L'histoire d'une rue ou d'un lieu est souvent intimement liée à celle de la ville qui l'abrite, reflétant les époques, les évolutions sociales et les événements marquants. L'Avenue du Berceau, qu'elle soit à Kiev, Montargis, Étaples ou ailleurs, porte en elle des récits riches et diversifiés, allant des civilisations antiques aux révolutions modernes.
Kiev : Un Berceau Millénaire au Bord du Dniepr
Kiev, ville aux rues larges et colorées, aux monuments prestigieux, offre une certaine douceur de vivre. Selon les archéologues, son histoire remonte à 3 000 av. J.-C. La ville elle-même aurait été fondée au VIe siècle de notre ère avant de s'étendre sur sept collines. Le site avait été choisi avec discernement puisqu'il borde le large fleuve Dniepr qui allait devenir une voie indispensable de communication sur la fabuleuse « route de l'ambre ».
Au IXe siècle, les Varègues venus de Suède s'intéressent à leur tour à cette région agricole. Oleg le Sage, l'un de leurs chefs, déjà maître de Novgorod, s'empare en 882 de la ville par traîtrise pour en faire la capitale du premier État slave oriental : la Rus'. Plus large que longue, surmontée de 13 coupoles symbolisant le Christ et ses disciples, elle renferme de précieuses mosaïques qui lui permettent de rivaliser avec sa grande sœur.
La renommée religieuse de la ville prend de l'ampleur au XIe siècle grâce à un moine du mont Athos, en Grèce. De retour dans son pays natal, il se retire dans une grotte située dans la colline dominant le Dniepr et sera dès lors connu sous le nom de saint Antoine de Kiev. Il s'ensuit la création de tout un réseau de galeries de plusieurs kilomètres, transformé par la suite en nécropole des saints orthodoxes.
Montargis : Berceau de la Chine Nouvelle en France
Montargis, petite ville du Loiret, est célébrée en Chine comme le berceau de la Chine nouvelle. De 1902 à 1927, 4 000 jeunes intellectuels chinois sont venus étudier et travailler en France, en particulier à Montargis. Parmi eux, Deng Xiaoping, Zhou Enlai et d'autres "héros" du panthéon communiste.
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À l'usine Hutchinson, à Châlette-sur-Loing, on peut encore voir l'atelier, construit par Gustave Eiffel, où fut employé Deng. Il avait 16 ans. En compagnie de 80 autres étudiants-travailleurs, le jeune garçon s'était embarqué le 27 août 1920 à Shanghaï sur l'André-Lebon, muni d'une recommandation du consul de France, Albert Bodard (père de Lucien).
Le mouvement Travail-Etudes avait été créé dès 1912 par un philanthrope, Li Shizeng, qui admirait la culture française et avait étudié à l'école agricole du Chesnoy, à Montargis. Ami de Sun Yat-Sen, le président de la jeune République chinoise, il était convaincu que la Chine avait besoin de l'Occident pour se développer. Après la première guerre mondiale, le mouvement patronne le séjour d'étudiants peu argentés.
Parmi ces privilégiés se trouve un groupe de jeunes intellectuels, originaires du Hunan, déjà fascinés par le socialisme. Il y a là la plupart des amis de Mao : Cai Hesen, Li Fuchun, Chen Yi. Il y a aussi de très jeunes femmes, Xiang Jinyu, et la soeur de Cai Hesen, Chang. Le jeune Mao Zedong, lui, n'est pas du voyage.
Les garçons, au collège, sont pris en charge par l'instituteur Chape au, les filles, à l'école du Chinchon, par Mme Dumont (mère de l'agronome René Dumont). Les joutes politiques se poursuivent entre ceux, qui autour de Cai Hesen, brillant théoricien, veulent suivre la voie de la révolution russe, et ceux qui prônent la réforme. Ils se réunissent au jardin Durzy. Venu de Paris, un certain Zhou Enlai se joint parfois au groupe, entre deux parties de tennis chez des amis français.
On peut encore s'asseoir aujourd'hui sur les bords du bassin romantique, orné d'un cyprès nain, où, du 6 au 10 juillet 1920, Cai et son amie Xiang Jingyu exposaient avec passion leur programme pour "sauver la Chine et le monde". Le 13 août suivant - quatre mois avant le congrès de Tours qui divise la gauche française -, Cai écrit une lettre à son ami Mao. Il lui propose la création du Parti communiste chinois (PCC) qui constituera "l'avant-garde et le commandement de la révolution". Le 1er décembre, Mao lui envoie son accord. Le PCC est créé en juillet 1921 dans la concession française de Shanghaï.
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Rentrés en Chine fin 1921, Xiang Jinyu et Cai Hesen se lancent dans la lutte. Livrés par l'occupant colonial aux nationalistes, ils périront, atrocement suppliciés, respectivement en 1928 et en 1931, et seront parmi les premiers à entrer dans le panthéon communiste. Li Fuchun (futur économiste du parti), Chen Yi (maréchal, puis chef de la diplomatie), et bien d'autres "anciens de Montargis" feront une carrière au plus haut sommet de l'Etat.
Deng Xiaoping, en 1920, est d'abord accueilli dans une école, à Bayeux, où son pécule fond. Puis il travaille dans la fournaise des laminoirs du Creusot, dans la banlieue parisienne. Il y découvre, écrira sa fille plus tard, "la misère du prolétariat". Il y rencontre surtout Zhou Enlai, son aîné de 6 ans. C'est en février 1922 qu'il se fait finalement embaucher par l'usine Hutchinson, à Châlette, sous le nom de "Teng Hi Hien".
Il fait deux séjours à Hutchinson, du 14 février au 17 octobre 1922, et du 2 février au 7 mars 1923, logeant dans une grange près de l'usine. Sa fiche d'embauche porte ce commentaire : "A refusé de travailler, ne pas reprendre". C'est qu'il est devenu un révolutionnaire professionnel. Il travaillera ensuite chez Renault à Billancourt.
Deng quitte le sol français le 7 janvier 1926, et regagne la Chine par Moscou.
Faute d'un musée, un parcours touristique, fait de "stations" depuis les frondaisons du jardin Durzy jusqu'à l'usine Hutchinson, a été inauguré en mars, en présence des descendants des maîtres de la Chine nouvelle.
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Étaples : La Rue des Berceaux, Témoin d'une Urbanisation du XVIIIe Siècle
À Étaples, la rue des Berceaux témoigne de l’urbanisation de la partie nord-est de la ville au milieu du XVIIIe siècle, à l’emplacement d’un ancien fossé défensif, d’abord, et des terrains de l’hôpital, ensuite. Créée entre 1716 et 1753, et probablement peu de temps avant cette dernière date, elle voit son odonyme fixé dès le XIXe siècle : celui-ci perpétue le souvenir d’un espace de jeux, de détente et de promenade - les Berceaux - aujourd’hui disparu.
Au début du XVIIIe siècle, cette partie de la ville est encore marquée, topographiquement, au nord par un ancien fossé défensif. Probablement creusé au milieu du XVIe siècle, sur ordre de François Ier, et parce que la ville avait à craindre les raids des troupes anglaises du roi Henri VIII qui avait conquis Boulogne en 1544, cet aménagement n’assurait plus alors sa fonction défensive.
Dans ce secteur de la ville, s’élevait, depuis le XVIe siècle au moins, l’hôpital d’Étaples. À l’époque moderne, une portion du fossé et des terres qui s’étendaient vers le nord, jusqu’au Mont Levin, appartenaient à cet hôpital.
