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Le Berceau de la Grande Bertha : Histoire d'une Artillerie Imposante

L'histoire de l'artillerie durant la Première Guerre mondiale est marquée par l'innovation et la puissance destructrice. Parmi les pièces d'artillerie les plus emblématiques de cette époque, la Grande Bertha occupe une place particulière dans l'imaginaire collectif. Cependant, l'appellation "Grande Bertha" tend à généraliser des armements distincts. Cet article se propose de retracer l'histoire d'une pièce spécifique, le "Langer Max" de Zillisheim, et d'explorer le contexte de son utilisation durant la Première Guerre mondiale.

Le "Langer Max" de Zillisheim : Un Géant Assoupi

Au détour d’un layon du bois de l’Altenberg, le visiteur découvre une cuve de béton circulaire de 22 m de diamètre, creusée sur 4,60 m de profondeur. Connu sous le nom technique de 380 SK L/45, ou plus familièrement par les troupes allemandes sous le sobriquet de « Langer Max » (Long Max), ce mastodonte de l’artillerie fut l’une des pièces maîtresses de la stratégie offensive allemande durant la Première Guerre mondiale. Loin des appellations fantaisistes telles que « Grosse Bertha », qui tendent à généraliser des armements distincts, le Langer Max de Zillisheim représente une spécificité technique et historique qu’il convient de détailler avec la rigueur de l’historien et la curiosité de l’archéologue.

Construction et Discrétion

L’édification de ce site d’artillerie lourde fut une entreprise d’une discrétion quasi-absolue, enveloppée dans un voile de mystère qui perdura bien au-delà de la Grande Guerre. À la fin de l’année 1915, alors que le front s’enlise et que les positions se rigidifient, les troupes impériales allemandes entreprennent, avec une efficacité redoutable, la construction secrète de cette batterie. Il faut imaginer les centaines d’hommes, les chevaux et les équipements œuvrant sans relâche au cœur d’une forêt qui, soudainement, devint le théâtre d’une activité frénétique, mais invisible aux yeux de l’ennemi. Le 6 janvier 1916, après un chantier colossal, le site est déclaré opérationnel. Une mesure draconienne accompagna cette mise en fonction : fin janvier 1916, l’intégralité de la population civile de Zillisheim fut évacuée, transformant le village en une zone militaire où seul le grondement sourd des préparatifs venait rompre le silence forestier. Cette évacuation, nécessaire à la préservation du secret opérationnel, fut également un témoignage poignant du sacrifice imposé aux populations civiles par la logique impitoyable de la guerre totale.

Caractéristiques Techniques du "Langer Max"

Le Langer Max n’était pas un canon ordinaire. Son tube, à lui seul, pesait un imposant total de 80 tonnes et s’étirait sur une longueur de 17 mètres. Cette artillerie de marine, détournée de son usage naval, était capable de projeter des obus de 750 kilogrammes sur des distances prodigieuses, atteignant potentiellement les 47,5 kilomètres. Son objectif principal était stratégique : la ville de Belfort, verrou essentiel des défenses françaises, et la vallée de Saint-Amarin. Entre février et octobre 1916, le Grand Canon de Zillisheim déversa 44 de ces projectiles massifs, marquant de son empreinte destructrice le paysage frontalier.

Le massif supérieur, baptisé Bettung par les ingénieurs allemands, formait un berceau basculant autour d’un pivot central capable de supporter plus de 260 tonnes de structure ; des rails circulaires autorisaient une rotation intégrale, tandis qu’un faux plancher amortissait le recul. Les alvéoles périphériques accueillaient les vérins hydrauliques et le réseau de commande. Le moindre boulon était surdimensionné pour résister au couple généré par l’énorme tube de 17 m. À l’arrière, une voie ferrée militaire à écartement standard reliait la plate-forme à la gare de Flaxlanden ; wagons-citernes, grues portiques et chaudières mobiles fournissaient charbon, eau et munitions. Un « tunnel du Sanglier » percé en S évitait les vues aériennes françaises et débouchait directement dans les galeries de chargement.

