Les attouchements sexuels entre mineurs constituent un sujet délicat, souvent tabou, mais d'une importance capitale à aborder avec lucidité et discernement. Ce phénomène complexe, en forte augmentation, soulève de nombreuses questions quant à sa nature, ses causes et ses conséquences, tant pour les victimes que pour les auteurs. Il est crucial de distinguer les comportements relevant de la curiosité sexuelle normale de ceux qui constituent de véritables agressions, et de mettre en place des mesures de prévention et d'accompagnement adaptées.
Définition et cadre légal
Un attouchement se définit comme le fait d'imposer à une personne, enfant ou adulte, un contact physique sur les parties intimes de son corps sans son consentement. L’agresseur peut contraindre la victime à subir ce geste, ou l'obliger à toucher ses propres organes génitaux ou toute autre zone du corps à caractère sexuel. Selon l’article 222-22 du Code pénal, constitue une agression sexuelle « toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. »
Ampleur du phénomène : un tabou en forte augmentation
C’est un phénomène ultra-tabou mais massif et en très forte augmentation. En France, des dizaines de milliers de mineurs sont accusés d’infractions à caractère sexuel sur d’autres mineurs. Selon le ministère de la Justice, on dénombre en France près de 23.300 mineurs accusés d’infractions à caractère sexuel (ICS) entre 2019 et 2020. Près d’une affaire sur deux de viols et d’agressions sexuelles sur mineurs traitées par le parquet en 2020, implique un mineur auteur, indique un rapport de recherche de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ).
La proportion de ces affaires impliquant des enfants parfois très jeunes connaît une inquiétante explosion. Entre 1996 et 2018, les affaires de viols avec des mineurs auteurs ont augmenté de 279 % et de plus de 315 % pour les agressions sexuelles au sens large (comprenant le harcèlement et l’exhibition sexuelle), selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Un rapport du Sénat publié en septembre 2022 indique que les violences sexuelles commises par des mineurs sur d’autres mineurs ont augmenté de 59,7 % entre 2016 et 2021.
Ces chiffres, bien que préoccupants, sont sans doute inférieurs à la réalité, car le sujet reste souvent étouffé. De nombreux parents ont le sentiment que l’Éducation nationale minore les faits.
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Facteurs explicatifs : entre curiosité, exposition et reproduction
Plusieurs facteurs peuvent expliquer la recrudescence des attouchements entre enfants.
Curiosité sexuelle : Chez les jeunes enfants, la découverte de la sexualité et de leur corps est naturelle. Cependant, sans une éducation sexuelle adéquate, cette curiosité peut conduire à des comportements inappropriés. Il est essentiel de distinguer ce qui relève de la simple découverte du corps de la violence, qui implique de la coercition.
Exposition à des contenus inappropriés : L’accès à la pornographie et à d’autres contenus sexuels explicites a été facilité par Internet. Selon une étude de l’Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation Numérique (OPEN), près de 30 % des enfants de moins de 10 ans ont déjà été exposés à du contenu pornographique en ligne, souvent de manière accidentelle. Or, une relation étroite existe entre la consommation de pornographie à l’adolescence et la reproduction de comportements sexuels agressifs. Une étude américaine de 2019 indique que 80 % des jeunes qui regardent de manière régulière de la pornographie vont reproduire un ou plusieurs comportements sexuels agressifs.
Comportements abusifs d’un mineur envers un autre : Il est important de distinguer le développement psychosexuel de l’enfant des actes problématiques ou abusifs. Il faut dire que le sujet est délicat, car les enfants qui agressent sont eux-mêmes des victimes pour la plupart, de l’avis de toutes et tous les professionnels interrogés. Soit parce qu’ils ont été violentés, soit parce qu’ils ont été exposés à de la pornographie, une autre forme de violence.
Conséquences psychologiques et émotionnelles
Les conséquences des attouchements sexuels peuvent être dévastatrices, tant pour la victime que pour l'auteur.
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Pour la victime
Une personne victime d’attouchements sexuels peut présenter des signes révélateurs d’un traumatisme profond. Ces symptômes peuvent varier selon l’âge, la gravité des abus sexuels subis et la relation avec l’agresseur. Le stress post-traumatique est un trouble psychologique qui survient après un choc violent, comme une agression sexuelle, un viol, une tentative de viol ou des attouchements sexuels. Reconnu par les psychiatres et les tribunaux, ce trouble peut se manifester de différentes manières. Le stress post-traumatique met en évidence la gravité criminelle de ces infractions sexuelles.
L’âge moyen de la première agression sexuelle est de 10 ans. Les attouchements (et les violences sexuelles en général) marquent durablement la vie des victimes. Ils impactent leur équilibre personnel, leur confiance et leur construction, pour de nombreuses années, et parfois, jusqu’à la fin de leur vie. Le souvenir traumatique, la peur du jugement ou la honte peuvent aussi conduire à des défaillances dans la communication, à une appréhension de l’attachement et même, parfois, à une désynchronisation émotionnelle vis-à-vis de l’enfant ou du partenaire.
