La fausse couche, un événement douloureux et souvent tabou, touche un nombre considérable de femmes. Une femme sur quatre vit une fausse couche durant sa vie. Cet événement éprouvant tant physiquement que psychologiquement laisse bien souvent un traumatisme. Cet article vise à explorer les multiples facettes de l'impact de la fausse couche sur la vie sociale et psychologique des femmes et de leurs partenaires, en mettant en lumière les défis rencontrés et les solutions possibles.
La réalité de la fausse couche : un événement fréquent et diversifié
Environ 15% des grossesses s’interrompent spontanément au cours du premier semestre. Chaque année, près de 200 000 Françaises y sont confrontées. On parle de fausse couche lorsque la grossesse s’interrompt spontanément et involontairement durant les trois premiers mois et jusqu’à 22 semaines d’aménorrhée au plus tard. La majorité des fausses couches ont lieu précocement durant la grossesse (avant la 14e semaine d’aménorrhée) et souvent avant même que la patiente n’ait appris qu’elle était enceinte. Les professionnels de santé datent généralement une grossesse en fonction des semaines dites d’aménorrhée (SA), méthode de calcul qui se base sur les semaines durant lesquelles les règles sont absentes. Le premier jour pris en compte correspond donc au dernier jour des règles. Cela permet un calcul plus précis, en particulier lorsque le cycle est irrégulier. Quant au calcul en semaines de grossesse, il commence au moment de l’ovulation.
La fausse couche peut se produire spontanément. Elle se manifeste alors par des saignements accompagnés généralement de douleurs vives dans l’abdomen et le bas du dos et éventuellement de caillots de sang. Elle peut aussi être constatée lors d’une échographie, pendant laquelle, le spécialiste diagnostique une grossesse non évolutive. Cela se manifeste par exemple par l’absence de battement du cœur, un sac gestationnel vide ou encore un embryon trop petit en comparaison du stade de développement attendu par rapport au nombre de semaines d’aménorrhée.
Il est important de distinguer différents types d'interruptions spontanées de grossesse :
- Fausse couche précoce : Elle survient avant 14 semaines d'aménorrhée et est souvent due à des anomalies chromosomiques de l'embryon.
- Fausse couche tardive : Elle se produit entre 14 et 22 semaines d'aménorrhée. Ses causes sont généralement obstétricales et gynécologiques. Moins de 1 % des grossesses sont concernées).
- Grossesse arrêtée précoce : L'embryon cesse de se développer avant 14 semaines d'aménorrhée, mais le sac gestationnel demeure dans l'utérus.
- Mort fœtale in utero (MFIU) : Elle survient au-delà de 14 semaines d'aménorrhée.
Les causes possibles d'une fausse couche
Plusieurs facteurs peuvent intervenir et expliquer une fausse couche. L’âge : à partir de 35 ans, la fertilité féminine diminue (à partir de 45 ans pour les hommes). La division cellulaire, première étape de la formation du fœtus, ne s’est pas passée correctement, ce qui donne lieu à un embryon non viable. Une malformation ou une anomalie utérine : s’il s’agit du premier cas, cette malformation risque d’entraîner plusieurs fausses couches successives. L’endométriose est une maladie inflammatoire qui se définit par la présence de fragments d’endomètre en-dehors de la cavité utérine. Dès la deuxième fausse couche successive, il est recommandé d’aller consulter un gynécologue spécialisé en médecine de la reproduction. Ne pas fumer, ne pas prendre de drogue, consommer de l’alcool avec modération : cela paraît évident, mais ces conseils sont essentiels pour réduire les risques. Ils sont à associer à une alimentation équilibrée qui permettra d’éviter les carences. S’il y en a malgré tout, par exemple vous suivez un régime comprenant des exclusions alimentaires, il se peut que vous ayez besoin d’être supplémentée en vitamines.
