La Jamaïque, île des Caraïbes au climat tropical, est mondialement connue comme le berceau du reggae, un genre musical intrinsèquement lié au rastafarisme. Si l'imaginaire collectif associe souvent la Jamaïque à une ambiance décontractée, au son du reggae et à une culture "peace and love", la réalité historique et sociale de l'île est bien plus complexe. Cet article explore l'histoire de la musique jamaïcaine, de ses racines dans le mento à l'émergence du reggae, tout en abordant les réalités sociales et politiques qui ont façonné ce genre musical et la culture jamaïcaine.
Les Racines Musicales : Du Mento au Ska
La musique jamaïcaine a des racines profondes dans le mento, une musique rurale issue des campagnes jamaïcaines. Le mento est une pierre angulaire de l’évolution de la musique jamaïcaine, de ses influences caribéennes (la Jamaïque est voisine de Cuba, Haïti, Trinidad et Tobago, Porto Rico, Guadeloupe, Martinique..) jusqu’aux influences du grand frère Américain. Bien ancré dans la tradition des musiques de la Caraïbe, issue de l‘Héritage Africain lié à la traite négrière, le Mento comme ses cousins le Calypso de Trinidad ou le Son cubain, est basé sur le fameux Tresillo (de tres, « trois » en espagnol) , cellule rythmique constituée de 2 noires pointées + une noire, première partie du fameux « 3/2 » de la clave cubaine. Cette cellule, qui se retrouve dans toutes les formes musicales de la région Caraïbes est l’image sonore même de la syncope donnant cette sensation de danse. C’est le Son et la Rumba à Cuba, la Biguine et le Zouk en Guadeloupe et Martinique, le Compas en Haïti, le Calypso à Trinidad.. Et le Mento en Jamaïque!
Comme ses cousins, c’est à la fin du 19ème siècle que se constitue ce style, mélange des danses de salons des métropoles et des syncopes et contretemps africains. L’orchestration typique d’un orchestre de Mento st constituée d’un banjo, d’une clarinette, de petites percussions et d’une « rumba box », sorte de sanza (piano a pouce) fixée sur une caisse de résonnance (nommée Marimbula à Cuba) suffisamment grosse pour produire des basses et occuper la fonction de « bassiste » de l’orchestre. La « rumba box » inaugure très tôt une tradition qui va marquer le reste de la musique Jamaïcaine dans les années à venir : les basses puissantes. C’est cet instrument qui jouera dans le Mento le fameux Tresillo, marqué chez d’autres cousins caribéens par des instruments au timbre plus aigu (les cloches dans la musique cubaine par exemple). On retrouvera plusieurs décennies après, à partir des années 90’s, la présence de cette clave caribéenne marqué par la basse électrique (voire les synthés basse) et la grosse caisse de la batterie dans les patterns ragga dancehall ,au son plus moderne.
Le banjo quant à lui, dans les rythmique traditionnelles du Mento, superposera sur ces claves syncopées très caribéennes, une rythmique en accord plaqués très linéaire qui accentue les contretemps, ce qui peut constituer l’origine du « skank » qu’on retrouvera plus tard dans le rock steady, le ska et le reggae moderne (début des années 70’s). Il est à noté que la façon de jouer des accords dans le Mento diffère légèrement de son cousin Trinidadien (le Calypso) où les accords sont en général interprétés de manière plus arpégée. La clarinette et les vents auront eux plutôt un rôle mélodique constitué de riffs, qui amèneront plus tard aux grandes sections de vents très utilisées dans le reggae moderne. Le chant occupe donc la place mélodique la plus importante.
Le Mento, d’origine rurale, comme beaucoup de forme d’expression musicales populaires, est représentatif, dans ces textes, d’une réalité sociale et économique liée à la Jamaique des années 30 à 50, évoquant des sujets simples et accessibles, souvent a forte connotation sexuelle, ce qui aura tendance à choquer les classes sociales plus bourgeoises. Une musique grivoise, populaire, voire vulgaire selon les classes aisées, qui met en évidence une vie rude.
