Molenbeek, une commune de la région bruxelloise, est devenue tristement célèbre en tant que point de départ ou de transit pour plusieurs terroristes impliqués dans des attentats majeurs en Europe. Cette réputation, bien qu'elle ne définisse pas l'ensemble de la commune, soulève des questions importantes sur les facteurs qui ont contribué à cette situation et les défis auxquels Molenbeek est confrontée.
Molenbeek au Cœur des Attentats
Plusieurs attentats terroristes ont été liés à Molenbeek, renforçant sa réputation de foyer du terrorisme. Cinq terroristes des attentats du 13 Novembre venaient de cette ville de la région bruxelloise. Des arrestations liées aux attentats de Paris ont eu lieu dans cette ville de la banlieue bruxelloise, connue pour avoir abrité des terroristes. La liste des personnes qui sont passées par Molenbeek avant d’être impliquées dans des actions terroristes impressionne. La tuerie du Musée juif de Bruxelles (mai 2014), la cellule de Verviers démantelée lors d’un assaut policier mortel (janvier 2015), l’attaque avortée dans un Thalys Bruxelles-Paris (août 2015) : toutes ces affaires avaient un lien avec ce quartier populaire de l’ouest de Bruxelles. Si l’on remonte plus loin dans le temps, c’est de Molenbeek que sont partis les tueurs du commandant afghan Ahmed Shah Massoud, principal adversaire du régime des talibans, assassiné par deux faux journalistes, sur ordre d’Oussama Ben Laden, deux jours avant le 11 septembre 2001. Ici, aussi, que vécurent deux des protagonistes des attentats de Madrid, qui firent 191 morts en 2004. Parmi les individus liés à Molenbeek, on retrouve :
- Les frères Abdeslam (Brahim, mort en kamikaze le 13 novembre au comptoir Voltaire, et Salah, suspecté d'avoir convoyé les kamikazes au Stade de France)
- Abdelhamid Abaaoud (le cerveau présumé des attentats, tué dans l'assaut de Saint-Denis)
- Chakib Akrouh (un Belgo-Marocain de 25 ans membre du commando des terrasses, tué en même temps qu'Abaaoud dans la planque de Saint-Denis)
- Mohamed Abrini (soupçonné d’avoir au moins participé aux repérages)
- Abdessatar Dahmane (l’un des deux assassins du commandant Massoud en 2001)
- Hassan El Haski (l’un des concepteurs de l’attentat de 2004 à Madrid)
- Mehdi Nemmouche (l’auteur de la tuerie au musée juif de Bruxelles)
Salah Abdeslam a été arrêté le 18 mars 2016 à Molenbeek, mettant en lumière les réseaux et les complicités qui pouvaient exister dans cette commune. Il était l'homme le plus recherché d'Europe depuis les attentats du 13 novembre et a été capturé à Molenbeek, dans le quartier où il a grandi, après quelque 120 jours de cavale. La planque où il a été capturé, rue des Quatre-vents, était située à 500 mètres seulement de la maison familiale où il a grandi.
Facteurs Contributifs
Plusieurs facteurs ont été avancés pour expliquer pourquoi Molenbeek est devenue un terreau fertile pour le terrorisme.
Pauvreté et Chômage
A Molenbeek, un jeune sur deux est au chômage. La ville est minée par la pauvreté. Huit habitants sur dix sont d'origine immigrée, et cette communauté belgo-marocaine est souvent stigmatisée et confrontée à des problèmes d'intégration. Auprès d'iTELE, les deux jeunes hommes expliquent comment les recruteurs essaient d'exploiter la vulnérabilité sociale, dans une commune où le chômage des moins de 25 ans dépasse les 40%. Ces difficultés économiques et sociales peuvent rendre les jeunes plus vulnérables aux discours extrémistes qui promettent un but et un sens à leur vie.
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Intégration Difficile
Hind Fraihi, une journaliste belge de confession musulmane auteure d'un livre sur Molenbeek, évoque une "enclave" en partie déconnectée du reste de la Belgique. "C'est une commune dans le centre de Bruxelles, très dense, jeune et dynamique, mais c'est aussi une enclave, où une part de la population est déconnectée. La plupart des familles se connaissent, et beaucoup ne se sentent pas citoyens belges. Ils regardent la télévision arabe, et s'intéressent à la politique au Moyen-Orient, pas en Belgique." "On constate qu'il y a des personnes qui sont là depuis 20 ans, 30 ans et qui ne maîtrisent pas le français. Et donc il y a des difficultés de scolarisation pour les enfants", souligne sur BFMTV Françoise Schepmans, la bourgmestre de la ville. "Et à côté de ça, auprès de cette jeunesse, une délinquance. Tout cela a créé un contexte qui a facilité le passage de ces jeunes Molenbeekois vers un radicalisme". L'absence d'intégration, le manque de maîtrise de la langue et les difficultés de scolarisation peuvent isoler les individus et les rendre plus susceptibles d'être influencés par des idéologies extrémistes.
Présence de Salles de Prière Clandestines
Avec 100.000 habitants, Molenbeek compte quatre mosquées officielles. A côté des lieux de culte officiels, il existe 18 salles de prière clandestines, qui peuvent laisser le champ libre aux fondamentalistes. "Ce sont des facteurs qui viennent de l’extérieur. Je veux dire, ce ne sont pas des gens qui viennent de Molenbeek qui tournent la tête de nos jeunes d’ici", estime pour sa part Murat Gurcam, un patron de bar du quartier. "Ce sont des gens qui viennent de l’extérieur, juste parce qu’ils savent qu’il y a des gens très affaiblis à Molenbeek. Financièrement, socialement. Ils en profitent." Ces lieux de culte non contrôlés peuvent devenir des espaces de diffusion de discours radicaux et de recrutement de jeunes en quête d'identité.
