Introduction
L'histoire de l'ancienne maternité de Bourg-en-Bresse s'inscrit dans une trame plus large, celle de l'évolution urbaine et sociale d'un quartier marqué par des fonctions militaires, hospitalières et résidentielles. Ce quartier, autrefois périphérique, a vu se succéder des fortifications, des casernes, des institutions de soins et des logements, témoignant des préoccupations et des mutations de la société bressane au fil des siècles.
Le Fort Saint-Maurice : Origines Militaires du Quartier
L'histoire du quartier est intimement liée à sa position stratégique. En 1569, le duc de Savoie ordonna l'édification du Fort Saint-Maurice, redoutant une invasion française ou des incursions des Luthériens de Genève. Ce fort comprenait une esplanade, des casernements, des écuries, des citernes, une poudrière ainsi que des magasins d'armes et de vivres. Une garnison de mille hommes y était stationnée, une présence coûteuse et souvent mal perçue en raison de la brutalité et des mœurs de ces soldats.
Deux siècles et demi plus tard, la vocation militaire du lieu fut réaffirmée avec la construction de la caserne Aubry, nommée en l'honneur d'un général napoléonien originaire de Bourg et tué à Leipzig. Cette caserne accueillit notamment le 23e régiment d'infanterie (RI). Au terme de la Grande Guerre, où il fut l'un des rares régiments français décorés de la fourragère rouge, le 23e RI quitta la ville pour occuper la Rhénanie.
Vocation Hospitalière et Sociale : Naissance et Développement des Institutions de Soins
Parallèlement à sa vocation militaire, le quartier a développé une vocation hospitalière et sociale. Au XIXe siècle, des institutions dédiées au soin et à l'assistance se sont implantées, transformant le paysage et la population du quartier.
La Maison des Incurables
En 1833, César Perrier-Labalme, lui-même atteint de cécité, fit construire la maison dite des Incurables pour accueillir les aveugles. Plus tard, sous la direction de religieuses, l'établissement accueillit des jeunes filles considérées comme « pécheresses », puis des indigents. Devenue une maison de retraite pour personnes âgées dépendantes, elle était gérée par l'association Le Bon Repos. Malgré la mobilisation des défenseurs du patrimoine en 1998, le bâtiment a été démoli pour laisser place à un programme immobilier.
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L'Hospice des Orphelins
Un autre hospice vénérable fut fondé au XVIIe siècle grâce au legs d'une veuve à la Ville. Bien que dédiée à l'origine aux enfants mendiants orphelins, cette institution témoigne de la préoccupation croissante pour la prise en charge des populations vulnérables.
L'essor des Cliniques Privées
Le développement des cliniques privées ne date pas de la Sécurité sociale et de l'après-guerre. Dès 1949, un réseau dense et assez bien réparti existait déjà. Ce réseau continua de s'étoffer, les cliniques étant soumises à des changements constants. Bien que la propriété individuelle par un médecin soit moins fréquente, la clinique conservait un caractère familial et artisanal, contrastant avec l'image d'un hôpital public perçu comme une machine impersonnelle.
Il est difficile d'obtenir des chiffres précis sur l'hospitalisation privée. En 1954, on recensait environ 52 600 lits privés en médecine, chirurgie, obstétrique, répartis dans 1 800 établissements. Quelques années plus tard, en 1952, le chiffre de 77 833 lits de « cliniques et hospices privés » fut avancé, incluant probablement les lits des hôpitaux à but non lucratif.
L'enfance était au cœur des préoccupations sociales et sanitaires, surtout après la Libération. La malnutrition et la tuberculose faisaient des ravages, et la mortalité infantile restait élevée. Les efforts déployés pour protéger les enfants nécessitaient l'implication de l'initiative privée, car les budgets publics ne suffisaient pas. Les établissements hospitaliers privés et publics soulageaient les malades, mais ne pouvaient toujours les guérir ou les garder, créant un besoin pour des établissements de convalescence et de post-cure, comblé par le secteur privé.
La Domination de la Chirurgie et de l'Obstétrique
Les statistiques détaillées publiées en 1963 par le ministère et le syndicalisme révèlent la domination de la chirurgie et de l'obstétrique dans le secteur privé. Les cliniques MCO (médecine, chirurgie, obstétrique) sont passées de 1 573 en 1949 à 1 880 en 1963, soit une augmentation de 20 %. Le parc privé, commercial ou non, atteignait 2 217 établissements en 1963, incluant les maisons de repos et de convalescence.
