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Le Berceau des Théories Esthétiques : De l'Art Brut aux Lumières Allemandes

L'esthétique, discipline philosophique explorant la nature de la beauté, de l'art et du goût, a connu une évolution complexe et fascinante à travers les siècles. Cet article se propose d'explorer les fondements de ces théories, en s'intéressant particulièrement à l'Art Brut et aux Lumières allemandes, deux mouvements qui ont profondément marqué la pensée esthétique.

L'Art Brut : Une Révolte contre les Conventions

L'Art Brut, terme popularisé par Jean Dubuffet, désigne des œuvres créées par des individus en marge de la société, souvent des personnes souffrant de troubles mentaux, des autodidactes ou des marginaux. Ces créateurs, indemnes de culture artistique, puisent leur inspiration et leurs techniques dans leur propre fonds, en dehors des poncifs de l'art classique ou à la mode.

Folie et Création : Un Paradoxe Fascinant

L'Art Brut fascine par son lien étroit avec la folie, celle qui révèle ce qui "était déjà caché, comme un secret, comme une inaccessible vérité". Cette expression de la folie est plus le fruit d'un délire que d'une démence. Les artistes bruts, sous l'emprise d'une compulsion, répètent inlassablement leur geste créateur, ne cherchant pas à produire une œuvre, mais à faire corps avec elle.

La Gestaltung : Un Pont entre le Besoin d'Expression et l'Œuvre

La Gestaltung, concept clé de l'Art Brut, jette un pont entre le besoin d'expression et l'œuvre, entre le vécu et la forme. Cette forme est porteuse d'une connaissance non pas gnosique, mais pathique, qui s'éprouve. C'est une forme qui se signifie en se signifiant, une Wesensform, l'essence de l'homme, son existence, sa capacité à être au monde.

L'Art Brut : Une Aporie Sacrée

L'Art Brut est une aporie, un mysticisme, une religiosité, une relique, une icône, autant de traces du sacré. Il est porteur d'une folie par procuration qui rassure son public qui se veut sain d'esprit. L'artiste brut est dans le faire et la répétition du geste d'un art guérisseur, son ex-voto, habité qu'il est par son angoisse de séparation.

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L'Influence de l'Art Brut sur l'Art Contemporain

Art de bric et de broc, ars sans tekhnè, arte povera abandonné à son sort, l'Art Brut préfigure, inaugure et inspire l'art contemporain. De l'immatériel d'Yves Klein à l'obsolescence de Banksy, de la performance au pourrissement du bio art, du matériel à l'immatériel, l'Art Brut continue d'influencer les artistes contemporains.

Les Lumières Allemandes : Un Berceau Philosophique de l'Esthétique

Les penseurs allemands de l'Aufklärung (les Lumières) ont contribué de manière décisive à la constitution de la discipline esthétique. En s'efforçant de fonder tous les arts sur un principe commun, ils ont bousculé l'ancienne classification des arts libéraux et mécaniques et ont participé à la naissance du concept d'Art ou de Beaux-arts, entendu au sens moderne.

La Philosophie Wolffienne : Un Point de Départ Essentiel

Le processus qui a présidé à cette "invention" de l'esthétique est complexe et s'étend sur une longue période. Il met en jeu un nombre considérable d'acteurs et de doctrines, une multitude d'arguments et d'orientations. Par-delà leur diversité, ces théories esthétiques présentent néanmoins certains caractères communs, parmi lesquels notamment leur rapport étroit à la philosophie wolffienne, qui a en général constitué leur berceau.

Baumgarten et la Définition de l'Esthétique comme Science de la Sensibilité

L'œuvre de Baumgarten (les Méditations philosophiques sur quelques sujets se rapportant à l'essence du poème de 1735 et l'Aesthetica de 1750-1758) assoit définitivement l'esthétique dans la systématique philosophique en la définissant comme science de la sensibilité, auxiliaire de la logique. Meier contribue à expliciter et diffuser la nouvelle discipline en Allemagne, tout en en développant certaines virtualités philosophiques jusqu'alors inexplorées. Johann Georg Sulzer prend appui sur la notion wolffienne de plaisir, qu'il réinterprète dans un sens spécifique.

La Variabilité Sémantique du Mot "Esthétique"

Le premier bénéfice de cette perspective généalogique est de mettre en évidence l'extrême variabilité sémantique du mot même d'"esthétique". Ce terme rencontre à partir des années 1750 et plus encore dans les années 1760-1770 un très large succès en Allemagne. Meier, qui est le premier à le populariser, reconnaît lui-même en 1754 que "certains amis de l'esthétique font un usage si fréquent et si étrange [du mot]" qu'il en devient "ridicule et pédant".

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La Restitution des Intentions et Contextes des Premières Doctrines Esthétiques

Le second bénéfice de la perspective choisie est qu'elle permet de libérer les auteurs en question, en grande majorité pré-kantiens, de grilles de lecture chronologiquement et philosophiquement très éloignées d'eux (de type kantien, romantique ou autre). L'une des ambitions majeures était de restituer le plus fidèlement possible les intentions et contextes des premières doctrines esthétiques de l'Aufklärung, qui, depuis l'abandon ou le discrédit du système wolffien, sont tombées elles aussi dans l'oubli.

Les Relations des Théories Esthétiques des Lumières avec les Autres Disciplines

Un autre objet d'enquête concerne les relations de ces théories esthétiques des Lumières avec les autres disciplines : la sémiotique, l'herméneutique, la psychologie, la physiologie, la rhétorique, la philosophie pratique. Comment les poétiques et sémiotiques des wolffiens, opérant une distinction entre signes plastiques et poétiques, prolongent-elles l'herméneutique et la sémiotique en germe dans l'ontologie et la logique leibnizienne et wolffienne ?

La Fonction Pratique, Rhétorique et Sociale de l'Art

La plupart des philosophes dont il sera question dans les pages qui suivent ne pensent pas encore l'art comme une sphère autonome, séparée de la morale, ce qui leur a valu de multiples critiques. Mais ce que nombre de commentateurs ont jugé être une déficience constitue aussi un trait original : ces philosophes peuvent nous aider à mieux penser la fonction pratique, rhétorique et sociale de l'art et la légitimité qu'on peut reconnaître à un point de vue qui envisage l'art comme instrument d'éducation morale et sociale.

La Couleur du Goût : Psychologie et Esthétique au Siècle de Hume

Dans "La couleur du goût. Psychologie et esthétique au siècle de Hume", Laurent Jaffro nous offre une plongée dans l'un de ses moments historiques, souvent étiqueté par commodité "naissance de l'esthétique". Sous cet angle, le corpus britannique a été saisi au prisme d'un débat sur la règle du goût, devenu celui de la norme du goût, débat qu'il a assurément contribué à forger, mais dont les termes et les principes sont indissociables, chez ces auteurs, de méthodologies et de cosmologies originales.

La Science de la Nature Humaine comme Berceau des Philosophies de l'Art

Laurent Jaffro montre comment, en terre britannique, le projet d'une science de la nature humaine qui revendique une méthodologie expérimentale (lockéenne ou newtonienne), est le berceau de philosophies de l'art diversement fécondes. La théorie du goût n'y est pas toujours primordiale.

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Les Voies Esthétiques Échappant au Subjectivisme et au Réalisme Outré

La contribution à l'esthétique consiste à présenter différentes voies échappant à un subjectivisme total d'un côté, et à ce que l'auteur nomme un réalisme "outré" d'un autre côté. En effet, afin de défendre la possibilité que le jugement esthétique soit vrai ou faux, le réalisme esthétique contemporain a analysé les conditions épistémologiques dans lesquelles les propriétés esthétiques peuvent être dîtes "réelles" sur le modèle de ce qui vaut pour les "propriétés extrinsèques réelles".

L'Analogie entre le Goût pour la Beauté et la Vision de la Couleur

Laurent Jaffro prête une attention particulière à l'analogie entre le goût pour la beauté et la vision de la couleur - c'est-à-dire la perception d'une qualité seconde. Ainsi, l'analogie entre le goût esthétique et le goût gustatif, que Hume a fameusement illustrée par l'anecdote du tonneau de vin goûté empruntée au Don Quichotte, n'est pas négligée mais est inscrite dans un cadre plus général où, afin de dresser le tableau des enjeux de l'esthétique des Lumières qui résonnent encore dans les débats contemporains, un autre fil rouge est suivi, qui donne son titre à l'ouvrage.

L'Importance du Contexte Scientifique Commun

Tous les auteurs partagent en effet la conviction que les recherches sur le goût relèvent d'une psychologie entendue au sens d'une étude "des opérations mentales". Il faut expliquer le goût par la science de l'esprit qui, pour étudier toute opération mentale, s'inspire de la physique expérimentale, c'est-à-dire de la science de Boyle, Locke ou Newton. Néanmoins, dès l'introduction, Jaffro signale que cette commune référence ne saurait masquer une divergence importante dans les conceptions du monde auxquelles la source newtonienne peut mener.

Les Approches Psychologiques de Hume et Hutcheson

En contraste avec les approches psychologiques de Hume et Hutcheson, Jaffro étudie ensuite un tandem philotechnique : les Three Treatises publiés par James Harris en 1744 et l'essai "De la nature de l'imitation dans les arts qu'on appelle imitatifs" de Adam Smith (1723-1790). Harris considère uniquement le plaisir esthétique à partir de considérations sur la définition de l'art et la spécification de ses œuvres.

La Confusion entre Valeur Économique et Valeur Artistique

Thorstein Veblen montrait en 1899 comment le jugement esthétique que nous portons sur un objet est corrompu par la connaissance que nous avons de sa valeur marchande. Si la notion de beau a été débattue et les critères d'appréciation d'une œuvre enrichis avec l'introduction - entre autre - de l'intention de l'artiste, il n'en demeure pas moins que les biais soulignés par Veblen perdurent.

La Convention d'Originalité comme Critère de Qualité Artistique

À la précision des règles constitutives de la convention académique en vigueur au début du XVIIIe, enseignée par l'Académie des Beaux Arts et consignée dans différents traités, s'est substitué ce que nous avons défini dans d'autres travaux comme étant la convention d'originalité. La qualité artistique d'une œuvre est alors évaluée à l'aune de la démarche de l'artiste et de ce qu'elle est susceptible d'apporter de neuf relativement à ce qui a été fait précédemment.

Les Instances de Légitimation : Conservateurs, Critiques, Galeristes et Collectionneurs

Reconnaître le caractère novateur d'une démarche artistique et faire entrer le nom d'un artiste dans l'histoire est le privilège d'un nombre réduit de personnalités, qualifiées usuellement d'instances de légitimation : conservateurs, critiques, galeristes et grands collectionneurs. Ces événements consistent en des signaux objectivés, tangibles et durables de reconnaissance artistique qui contribuent à faire entrer le nom de l'artiste dans l'histoire.

Le Décrochage entre Prix de Marché et Valeur Artistique

Les données marchandes issues des ventes publiques révèlent une hiérarchie distincte de celle établie selon la valeur artistique. Le décrochage entre le prix de marché obtenu par les œuvres de l'artiste et la valeur artistique reconnue à son auteur est encore plus patent dans le cas de Jacob Kassay.

Les Facteurs Influant sur le Prix : Information Artistique, Information Médiatique et Mimétisme

Trois séries de facteurs entrent en jeu dont l'importance relative dépend des motivations intervenant pour l'achat d'une œuvre (plaisir esthétique, social, financier). Le premier facteur est de nature informationnelle. Si l'inclinaison subjective individuelle intervient lors de l'achat d'une œuvre, nombre de personnes cherchent toutefois à s'assurer ensuite du bien-fondé de leur jugement initial en se renseignant sur le parcours de l'artiste pour évaluer le degré de reconnaissance dont il bénéficie dans le milieu.

La Recherche de Distinction Sociale

La recherche de distinction sociale est l'un d'entre eux. L'économiste Alfred Marshall soulignait l'importance de ce motif dans la consommation : "si élevé soit le désir de variété, il est faible comparé au besoin de distinction : un sentiment qui, considéré dans son universalité, et sa constance, affecte les hommes de tous les temps, nous vient dès le berceau et ne nous quitte jamais jusqu'au tombeau, et peut être ainsi considéré comme la plus puissante des passions humaines".

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