Al-Mawlid an-Nabawi, ou simplement le Mawlid, est une fête islamique qui commémore la naissance du prophète Mohammed. Cet article explore en profondeur la signification, l'histoire, les célébrations et les controverses entourant cet événement important dans le monde musulman.
Introduction
Al-Mawlid an-Nabawi est un événement joyeux pour l’islam, puisqu’il célèbre l'anniversaire de la naissance du prophète Mohammed, pilier de l’islam. Cet événement est l'occasion pour les musulmans de commémorer la vie, les enseignements et l'héritage spirituel de Mohammed, considéré comme le dernier des prophètes envoyés par Dieu (Allah) pour guider l'humanité.
Date et Origines
La naissance du Prophète Mohammed aurait eu lieu le 12e jour du mois de Rabi' al-Awwal, le troisième mois du calendrier islamique. Ainsi, la date varie d'un courant à l'autre et se tient cette année entre le 4 et 5 septembre. La Grande mosquée de Paris célèbre de son côté ce samedi 6 septembre. Les dates estimées se basent sur les calculs du calendrier saoudien d'Umm Al-Qura.
Fête extra-canonique et tardive, la commémoration du Mawlid serait d’inspiration chiite. Elle a vu le jour au sein de la cour des califes fatimides (909-1174), chiites appartenant à la branche ismaélienne. Cette célébration palatine entre dans le cadre des six mawlids qui commémorent Ahl al bayt (proches du Prophète). La fête du Mawlid est absente des livres des ʿibâdât (études sur les pratiques cultuelles). La première mention de sa célébration daterait du XIIe siècle.
D’autres sources affirment que les Fatimides (Égypte et Syrie) auraient été les premiers à fêter le Mawlid. Lorsqu’on sait que les Fatimides, dynastie chiite ismaélienne, étaient les rivaux des Ayyoubides sunnites, il n’est guère étonnant qu’il y ait une telle surenchère idéologique. On sait par ailleurs que le prince kurde sunnite Nûr al-Dîn Zengui (m. 1174) - l’oncle de Saladin -avait écrit un texte d’éloges, depuis Damas, en l’honneur du Prophète.
Lire aussi: Pochettes surprises inoubliables
En réalité l’apparition de la cérémonie du Mawlid correspond historiquement aux besoins, pour la communauté musulmane, de se rassembler autour de la personne du Prophète en temps de crise : rappelons que depuis 1099, les Croisés ont investi une partie du Proche-Orient (Syrie, Palestine), et que, à l’Est, se profile de plus en plus le danger du déferlement mongol.
Célébrations et Pratiques
La lecture du Coran et les chants permettent de célébrer Al-Mawlid al-Nabawi. Il n’y a pas de prière spécifique à cette fête comme celle de ʿÎd al-Fitr ou ʿÎd al-Adhâ. Néanmoins des rencontres et des conférences, qui rappellent la vie du Prophète, sont organisées au sein des mosquées ou des zaouias (édifice religieux musulman tenu par une confrérie). Au centre de ces cérémonies se situe la récitation d’un mawlid.
Au centre de ces cérémonies se situe la récitation d’un mawlid. La célébration du Mawlid met à l’honneur des poèmes relevant du genre littéraire arabe le panégyrique, al madh. En référence à cette fête, on les appelle aussi mawlidiyyat (sing. mawlidiyya, poème composé en l’honneur du Prophète à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance). L’un des poèmes les plus connus est Qasidat al-Burda (Le poème du manteau), écrit sous la plume de Sharaf Muhammad al-Din al-Busîri (1211-1294) à la gloire du Prophète. Al Busîrî était atteint de paralysie quand il vit le Prophète en rêve plaçant son manteau sur les épaules ; quand il s’éveilla il était guéri de son mal. Il est de coutume de réciter ce burda, ou « poème du Manteau » d’al Busîrî qui se compose de dix chapitres, dans les mosquées pendant le Mawlid. L’un des mawlids en arabe les plus largement récités actuellement est celui qu’a composé Jaʿfar b. Hasan al-Barzanjî (m.1119/1765) connu sous le titre ʿÎqd al-jawâhir. Le plus populaire des mawlids en turc (appelé Mevlid) est celui de Süleymân Celebi (m.825/1421) qui est toujours récité dans les mosquées de toute la Turquie lors de la célébration de l’anniversaire du Prophète.