Lire aussi: Les traditions autour du Berceau de Naissance
Dans les années 40 aux Etats Unis l’exode rural des bluesmen du Delta vers les pôles industriels fait se rencontrer des shouters de blues acoustique avec les sections rythmique du jazz swing et Bop. C’est dans ce contexte qu’apparaît le « Rhythm’n’blues » (R&B). (Le mot de R&B est mis au goût du jour par les maisons de disques et les hit-parade des magazines à la place du terme race records)
Pendant la deuxième guerre mondiale, alors que les liens politiques entre la Jamaïque et la Grande-Bretagne perdent de leur ténacité, l’île se rapproche de plus en plus des Etats-Unis autant d’un point de vue politique que culturel. De plus, le contact direct avec les Américains (il y a deux bases militaire US sur l’île dans les années 50) et l’expansion des techniques de communication (comme la radio) intensifient l’intérêt des Jamaïcains pour la musique américaine, notamment le jazz et le R&B.
En Jamaïque aussi, la crise de l’emploi dans les régions rurale amène un exode massif dans les régions industrialisés, et notamment à Kingston, ou de nombreux Ghettos apparaissent. Pour les Jamaïcains, majoritairement pauvres et sans emploi, ces nouveaux styles musicaux, plus en phase avec leur époque que le mento, sont un moyen d’échapper à la triste réalité du quotidien. L’heure de gloire du mento jamaïcain prend fin avec l’explosion du Rhythm’n’blues JA au milieu des années 1950. Quand les conditions climatiques le permettent, ils se branchent sur des stations radio de Nashville, de la Nouvelle-Orléans (WONE) et de Miami (WINZ) qui n’hésitent pas à programmer la crème du R&B noir américain. Outre la radio, que peu d’habitants ont les moyens d’avoir compte tenu du prix élevé d’un récepteur, les sound systems jouent un rôle important pour ce qui est de la diffusion aux quatre coins de l’île.
Les importations de matériel hi-fi (tourne-disques, haut-parleurs et disques) sont en pleine croissance depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Dès la fin des années 1940, des soirées s’organisent donc à Kingston puis dans l’île toute entière autour de sonos mobiles plus connues sous le nom de « sound systems ». D’autre part, les deux seules radios locales (RJR et JBC) ne reflètent pas complètement les goûts et préférences des jeunes jamaïcains. Entièrement contrôlées par le gouvernement jamaïcain, elles programment des artistes tels que Jim Reeves, Bing Crosby ou Frank Sinatra plutôt que Ray Charles ou Aretha Franklin. Elles sont donc considérées comme étant trop politiquement correctes, voire trop « blanches » par les jeunes des ghettos. Ces derniers préfèrent donc se tourner dès qu’ils le peuvent vers les sound systems dans lesquels la censure n’existe pas et dont les droits d’entrée sont accessibles à tous.
En 1954, Clément «Coxsone» Dodd lança son sound system, Downbeat. Il bénéficiait de contacts avec les USA qui lui permettaient de se procurer en premier (voire en exclusivité) les dernières nouveautés américaines, ce qui fit grimper la cote de popularité de son sound par rapport à ses deux concurrents précités. Vers la fin des années 50, les goûts du public américain s’éloignèrent du r’n’b pour se diriger vers une soul plus sophistiquée, qui ne plaisait que moyennement aux Jamaïcains. Cette évolution créa en Jamaïque une demande pour un rhythm & blues plus dur que ce qui se faisait alors aux USA. Chris Blackwell, un Jamaïcain blanc, y vit le potentiel commercial du marché du disque et produisit le 45 tours du chanteur Laurel Aitken « Boogie in My Bones », un succès en Jamaïque.
Lire aussi: Choisir les bons jouets pour bébé dans le berceau
Coxsone et Duke Reid commencèrent alors à enregistrer et produire des disques de musiques jamaïcaines. A partir des 60’s, le R&B jamaïcain s'émancipera de plus en plus de son frère américain, par l'incorporation de rythme afro-caribéens. Cette évolution, très progressive, donnera naissance à ce qu'on appellera le Jamaïcan Shuffle (Ska ternaire) puis le Ska. La majorité des musiciens de studio de cet époque sont les membres du futur groupe « The Skatalites », à savoir : Lloyd Knibb (drms) , Lloyd Brevett (basse), Jerry « Jah jah Jerry » Haines , Jackie Mittoo (piano)Roland Alphonso & Tommy McCook (tenor Sax), Don Drummond et Calvin Cameron (Trombone), Johnny Dizzy Moore (Trompette).
