Introduction
Le monde de l'art et de l'esthétique a longtemps été considéré comme le propre de l'humain. Cependant, l'étude du comportement animal révèle une complexité insoupçonnée, suggérant que les animaux peuvent également être sensibles à la beauté, à la musique et à d'autres formes d'expression esthétique. Cet article explore la question de la sensibilité esthétique chez les animaux, en se concentrant sur les découvertes récentes et les différentes perspectives sur ce sujet fascinant.
L'Héritage de Darwin : Sélection Sexuelle et Goût pour le Beau
Charles Darwin fut l'un des premiers à s'intéresser à la question de l'esthétique chez les animaux. Il fut intrigué par la beauté gratuite de certains animaux, qui semblait contredire sa théorie de la sélection naturelle. En effet, certains ornements portés par les animaux, comme la queue du paon mâle, ne semblent pas favoriser leur survie et peuvent même être handicapants.
Darwin résolut cette apparente contradiction en complétant sa théorie de la sélection naturelle par celle de la sélection sexuelle. Dans La descendance de l'homme et la sélection sexuelle, il expliqua que les mâles qui s'accouplent avec le plus de femelles auront le plus de descendants. Par conséquent, même s'ils apportent des inconvénients, des ornements, tels que la queue du paon, seront favorisés s'ils permettent de plaire aux femelles et lui procurent ainsi un avantage par rapport à d'autres mâles moins bien ornés.
Darwin suggéra que les femelles oiseaux sont sensibles à la beauté du plumage des mâles et que les oiseaux ont, pour le beau, à peu près le même goût que nous. Il affirma également que ce goût pour le beau s'appliquerait non seulement au domaine visuel, mais aussi à la musique.
L'Oubli et la Redécouverte de l'Esthétique Animale
Cependant, la sensibilité esthétique des animaux fut largement négligée par la suite. Durant la première moitié du XXe siècle, les béhavioristes ignorèrent les émotions, de même que les autres états mentaux pouvant se produire dans le cerveau, car ils les jugeaient inaccessibles à l'étude scientifique. Par ailleurs, les béhavioristes négligèrent les prédispositions ou la valeur adaptative des comportements, préférant mettre l'accent sur leur acquisition.
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Bien qu'insistant sur les prédispositions et l'adaptation des individus à leur milieu, l'école des éthologues objectivistes fit peu attention à la perception subjective de la beauté. Plus tard, les tenants de l'écologie comportementale s'intéressèrent aux choix de partenaires sous un angle fonctionnel, retenant des critères permettant de sélectionner les dominants, en bonne santé, fertiles, etc.
Tout en restant rare, l'application aux animaux des concepts d'art ou d'esthétique semble réapparaître au début du XXIe siècle, grâce à des chercheurs tels que Michel Kreutzer, Shigeru Watanabe ou Wolfgang Welsch. Ils soulignent que l'explication adaptative ne suffit pas et que les causes proximales des préférences montrées par certains animaux résident bien dans le plaisir esthétique lié à la perception de certains stimuli.
L'Art chez les Animaux : Une Définition Opérationnelle
En 2012, John Endler, chercheur australien spécialiste du comportement des oiseaux à berceaux, reprend le cas de ces oiseaux et pose la question « les oiseaux à berceaux sont-ils des artistes et ont-ils un sens esthétique ? » Il constate que les définitions de l'art, même celui des humains, varient selon les dictionnaires, sont controversées et s'appuient fréquemment sur des termes (tels que « la beauté ») dont le sens est également controversé.
Il propose de forger une définition opérationnelle qui tenterait de synthétiser la plupart des idées : l'art visuel pourrait être défini comme « la création par un individu d'un motif visuel externe afin d'influencer les comportements d'autres individus ». John Endler souligne aussi que la définition de l'esthétique et du sens esthétique est tout aussi controversée, plus encore s'il s'agit de l'appliquer aux animaux.
Notant que les philosophes s'accordent sur l'idée que le sens esthétique implique une forme d'évaluation, de jugement, il propose que « l'esthétique est l'exercice du jugement conduisant à des changements mutuels de la valeur adaptative ». Selon cette définition, les oiseaux à berceaux mâles sont des artistes puisque leurs berceaux sont observés volontairement par les femelles et que cela modifie leur comportement, notamment en les incitant à s'accoupler avec les artistes. Les mâles ont un sens esthétique puisqu'ils créent et décorent ces berceaux, les maintenant et les améliorant constamment, utilisant notamment la perspective forcée. Ce sens esthétique est encore plus évident chez les femelles qui jugent les œuvres et s'accouplent avec les mâles produisant la meilleure forme d'art. Les deux sexes bénéficient de ce jugement esthétique en produisant des descendants.
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Le Chant des Oiseaux : Musique ou Simple Vocalisation ?
La définition d'Endler ne s'applique qu'à l'art visuel. Le chant des oiseaux peut-il être considéré comme un « motif externe » ? De façon tout aussi minoritaire mais récurrente, divers chercheurs ont suggéré, au XXe siècle, un lien entre chant des oiseaux et musique, voire esthétique.
D'une façon générale, en éthologie le chant est le terme consacré pour certaines vocalisations complexes émises par les oiseaux, ou par des insectes comme les drosophiles ou les cigales. Certains chercheurs réservent ce terme « chant » aux vocalisations apprises et ils excluent donc les vocalisations des amphibiens ou des invertébrés. Insistons sur le fait que, bien que le terme « chant » ait été gardé pour les animaux, son concept est complètement cloisonné et désanthropisé puisqu'il est défini seulement par la complexité, éventuellement par l'apprentissage, mais qu'aucune référence n'est faite à la musicalité, à l'esthétique, au plaisir ou aux émotions éventuellement ressenties par ces animaux lorsqu'ils chantent ou entendent des chants.
Le parallèle entre musique et chant des oiseaux devient aussi plus présent au XXIe siècle. Cependant, des auteurs critiquent ce point de vue et préfèrent souligner les différences, affirmer que « le chant des animaux a probablement peu à voir avec la musique humaine ». La fréquence du parallèle entre chant et musique est probablement liée à l'intérêt renouvelé pour l'étude de la musique en tant que fonction biologique plutôt qu'invention purement culturelle. Des chercheurs proposent donc d'étudier les animaux pour mieux comprendre les origines de la musicalité.
En 2014, les coordinateurs du dossier thématique consacré à « la biologie, la cognition et les origines de la musicalité » proposent d'explorer la musicalité plutôt que la musique ; c'est-à-dire la capacité qui rend possible de percevoir, d'apprécier et de produire cette musique. Ils suggèrent d'étudier la structure de cette musicalité en tentant d'identifier ses mécanismes sous-jacents, cognitifs et biologiques, leur fonction et leur développement, ainsi que les moyens efficaces pour étudier ces mécanismes chez les animaux humains et non humains. Selon eux, un défi majeur serait de cerner les traits composant la musicalité et il serait possible que certains se retrouvent en diverses espèces animales mais que seule l'espèce humaine les possède tous.
Trois Aspects de l'Esthétique pour Explorer la Musicalité
Selon Shigeru Watanabe, « la beauté est une expérience ou un sentiment subjectif, et l'esthétique au sens académique est un système d'explication de ce sentiment ». L'art est un outil pour envoyer des messages à des congénères ou à d'autres espèces. Dans ce sens, le message n'a pas besoin d'être beau ou attractif ; ainsi, l'art moderne ou conceptuel n'est pas nécessairement beau au sens habituel du terme. Cependant, Shigeru Watanabe relève aussi que, selon la théorie de la sélection sexuelle de l'origine de l'art, le sens esthétique serait source de plaisir. De même, les animaux doivent trouver un habitat adapté, de la nourriture comestible et éviter les dangers. Un stimulus peut être perçu comme beau parce qu'il nous signale un environnement favorable.
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Shigeru Watanabe suggère que, dans un cadre de cognition comparée, nous pouvons distinguer trois aspects de l'esthétique : la dimension cognitive (capacité à classer des œuvres d'art, en fonction de leur auteur, de leur école d'appartenance, ou de leur beauté), la dimension renforçatrice, c'est-à-dire le plaisir apporté par des œuvres d'art, et enfin la création artistique. Peut-on qualifier ainsi certains comportements ou certains ouvrages réalisés par des animaux ?
La Dimension Cognitive de la Musique chez les Animaux
En ce qui concerne la dimension cognitive de la musique, l'une des premières études de ce type a été réalisée avec des pigeons. En les récompensant par des graines s'ils répondaient correctement, les chercheurs ont entraîné ces oiseaux à donner des coups de bec sur un bouton situé à gauche lorsqu'ils entendaient la Toccata et fugue en ré mineur de Jean-Sébastien Bach, ou sur un bouton situé à droite lorsque c'était le Sacre du printemps d'Igor Stravinsky. Après cet…
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