pour encourager les échanges et les expérimentations. Des fermes-écoles ont été mises en place pour diffuser les pratiques agricoles modernes.
La Sélection des Espèces et l'Émergence de la Race Gasconne Aréolée
La sélection des espèces a permis d'améliorer les races animales. Une notice du médecin-vétérinaire départemental Laborde en 1821 décrit l'état des bêtes à cornes dans le Gers après les épizooties de 1774 à 1776.
Les Craintes Ancestrales et les Remèdes Irrationnels
La grande majorité des paysans n'a pas accès aux explications officielles et se réfugie dans l'irrationnel et le religieux, ce qui exaspère les esprits éclairés. Les descriptions peu élogieuses des gersois servent de prétexte à la mise en place d'une action plus constructive et efficace.
L'Organisation de la Prophylaxie
Une leçon importante a été retenue de l'épizootie de 1774 : il faut agir en amont, car l'épidémie, une fois engagée, ne peut être étouffée. Trois axes d'action sont mis en œuvre au XIXe siècle : l'appel à des personnes qualifiées, la lutte contre les habitudes ancestrales et la distribution de récompenses aux bons éleveurs.
La Mise en Place de Professionnels
Au XIXe siècle, les paysans ont recours à des "mareschaux" ou à des pratiques religieuses pour soigner leurs animaux. L'institution de l'École vétérinaire de Lyon en 1761 marque un tournant.
Les Artistes-Vétérinaires
En 1761, Louis XV institue l'École vétérinaire de Lyon, qui acquiert rapidement une grande renommée. En 1766, une deuxième école est ouverte à Alfort.
Le Vétérinaire Départemental
Le décret du 15 janvier 1813 met à la disposition du préfet un vétérinaire départemental. Au cours du XIXe siècle, de plus en plus de gersois sortent des trois écoles vétérinaires nationales.
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