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Ateliers Paternité Maternité HUG: Explorer les Enjeux de la Santé Sexuelle et Reproductive

L'analyse des statistiques vaudoises sur l'interruption volontaire de grossesse (IG) met en évidence le fait que les femmes d'origine étrangère recourent davantage à l'IG que les Suissesses. Dans ce contexte, la fondation PROFA a été mandatée pour réaliser un projet pilote dénommé « Amélioration de l’information et de l’accessibilité à la contraception auprès des femmes migrantes ». Cet article explore les enjeux complexes liés à la santé sexuelle et reproductive (SSR) des femmes migrantes, en se basant sur une étude exploratoire menée auprès de femmes ayant eu recours à une IG ou ayant vécu une grossesse non désirée.

Contexte et problématique

Le taux de recours à l'IG en 2002 s'élevait à 16,9 IG pour 1 000 femmes étrangères contre 5,7 IG pour 1 000 femmes suisses (Balthasar, Spencer et al. 2003, p. 646). Pour nombre de femmes en provenance des pays du Sud, l’accès à la santé sexuelle et reproductive est loin de représenter une priorité. Elles se retrouvent en effet, pour la plupart d’entre elles, dans des situations économiques et/ou statutaires précaires, leur vie quotidienne étant ainsi dominée par les soucis du présent. Par ailleurs, les normes et valeurs sociétales liées à la socialisation déterminent des lieux et des comportements propres au genre masculin d’une part et au genre féminin, d’autre part.

Méthodologie de l'étude

Il était nécessaire de se pencher sur les données statistiques existantes et de les approfondir par le biais d’une approche qualitative. La présente enquête conserve donc un caractère exploratoire, c’est-à-dire qu’elle cherche à se familiariser avec un phénomène peu traité à partir d’une démarche inductive. Deux focus groups ont ainsi été mis en œuvre, avec une participation moyenne de 8 femmes, avec ou sans enfants, âgées de 19 à 40 ans. Une moitié de ces femmes, qui proviennent d’une couche sociale moyenne/basse, possédait une formation supérieure (traductrice, sage-femme, secrétaire, etc.) et une autre une formation relevant de l’école secondaire. Nous avons également réalisé 6 entretiens individuels de femmes âgées de 21 à 31 ans provenant majoritairement d’une couche sociale défavorisée et avec un niveau d’éducation relevant de l’école secondaire, ayant des enfants en vie et s’étant retrouvées au moins une fois face à une grossesse non désirée. Ces femmes, venues en Suisse avec un projet économique (Carbajal, 2004, pp. 4). Elles ont eu recours à une IG au CHUV (Centre hospitalier universitaire vaudois) dans une période allant d’une semaine à un mois avant la réalisation de l’entretien. D’autres ont décidé de poursuivre leur grossesse. Par une approche collective, il nous importait d’identifier les représentations sociales de la maternité, des relations hommes-femmes et des méthodes contraceptives (MC). Par l’approche individuelle d’autre part, nous avons voulu saisir le vécu de ces femmes face à l’éventualité et/ou la réalisation d’une IG.

Connaissances et utilisations des méthodes contraceptives

Contrairement aux idées reçues, les études réalisées en Suisse démontrent que la plupart des femmes ayant réalisé des IG utilisaient une MC. L’étude de Perrin (2002, p. 6, relève ainsi que plus de la moitié de ces femmes utilisaient des méthodes hormonales ou des préservatifs, qu’un tiers ne se protégeait pas du tout et qu’un dixième de ces femmes recouraient à des méthodes aléatoires (abstention périodique, coït interrompu, spermicide). En partant de la situation inverse, le projet pilote du Département de Médecine Communautaire - HUG, réalisé auprès de femmes sans-papiers poursuivant leur grossesse, révèle que parmi les 45 femmes (dont 78 % étaient originaires de l’Amérique latine) reçues en consultation sage-femme entre octobre à décembre 2002, 91 % d’entre elles étaient tombées enceintes de manière accidentelle. Parmi ces dernières, 80 % n’avaient pas du tout utilisé de contraception et 20 % en prenaient de manière inefficace (mauvaise gestion de la pilule 6 % et méthode du calendrier 14 %) (Walder et Wolff, 2003, p. 9). Quelle que soit l’ampleur du phénomène ici postulé, la question de la contraception s’impose. Or, les statistiques mentionnées ci-dessus suggèrent l’absence d’une protection adéquate.

A partir de l’analyse des entretiens individuels, il ressort que la plupart des femmes connaissaient plus d’une MC, qu’elles les avaient utilisées au moins une fois dans leur vie et que leur grossesse était survenue en raison de mauvaises utilisations des MC. Nous pouvons ainsi distinguer deux attitudes vis-à-vis de la contraception allant, pour une grande partie de notre échantillon, de l’utilisation d’une MC régulière ou discontinue à une minorité qui ne l’a jamais utilisée. Or, ces deux tendances paraissent correspondre à des moments différents de la vie de ces femmes.

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Facteurs influençant l'utilisation de la contraception

Plusieurs facteurs influencent l'utilisation de la contraception chez les femmes migrantes.

