Loading...

Arrose le berceau de Shakespeare : Exploration des thèmes shakespeariens à travers des mises en scène contemporaines

La richesse des œuvres de William Shakespeare réside dans leur capacité à être réinterprétées et à résonner avec chaque époque. Les productions théâtrales contemporaines, en particulier, mettent en lumière des aspects souvent négligés ou offrent de nouvelles perspectives sur les thèmes universels abordés par le dramaturge anglais. Cet article explore comment certaines mises en scène récentes s'emparent de ces œuvres pour en révéler la profondeur et la complexité.

Macbeth : Au-delà de la folie meurtrière, la tragédie intime

La tragédie de Macbeth est souvent réduite à des thèmes tels que la folie meurtrière, la fascination du pouvoir et l'ambivalence de la culpabilité. Bien que ces thèmes soient présents dans la pièce, Stéphane Braunschweig, dans sa mise en scène à l'Odéon (Paris), choisit de mettre l'accent sur les "raisons" de la folie de Macbeth, en l'ancrant dans des drames intimes et simples.

La violence omniprésente et banale

Braunschweig nous fait prendre conscience de la violence totale et banale qui traverse la pièce, indépendamment des crimes de Macbeth. La guerre civile est omniprésente, et les personnages déambulent, même dans la salle à manger royale, dégoulinants de sang. Cette représentation crue de la violence, avec des soldats en uniforme actuel recouverts d'hémoglobine, rappelle que la guerre, même sur un plateau, relève de la boucherie.

La stérilité du couple Macbeth : un tabou révélateur

L'interprétation de Braunschweig met en lumière le "non-dit" de la pièce : l'absence de descendance chez les Macbeth. Lady Macbeth a beau dire "j'ai donné le sein, je sais comme il est tendre d'aimer l'enfant qui tète", le couple n'a pas d'enfant, et cette réalité explique la furie de la femme. C'est cette absence d'enfant qui génère le cauchemar à venir, lorsque les sorcières prédisent une descendance royale à Banquo.

Dans cette perspective, la scène où les enfants de Macduff se font assassiner prend une importance capitale, et la réaction de Lord Macduff est d'une intensité extrême lorsqu'il apprend le crime. Shakespeare nous parle donc d'un homme qui découvre la tragédie de sa stérilité en accédant au pouvoir.

Lire aussi: Les traditions autour du Berceau de Naissance

Adama Diop : un Macbeth à la fois colossal et sensible

Le comédien Adama Diop contribue à cette clarification en incarnant un Macbeth à la fois colossal et sensible, pétri d'angoisses mais prêt à tout. Avec sa belle voix, son art du tic et du soupir démesurés, et sa diction impeccable, il rend extraordinairement humain l'un des personnages les plus complexes du répertoire shakespearien.

La Tempête : L'épure au service de la parole

Robert Carsen, dans sa mise en scène de La Tempête à la Comédie Française, opte pour la simplicité la plus radicale : une grande boîte blanche en guise de décor, des pyjamas blancs en guise de costumes, et pas le moindre accessoire flatteur pour divertir la vue. Cette esthétique de l'épure met en valeur la présence des comédiens et rend justice à ce texte résolument centré sur la parole.

L'austérité comme tremplin vers l'intensité

Le parti pris de Carsen implique une certaine austérité, surtout au début de la pièce, avec le long monologue de Prospero racontant à sa fille l'histoire de sa naissance et de son exil. Cependant, cette austérité permet de tendre le fil de la concentration, rendant tout limpide et jubilatoire.

La beauté du premier amour sous le regard ambivalent du père

Le point culminant de La Tempête est une simple scène d'amour entre Miranda et le prince de Naples, où la jeune fille déclare sa passion à mesure qu'elle la découvre. Carsen met en scène le regard ambivalent du père, Prospero, troublé de voir sa fille s'éloigner avec un autre, mais aussi ému devant des cœurs et une affection "si rares".

Hamlet : Le vertige de la filiation

Daniel Mesguich, dans sa mise en scène de Hamlet, met l'accent sur le vertige de la filiation, un thème central de la pièce. Après avoir incarné lui-même le rôle du prince danois, Mesguich transmet le flambeau à son fils William, et choisit sa fille Sarah Gabrielle pour l'accompagner dans la conception du spectacle.

Lire aussi: Choisir les bons jouets pour bébé dans le berceau

Le spectre du père : un miroir ?

L'absence de fantôme à l'horizon, remplacé par la voix de Mesguich jouant "en off" la partition du père mort, amène l'enfant spectateur à demander : "Le spectre, c'est un miroir ?". Cette question résume ce qui pourrait être la conclusion d'un commentaire de la pièce.

Le dédoublement : "Ophélia a tué Ophélia"

Mesguich suit la "piste" du dédoublement, comme lorsque la jeune fille (interprétée par Rebecca Stella) se fait noyer par son avatar (incarné par Sarah Gabrielle). "Se tuer" soi-même prend ainsi son sens le plus fort, le plus réel.

Othello : La décentralisation au service de la tragédie

Nathalie Garraud, dans sa mise en scène d'Othello, choisit un spectacle "itinérant" programmé sur toute la durée du festival d'Avignon, conçu pour donner son sens le plus fort au mot "décentralisation". Trois acteurs, munis de quelques accessoires, donnent corps à la tragédie du "maure de Venise".

Venise, berceau du capitalisme marchand, et Chypre, pays en crise

Dans un prologue inventé pour l'occasion, les comédiens rappellent que si cette pièce se passe un peu à Venise, "berceau du capitalisme marchand", l'essentiel se déroule à Chypre, pauvre pays déjà en crise à cette époque lointaine.

Richard II : Entre droit divin et grandeur déchue

La tragédie de Richard II, centrée sur les deux dernières années du règne de ce prince, explore le thème de la chute d'un roi. La pièce présente la doctrine du droit divin, tout en suscitant l'intérêt pour le malheur et le spectacle de la grandeur déchue.

Lire aussi: Avis sur les berceaux Calidoo, Zina et Amara

Un vague moral qui empêche l'attachement

La pièce se déroule dans une époque désastreuse où l'aspect moral est flou, empêchant les sentiments de s'attacher à quoi que ce soit avec énergie. La pitié manque souvent à l'indignation, et l'estime presque toujours à la pitié.

L'absence de héros et de victimes innocentes

Shakespeare ne présente ni héros supérieurs à leur fortune, ni victimes innocentes, ni dévouements héroïques, ni passions imposantes. Il peint la force des caractères employée au service des intérêts qui les rabaissent, la perfidie considérée comme moyen de conduite, et la trahison presque justifiée par le principe dominant de l'intérêt personnel.

Richard II : un roi qui ne peut imaginer être autre chose qu'un roi

Richard n'a jamais imaginé qu'il fût ou pût être autre chose qu'un roi. Sa royauté fait partie de sa nature. De là son ignorance de ses devoirs envers ses sujets, envers sa propre sûreté, et son indolente confiance au milieu du danger. Arrivé au point où il ne lui est plus possible d'espérer, le roi s'étonne, se regarde, se demande si c'est bien lui.

tags: #arrose #le #berceau #de #shakespeare #informations

Articles populaires:

Share: