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Aux Origines des Slaves Orientaux : Histoire et Mystères

Membres de la vaste famille indo-européenne, les Slaves orientaux émergent tardivement dans l'histoire, enveloppés d'énigmes quant à leurs origines, leur habitat initial et même l'étymologie de leur nom. L'exploration de leur passé est un défi, confrontée à la rareté des sources anciennes, grecques et latines, contrastant avec une documentation plus riche à partir du VIe siècle, en particulier des Xe et XIe siècles. Les découvertes archéologiques prédominent sur les écrits pour la période antérieure au IXe siècle.

L'Énigme des Premiers Slaves

L'identification des premiers Slaves demeure un sujet de débat. Jusqu'à récemment, la "culture lusacienne" était considérée comme proto-slave, notamment le site de Biskupin. Cependant, cette théorie est remise en question, suggérant que les terres polonaises étaient habitées par les Vénètes, les Celtes et les Germains, bien avant l'arrivée des Slaves.

Il est probable que les Slaves existaient avant le VIe siècle sous d'autres appellations, intégrés dans de vastes confédérations de peuples à caractère militaire en Europe du Sud-Est et centrale. De nombreux historiens suggèrent que les Slaves ont été plus ou moins enrôlés par les Scythes et les Sarmates, les Huns et les Alains, les Goths et les Avars. Tantôt entraînés par les migrations de ces peuples, tantôt s'installant dans les territoires abandonnés, les Slaves ont progressé vers l'ouest jusqu'à l'Elbe et vers le sud en direction du Danube.

Expansion et Installation

L'expansion des Slaves s'est faite progressivement, avec des périodes de répit. Les Slaves ont commencé à s’installer sur ce territoire au cours du VIe siècle. Selon une légende du XIVe siècle, tout au début, il y avait trois frères. Un jour, ils se sont séparés pour prendre chacun possession d’un pays. Czech est parti vers le sud ; Rous vers l’est ; Lech, le Polonais, est resté sur place.

Après une période d'incursions dans les Balkans, les Slaves, à l'exception des tribus méridionales mêlées aux Bulgares et des Russes, ne semblent pas avoir cherché à détruire Byzance, mais plutôt à s'installer pacifiquement, formant des colonies dans les Balkans dévastés.

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Les causes profondes de ces déplacements restent inconnues, mais on évoque des cataclysmes physiques ou un accroissement démographique, contraignant les peuples à chercher de nouveaux lieux de subsistance.

Organisation Sociale et Territoire

Les Slaves, généralement pacifiques, formaient de multiples petites tribus réparties sur un vaste territoire allant de l'Elbe à la Volga, de la Baltique à la Méditerranée, à la mer Noire et au Caucase.

Théories et Controverses

L'histoire des Slaves est parsemée de théories et de controverses. L'idée d'un caractère "proto-slave" de Biskupin remonte aux années 1930, lorsque Jozef Kostrzewski s'opposait à l'archéologue allemand Gustav Kossinna, qui associait les fouilles à une identité germanique. Kostrzewski a développé sa théorie sur le "néo-autochtonisme des Slaves", affirmant qu'ils étaient originaires de ces terres.

Ces théories ont été influencées par le contexte politique de l'époque, notamment les tensions entre la Pologne et l'Allemagne. Chaque peuple a besoin d’être ancré dans l’Histoire. Les Romains remontaient à Enée, guerrier troyen. Le roi des Ostrogoths Théodoric ne pouvait se vanter d’une telle généalogie. Pour le satisfaire, l’historien romain Casiodore lui en a inventé une nouvelle, où il remontait carrément aux Gog et Magog bibliques. Pourquoi pas ?

Culture de Tcherniakhov et les Premiers Vestiges Slaves

Selon le Pr Godlowski, les débuts des Slaves pourraient être liés à la culture de Tcherniakhov. Les premiers vestiges de cultures considérées comme slaves ont été découverts dans les villages de Penkovka et de Kortchak, et près de Kiev. Les Germains bâtissaient leurs cabanes suivant un plan rectangulaire. Or là apparaissent des cabanes carrées à demi enterrées, comme on en retrouve plus tard chez les Slaves. Ce qu’on appelle la “culture matérielle” de ce peuple est très pauvre. Ils ne connaissaient pas le tour, leurs poteries étaient primitives et difformes, les traces d’objets métalliques sont rares.

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Expansion aux VIe et VIIe Siècles

Aux VIe et VIIe siècles, les Slaves ont commencé à s’étendre sur les territoires dépeuplés de l’Europe centrale et méridionale, prenant la place laissée par les Germains. L’historien goth Jordanès les appelait Antes et Sclavines.

Les Slaves Orientaux : Russie, Ukraine et Biélorussie

Les Slaves orientaux, environ 200 millions, sont les Slaves de Russie, d’Ukraine et de Biélorussie. Des tribus médiévales de la Rus’ de Kiev à la grande-principauté de Moscou et jusqu’aux républiques socialistes soviétiques, ces peuples ont un long héritage historique et politique en commun. Sur le plan religieux, ils sont rattachés à l’Église orthodoxe. Et sur le plan linguistique, ils parlent des langues très proches : les langues slaves orientales, c’est-à-dire le russe, l’ukrainien et le biélorusse.