C’est au sein des différentes confréries rattachées au soufisme (mystique musulmane) que la commémoration du Mawlid à une place de choix. À part les chants et les danses, cette fête s’accompagne aussi de pèlerinages et de processions. C’est le cas de la confrérie Tijâniyya répandue au Maghreb (Maroc et Algérie) et en Afrique subsaharienne (Sénégal et Mali). Considérée comme l’une des villes saintes de ce mouvement mystique au Sénégal, la ville de Tivaoune attire lors d’al Mawlid de nombreux disciples de la Tijâniyya pour commémorer la naissance du Prophète. Le terme gamou qui désigne en wolof le mois de rabîʿ al awal renvoie aussi au pèlerinage d’al Mawlid. La ville de Salé au Maroc est connue pour son moussem (fête annuelle qui associe une célébration religieuse à des activités festives et commerciales) des cierges de Moulay Abdallah Benhassoun qui a lieu lors du Mawlid. Cette tradition remonte au règne du Sultan saâdien Ahmed El Mansour Addahbi (1578-1603), qui lors de son séjour en Turquie avait été très impressionné, par les festivités marquant al Mawlid an-nabaoui, particulièrement par la procession des cierges. Il décida alors de consacrer et faire valoir cette tradition ottomane d’Istanbul. La fête du Mawlid s’exprime aussi par des mets spécifiques qui sont mis à l’honneur ce jour-là. À cette occasion ʿassîdat zgougou, (mets à base de graines d’Alep farine sucre, œufs lait eau de rose) est préparée en Tunisie alors que tamina (préparation à bases de semoule, miel et beurre) est consommée en Algérie.
Dans les moments d’aisance comme dans la difficulté, les gens se réunissent pour célébrer le Mawlid. Ils récitent le Qour’an القرآن, racontent la biographie du Prophète, se rappellent ses bons caractères… tout en partageant de la nourriture et en faisant des aumônes.
Lire aussi: Organiser un anniversaire de bébé réussi
Récitation de l'histoire de la naissance du Prophète
As-Souyoutiyy, dans son livre Al-Waça‘il fi Charhi ch-Chama‘il, a écrit : « Il n’y a pas de maison, de mosquée ou de quartier où l’on récite l’histoire de la naissance du Prophète sans que les anges n’entourent ce lieu, et sans que la miséricorde de Dieu n’embrasse tous ceux qui s’y trouvent. Les anges invoquent Dieu pour qu’Il leur accorde le bien. De plus, chaque musulman qui récite dans sa maison l’histoire de la naissance du Prophète verra Dieu écarter de lui et des siens la sécheresse, les épidémies, les incendies, les fléaux, les calamités, les malheurs, la haine, l’envie, le mauvais œil et les voleurs. Et lorsqu’il mourra, Dieu lui facilitera la réponse aux questions de Mounkar et Nakir et il sera placé en une résidence honorable, accordée par un Souverain tout-puissant. En effet, cette récitation témoigne de son amour et de sa joie pour notre maître Mouhammad (que Dieu l’honore davantage et le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté). »
Manifestations de Joie et Décorations
Le grand savant, le Chaykh ^Abdou l-Lah Al-Harariyy a dit : « Manifester la joie et installer des décorations et des banderoles pendant le mois de Ramadan fait partie de la glorification des symboles de la religion agréée par Allah, si l’intention est d’inciter les gens à jeûner et à accomplir les prescriptions du jeûne. Il en va de même pour la célébration de la naissance du Prophète صلى الله عليه وسلم (Al-Mawlid) et la commémoration du Voyage nocturne et de l’Ascension (Al-‘Isra‘ wal-Mi^raj). »
Controverses et Divergences
Néanmoins cette pratique a engendré de nombreuses controverses et continue encore à susciter des divergences au sein des savants musulmans. Si cette fête est célébrée par les courants sunnites et soufies, elle est décriée par les courants salafistes et certains groupes conservateurs. Pour les opposants, elle relève d’une bidʿa, innovation blâmable, qui intègre des pratiques polythéistes comme l’imploration du secours du Prophète mais aussi des pratiques réprouvées comme le chant dans les cérémonies qui accompagnent la fête. Par ailleurs cette commémoration s’appuie sur une date n’ayant aucun fondement du point de vue historique. L’année de la naissance du Prophète est fort controversée.
L'imam Malik Ibn Anas (mort en 179) a dit: « Celui qui innove dans l'Islam une innovation qu'il voit comme étant bonne a certes prétendu que Mouhammad (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a trahit la révélation car Allah a dit: - Aujourd'hui j'ai parachevé pour vous votre religion -. قال الإمام بن أنس رحمه الله : من ابتدع في الإسلام بدعة يراها حسنة فقد زعم أنّ محمدًا صلى الله عليه و سلم خان الرسالة لأن الله يقول ' اليوم أكملت لكم دينكم ' .
La fatwa de Suyûtî
Les débats portant sur l’opportunité ou la licéité de célébrer l’anniversaire de la naissance du prophète (al-Mawlid al-nabawî) ne datent pas de notre époque. En témoigne la fatwa rédigée à la fin du IX/XVe siècle par le grand savant Jalâl al-Dîn al-Suyûtî (m. 911/ 1505). Avant lui, d’autres ‘ulamâ’de renom avaient déjà rédigé des livrets intitulés Mawliden l’honneur du Prophète (Ibn al-Jawzî, Ibn Kathîr…), ou avaient pris position en faveur de cette célébration. Ainsi, Ibn Taymiyya lui-même (m. 1328) déclare t-il dans son livre Iqtidâ’ al-sirât al-mustaqîm : « Nous célébrons le Mawlid par amour et vénération pour le Prophète ».
Lire aussi: Anniversaire 7 ans réussi
La fatwa de Suyûtî a l’avantage d’une part de retracer l’historique de la célébration du Mawlid, d’autre part d’apporter la caution d’un savant éminent de l’islam à la reconnaissance de cette célébration.
Selon plusieurs auteurs, leMawlid nabawîconnaît son véritable développement à l’époque de Suyûtî, soit à la fin de la période mamelouke[4]. Au Caire, la cérémonie revêt un caractère officiel, à la Citadelle, en présence du sultan mamelouk, des émirs, des ‘ulamâ’et des soufis bien sûr. Mais son aspect populaire festif n’en est pas pour autant éclipsé. Les cheikhs la célèbrent dans leur zâwiya, entourés de leurs disciples et de nombreux invités [5].
Nous sommes à une époque où émerge de plus en plus la notion de « Voie muhammadienne » qui doit fédérer et rassembler toutes les voies initiatiques particulières. Cependant, la question de la licéité de la célébration du Mawlidse pose encore ici ou là. De ce débat témoigne la fatwa de Suyûtî, qui vise à apporter une réponse étayée et définitive.
Cette fatwa revêt une importance particulière du fait de la renommée de son auteur de son vivant : Suyûtî délivrait des avis juridiques à la demande d’un public large qui allait de l’Inde jusqu’à l’Afrique sahélienne (al-Takrûr). Nul étonnement donc, que l’on trouve des traces de l’influence de cette fatwa jusqu’au Maghreb [6]. La méthode de Suyûtî consiste à citer beaucoup d’autorités antérieures qui, pour la plupart, vont dans son sens. Ce référencement, on le sait, constitue le seul moyen dans la culture islamique d’asseoir son avis. Suyûtî s’appuie ainsi sur des savants reconnus tels que al-‘Izz Ibn ‘Abd al-Salâm, al-Nawawî, Ibn al-Hâjj, Ibn Hajar, etc. Mais il sait aussi donner la parole à ses adversaires doctrinaux… avant de les réfuter.
Le texte s’intitule Husn al-maqsid fî ‘amal al-Mawlid, « La bonne intention concernant la célébration du Mawlid », et il est incorporé dans le recueil de fatwas que Suyûtî a collecté à la fin de sa vie et qui s’intitule al-Hâwî lil-fatâwî[7]. Suyûtî y développe principalement le thème que cette célébration relève certes de l’innovation (bid‘a), mais que toute innovation n’est pas blâmable (madhmûma). Il s’agit là au contraire d’une innovation « louable » (hasana), voire recommandée (mandûba). Suyûtî précise même que, dans certains cas, une innovation peut s’avérer obligatoire, indispensable (wâjiba). En outre, il précise que, une fois devenu prophète, Muhammad a célébré pour lui-même la ‘aqîqa, alors que son grand-père ‘Abd al-Muttalib l’avait déjà pratiquée pour lui lors de sa naissance : cet élément d’information va dans le sens de la commémoration de sa naissance par la communauté musulmane.
Le sens que revêt la commémoration de la naissance du prophète Muhammad est de rendre grâce à Dieu (izhâr al-shukr) de l’avoir envoyé comme prophète ayant apporté l’islam, et comme miséricorde à tous les êtres. Cette gratitude s’accompagne de manière toute naturelle de la joie que peuvent partager les musulmans, et plus précisément ceux qui assistent à la célébration. Et Suyûtî de mentionner que l’oncle mécréant du Prophète, Abû Lahab a son sort amélioré en enfer du simple fait qu’il se serait réjoui lors de la naissance de Muhammad. C’est donc l’intention de l’action de grâce et de la réjouissance qui doit être prise lorsqu’on organise le Mawlid.
À l’instar de savants antérieurs, Suyûtî établit la comparaison entre cette célébration et l’établissement par le calife ‘Umar Ibn al-Khattâb de la prière des Tarâwîh, lors du mois de Ramadan. On ne trouve dans tout cela, écrit-il, aucune contradiction ni avec le Coran ni avec la Sunna, car cela relève du « bel agir », de la « recherche de l’excellence » (al-ihsân). Simplement, il faut distinguer la célébration telle que la recommandent les ‘ulamâ’et les soufis, des pratiques blâmables qui ont pu s’y introduire.
A cet égard, Suyûtî donne des indications assez précises sur le contenu et le déroulement de la commémoration du Mawlid : durant tout le mois de Rabî‘ al-awwal, au cours duquel est né Muhammad, on doit pratiquer le bien, multiplier les aumônes, etc. Lors de la cérémonie elle-même, il est recommandé de se réunir pour lire le Coran, nourrir les pauvres, lire des passages de la tradition concernant la naissance du Prophète et les signes miraculeux qui l’ont accompagnée, chanter des poèmes en son éloge, et bien sûr éviter tout débordement relevant de la religiosité populaire (danse, musique…).
Mawlid à travers l'histoire
A l’époque du Prophète, cet événement n’était pas fêté, bien sûr. Pour autant, le Prophète jeûnait toujours le lundi car, expliquait-il, c’était le jour de sa naissance et celui du début de sa prophétie. Après sa mort, les musulmans ont ressenti le besoin de commémorer la naissance du prophète Muhammad en pratiquant des actions de grâces particulières, mais ce n’étaient que des manifestations ponctuelles, sans caractère officiel [2] .
Les voyageurs Ibn Jubayr (m. 1217) et Ibn Battûta (m. 1369) évoquent dans leur relations de voyage (al-Rihla) la célébration du Mawlid : « La demeure du Prophète est ouverte tous les lundis du mois rabî‘ al-awwal et tout le monde y entre pour profiter de ce lieu béni, car c’est en ce jour et en ce mois qu’est né le Prophète » ; « le jour anniversaire de la naissance du Prophète, le chef de la tribu Banû Shayba, gardien de la Kaaba, ouvre la porte de celle-ci et distribue de la nourriture aux gens ». D’autres historiens [3] relatent que Le 12 de Rabic al-awwal de chaque année, après la prière de Maghrib, les quatre qadis de la Mecque et de nombreux groupes, composés de juristes et de notables, de cheikhs et de leurs disciples, de magistrats et de savants, sortent ensemble de la Grande Mosquée et se rendent sur le lieu où le Prophète vint au monde, en récitant dhikr et tahlil (lâ ilâha illa-Llâh). Les maisons sur le parcours sont illuminées par de nombreuses lanternes et bougies, et les habitants se joignent au cortège. Tous sont revêtus de leurs plus beaux habits et leurs enfants les accompagnent. Un discours religieux est prononcé pour se remémorer la naissance du Prophète et les miracles (karamat) qui eurent lieu en ce jour.
Cette célébration religieuse a longtemps fait débat au sein de la communauté musulmane. Certains théologiens l’ont interdite, arguant du fait que c’est une innovation (bid’a), sans référence au Coran ou à la tradition prophétique. Cette opinion est encore celle de l’Arabie saoudite, qui ne fête pas officiellement le Mawlid, mais en tolère néanmoins les festivités privées. Cependant, la majorité des autorités religieuses ont légitimé la célébration du Mawlid en lui donnant le statut de bid’a hasana, une bonne innovation, propre à renforcer la foi du croyant et son amour pour le Prophète. C’est le cas notamment du savant Suyûtî (m. 1505), réputé pour ses fatwas, qui reconnait et encourage les pratiques du Mawlid telles que la réunion spirituelles des musulmans, la récitation du Coran, la narration de la naissance du Prophète et des signes qui l’ont accompagnée ainsi que la distribution de nourriture.
tags: #anniversaire #naissance #du #prophete #date #et