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L'impact psychologique : un deuil souvent minimisé
Quoi qu’il en soit la fausse couche est bien souvent un choc pour la mère et provoque chez elle un état de sidération. Puis surgit l’angoisse, pourquoi la grossesse s’est-elle arrêtée ? Un sentiment de culpabilité, l’idée d’avoir peut-être fait quelque chose de mal, peuvent émerger, ainsi qu’une profonde tristesse, de la déception et une forme d’anxiété à l’idée de vivre à nouveau une fausse couche lors d’une prochaine grossesse. Cet événement vient remettre en question la capacité de la femme à procréer et peut ainsi ébranler sa confiance en soi. Certaines vivent cet événement comme un échec de maternité et éprouvent en plus de leur tristesse, honte et culpabilité. Souvent banalisées, les fausses couches du premier trimestre peuvent avoir un impact psychologique non négligeable. Une femme sur six serait ainsi victime de stress post-traumatique à long terme, selon une étude anglaise.
Les conséquences psychologiques des fausses couches ont longtemps été sous-estimées. En moyenne la moitié des femmes présentent des signes dépressifs après une fausse couche et vivent avec une certaine inquiétude l’idée d’une nouvelle grossesse. De nombreuses recherches ont été menées pour déterminer les causes des fausses couches et améliorer leur prise en charge médicale. En revanche, leurs conséquences en termes de santé mentale demeurent peu étudiées.
Contrairement à une idée reçue, la souffrance et le traumatisme ne sont pas nécessairement proportionnels à l’avancée de la grossesse interrompue. Une fausse couche très précoce, à quelques semaines d’aménorrhée, peut être vécue comme un véritable drame. Il faut se souvenir qu’une grossesse entraîne des changements importants dans le corps d’une femme dès les premières semaines : le bouleversement hormonal induit peut être à l’origine de signes physiques intenses (nausées, fatigues, etc.). Il arrive que, même à un stade très précoce, la femme se sente déjà mère ; la fausse couche est alors vécue comme la perte d’un bébé. L’expérience de la fausse couche peut être vécue comme un déshonneur ou un échec, engendrer un sentiment de vide voire de culpabilité. Les femmes éprouvent des sentiments divers comme la dévastation, le chagrin, le traumatisme, la dysphorie, la peur, la honte ou le choc émotionnel.
Des études prospectives ont révélé l’existence de symptômes dépressifs et majoritairement anxieux 13 mois après une fausse couche. D’autres recherches ont montré que les scores de dépression, qui culminent à 6 mois, baissent ensuite progressivement, excepté pour les femmes qui ne parviennent pas à accéder à la maternité. Pour ces dernières, la symptomatologie dépressive persiste, avec un rebond entre 7 et 12 mois. Les rares travaux de recherche qui ont été menés au niveau international indiquent que les femmes qui ont vécu une fausse couche peuvent développer non seulement des symptômes anxieux ou dépressifs, mais aussi des états de stress post-traumatiques.
Les conséquences psychologiques de la fausse couche dépendent de divers paramètres : accès à l’information, niveau de reconnaissance par les soignants de la perte vécue, insatisfaction quant à l’accompagnement prodigué, ou encore soutien social reçu, notamment par le partenaire. Les séquelles psychologiques de la fausse couche peuvent être assimilées à un trouble de l’adaptation, un trouble fréquent en psychiatrie.
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Le rôle du soutien social et de la communication
Quand la fausse couche arrive dans les premiers mois de la grossesse, la mère n’a souvent pas annoncé qu’elle était enceinte et sa grossesse est donc passée sous silence. Elle peut craindre l’incompréhension de son entourage face à sa peine et vivre ainsi cette épreuve de manière complètement isolée, rendant l’événement d’autant plus douloureux. Le soutien moral dont ils bénéficient est souvent moins important encore que celui qui est adressé à la femme. Les effets sur les relations avec l’entourage varient selon que la grossesse, encore à un stade précoce, avait été officialisée ou non. Il est d’usage de n’annoncer une grossesse qu’une fois effectuée l’échographie du premier trimestre, entre onze et treize semaines d’aménorrhée. C’est d’ailleurs parfois cette échographie qui vient révéler l’arrêt de la grossesse. Ainsi, les fausses couches précoces interrompent souvent des grossesses qui n’avaient pas été annoncées à l’entourage.
La femme peut se replier sur elle-même, et traverser des difficultés dans ses relations aux autres avec un retrait social et des conflits relationnels, une perte de la libido. Parfois, rencontrer une femme enceinte dans la rue lui est très difficile.
La perte d’un bébé, à quelque stade que ce soit de la grossesse, nécessite un véritable travail de deuil, telle la cicatrisation de la peau après une blessure. En parler avec son conjoint, son entourage est important. Prendre du temps pour soi, accueillir sa tristesse bien légitime, poser un geste symbolique pour signifier l’adieu peut être précieux. Par exemple : planter un arbre, jeter une gerbe de fleurs dans un endroit que vous aimez, écrire une lettre à votre bébé ou bien encore le prénommer, peuvent vous aider dans le processus de deuil.
Il est important d’en parler, de mettre des mots sur les sentiments et les émotions qui vous habitent.
L'importance de la prise en charge médicale et psychologique
Une aide psychologique peut également s’avérer nécessaire.
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Les défaillances dans l’accompagnement des fausses couches ne sont pas insurmontables. La fausse couche n’est ainsi considérée, dans les protocoles et recommandations de bonne pratique médicales, que pour son impact sur le corps de la femme. Les études scientifiques montrent combien cette façon de considérer les choses est parcellaire.
Aussi courantes et bénignes que soient les fausses couches aux yeux des équipes médicales, elles sont souvent loin d’être anodines pour les femmes - et les couples - qui y sont confrontés. Au mieux, la fausse couche est un événement désagréable de la vie d’une femme. Au pire, elle engendre une souffrance intense, un réel traumatisme avec des effets graves sur la vie de la femme et de son entourage.
Pour favoriser l’accompagnement des couples confrontés à une fausse couche, une nouvelle loi a été promulguée le 8 mars 2023. Ce texte prévoit la mise en place d’un « parcours interruption spontanée de grossesse », associant médecins, sages-femmes et psychologues, hospitaliers et libéraux, afin d’améliorer le suivi médical et psychologique des personnes confrontées à une fausse couche, à partir du 1 septembre 2024.
Les options de traitement médical
Elle se traduit généralement par des pertes de sang plus ou moins abondantes selon l’avancement de la grossesse, associées à des douleurs abdominales et à des crampes liées aux contractions de l’utérus pour évacuer l’embryon. La douleur physique et les saignements peuvent être intenses et justifier une prise en charge aux urgences gynécologiques. À défaut, les fausses couches sont traitées aux urgences généralistes, mais avec un degré de priorité souvent faible dans la mesure où il s’agit d’une situation médicale rarement préoccupante.
- l’expectative, consistant à attendre l’évacuation spontanée hors de l’utérus. Cette stratégie augmente toutefois les risques d’absence d’expulsion spontanée, de traitement chirurgical non programmé et de transfusion sanguine.
- un traitement médical à base de misoprostol en vue de provoquer l’expulsion du sac gestationnel qui se produira ainsi en dehors du cadre hospitalier, soit au domicile ou sur le lieu de travail. Ce traitement est responsable de saignements plus prolongés et de douleurs plus fréquentes que le traitement chirurgical. Il est recommandé d’attendre deux jours à deux semaines avant d’envisager une alternative thérapeutique, dans la mesure où le temps dans lequel la substance agit n’est pas précisément connu.
- un traitement chirurgical sous anesthésie locale consistant à vider l’utérus de la patiente, le plus souvent par aspiration de son contenu. Hors complications, l’intervention est effectuée de manière programmée.