Rus' de Kiev

Au cours de l’ère viking, qui commence au VIIIe siècle, la région est parcourue par ces marchands-guerriers scandinaves qui descendent de la Baltique en traversant tout le continent le long des cours d’eau. Ils s’intéressent en particulier à Constantinople, dont ils convoitent les richesses. Plusieurs groupes de Vikings - appelés Varègues par les Slaves - se disputent la position de Kyiv en 882. C’est Helgi (Oleg) qui s’impose au nom de la famille de Riourik, qui règne sur Novgorod, plus au nord. Entre ces deux villes, un groupe de Vikings s’octroie donc le pouvoir sur toutes les zones forestières et consolide ses privilèges commerciaux à Constantinople tout en s’assurant la domination des tribus slaves. Cette principauté appelée Rus’, dite « de Kyiv » à partir du XIXe siècle, ne peut être rattachée à aucune nation tant le terme serait ici anachronique.

Volodymyr (Vladimir, r. 980-1015) et Iaroslav (r. 1019-1054) renforcent leur pouvoir, imposant leur présence à l’Empire byzantin. Volodymyr force l’empereur à lui accorder la main de sa sœur Anne, contre la promesse d’une conversion au christianisme. Baptisé, il entame la lente christianisation de la Rus’. Iaroslav, surnommé le Sage, est celui qui embellit Kyiv.

Pax Mongolica et Pologne-Lituanie

À partir du XIIIe siècle, les descendants de Gengis Khan arrivent dans les steppes. Le 7 décembre 1240, son petit-fils, Batu Khan, s’empare de Kyiv : c’en est fini de la Rus’. Si l’historiographie russe a par la suite parlé de « joug tatar » pour cette période, la domination est faite de relations tributaires complexes sur fond de commerce encouragé par les Mongols.

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À partir du XIVe siècle, le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie connaissent un essor majeur. Ils s’emparent de la plupart des terres correspondant aux actuelles Biélorussie et Ukraine, et, par l’union de Lublin de 1569, fondent la république des Deux Nations. La domination polonaise sur les parties méridionales de la Rus’ renforce progressivement et de manière durable la distinction entre ceux qui deviendront les Biélorusses et ceux qui deviendront les Ukrainiens, sur le plan linguistique aussi bien que culturel et religieux.

L'Hetmanat et les Cosaques

Dans cette steppe frontalière, qui commence à être désignée par le mot « Ukraine » (« confins »), des guerriers souvent nomades combattent les Tatars et se rassemblent en bandes. À la fin du XVIe siècle, ces Cosaques se battent également pour leur autonomie, quitte à se rebeller contre la république des Deux Nations. En 1648, Bohdan Khmelnitski n’hésite pas à s’allier aux Tatars et provoque une grande révolte. Pour maintenir leur autonomie, les hetmans, chefs élus, tentent de s’appuyer sur l’une ou l’autre des puissances régionales. En 1654, un traité est signé avec le tsar Alexis Ier par lequel l’Hetmanat se place sous la suzeraineté de Moscou.

Émergence Culturelle et Indépendance

Au XIXe siècle, les Ukrainiens vivent dans des territoires et des États très différents. Pourtant, l’essor culturel et linguistique, parfois même l’activisme politique se nourrissent de ces écarts entre les parties autrichienne et russe.

Dès mars 1917, les remous de la révolution de Petrograd conduisent des Ukrainiens à créer à Kyiv une assemblée appelée « Rada centrale ». La Rada proclame d’abord l’autonomie de l’Ukraine au sein de la Russie, puis, après la prise du pouvoir par les bolcheviques, l’indépendance de la République populaire d’Ukraine, le 24 janvier 1918.

Période Soviétique et Holodomor

L’affirmation du pouvoir de Staline sur l’Union soviétique change la donne pour l’Ukraine. La collectivisation forcée des terres suscite de fortes réactions dès 1930. Débutée en 1932, la famine qui frappe les campagnes du centre et du nord de l’Ukraine s’amplifie au début de 1933. Causée par l’action de Staline et de ses relais sur place, elle entraîne la mort d’au moins quatre millions de personnes.

Anne de Kiev : Un Lien Millénaire

Anne de Kiev appartient à l'une des plus prestigieuses familles de son temps. Son père est le grand-prince Iaroslav, à la tête de la puissante principauté des Rus', alors le plus vaste état d'Europe. Elle a imposé un prénom issu de sa culture pour son aîné, l'héritier au trône: ce sera le futur Philippe Ier. Figure disputée, Anne de Kiev est aussi l'un des ciments de ce monde «Rus'», aujourd'hui déchiré par la guerre. Cette reine représente également le lien le plus ancien unissant la France aux Slaves orientaux.

Préjugés et Réalités

Le mot slave convoque de vieux clichés dans l’esprit des Européens de l’Ouest. Or les anciens Slaves sont aussi Indo-européens que les anciens Germains et la majorité des autres anciens Européens ; comme eux, ils ont toujours vécu sur le vieux continent, mais pas en Asie.

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