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Lorsque le haut commandement impérial redéploie un des gigantesques 38 cm SK L/45 Krupp initialement destinés aux cuirassés de classe Baden, il choisit Zillisheim pour sa profondeur de champ et la protection naturelle offerte par le Sundgau. Les plans sont inversés volontairement : le tube arrive avant même que la cuve ne soit totalement coffrée, ce qui oblige les pionniers à couler le béton autour du matériel - procédé inédit mais jugé plus discret. En trois mois, près de 12 000 m³ de béton maigre sont vibrés de nuit, puis recouverts d’un brise-vue végétalisé. (Procédés de diversion décrits dans les rapports post-capitulation.)

Utilisation et Impact

À 06 h 00, le premier obus - 750 kg d’acier et 67 kg d’explosif - quitte la cuve dans un vacarme encore perceptible vingt kilomètres plus loin. Entre février et octobre, 44 projectiles frappent l’agglomération de Belfort et ses arrières, causant 14 victimes civiles ; l’effet psychologique sur les populations dépasse de loin l’impact tactique. L’état-major allemand n’attend pas un gain territorial : il veut diluer les réserves françaises en simulant une menace sur la Trouée de Belfort, afin de focaliser les regards loin de la Meuse. Les relevés de trajectographie confirment cependant l’imprécision croissante du tube, usé prématurément par les charges réduites imposées.

Sur le papier, la pièce pouvait tenir 2,5 coups par minute et expulser un obus allégé de 400 kg à plus de 1 040 m/s, soit un tir courbe de 47 km. Sur site, les servants plafonnent à un coup toutes les quinze minutes : l’extraction des douilles, le réalignement du châssis et la vérification des leviers d’équilibrage usent les équipes. Sous la cuve, un hectare de galeries bétonnées abrite dortoirs, central téléphonique, poste de secours, cuisines et dix magasins à gargousses. L’air vicié est renouvelé par un système double à contre-courant ; l’humidité est en partie canalisée par un siphon argileux, toujours fonctionnel.

Démantèlement et Héritage

À l’automne 1917, l’artillerie lourde sur voie ferrée devient prioritaire : le tube est démonté, chargé sur huit wagons et transféré vers la Flandre côtière, laissant l’encuvement muet. Les soldats français récupèrent le site intact en novembre 1918, mais la marine dépêche rapidement une équipe de scrappeurs ; les éléments mécaniques jugés exploitables repartent à l’usine.

Préservation et Mémoire

Dès 1920, l’État français classe la plate-forme de la pièce d’artillerie 380 au titre des Monuments historiques - un acte précurseur, car aucun vestige de la Grande Guerre n’avait encore bénéficié d’un tel garde-fou. Ce choix entérine la valeur technologique autant qu’humaine de l’ouvrage, et oriente sa survie : la dalle sera consolidée en 1924, puis confiée à des associations de sauvegarde à partir de 1974. Stabilisé en 1924, le massif se dégrade après 1930 ; racines et gel fissurent les parements. À partir de 1974, une poignée d’habitants de Zillisheim débroussaille et bâche les galeries. En 2017, un programme de dévégétalisation suivi d’une campagne de drainage rend le parcours à nouveau praticable ; depuis 2020, l’Association pour la Valorisation du Grand Canon assure suivis topographiques, animations et relevés photogrammétriques.

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Autres Batteries et Opérations

D'autres batteries, comme la "batterie 830", ont également joué un rôle durant cette période. Cette batterie, entrée en service en 1939, disposait à notre connaissance, de deux batteries : la 810 et la 830. De fabrication allemande, elle utilisait des mortiers en position de tir, capables de pivoter sur 360° grâce à un pivot et une plaque tournante. Elle pouvait tirer des obus antibéton de 575 kg, contenant 7,9 kg d'explosif. Avec des charges, la portée maximum est de 20 850 m.

En juin 1940, cette batterie fut mise en œuvre pour attaquer les premiers points d'appui avancés français, notamment dans la forêt de Puttelange. Elle fut déployée près de villages situés au sud de Forbach. Des photos la montrent en position de tir.

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