Introduction
Le berceau, bien plus qu'un simple meuble de puériculture, est un témoin de l'évolution des sociétés, des mentalités et des préoccupations liées à l'enfance. Cet article explore l'histoire du berceau, en particulier son rôle et sa représentation dans l'art et la société du XIXe siècle, une période de profonds changements sociaux, économiques et culturels. De sa fonction première de sécurité à son rôle symbolique dans les représentations familiales, le berceau révèle des aspects fascinants de l'histoire de l'enfance et de la famille.
Les Origines et l'Évolution du Berceau
Le berceau est l’un des plus anciens accessoires pour bébé. Déjà utilisé à la Préhistoire, le berceau reste aujourd’hui encore un élément essentiel dans une chambre de bébé. Un berceau a également été retrouvé après l’éruption du volcan Vésuve, en 79 avant Jésus-Christ, à Herculanum. Bien que calciné, celui-ci est incroyablement conservé. Car le berceau reste aujourd’hui encore un mobilier de puériculture incontournable. Le berceau a progressivement intégré chaque famille accueillant un nourrisson. Le berceau pouvait être confectionné en osier ou en paille tressée, comme un petit panier, ou en bois, comme une petite caisse. Le berceau est né d’un besoin de sécurité. Dans les familles les plus modestes, budget oblige, la praticité du berceau était l’intérêt unique porté à l’objet. Le berceau était à la base un simple caisse de bois ou un panier tressé. Ainsi, l’Histoire a notamment vu apparaitre des berceaux suspendus au XIXème siècle. Le principe de placer le lit de l’enfant en hauteur a perduré au fil du temps. Aujourd’hui, les berceaux sont surélevés, facilitant le couchage de bébé pour les parents. On trouve également des berceaux cododo. Son style a évolué avec le temps, lui permettant de traverser les époques. Au début du 19ᵉ siècle, certains berceaux de style Restauration étaient dotés de mécanismes de balancement automatique. Cependant, ces mécanismes, bien qu’innovants, n’étaient pas toujours silencieux.
Le Berceau au XIXe Siècle : Un Enjeu Sanitaire et Moral
Ce qu’on appelle la famille nucléaire, parents et enfants vivant sous le même toit, cette formule qui nous semble évidente et naturelle, n’est devenue la cellule de base de nos sociétés qu’au XIXᵉ siècle. Dans la foulée au XIXᵉ siècle, pour définitivement bannir la cohabitation au sein du même lit entre parents et enfants propice aux risques d’étouffement des nouveau-nés, les berceaux vont investir progressivement tous les foyers.
Pourtant, en se penchant sur les traités de soins pour les nouveau-nés et les traités d’éducation rédigés par des médecins dans la première moitié du XIXe siècle, on comprend que la place du berceau dans la cellule familiale est source de différents enjeux. La question d’employer un berceau pour faire reposer l’enfant, si elle semble évidente, n’a pas toujours répondu à une volonté d’assurer plus de confort à l’enfant. Elle correspond au contraire à une demande forte de la part des différentes autorités (médecins, théologiens, moralisateurs) de bannir la cohabitation au sein du même lit entre enfants et parents, afin de proscrire les risques d’étouffement et d’infanticide. Pour autant, faire reposer un enfant dans un berceau, nécessite de bien définir les rôles de chacun (mère, nouveau-né, nourrice, père).
Au-delà même de la question du confort de l’enfant, la nécessité de généraliser la présence du berceau dans les foyers français du début du xixe siècle, répond avant tout à la nécessité de préserver la sécurité du nouveau-né, voire d’assurer sa survie. Le berceau permettait de dissiper toute inquiétude quant aux risques d’infanticides, qui étaient souvent dénoncés par certains ecclésiastiques et médecins à la fin de l’époque moderne. Il était très déconseillé, voire interdit aux mères et aux nourrices, de coucher un bébé dans leur lit, de peur de le retrouver étouffé le lendemain matin. L’insistance avec laquelle les autorités civiles et ecclésiastiques rappellent cette interdiction depuis l’Ancien Régime tendrait à prouver qu’il s’agit d’une habitude très enracinée, en dépit des risques évidents qu’elle fait courir aux nourrissons.
