L'histoire de Manon et Mathilde, échangées à la maternité dans les années 90, est un récit à la fois incroyable et tragique. Elles ont toutes deux grandi dans une famille qui n'était pas la leur, une erreur aux conséquences profondes et durables.
La naissance et la jaunisse
Été 94. Sophie Serrano, 18 ans, donne naissance à une fille, Manon, dans une clinique de Cannes. Dans une autre chambre, une jeune femme accouche d'un autre bébé, Mathilde. Quelques jours après leur naissance, les deux filles sont atteintes d'une jaunisse. Elles sont placées sous des lampes spéciales comme il est d'usage, mais dans le même berceau pour des raisons de place. C'est là que leur destin se noue. Sophie Serrano, qui avait accouché d'un bébé à la peau claire, se voit remettre une petite métisse. Intriguée, elle fait part de sa surprise au personnel de la maternité, qui lui répond qu'il s'agit d'un effet collatéral des lampes soignant la jaunisse. Sophie, jeune et vulnérable après l'accouchement, accepte cette explication sans trop remettre en question l'avis du personnel médical.
Les doutes et les moqueries
À mesure que Manon grandit, la dissemblance entre elle et ses parents devient frappante. La petite subit des moqueries, se fait surnommer «la fille du facteur». Dans le village de Sophie et Davy, on commence à jaser : "la petite ne ressemble pas à son père, elle n'est pas de lui". La rumeur court les rues, jusqu'à atteindre les oreilles de Sophie, qui n'en revient pas. Elle sait que Davy est bien le père de Manon, elle ne l'a jamais trompé ! Au même moment, son entourage essaye de lui faire passer un message : Davy aurait des maîtresses. D'autres rumeurs ! Un jour, Davy finit par apprendre que tout le village bruisse qu'il n'est pas le père de Manon. Il pique une colère contre Sophie, fou de rage. Le couple, lentement mais sûrement, se délite. Et il finit même par se briser définitivement lorsque Sophie se rend à l'évidence : Davy la trompe. Il avoue. Le couple se sépare et Sophie part s'installer chez une amie. Au fil des années, Davy s'est désintéressé de Manon. Avec la séparation, il a été de moins en moins présent pour elle.
Le test de paternité et la vérité éclatante
Jusqu'à ce que le compagnon de Sophie Serrano demande un test de paternité. Manon a alors 10 ans quand le résultat tombe: elle n'a aucun lien biologique avec ses parents. «J'ai eu l'impression de tout perdre, raconte Sophie Serrano. J'ai eu peur qu'on m'arrache ma fille et j'ai eu très peur pour le bébé que j'avais mis au monde.» Sophie se souvient alors de cet épisode à la maternité : "J'ai immédiatement repensé à cette scène des cheveux, où je m’étais sentie ridicule alors que j’avais raison".
La recherche de l'autre enfant
Le couple porte plainte, les enquêteurs retrouvent l'enfant biologique de Sophie serrano, devenue Mathilde. Elle réside elle aussi dans les Alpes-Maritimes. Mais Sophie Serrano ne s'arrête pas là. «Je veux que des responsables soient désignés», explique-t-elle. «Pour moi, j'ai 4 enfants et je suis privée de l'un d'eux. Je ne connaîtrai jamais mes petits-enfants biologiques», poursuit-elle.
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Les procédures judiciaires et les dédommagements
Elle porte donc plainte au civil contre la clinique en 2010, et la famille de Mathilde fait de même. La clinique de Cannes, aujourd'hui fermée, reconnaît l'erreur mais refuse de payer. Leur avocat, Me Claude Chas, estime qu'il était aussi de «la responsabilité des mères» d'alerter l'établissement et soupçonne Sophie d'avoir eu un amant et donc de ne pas avoir été si étonnée que son enfant ne ressemble pas à son compagnon. «Scandaleux», répond Gilbert Collard, député du rassemblent Bleu Marine, qui est depuis peu l'avocat de Sophie Serrano. «C'est aux mères de vérifier que l'enfant qu'on leur remet est bien le leur?
Vingt ans après les faits, un procès a lieu en 2014. Au total, les deux familles seront dédommagées à hauteur de 900.000 euros chacune. Le tribunal de Grasse a condamné solidairement la clinique et la société d'assurances de l'établissement à verser 1,88 million d'euros aux deux familles "en réparation des préjudices consécutifs au manquement à cette obligation de résultat". Dans le détail, la clinique doit indemniser à hauteur de 400 000 euros chaque jeune fille échangée, Mathilde et Manon, de 300 000 euros chacun des trois parents concernés et de 60 000 euros chaque frère et sœur, indique Nice Matin.
Les rencontres et les difficultés
S'il a toujours été «impensable» pour les deux familles de procéder à un nouvel échange, elles ont depuis fait connaissance. Mais ont vite cessé de se voir. Le poids de «cette histoire de fou» est trop lourd à porter. Les proches de Mathilde ne souhaitent pas témoigner ni répondre aux journalistes. Les deux familles essaient de créer un lien, elles apprennent à se connaître mais rapidement, les choses deviennent ingérables. "Je n'ai pas réussi à trouver ma place. (…) On n'a pas réussi à l'inventer et c'est une torture. Pareil de l'autre côté. Il faut accepter ce qui est arrivé : elle a une maman, et je ne peux pas prendre sa place. C'est terrible", conclut avec tristesse Sophie Serrano aujourd'hui maman de trois autres enfants autres enfants âgés de 20, 14 et 2 ans. Les deux familles ne se côtoient plus.
L'impact sur Manon et Sophie
Manon fêtera ses 19 ans cet été et vit avec sa mère à Thorenc, un village des Alpes-Maritimes. Quand elle appris la vérité sur sa situation, la petite fille a eu très peur de devoir quitter sa maman. Depuis, elle a développé un lien très fusionnel avec elle. Elle connaît tous les membres de sa famille biologique mais ne souhaite pas vivre avec eux. «Mon cœur a parlé, a-t-elle expliqué au Parisien. Le temps nous a montré que chacun avait besoin de retrouver une certaine stabilité. Ce que nous avons vécu nous a rapprochées avec ma maman. Le lien était déjà très fort, mais on s'est encore plus aimées. On est devenues fusionnelles. On en parle quand on en a besoin.
Sophie Serrano a écrit un livre pour raconter son histoire, intitulé "Elle ne s'appelait pas Manon". Elle explique que le procès l'a aidée à avancer. Elle a également déclaré que ses liens avec Manon sont extrêmement forts et qu'elle est devenue encore plus attentive et protectrice avec ses enfants. Cependant, elle a aussi subi des angoisses et perdu toute forme de sérénité.
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Les questions soulevées par l'histoire
Cette histoire soulève des questions importantes sur la vulnérabilité des mères après l'accouchement, la confiance accordée au personnel médical, et les conséquences d'une erreur médicale sur la vie des familles. Elle met en lumière la difficulté de construire une identité lorsque les liens biologiques sont brouillés et la force des liens affectifs qui peuvent se créer en dehors de la filiation biologique.
Est-ce que Sophie aurait aimé ne jamais connaître la vérité ? Que ces tests n'aient jamais eu lieu ? "C'est une question compliquée.
Le rôle de l'auxiliaire de puériculture
L'enquête montrera plus tard que l'échange de l'époque vient sans doute d'une auxiliaire de puériculture, qui avait des problèmes et buvait. Elle a placé deux bébés sous une même lampe, faute de place, puis s'est trompée au moment de rapporter les enfants à leurs mères. L’auxiliaire de puériculture à l'origine de l'échange était dépressive et alcoolique…
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