Le rôle des "circonstances" et la parentalité responsable

Pour toutes les femmes interviewées, le début de leur vie sexuelle ne s’est pas accompagné de l’utilisation d’une MC et l’arrivée du premier enfant tient aux « circonstances ». L’enfant, considéré comme un « don de Dieu », ne relève pas d’une planification du couple dans laquelle l’utilisation ou la non-utilisation de MC définirait son arrivée. Lors de réunions de groupe, le concept de parentalité responsable (défini par les participantes comme un état de maturité physique, psychologique et sociale) était confronté à la réalité : « Tout ça est très idéal, si je devais penser à tout cela, cela serait très difficile d’avoir des enfants et c’est pour cela que dans les sociétés comme celles-ci, les personnes n’ont pas d’enfants ». La réalité est donc inverse : l’état de maturité (physique, psychologique et sociale) nécessaire pour devenir père ou mère est acquis seulement après l’arrivée de l’enfant. Autrement dit, c’est en devenant père ou mère que les personnes mûrissent.

La séparation entre sexualité procréative et non procréative

Dans les pays du Nord, la séparation entre activité sexuelle procréative et activité sexuelle non procréative commence à se réaliser à partir de la fin des années 1960. Permise par la diffusion massive de méthodes contraceptives, cette distinction s’opère également en raison de la transformation, dans un contexte marqué par l’influence décroissante de la religion, des rapports de genre et des attitudes à l’égard de la sexualité. Dans ces conditions, le propre de la sexualité ordinaire est d’être inféconde. La fécondité est pensée comme un projet personnel accompagné d’une préparation et d’une réflexion. Dans de nombreux pays du Sud en revanche, la sexualité est caractérisée par la fécondité. La contraception n’est utilisée qu’après une ou plusieurs naissances, alors que la stérilisation fait office de manière relativement précoce de contraception d’arrêt.

Méfiance, peurs et méconnaissances liées à la contraception

La décision d’utiliser une MC n’est pas simple à prendre et elle ne se pose pas qu’une seule fois. Les choix d’un contraceptif ainsi que les épisodes de discontinuité et/ou de changement de méthode sont en plus entourés de méfiances, de peurs et de méconnaissances. Dans la mesure où une MC permet d’avoir des relations sexuelles sans procréation, elle introduit une séparation entre la pratique d’une sexualité à but reproductive et celle d’une sexualité à but non reproductive. Le fait d’interrompre la contraception (discontinuité) peut être le fruit d’une décision entre partenaires (désir d’avoir un enfant) ou, comme nous le verrons par la suite, le résultat de la volonté de la femme face à une relation de couple instable qu’elle envisage d’arrêter.

Précarité et statut légal

La précarité et un nouveau statut légal de la personne dans le pays d’immigration (précarité, peur, instabilité des conditions de vie, soucis et préoccupations liés à la survie) sont aussi des facteurs importants.

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Représentations sociales de genre et contraception

La séparation entre espace public masculin et espace privé féminin (propre à l’idéologie patriarcale dominante en Amérique latine) attribue des caractéristiques propres à chaque genre : la force et la responsabilité pour l’homme, la honte sexuelle pour la femme. Deux figures en ressortent, celles du « machisme » et du « marianisme ». Le concept de « machisme » en Amérique latine consiste à obliger la femme - et pas seulement la femme « officielle » - à avoir beaucoup d’enfants. De plus, l’homme abandonne leur charge à la femme. A la différence du patriarcat, le macho n’endosse ainsi pas la responsabilité de son enfant et il peut même ne pas reconnaître ses descendants. Dans le discours des femmes ayant participé aux focus groups, l’homme est souvent absent au moment d’assumer la responsabilité de l’enfant. Ces femmes perçoivent les hommes comme des « machos » qui peuvent aller se saouler, sortir avec des amis, aller danser, etc. Infidèles par nature, autoritaires, ces hommes considèrent la femme comme un objet sexuel.

A l’opposé du machisme, nous retrouvons le concept complexe de « marianisme » associé à la Vierge Marie et qui suppose l’existence de certaines caractéristiques de la femme comme par exemple l’idée de sa supériorité morale, l’hyper affirmation de la maternité, le refus de la sexualité et l’esprit de sacrifice. D’un côté, la sexualité de l’homme n’est pas « domesticable » et ce dernier doit affirmer sa virilité au travers de multiples et différents rapports sexuels et du contrôle de la sexualité des femmes et de leur capacité reproductive. D’autre part, moralement supérieures aux hommes, les femmes sont souvent considérées comme chastes, d’où l’importance de la virginité. D’ailleurs, les femmes vivant librement leur sexualité sont assimilées au chaos et au danger (la femme vierge, la mère en opposition à la séductrice, la prostituée).

Dans ce cadre, la paternité apparaît comme un élément central de l’identité masculine et la maternité représente le moyen le plus efficace pour que les femmes acquièrent le statut d’adulte et pour qu’elles empruntent le chemin le plus légitime vers une reconnaissance sociale. La maternité constitue une valeur très importante. D’ailleurs, la non-maternité est perçue comme étant une limitation à l’épanouissement féminin.

Dans ces conditions, il n’est donc pas étonnant de retrouver une opposition de principe à la contraception. Possédant une supériorité morale, les femmes ne sont pas censées dépasser le cadre de la chasteté et ce sont celles qui vivent librement leur sexualité qui auraient recours à une MC. L’utilisation d’une MC se voit ainsi associée à la prostitution. En outre, dans la mesure où la plupart des MC agissent sur la physiologie féminine (pilule, DIU, stérilisation féminine) et comme la contraception relève du contrôle de la femme, les hommes ne pourraient plus surveiller la sexualité de leur femme. L’utilisation d’une MC est ainsi associée à l’infidélité.

La sexualité apparaît comme un tabou entouré de mystères et d’images liés à la honte et au péché.

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