Les pianistes et les organistes, qui jouais jusqu'à présent une pompe de type boogie, vont peu à peu alléger leurs mains gauche, pour ne garder que la main droite (qui joue le temps faible)
Les guitaristes, de la même manière, vont enlever le temps fort du triplet du mento, pour ne garder que les deux contre-temps. C'est ce qu'on appellera le skank, marque de la fabrique de la musique jamaïcaine, joué avec les deux coup de médiator vers le haut. Ce terme désigne un accord joué par la batterie, associant la grosse caisse et la caisse clair joué en rim shot (baguette posé sur le cerclage de la caisse claire, technique est utilisé dans les orchestres de swing des années 30). Ce "One Drop" était placé à l'origine sur tous les temps, ou un temps sur deux ou sur quatre, selon la rythmique choisie. On attribue souvent cette technique jamaïcaine à Lloyd Knibb, qui deviendra célèbre avec le groupe The Skatalites, qui le placera presque systématiquement sur les temps deux et quatre, libérant ainsi le premier temps, créant un effet de suspension propres au Ska.
Ainsi chaque instrument marque un temps spécifique et semble se détacher de l'ensemble pour vivre discrétement son propre cycle. C'est une vision que l'on retrouve dans beaucoup de musique africaine, ou plusieurs rythmes se complète les uns les autres. On parle alors de polyrythmie. Jusqu'à présent, le R&B et le Jamaican Shuffle, était des musique "ternaire" (ou le temps est découpé en trois partie). Aux Etat-Unis, le R&B devient de plus en plus binaire pour évoluer peu à peu vers le rock'n'roll. En Jamaïque, le même phénomène va se produire, mais chaque instrument va évoluer de manière bien différente du cousin américain. Cette attitude d'émancipation vis à vis de la musique anglo-saxonne, apparait en même temps que l'envie d'indépendance politique. La Jamaïque, qui était alors une colonie Britanique, obtient son indépendance en 1962. La prériode Jamaïcan Shuffle/Ska, qui ne durera grosso modo que 5 ans, sera en quelques sorte la bande son de cette indépendance. C’est une musique festive, dansante, instrumental ou avec des paroles légères. En 1964, La chanteuse Mille Small est envoyée à Londres par Blackwell pour y enregistrer un arrangement d’ Ernest Ranglin joué par des musiciens anglais. le titre «My Boy Lollipop» (ska shuffle de la première heure) se vendit à sept millions d’exemplaires dans le monde» et attira l’attention internationale sur le ska. Le skank ternaire, qui avait donc une valeur égal au tiers de la noire, devient ainsi une croche binaire avec une valeur égal au temps fort. The Skatalites ( Rico Rodriguez, Desmond Dekker, Prince Buster, Alton Ellis, Tommy Mc Cook ), Prince Buster, Derrick Morgan Discographie : Various Artists Ska box set (Trojan/Pias, 2002)
Rocksteady : Une Transition Musicale
Il y a plusieurs anecdotes en ce qui concerne l'apparition de rocksteady. Certains avancent qu'elle est due à une vague de chaleur qui amena les musiciens à ralentir le tempo, et d'autres affirment que ce sont les personnes âgées qui réclamaient un laps de temps avec du ska "plus lent" pour pouvoir danser lors des soirées dans les sound-systems (aux alentours de minuit, une période était réservée à la musique plus lente). Dans tous les cas, Il représente surtout une transition entre le ska et le reggae qui arrivera en 1968. Ce ralentissement des tempi va avoir pour conséquence de laisser plus d’espace et donc d’augmenter la richesse mélodique des instruments et des voix, et donc apporter de la nouveauté.
Lire aussi: Avis sur les berceaux Calidoo, Zina et Amara
La basse : Sous influence américaine, beaucoup de contrebassiste vont se tourner vers la guitare basse à 4 cordes (inventé fin des années 40 par Léo fender). La contrebasse n’est pourtant pas remise en cause, d’autant plus que l’amplification nécessaire à la basse électrique est assez onéreuse. Mais cette nouvelle lutherie avec des cordes plus fines est plus proches de la touche permet de jouer avec moins d’effort. Résultat les basse du rocksteady seront plus fournie et plus mélodique. Son écoute sur les 45 tours est aussi plus facile, et il est courant à l’époque que les bassistes se branche directement sur la table de mixage.
La guitare : Beaucoup d’ingénieur du son préconise alors le doublage de la basse par la guitare, pour rajouter des harmoniques à l’instrument. Ce style de jeu en « cocotte » (note étouffé par la paume de la main droite) se develloperra par la suite pour créer des lignes mélodiques complémentaire de celles de la basse. Le skank reste similaire à celui du ska, sur le contre temps binaire, avec attaque vers le haut.
Le chant : Ce ralentissement permet aussi au chant plus de variations, et il est de plus en plus mise en avant , notamment avec les chœurs qui se généralise. C’est aussi l’apparition des premier grand trio vocaux, qui seront légion courantes plus tard dans le reggae. Les paroles des chansons vont des chansons d’amour au « slackness », en passant par quelque chanson Les budgets dans les studios diminuant, on assiste aussi à la disparition progressive des sections de cuivres, même si il y a beaucoup d’exception. La batterie et la guitare rythmique s’était affranchie de la tutelle du RnB pendant la période Ska. Various Artists Rocksteady box set (Trojan/Pias, 2002)
L'Émergence du Reggae : Un Nouveau Rythme
L’origine du mot reggae est sujet à de nombreuses controverse et plusieurs artistes en revendique la paternité. L’hypothèse la plus probable est que le nom viendrait du mot « streggae », qui signifie « mal habillé » ou « prostitué ». Mais comme le mot passé mal à la radio, il aurait été rebaptisé « Reggae ».
Quoiqu’il en soit, cette première époque du reggae, se différencie de son papa le rocksteady avant tout par un tempo plus rapide et par un changement dans la manière de « penser » le rythme. Dans le rocksteady, le skank marque tous les contre-temps. Sur le même principe du son cubain où la clave Dans le reggae, il marquera désormais les temps 2 et 4. Le tempo sera donc doublé, dans la manière de penser le rythme. Ce changement de « mentalité » (et donc d’écriture, voir exemple) va engendrer un changement plus important qu’il n’y parait. Alors qu’il était joué avec le coup de médiator vers le haut, il le sera maintenant avec les coup de médiator vers le bas. Le son sera donc beaucoup plus percussif, plus « africain ». il sera aussi joué aussi parfois en aller-retour, rappelant le mento des origines.
Le One drop se retrouve alors à marquer tous les troisième temps de chaque mesure. Ce reggae originel est fortement influencé par la soul américaine. Les voix des chanteurs tout d’abord comme Toots and the Maytals ou Ken Booth, mais aussi par l’utilisation plus fréquente de. De nombreuses chansons de R&B sont reprisent en reggae (aint’ no sunshine, young gifted and black, River of Babylone, black gold and green …) Une grande partie de la population jamaïcaine reste extrêmement pauvre et vivent dans les ghettos.
Bob Marley : Icône du Reggae et Ambassadeur de la Paix
L’héritage musical de Bob Marley transcende les générations grâce à son rythme révolutionnaire de one-drop et à des thèmes universels d’amour, de résistance et de libération spirituelle. Parti de débuts modestes dans le Trench Town de Kingston jusqu’à la renommée mondiale, il a transformé le reggae en un puissant vecteur de diplomatie culturelle et de changement social. Son influence s’étend au-delà de la musique dans la politique, la spiritualité et la formation de l’identité à travers le monde.
Dans les taudis en tôle de Kingston, notamment au Trench Town Culture Yard, vous trouverez le berceau du reggae. La créativité des taudis de Trench Town est devenue légendaire lorsque Marley, Tosh et Wailer ont collaboré au sein de ses murs. Le trio obtiendrait plus tard un succès local avec des singles comme « Simmer Down », qui s’est vendu à plus de 80 000 exemplaires en Jamaïque. Le son révolutionnaire qui a émergé des bidonvilles de Kingston a trouvé son identité rythmique dans ce qui allait devenir l’innovation la plus distinctive du reggae : le rythme one-drop. Cette évolution du one-drop représentait plus qu’une innovation technique ; elle incarnait la résistance contre les structures coloniales à travers le son. Lorsque les frères Barrett ont affiné cette innovation rythmique avec Bob Marley et les Wailers, ils ont fondamentalement modifié les schémas musicaux mondiaux. Dans les conditions désespérées de Trench Town, il a forgé une résilience musicale qui a transformé la souffrance locale en messages universels.
Sorti au milieu de tumultes politiques le 3 juin 1977, « Exodus » est devenu le testament musical emblématique de Bob Marley, transformant son exil personnel en hymnes de libération universels. Enregistrées après une tentative d’assassinat presque fatale, ces chansons documentent la vulnérabilité de Marley tout en abordant les inégalités systémiques. Tout au long de l’héritage musical de Marley, son identité spirituelle en tant que messager divin de Jah a fondamentalement façonné à la fois son expression artistique et sa persona publique. Les performances de Marley reflétaient les traditions pentecôtistes, utilisant des techniques d’appel et de réponse qui le positionnaient en tant que orateur spirituel plutôt qu’en simple entertainer.
La théologie sonore de Marley s’étend naturellement à sa profonde critique de « Babylon », un concept multidimensionnel central à la fois dans sa musique et dans la vision du monde rastafari. À travers l’empowerment rythmique, Marley propose des chemins de guérison communautaire-contrastant l’individualisme de Babylon avec la résistance collective. Cette théologie de la libération transcende les barrières linguistiques, créant une transcendance musicale qui sert de résistance sonore. Cette tradition lyrique prophétique a créé un langage de résistance mondiale contre les barrières de l’éveil spirituel.
Vous remarquerez sa fusion rock-reggae dans des groupes comme The Police et The Clash, qui ont incorporé ses motifs rythmiques distinctifs dans leurs compositions. Alors que les rythmes de Marley ont transformé des genres musicaux à travers le monde, ses mots ont construit un cadre complet pour la justice sociale qui continue d’inspirer des activistes et des mouvements. Ce qui rend l’approche de Marley unique, c’est son équilibre entre des messages révolutionnaires et une résistance spirituelle.
Vous trouverez son héritage diplomatique le plus dramatiquement démontré lors du One Love Peace Concert de 1978, où il a facilité une poignée de main iconique entre les bitter rivals politiques Edward Seaga et Michael Manley, construisant des ponts culturels au milieu d’une violence partisane mortelle. L’ambassadeur culturel de Marley s’est étendu à l’échelle mondiale, en particulier en Afrique.
Le Rastafarisme : Une Influence Spirituelle et Sociale
Le rastafarisme a précédé le reggae. Mouvement religieux et social, il a accompagné l’émergence, l’expansion et l’épanouissement de cette musique à la Jamaïque et au monde. Les rastas considéraient l’Ethiopie comme la Terre Promise. Au 19ème siècle, les couleurs furent inversées. Dans le livre de la Genèse, le lion est l’emblème de la Tribu de Juda (une des 12 tribus d’Israël) dont seront issus les rois David et Salomon. Le lion est également le symbole de la royauté éthiopienne puisque le négus serait le descendant du roi Salomon et de la reine de Saba. C’est donc ce lion, associé à l’Ancien Testament, au roi d’Éthiopie et au Christ, qui est devenu un emblème de l’identité rastafarienne et du mouvement reggae. Symbole de puissance, de force, de résistance, de patience et de courage, il est très admiré par les inconditionnels du reggae. Certains, qui ont les pupilles très dilatées, vont même jusqu’à envisager leurs dreadlocks comme un hommage à sa crinière.
Le port des dreadlocks est apparu, chez les rastas, dans les ghettos de Kingston, peu après la destruction du Pinnacle. Au départ, le port des dreads revêtait une signification spirituelle et religieuse. ”Pour les plus anciens, les premiers rastas se sont laisser pousser les cheveux en référence au naziréat, un phénomène religieux datant de l’ancien testament et du judaïsme. La célébrité de Bob Marley a renforcé l’intérêt des dreads dans le monde entier. En devenant une mode dans les années 1970, elles ont perdu leur connotation religieuse, mais ont gardé leur symbole politique. Dans les pays occidentaux, les dreadlocks sont devenues très populaires parmi certains groupes sociaux, tels que le mouvement altermondialiste ou les activistes écologistes. (1) « Pour les peuples afro-descendants, cette coiffure est restée un symbole de résistance et de libération », explique Jean-Pierre Le Glaunec, professeur d’histoire au Canada.