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L'essor profita davantage au secteur commercial qu'au secteur non lucratif. Les établissements du secteur non lucratif étaient plus grands, mais moins nombreux et croissaient moins vite. Entre 1945 et 1967, on comptait 15 créations d'établissements non lucratifs par an, contre 37 dans le secteur commercial. Il faut noter les rares mais prestigieuses ouvertures de cliniques mutualistes, comme l'hôpital psychiatrique de la Verrière, la clinique de radiothérapie anticancéreuse de la Digonnière à Saint-Etienne ou la clinique Duben à Talence près de Bordeaux.
L'accroissement entre 1949 et 1963 est encore plus marqué si l'on exclut les maternités sans possibilités chirurgicales, dont le nombre a diminué. En 1963, on comptait 549 établissements de chirurgie (dont 455 de chirurgie obstétrique) contre seulement 129 cliniques médicales. Le parc hospitalier privé en chirurgie et médecine a crû de 43 % entre 1949 et 1963.
L'hospitalisation privée représentait un tiers des lits d'hospitalisation, soit 250 000 lits sur 760 000. Si l'on exclut les établissements de repos, retraite et convalescence, le pourcentage monte à 37,2 %, avec 186 000 lits sur un demi-million. Le privé était presque monopolistique dans le secteur des maisons d'enfants (85 % des lits) et de la réadaptation fonctionnelle (83 % des lits), et occupait une place importante dans la lutte antituberculeuse (59 % des lits). La part du privé en MCO était d'environ 28 %, soit 72 750 lits sur 260 000. La médecine était peu présente en clinique, représentant moins de 10 % du total des lits.
Dans les années 1950, neuf des nouvelles cliniques ouvertes en Rhône-Alpes proposaient les trois volets : médecine, chirurgie et obstétrique. La situation était presque opposée en chirurgie et en obstétrique, où le privé faisait presque jeu égal avec le public (respectivement 48 et 43 % des lits). La moitié des lits privés se répartissait à égalité entre les maisons d'enfants (25 %) et les maisons de repos, retraite, convalescence et régime (26 %). L'autre moitié se divisait également entre le MCO et les autres soins, dominés par la tuberculose.
Disparités Régionales
Le bilan national masque des situations régionales contrastées. Les régions parisienne, marseillaise et lyonnaise concentraient 39,5 % des lits de soins, 42 % des lits MCO et 39 % des lits de chirurgie. L'offre privée était majoritairement concentrée dans une vaste moitié sud-est, de Bordeaux à l'Alsace-Moselle. Les régions allant de La Rochelle à Nancy ne recensaient qu'un quart des établissements de soins et un tiers des lits MCO. Ces régions étaient aussi les moins bien équipées en hôpitaux publics, ce qui suggère que l'hospitalisation privée suivait la publique plutôt qu'elle ne la complétait.
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On peut distinguer trois types de régions. La région parisienne appliquait les chiffres nationaux et affirmait sa supériorité dans les domaines de l'enfance, de la tuberculose et de la rééducation. La région lyonnaise avait un profil voisin, avec une présence plus marquée du privé en médecine et en maladies nerveuses, et moins en chirurgie obstétrique. Les régions du midi méditerranéen et aquitain se distinguaient par une présence plus importante du privé que du public, notamment en chirurgie et en obstétrique.
Le sous-équipement des hôpitaux publics dans ces disciplines, le nombre important d'actes en chirurgie et en obstétrique, et la possibilité pour les chirurgiens de rétribuer leurs investissements expliquent cette orientation. Dans les régions moins riches en cliniques, le pourcentage des lits de chirurgie et d'obstétrique se situait entre 37 et 44 %.
Dynamisme en Rhône-Alpes
La région Rhône-Alpes a connu une expansion similaire dans les années 1950. Le nombre d'établissements privés (hors maternités strictes) est passé de 97 au lendemain de la Guerre à 135 fin 1960, soit une augmentation d'un tiers. Les créations étaient surtout nombreuses au début de la décennie, se concentrant dans les villes déjà bien dotées. Des établissements privés ont ouvert dans des petites villes jusque-là dépourvues, et des agglomérations ont renforcé leur équipement privé. Des petits centres industriels se sont équipés à leur tour.
En 1960, le Rhône (53 cliniques) et la Loire (23 cliniques) étaient les départements les mieux équipés, concentrant la moitié des équipements de la région. Suivaient l'Isère et la Drôme (12 à 15 cliniques chacun), puis la Savoie et la Haute-Savoie, et enfin l'Ardèche. Cette hiérarchie reflétait les différences de population, de richesse, de dynamisme économique et démographique, ainsi que les disparités en matière d'équipement sanitaire public. L'Ain et la Savoie conservaient leurs cliniques privées déjà en place, localisées dans les mêmes petits centres. À Bourg-en-Bresse, les lits privés étaient concentrés dans les trois vieilles cliniques : Vernaud, Bel Air et Convert.
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