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Dans l’ouvrage collectif dirigé par Louis-Henri Parias, on trouve cette illustration très frappante du nouveau Rituel du diocèse du Mans en 1773, qui prescrit ceci aux curés lors du baptême : « En vue de prévenir un triste accident qui n’est arrivé que trop de fois, avertissez qu’on ne couche point cet enfant dans le même lit avec sa mère, ou sa nourrice, ou autre personne, qu’il n’ait deux ans accomplis. » Angélique-Marguerite Le Boursier du Coudray, célèbre sage-femme qui s’était engagée dans un tour de France obstétrical durant 25 ans, s’intéresse aussi dans son célèbre Abrégé de l’Art des accouchements, à la question du partage du lit entre la mère et l’enfant, ou plus particulièrement de la cohabitation entre nourrice et nouveau-né. Avant un an, il n’est pas question d’envisager cette situation. L’expérimentée sage-femme détaille avec minutie les risques encourus. Pour autant, la position assise n’est pas plus sécurisante si l’on en croit toujours Angélique-Marguerite Le Boursier du Coudray. Assise sur son lit avec l’enfant entre ses bras, la nourrice peut aussi bien s’endormir, et l’enfant sera autant en danger. Effectivement, des réflexes tout à fait compréhensibles, ordonneront à une nourrice assise sur son lit et qui s’endormirait, de serrer plus l’enfant de crainte qui lui échappe.
Aussi, ces différentes interdictions répétées, sont des appels non dissimulés à recourir à l’usage d’un berceau pour les jeunes enfants, pour les raisons tout à fait compréhensibles de protection corporelle. Néanmoins, dans les conseils prodigués par les médecins et les sages-femmes, les préceptes entourant l’emploi du berceau engagent aussi le lecteur à modifier ses rapports à l’enfant, dans le cadre d’un processus éducatif qui viserait à mieux définir les rôles de chacun et à construire des habitudes particulières pour l’enfant.
Le Berceau : Un Symbole de la Famille et de la Maternité
Dans les représentations traditionnelles, le berceau a toujours joué le rôle d’accueil du petit enfant. Associé au bercement, il assure le bien être de l’enfant et le prépare à un sommeil réparateur, nécessaire à son repos et à celui de sa famille. Le berceau joue alors au sens propre, comme au sens figuré, un rôle essentiel de protecteur.
Mais c’est bien la proximité de la mère qui est traditionnellement recherchée dans le positionnement du berceau. Le Dictionnaire de l’Académie Française le rappelle en 1835, une mère doit pouvoir allaiter son enfant à tout moment de la nuit, et il s’agit de la fonction principalement rappelée dans la définition du mot « berceau » : « Sorte de petit lit où l’on couche les enfants à la mamelle1. » Par ailleurs, la deuxième fonction qui est attribuée à ce petit meuble tient bien entendu au fait (comme on peut le voir notamment sur la caricature de Daumier), qu’il est « porté sur deux pieds arrondis en forme de croissant, de manière qu’on peut le balancer aisément2. » Irrémédiablement, le bercement apparaît d’une aide indispensable pour assurer un sommeil tranquille à l’enfant.
Ces précieux avantages nous amènent à réfléchir sur la place particulière du berceau au sein de la cellule familiale. Au delà de la question matérielle (positionnement du berceau, forme, structure, composition…), son usage implique aussi de définir son rôle et son utilité. L’idée d’employer un berceau pour faire reposer l’enfant, si elle semble évidente, n’a pas toujours répondu à une volonté d’assurer plus de confort à l’enfant. Elle correspond au contraire, à une demande forte de la part des différentes autorités (médecins, théologiens, moralisateurs) de proscrire la cohabitation au sein du même lit entre enfants et parents. Les risques d’étouffement sont bien connus, mais au début du xixe siècle, ils occupent encore une très grande place, notamment dans les traités d’éducation. Dans l’esprit des érudits qui s’intéressent à la question, la présence des berceaux dans les foyers n’est jamais remise en cause, ignorant ainsi toutes les contraintes matérielles pour les ménages d’avoir la capacité financière d’en posséder un. Dans les familles les plus pauvres, le berceau, même rudimentaire est un luxe ignoré, et le petit enfant n’a d’autre lit que celui de ses parents3.
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L'Art du XIXe Siècle et la Représentation du Berceau
Sous l’Ancien Régime - depuis l’accession au trône d’Henri IV en 1589 et jusqu’à la Révolution française en 1789 - l’enfant exposé à une forte mortalité doit tout simplement être remplacé s’il ne survit pas. Ce refus en filigrane de notre appartenance au monde animal pose de sérieux problèmes d’hygiène. C’est une des façons dont on peut interpréter cette splendide toile d’Élisabeth Vigée Le Brun représentant « Marie-Antoinette et ses enfants ». On y voit le jeune Dauphin Louis désigner le berceau vide de sa petite sœur prématurément décédée. « Marie-Antoinette et ses enfants », Élisabeth Vigée Le Brun, 1788, Collection du Château de Versailles.
Illustration, no 29 (1840) « Voilà le moment (passé minuit), où le calme et la paix règnent véritablement dans les heureux mariages. 1Qui mieux que Daumier pouvait croquer les traits d’une famille dans la première moitié du xixe siècle ? Dans une série de caricatures connue sous le nom de Mœurs Conjugales, Honoré Daumier nous présente avec perspicacité le repos d’un couple et de son enfant. La légende ajoutée par le caricaturiste est très parlante : « Voilà le moment (passé minuit), où le calme et la paix règnent véritablement dans les heureux mariages. Mieux vaut tard que jamais. » Au plus profond de la nuit, le calme règne, les époux dorment, tout comme leur nouveau-né, confortablement installé dans son berceau à distance du bras de sa mère. Sans doute, Honoré Daumier veut-il nous faire comprendre que ce bébé a enfin réussi à trouver son sommeil, ainsi que ses parents par la même occasion. De cette caricature, une représentation classique de la famille ressort, et le berceau joue alors son rôle essentiel d’accueil du sommeil, tout en occupant aussi un rôle protecteur. Ce meuble primordial semble adopter la place qui lui était traditionnellement assignée, c’est à dire dans la chambre parentale.
Signature - Signé en bas à droite : "And. Un ouvrier, assis sur le lit de sa jeune femme, contemple son nouveau-né qu'il tient dans ses bras. L'homme est vêtu d'une chemise aux manches retroussées sous un gilet noir, et d'un tablier en cuir. Il est coiffé d'une casquette. La jeune mère alitée est très pâle, elle regarde le père et son enfant. A côté du lit, un bol de soupe portant l'inscription "Souvenir" est posé sur un tabouret partiellement recouvert d'une étoffe. L'homme a laissé tomber sa sacoche de travail sur le tapis à fleurs qui recouvre le plancher.
Les Traités d'Éducation et le Rôle de la Nourrice
Mais avant de voir comment cette question a été traitée dans notre corpus, il faut rappeler que si les parents sont particulièrement visés par ces différentes interdictions, ce sont surtout les nourrices qui sont au cœur des réserves des médecins et moralisateurs. Si l’omniprésence de la nourrice dans leurs écrits peut nous étonner, en fait il n’en est rien. Comme nous le montre Marie-France Morel, cette mise à distance de l’enfant, par l’emploi d’une nourrice, n’est pas signe de désamour de la mère pour sa progéniture. S’il peut s’agir d’une pratique déroutante, il faut aussi la replacer dans les mentalités de l’époque. La mise en nourrice, telle qu’elle se pratique dans les grandes villes françaises des xviiie et xixe siècles (qui ne représentent que 10 à 15 % de la population), consiste à envoyer à la campagne, pour y être allaité et élevé, un nouveau-né qu’on ne reverra pas avant un ou deux ans18. Cette pratique est justifiée, soit par les occupations mondaines de la mère dans les milieux favorisés, soit par la nécessité de son travail dans les milieux populaires.
Dès lors, les médecins qui adressent des conseils aux familles pour bien élever leurs enfants, insistent particulièrement sur la redéfinition des rôles et des fonctions de la nourrice. Ces dernières ne doivent plus suivre des pratiques séculaires et ignorantes, et sont pressées d’acquérir des méthodes répondant plus au besoin de l’enfant.
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L'Évolution du Mobilier et des Intérieurs Bourgeois
Louis-Philippe Iᵉʳ fut le dernier Roi des Français. Son règne appelée la « Monarchie de Juillet » prit place entre 1830 et 1848, au cœur d’un XIXᵉ siècle particulièrement mouvementé. Cette période sera caractérisée par l’enrichissement rapide de la bourgeoisie manufacturière et financière, au détriment des classes ouvrières maintenues dans une extrême misère. En corollaire, les incessantes révoltes populaires aboutiront à son abdication. On va pouvoir, dans les intérieurs bourgeois, s’accorder un peu de bon temps en se prélassant dans des fauteuils crapaud entièrement couverts de tissu, des fauteuils gondole aux dossiers incurvés et aux accotoirs terminés par de larges involutions, ou encore profiter du confort de fauteuils Voltaire, bas sur pieds et profonds. Les petits plaisirs et missions du quotidien trouvent aussi leur mobilier dédié : commode-toilette, coiffeuse, barbière, table tricoteuse, table de nuit ou de salon, console d’appui, guéridon, meubles à écrire, bureau plat ou de ministre, et bibliothèque font leur apparition. Les bois chauds et sombres sont à la mode. En 1777, la « barcelonnette » désigne la couverture de laine dont est enveloppé, dans sa corbeille, le nouveau-né. En 1787, un glissement sémantique survient. La barcelonnette désigne dorénavant le berceau lui-même.
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