Dans les relations avec les autres, ces séquelles peuvent souvent se traduire par de la méfiance, une posture de retrait, un sentiment persistant d’insécurité ou de « sur-protection » envers l’autre, ou au contraire une recherche excessive de contrôle ou de validation.
Il est souvent difficile pour une victime de parler de ce qu’elle a vécu. Près de 4 victimes sur 10 ont connu des épisodes d’amnésie après les faits, ayant duré dans certains cas une vingtaine d’années. 69% des victimes déclarent avoir déjà parlé de leur agression à quelqu’un, mais il leur a fallu du temps pour y parvenir : douze ans en moyenne. La libération de la parole est souvent bénéfique. Lorsqu’une victime se confie, elle a besoin de bienveillance, de compassion et de soutien. Aucune agression ne doit être banalisée, il faut aider sans jugement.
Pour l'auteur
Les mineurs auteurs d’attouchements peuvent également souffrir de ce comportement. L’impact sur la famille est également significatif. Les parents peuvent se sentir impuissants, éprouver de la culpabilité, ou être en colère en découvrant que leur enfant a été impliqué dans un tel incident.
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Réactions et prise en charge
Si vous êtes confronté à un cas d’attouchements entre mineurs, le calme et l’écoute sont les maîtres-mots pour gérer cette situation. Évitez les réactions excessives qui pourraient effrayer l’enfant, créez un climat de confiance pour qu’il puisse s’exprimer librement, évaluez la situation, essayez de comprendre ce qui s’est passé exactement, sans faire de ce moment un interrogatoire. Informez la famille, communiquez calmement avec les parents ou une personne ayant autorité sur les enfants impliqués. Évitez les accusations et concentrez-vous sur la protection des mineurs.
Que faire en cas d'attouchements ?
- Parlez-en autour de vous. Vous pouvez en parler à votre entourage. Il pourra vous aider et vous soutenir dans cette épreuve. « Si vous avez peur d’être jugé par un membre de votre famille ou un ami, pensez à une personne neutre, infirmière scolaire, médecin, psychologue ou écoutant d’une ligne téléphonique » conseille le Dr.
- Essayez de conserver les indices et les preuves. Certaines preuves pourront aider la police et la justice à identifier l’auteur des faits. Il faut par exemple éviter de prendre une douche ou de jeter les vêtements portés au moment de l’agression.
- Prévenez la police ou la gendarmerie, puis déposez plainte. Vous pouvez appeler le 17 (police secours) ou le 112 (numéro d’urgence européen). Vous pouvez également envoyer un SMS gratuitement au 114, si vous ne pouvez pas parler (danger, handicap). La communication se fera alors par écrit. Ensuite, vous pouvez vous rendre dans un commissariat de police ou de gendarmerie pour porter plainte. Un délai de prescription est mis en place.
Numéros d'urgence et d'écoute
- Le numéro 3018 est une ligne d'écoute et d'assistance pour les victimes de violences sexuelles. Ce numéro est ouvert 7j/7, de 9h à 19h. L’appel est gratuit.
- Le Service National d’Accueil Téléphonique de l’Enfance en Danger (SNATED) est joignable gratuitement 24h/24 et 7j/7 au 119. L’appel est gratuit et confidentiel, le numéro n’apparait pas sur les relevés téléphoniques. Les écoutants sont soumis au secret professionnel.
Prévention : l'éducation sexuelle comme outil essentiel
Pour prévenir les attouchements problématiques entre mineurs, l’éducation sexuelle reste la meilleure option. Le sujet doit être abordé auprès de l’enfant en adaptant son discours en fonction de son âge. Les notions de consentement, d’intimité et de respect du corps sont essentielles. Enseignez les limites et apprenez aux enfants à reconnaître et à exprimer leurs limites personnelles. Encouragez-les à dire « non » aux contacts physiques non désirés, favorisez la communication, créez un climat de confiance pour que les enfants se sentent à l’aise de parler de leurs expériences et préoccupations.
Le rôle de l'Education Nationale
L’Education nationale est pointée du doigt pour son manque de communication et de prise en compte du problème. Sollicitée pendant des mois par 20 Minutes, relancée près d’une vingtaine de fois, l’Education nationale n’a jamais souhaité donner le moindre chiffre ni apporter de réponse sur le fond, une responsable communication du ministère affirmant seulement qu’il y avait « des sujets sur lesquels l’Education nationale travaillait sans volonté de communiquer dessus ». De nombreux parents ont raconté avoir eu le sentiment que l’Education nationale minorait les faits, y compris au plus haut niveau.
Pourtant, l'école a un rôle essentiel à jouer dans la prévention des violences sexuelles entre mineurs, notamment par la mise en place de programmes d'éducation à la sexualité complets et adaptés à l'âge des élèves. Il est crucial de former les enseignants et les personnels éducatifs à la détection et à la gestion des situations d'attouchements, et de mettre en place des protocoles clairs pour protéger les victimes et accompagner les auteurs.
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