La Jamaïque : Entre Mythe et Réalité
Alors que les forces armées de Kingston affrontent les partisans de Christopher «Dudus» Coke dans une guerre civile qui a déjà fait 73 morts, l'Europe découvre une Jamaïque engluée dans le trafic de drogue et la corruption. Dans notre imaginaire, la Jamaïque est indéniablement jaune, verte et noire, vibre au son du reggae et évolue dans des effluves embrumées. Si elle fût le berceau des rastafariens et de leurs dread-locks, la Jamaïque «peace and love» n'a en réalité jamais existé. Contrairement aux idées reçues, la consommation de marijuana n'y est certainement pas libre. Ni même dans les années 1970, alors que Bob Marley entonnait «Rastaman vibration yeah! I and I vibration yeah!» sur le rythme de Positive vibration (1976) et que les hippies se remettaient doucement de Woodstock, la Jamaïque n'a été cette île paradisiaque que l'on décrit. La Jamaïque a toujours été un pays au climat tendu, aux affrontements fréquents et ce, depuis que Christophe Colomb y a débarqué en 1494. Mais si l'on ne découvre que dernièrement l'autre revers de la médaille, ça n'est, pour les spécialistes du pays, qu'un changement de perception euro-centriste. D'abord parce qu'un pays n'a aucun intérêt à crier sur tous les toits que s'érigent des barricades dans ses ghettos et que sa capitale est l'une des plus dangereuses au monde. «Nous sommes des gens en colère, et l'avons toujours été». Depuis l'esclavage dans les plantations de canne à sucre aux 889 morts des élections de 1980, la société jamaïcaine s'est construite sur de très profondes divisions sociales et d'origine.
Beaucoup de Jamaïcains sans éducation et sans moyen -et Bob Marley parmi eux- ont été attirés par les opportunités que promettait la capitale de Kingston à la fin des années 1950. Ils se sont installés près de la mer dans ce qui est devenu aujourd'hui la zone de ghettos. Le PNP (People's National Party) adverse, à travers son chef de file Michael Menley, a évidemment rapidement imité ce système de clientélisme et le centre-ville s'est retrouvé divisé en deux zones partisanes. La transition des joints des clips de reggae aux rails de coke de «Dudus» ne date pas d'hier. Dans son article «Politics, Violence and Drugs in Kingston, Jamaica», Colin Clarke décrit l'introduction de la cocaïne dans les années 80 au sein des garnisons. L'île devient alors une plaque tournante du trafic de cocaïne, une escale entre la Colombie et les Etats-Unis (et 2 millions d'usagers, selon l'Organe International de Contrôle des Stupéfiants). Mais d'après la classification établie par Alain Labrousse, spécialiste de la géopolitique des drogues, cela ne fait pas pour autant de la Jamaïque un «narco-Etat», où l'argent et les activités liées à la drogue sont prépondérants et où les profits servent en partie au fonctionnement de l'Etat. Mais cette «influence» n'a pas tardé à empoisonner l'île. Le pouvoir des «dons» -comme sont appelés les caïds- dépasse rapidement celui des hommes politiques désormais incapables de contrôler les ghettos.
Héritage et Évolution du Reggae
A la mort de Bob Marley, le 11 mai 1981, s’ouvre une période noire pour le reggae en Jamaïque. Des mouvements rigoristes, racistes, homophobes et machistes s’installent à la périphérie et même au cœur du rastafarisme. Des paroles appelant à la haine et à l’insurrection par les armes apparaissent. Le message initial, tourné vers la spiritualité, le respect de l’autre, la résistance dans la non-violence, est alors négligé. Pourtant, la voix de l’espoir existe toujours. Elle est incarnée dans un sous-genre appelé le « reggae roots » ou « roots reggae ». C’est lui qui va prendre le dessus, dès 1995, avec le « new roots ».
Aux origines de la techno, on trouve le dub, genre musical dérivé du reggae. En Jamaïque, quelques esprits aventureux comprennent dès le début des années 70 tout le parti à tirer des techniques naissantes de remix. Le plus brillant d’entre eux est sans conteste Osbourne Ruddock, alias King Tubby. Ces remix, que l’on appelle dub (du verbe to dub : copier), apparaissent tout d’abord en face B des 45 tours. Dans la plupart des cas, leurs auteurs ne sont pas crédités.
tags: #berceau #du #peace #and #love #Jamaïque