Les terres situées à l’est du « terrain de l’hôpital » appartenaient à la famille De Rocquigny du Fayel : au XVIIIe siècle, elles étaient en grande partie recouvertes du sable qui s’était accumulé après les nombreuses tempêtes qui frappaient régulièrement Étaples à l’époque moderne. Cette famille possédait également une autre portion du fossé qui, depuis le XVIIe siècle au moins, portait le nom de « Berceaux ».
Comme son nom l’indique, c’est probablement dans cette partie précise du fossé que s’effectuait, à l’époque moderne, le tir à l’arc dit « au berceau » ou « beursault ». Au XIXe siècle, Gustave Souquet rappelait que les Berceaux avaient été transformés en un espace dédié aux loisirs. Les dimanches et jours de fête, les Étaplois se livraient à la danse et s’exerçaient au jeune de paume, à l’ombre des arbres qui y avaient été plantés. Chaque année, à la Fête-Dieu (à la fin du printemps) et à la Saint-Michel (au début de l’automne), les sociétés des villages voisins s’y réunissaient afin de participer à un concours de jeu de paume au tamis ou jeu de tamis, pratique sportive populaire dans le nord de la France. Les Berceaux disparurent en 1846.
Au cours du XVIIIe siècle, les possessions de l’hôpital sont démembrées et les terrains situés au nord du presbytère sont désormais habités. De l’immense terrain de l’hôpital, le presbytère, successeur de l’établissement de soins, ne possède plus qu’un grand jardin situé à l’est, également connu sous le nom de « terreau du curé ». Immédiatement au nord du presbytère, un potager était cultivé par une certaine Marie Lamour.
Afin de permettre l’accès à ces trois propriétés et aux Berceaux, a donc été créée, et à travers l’ancien domaine de l’hôpital, une rue ou chemin qui mène aux Berceaux : c’est ce dernier espace qui a donné son nom à la rue dont l’odonyme, fixé pour des décennies, est encore usité aujourd’hui.
Les articles de l’Aveu insistent sur la caractère récent de la création de la rue : elle y est appelée « petitte rue nouvellement faitte dans le terrain dudist ancien hôpital qui conduist aux Berseaux et au moulin dudit Estaples » et « petitte rue faitte nouvellement sur le terrain de l’anciens hôpitalle, qui conduist au berceaux ». Mais sur le Plan d’Étaples et de ses environs, établi en 1753, la rue apparaît déjà, ce qui n’était pas encore le cas en 1716 : la rue des Berceaux a donc été créée entre 1716 et 1753, et probablement autour de cette dernière date.
Avec la cession des Berceaux en 1846, une portion de la rue disparaitra et son tracé sera rectifié pour adopter la courbe qu’elle montre actuellement. Une nouvelle rue ou un nouveau chemin apparaît également dès cette époque.
Le tracé de la rue, à l’origine plus ou moins rectiligne, sera amputé d’un bon tiers en 1846, mais sera prolongé par l’ajout d’une courbe conduisant à la rue du Château ou rue Robert-Wyart, après cette date. Si cette artère ne dessert qu’un nombre relatif de maisons à la fin du XVIIIe siècle, elle forme aujourd’hui la voie d’accès à un quartier essentiellement formé d’habitations, mais également à l’école privée Saint-Michel.
Tracy : Une Avenue Industrielle et Rurale
L’histoire de Tracy prend un virage en 1846 lorsque les bâtiments de l’ancienne filature sont repris par un industriel parisien. Seule la brosserie de Tracy, en 1850, utilise le chemin de fer pour se rapprocher du marché parisien. Charles Loonen, brossier traçotin, parvient à donner à son entreprise un rayonnement mondial. On peut encore voir l’ancien château du brossier Loonen appelé autrefois le « château des amendes » par les ouvriers (devenu aujourd’hui le centre de réadaptation cardio-vasculaire Léopold Bellan).
Tracy est très marquée par la guerre de 14/18. Les dégâts matériels sont nombreux dans le village. La brosserie Loonen est détruite en mars 1918.
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