L'Aubrac, territoire de contrastes et de richesses, est bien plus qu'un simple plateau. C'est un espace façonné par l'histoire, les traditions et l'empreinte de civilisations successives. Des vestiges mégalithiques aux témoignages de l'époque gallo-romaine, en passant par l'essor du Moyen Âge et les mutations économiques des siècles suivants, l'Aubrac révèle un patrimoine exceptionnel, intimement lié à son identité celte originelle. Cet article propose une exploration de l'histoire de l'Aubrac, de ses racines celtes à son développement contemporain, en mettant en lumière les éléments qui font de ce territoire un lieu unique et attachant.
Racines Celtes et Vestiges Mégalithiques
Les Grands Causses, bien que parfois perçus comme dépeuplés, témoignent d'une occupation humaine continue depuis la nuit des temps. Les populations du Néolithique ont laissé en héritage des centaines de monuments mégalithiques, mystérieux et emblématiques de cette époque. Les dolmens et les menhirs sont ainsi légion, témoins silencieux de pratiques oubliées. L'ensemble mégalithique de l'Aire des Trois Seigneurs, édifié vers 2000 av. J.-C., est un exemple remarquable de cette présence humaine ancienne. Il est principalement constitué d’une allée coudée enfouie dans le sol, recouverte par un cairn. Bien qu'aucun mobilier ni trace d'inhumation datant du Néolithique n'ait été découvert lors des recherches initiales, le cairn a été réutilisé à l'âge du fer, révélant ainsi une continuité d'occupation et d'utilisation de ce lieu sacré.
Bernard Pouye, historien et archéologue, évoque l’existence d’un chemin « de protohistorique reliant en ligne droite la Méditerranée à la Bretagne », remontant sans doute au néolithique final. Cet itinéraire très ancien, qualifié de chemin des dolmens et des menhirs, fut aussi celui des premiers éleveurs transhumants du Languedoc vers l’Aubrac. Il sera mis à profit par les Grecs installés sur les côtes méditerranéennes vers le VIe siècle avant notre ère pour se rendre directement sur le grand centre d’extraction de cassitérite et de production de lingots d’étain contrôlé par les Celtes des embouchures de la Loire.
Lors de la conquête de la Gaule, Jules César soumet la tribu celte des Gabales qui occupait la région.
De l'Époque Gallo-Romaine au Moyen Âge
L'époque gallo-romaine a laissé de nombreux témoignages en Lozère, qui se nommait alors le Pagus Gabalicus, le pays gabale du nom de la tribu gauloise qui l'habitait avant la conquête. Anderitum en était la cité, qui devient Gabalum (l'actuelle Javols). Le mot Gévaudan tire ses origines de ces différentes appellations. Les fouilles de Javols ont mis au jour des quartiers d'habitation et des monuments publics tels que le théâtre, les thermes et la basilique. Le Mausolée de Lanuéjols, quant à lui, est un exemple rare et bien conservé d'architecture funéraire de cette époque. La fabrication de la poterie, pratiquée par les Gaulois, s'est développée après la conquête romaine, avec l'émergence d'ateliers satellites à Banassac et au Rozier, liés à l'atelier de la Graufesenque près de Millau.
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Intégré au VIIe siècle au royaume Franc d'Austrasie, le Gévaudan demeure proche des Wisigoths. Un siècle plus tard, son appartenance au royaume d'Aquitaine lui fait connaître les soubresauts de l'anarchie, et les rivalités seigneuriales, avant d'être rattaché au comté de Toulouse. Cette lointaine et fragile suzeraineté résiste mal à l'ambition et au sens politique des évêques de Mende, qui renforcent leur pouvoir temporel et s'approprient le titre comtal. La "bulle d'or" accordée par Louis VII à Aldebert du Tournel consacre la domination temporelle des évêques.
Le Moyen Âge a profondément marqué l'histoire et le milieu naturel de l'Aubrac. Intégré au VIIe siècle dans le royaume Franc, le Gévaudan connaît les soubresauts de la féodalité naissante, tandis que ses évêques obtiennent du pouvoir royal des privilèges qu'ils conservent jusqu'à la Révolution. Châteaux et églises romanes jalonnent les sites stratégiques et les chemins de pèlerinages.
L'Essor de la Domerie d'Aubrac et les Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle
L’existence d’Aubrac commence au début du XIIe siècle, sur le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Un groupe de chevaliers s’y installe pour protéger les pèlerins des brigands. L’importance du pèlerinage allant croissant, un hospice y est construit. La Domerie d’Aubrac prospèrera jusqu’à la fin du Moyen Âge, accueillant des milliers de pèlerins et de voyageurs, exploitant d’immenses domaines agricoles qui ont contribué à la mise en valeur du plateau… et des terres environnantes. La Révolution mettra à bas l’essentiel des bâtiments, mais pas l’assise agricole établie au fil des siècles.
La Domerie d'Aubrac, ancien monastère hospitalier accueillant les pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, s'est développée du XIIe au XVIe siècle. L'architecture romane, très dépouillée, est en totale harmonie avec la sobriété des lieux. C'est le seul ouvrage hospitalier du XIIe siècle qui nous soit parvenu dans un tel état de conservation. Le clocher, rajouté au XVe siècle, abrite la célèbre « cloche des perdus » et une curiosité : le logement du sonneur avec un four à pain intérieur.