Laxisme des Autorités
L'ancien bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean, Philippe Moureaux, a été régulièrement taxé de laxisme face à la montée de l'islamisme radical dans sa commune. L’ex-élu socialiste a été surnommé "Ben Moureaux" par ses détracteurs. "C’était aux populations d’origine étrangère de s’intégrer. Or c’est Moureaux qui s’est intégré en allant parler dans les mosquées et en favorisant les fêtes étrangères", accuse Mostafa Ouezekhti. "On a assisté au cours de ces dernières décennies à un repli identitaire, un repli religieux. Puis, avec les événements internationaux, à un fondamentalisme qui s'est parfois transformé en radicalisme violent. Je pense que les autorités n'ont pas suffisamment pris la mesure de ce phénomène", a pour sa part estimé samedi sur RTL Belgique Françoise Schepmans, l'actuelle bourgmestre. Ce manque de vigilance aurait permis aux réseaux extrémistes de se développer et de prospérer dans la commune.
Facteurs Historiques et Politiques
Une thèse datée de 2007 à l’université de Louvain accuse la classe politique d'avoir abandonné les populations issues de l'immigration: "La classe politique qui était au pouvoir dans la commune, sous l’égide d’Edmond Machtens [PSB, bourgmestre de 1939 à 1978], a abandonné la population issue de l’immigration dans les quartiers historiques, davantage déstructurés encore par les grands travaux du métro, par la multiplication des sites industriels abandonnés", y est-il expliqué. "Dans un contexte de développement d’une ville fonctionnelle et de nouveaux îlots résidentiels modernes, la crise des quartiers historiques bruxellois s’était amorcée. Un processus de désagrégation et de paupérisation d’une population déjà fragilisée s’est alors engagé." Après la Seconde guerre mondiale, rappelle le quotidien, Molenbeek a connu un fort afflux d'immigrés et notamment en provenance du Maroc. Mais à partir des années 1960, l'essor a laissé place à la désindustrialisation, à une baisse de l’emploi et au départ de la classe moyenne. Ces facteurs historiques et politiques ont contribué à la marginalisation de certains quartiers de Molenbeek et à la création d'un environnement propice à la radicalisation.
Défis et Initiatives
Face à cette situation, Molenbeek est confrontée à de nombreux défis. Il est essentiel de lutter contre la pauvreté et le chômage, de favoriser l'intégration des populations immigrées, de renforcer la surveillance des lieux de culte et de lutter contre la radicalisation.
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Initiatives Locales
La commune de Molenbeek a tenu à rendre un hommage aux victimes des attentats survenus en France et en Belgique en inaugurant une sculpture baptisée «Flamme de l'espoir». Le Centre Pompidou et la Région de Bruxelles-Capitale s'allient pour créer un ambitieux pôle culturel près de Molenbeek. Près de 15.000 personnes sont attendues ce dimanche à Molenbeek pour une marche contre la terreur et la haine. Djihad est une pièce de théâtre, écrite et mise en scène par Ismaël Saidi, qui raconte l'histoire tragi-comique de trois Bruxellois partis faire la guerre sainte. La pièce est jouée pour la première fois en France, à Trappes (Yvelines), depuis les attentats du 13 novembre et de Charlie Hebdo.
Efforts de Déradicalisation
Le ministre de l’intérieur, Jan Jambon, a déclaré : « Je vais faire le ménage dans cette commune ». Ce nationaliste flamand ne comprend pas pourquoi des programmes de déradicalisation lancés en Flandre ne fonctionnent pas à Bruxelles. Il compte donc s’en occuper « personnellement ». « Tant mieux ! » répond la bourgmestre (maire), Françoise Schepmans, qui en appelle notamment à des moyens policiers supplémentaires. Des programmes de déradicalisation sont mis en place pour aider les jeunes à se détourner des idéologies extrémistes et à s'intégrer dans la société.
Lutte Contre la Stigmatisation
Il est important de lutter contre la stigmatisation dont sont victimes les habitants de Molenbeek. "C'est pas gai d'être au centre du monde de cette façon-là”, soupire un jeune homme qui préfère ne pas dire son nom. Venir d’ici ce n’est déjà pas facile, alors si en plus vous dites qui je suis, ça ne va pas m’aider.” En remontant la fermeture éclair de sa parka noire, il s’excuse avant de prestement tourner les talons. “On ne s’intéresse à nous que parce qu’on a eu des terroristes entre nos murs. Il est essentiel de reconnaître que la grande majorité des Molenbeekois aspire à vivre en paix et en harmonie avec le reste de la société.
Molenbeek-sur-Seine ?
Le ministre de la Ville a défendu ce matin ses propos sur l'existence d'une "centaine" de Molenbeek en France. REPORTAGE - De l'autre côté du périphérique parisien, le berceau de l'histoire de France avec sa nécropole royale se transforme en «Molenbeek-sur-Seine», attirant les plus radicaux du salafisme. Le ministre de la Ville, Patrick Kanner, a estimé qu'une «centaine de quartiers en France» présentent des «similitudes potentielles avec Molenbeek». Ne nous voilons pas la face : «des Molenbeek, la France en regorge», écrit Eric Zemmour dans Le Figaro Magazine.
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