Les complications possibles d’une fausse couche sont d’ordre traumatique, hémorragique ou infectieux - notamment lorsque seule une partie du contenu de l’utérus s’est évacuée. Les données scientifiques montrent qu’elles sont rares, inférieures à 5 % des cas après un traitement chirurgical ou médical.
Le rôle des compétences psychologiques et des thérapies
Parmi les facteurs étudiés lors de cette étude, nous nous sommes aussi intéressés aux compétences psychologiques, telles que les capacités de régulation émotionnelle. Nous avons observé que des compétences psychologiques plus faibles étaient associées à un plus haut niveau de trouble de l’adaptation. Ces résultats suggèrent de possibles axes de travail à proposer à nos patients, basés sur les thérapies cognitivo-comportementales.
La psychoéducation pourrait aider les couples concernés par une fausse couche à développer des outils afin de mieux identifier leurs émotions, les exprimer puis les réguler en retrouvant du contrôle sur celles-ci. Concrètement, il s’agirait de proposer des consultations ou des ateliers en groupes au cours desquels les couples seraient informés sur les émotions (colère, tristesse, stress) qu’ils peuvent ressentir suite à cet évènement. Ils pourraient également être invités lors de ces temps, à trouver des ressources pour y faire face. Proposer des techniques de relaxation permettrait au patient de se centrer sur les sensations corporelles agréables et sur le sentiment de détente associé, et ainsi de diminuer leur anxiété.
Lors de l’évaluation psychologique, questionner le patient sur la façon dont la fausse couche vient s’inscrire dans son parcours et son projet de vie peut également permettre de dégager d’autres thématiques de travail. Il est important de déceler un éventuel sentiment de culpabilité, reposant sur des croyances ou des représentations en lien avec la fausse couche (« j’aurais dû me reposer davantage », « tout est de ma faute »). Ces dernières pourraient être prises en charge grâce à des techniques de restructuration cognitive, une approche qui permet de travailler sur la prise de conscience par le patient de ses pensées négatives et lui apprend à transformer ces pensées par d’autres pensées, plus rationnelles et plus neutres.
Envisager la fausse couche comme un trouble de l’adaptation permet aussi de proposer des thérapies structurées sur les souvenirs douloureux de l’évènement, telles que la thérapie narrative. Cette dernière, aussi appelée thérapie d’exposition par la narration, permet au patient de revenir en détail sur l’évènement douloureux en précisant les émotions, les sensations corporelles, les pensées et les comportements qui l’ont traversé. L’exposition répétée à ce script narratif, en séance, dans un lieu sécurisé, est l’une des bases de la thérapie cognitivo-comportementale et permet de « digérer » émotionnellement les évènements difficiles. De la même manière, la thérapie EMDR (eye movement desensitization and reprocessing) pourrait être proposée.
Les évolutions législatives et les droits des femmes
Il est possible qu’après une fausse couche, vous ayez peur de revivre cet événement à l’apparition d’une nouvelle grossesse. Cependant dans la majorité des cas, la fausse couche reste un cas isolé. Un dérèglement hormonal, une déficience de la thyroïde, un déficit de vascularisation du bébé pendant la grossesse peuvent donner lieu à une interruption spontanée de la grossesse mais chacun de ces dysfonctionnements peut être facilement traité une fois le diagnostic posé.
Plusieurs mesures ont été prises pour améliorer l'accompagnement des femmes et des couples confrontés à une fausse couche :
- Suppression du délai de carence pour les arrêts maladie : Les femmes bénéficient d'un remboursement intégral de leurs frais de santé et d'une indemnisation de leurs arrêts de travail.
- Protection contre le licenciement : Les femmes victimes d'une fausse couche tardive (entre la 14e et la 21e semaine d’aménorrhée incluses) bénéficient d'une protection de dix semaines contre le licenciement.
- Parcours fausse couche : Chaque agence régionale de santé (ARS) doit mettre en place un parcours fausse couche associant médecins, sages-femmes et psychologues.
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