En 1998, les « Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France » ont été inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en raison de leur valeur universelle exceptionnelle. En Aveyron, plusieurs édifices sont reconnus comme un patrimoine de l’Humanité car ils sont des jalons remarquables de la route suivie par les pèlerins : les ponts sur la Boralde à Saint-Chély-d’Aubrac, sur le Lot à Espalion et à Estaing, sur le Dourdou à Conques ; l’abbatiale Sainte-Foy à Conques ; et des portions du chemin lui-même, notamment de Nasbinals (Lozère) / Aubrac / Saint-Chély-d’Aubrac, et de Saint-Côme-d’Olt / Espalion / Estaing.
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Les Murs en Pierre Sèche, Témoins d'un Savoir-Faire Ancestral
Très présents sur le territoire du Parc, les murs en pierre sèche sont des marqueurs forts et emblématiques des paysages de l’Aubrac. Dans la Charte du Parc, les élus ont clairement inscrit leur préservation et leur mise en valeur comme étant essentielles. Les raisons sont multiples : patrimoniale et paysagère évidemment, mais aussi pour préserver les savoir-faire et développer la filière économique de la pierre locale, voire le développement de productions agricoles. Depuis plusieurs siècles, les drailles et les estives de l’Aubrac sont délimitées par ce type de murs fabriqués très sommairement avec les pierres présentes au milieu des prairies. Sous leur apparente simplicité, se cachent de vrais savoir-faire et de multiples fonctions que le Parc de l’Aubrac a pour mission de préserver et de mettre en valeur. Ces murs dits « paysans » rassemblent de multiples qualités et fonctions. La ressource et la main-d’œuvre sont locales, le matériau est naturel. Les ouvrages sont drainants et participent à lutter contre l’érosion. Ils constituent enfin des abris pour la biodiversité animale et végétale.
Dans les secteurs en pente, ces ouvrages en pierre sèche deviennent aussi des murs de soutènement pour des terrasses qui peuvent accueillir des activités agricoles : élevage, arboriculture, viticulture, maraîchage, châtaigneraies… Le Parc participe à l’accueil de chantiers-écoles sur son territoire pour la formation des professionnels sur le terrain.
Les Guerres de Religion et l'Évolution Économique
Du XVIe au XVIIIe siècle, les guerres de religion ont gravement meurtri le pays, mais l'économie demeure prospère à la veille de la Révolution. Le système agro-pastoral, enrichi par l'industrie lainière, a facilité son développement même si la Bête du Gévaudan fait régner pendant quatre ans un vent de panique sur le diocèse.
La crise des activités textiles, à la fin du XIXe siècle, provoque un marasme économique persistant. Le reboisement des terrains en pente, le développement des voies de communications, ne parviennent pas à enrayer l'exode rural. L'hémorragie démographique est accentuée par la guerre 14-18.
Dès le XVe siècle, la transhumance des bovins se développe à son tour, jusqu’à supplanter totalement celle des ovins vers 1750. Elle a permis de former les paysages et la société rurale que nous rencontrons aujourd’hui. À la fin du printemps, les troupeaux rejoignent en nombre les hauteurs pour profiter de leurs herbages exceptionnels. Ce sont essentiellement des bêtes de race Aubrac, reconnaissables à leur robe blond-fauve, aux cornes en lyre des vaches et à leurs yeux « maquillés » de noir.
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À partir du XIXe siècle, la fabrication de la fourme (aujourd’hui le célèbre fromage Laguiole AOP), se développe sur les estives.
L'Aubrac au XXe Siècle : Tourisme et Valorisation du Patrimoine
Situé à la limite de trois départements (Aveyron, Cantal, Lozère), Aubrac continuera à occuper une place stratégique pour ses foires aux bestiaux et lors de la transhumance. Les grandes bâtisses qui entourent la place datent du début du XXe siècle. Elles ont été construites pour accueillir les curistes venus respirer le grand air et faire une cure bénéfique de petit lait [gaspejaires].
Aujourd'hui, le village a développé sa vocation touristique autour de ce patrimoine particulièrement riche. Les aménagements réalisés dans le cadre de la valorisation du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle vous permettront d'en découvrir les principaux éléments. Ils s'ajoutent au Jardin botanique et à la Maison de l'Aubrac pour comprendre ce territoire.
Dans ce cadre, le Parc a porté un projet de création de mobilier non pas urbain, mais rural, adapté à ce chemin, aux paysages et à l’identité du territoire Aubrac. A Lasbros, au Moulin de la Folle et au Roc des Loups, le bâtisseur en pierre sèche Sylvain Olivier, le menuisier Arnaud Mainardi et le concepteur Amaury Poudray ont travaillé ensemble pour la réalisation de 4 bancs, franchissements, espaces de repos et de contemplation qu’ils ont créés et imaginés avec les élus locaux et les chargés de mission du Parc naturel de l’Aubrac. Ces équipements ont vocation à inspirer d’autres projets ailleurs sur le territoire du Parc. Ils sont à destination des marcheurs, mais aussi des habitants qui en profitent tout au long de l’année, à proximité de leur lieu de vie. Au lieu dit le “ Roc des loups”, l’entreprise Hébrard, tailleur de pierre local, et le concepteur Xavier Bonnet, A3-Paysage, réaliseront un Oculus en pierre monobloc de basalt de Bouzentès, posé à la verticale et gravé des points cardinaux et des sommets environnants.
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