Aire-sur-la-Lys, ville riche en histoire et en patrimoine, a vu son ancien hôpital Saint-Jean-Baptiste se transformer en un pôle social cantonal dynamique. Ce lieu, autrefois dédié aux soins et à la naissance, réunit aujourd'hui de multiples services et une médiathèque moderne. Cet article explore l'histoire de cette maternité, de ses origines à sa transformation actuelle, en passant par les évolutions médicales et sociales qui ont marqué son parcours.
L'Hôpital Sainte-Eugénie : Les débuts de la maternité
L'histoire de la maternité d'Aire-sur-la-Lys est intimement liée à celle de l'Hôpital Sainte-Eugénie, devenu plus tard la Charité. Dès son ouverture en juin 1877, l'aile droite de l'hôpital a rapidement connu un succès notable. Avant la fin de cette première année, on recensait déjà 436 entrées en médecine, 189 en chirurgie et 64 accouchements. L'année 1878-79 fut particulièrement marquante, avec un chiffre record de 3 016 entrées. Cependant, ce nombre n'a jamais été dépassé, car la maternité fut supprimée en 1881. De plus, en 1884, un remaniement du découpage de la ville en secteurs a limité le recrutement, qui est resté légèrement inférieur à 2 000 entrées par an.
Un autre défi important était l'absence de consultations externes, un besoin exprimé par H. Duret dès 1889, mais qui n'a été autorisé que bien plus tard. Malgré ces obstacles, l'hôpital a continué de jouer un rôle crucial dans la communauté locale.
En 1888, les deux ailes de la Charité ont accueilli 4 541 malades ou blessés. Parmi eux, 3 872 ont été guéris, 368 sont décédés (soit un taux de 8,1 %) et 301 sont restés hospitalisés. En comparaison, l'hôpital Saint-Sauveur a reçu 2 889 malades durant la même période, avec un taux de mortalité de 9,5 % (275 décès).
Le recrutement de l'hôpital ne semble pas avoir été affecté par les difficultés rencontrées par la Faculté libre, comme le soulignait le Pr Augier en 1913. L'Administration des Hospices obligeait les collègues à assurer sans relâche le service médical et chirurgical toute l'année, contrairement aux autres facultés et écoles de médecine où deux professeurs étaient en charge de la clinique médicale et chirurgicale. Augier mentionnait également la suppression de la consultation externe, le remaniement des quartiers de la ville où étaient recrutés les malades de l'hôpital, et une hostilité sourde qui entravait le développement des services cliniques.
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Malgré ces défis, grâce au dévouement de personnalités comme H. Desplats, A. Faucon, H. Duret et G. Eustache, ainsi que de leurs collaborateurs, la Faculté de médecine a pu assurer une formation clinique de qualité à ses étudiants.
La situation s'est améliorée avec le temps, grâce à la loyauté dans les rapports administratifs et aux services rendus aux malades. Une détente a été obtenue lorsque la Cour de cassation a reconnu la validité du contrat qui avait mis la Faculté libre en possession de l'aile droite de l'hôpital Sainte-Eugénie.
Les chefs de service ont joué un rôle essentiel dans ces progrès. Nommés par le recteur de l'Université catholique sur proposition du doyen de la Faculté, ils avaient la responsabilité de diriger le traitement des malades, aidés par leurs élèves. Ils assuraient la police de la salle et de l'amphithéâtre pendant leurs visites ou leçons, et disposaient d'un pouvoir disciplinaire. Leur liberté de prescription était étendue, mais limitée aux médicaments prévus au codex adapté, sauf exceptions soumises à l'approbation de l'administration. Ils géraient également l'admission et la sortie des malades, en respectant la sectorisation de la ville et en vérifiant les justificatifs pour les indigents.
Les obligations des chefs de service incluaient des horaires de présence stricts, dès 8 h du matin, dimanches et fêtes inclus. Ils devaient effectuer une contre-visite pour les cas graves, tenir un registre des cas les plus sérieux et établir un rapport annuel de leur activité. Ils étaient également consultés pour les changements, réparations ou constructions nécessaires à l'amélioration des soins aux malades.
Les chefs de service et leurs assistants étaient rémunérés par l'Université catholique. En 1877, leurs émoluments annuels étaient de 2 000 F pour le chef de service de médecine et 1 800 F pour le chef de service de chirurgie. Lorsque l'Administration des Hospices n'a plus admis qu'un seul chef de service en médecine et en chirurgie en 1880, celui-ci a reçu de l'Université deux allocations supplémentaires de 1 500 F pour l'enseignement pendant le semestre d'été et de 800 F pour les soins aux malades.
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Initialement, l'Université rétribuait également le pharmacien de l'hôpital. Le premier pharmacien était M. Demandre, remplacé en 1880 par M. Albéric Baelde. En 1902, l'Administration des Hospices a nommé M. Edmond Leclair et a organisé elle-même le concours d'internat en pharmacie, recrutant et rémunérant ainsi les pharmaciens de la Charité.
Dans les deux services, les soins aux malades étaient assurés par les sœurs hospitalières Augustines de Cambrai. Fidèles à la tradition augustinienne, elles appliquaient les prescriptions médicales, effectuaient les soins infirmiers, veillaient à la propreté et à la discipline. Un témoin décrivait l'hôpital comme un petit Éden, où tout était astiqué et brillant grâce au travail acharné des sœurs.
Le service de médecine disposait de 122 lits, dont 106 pour la médecine générale, dix pour les malades contagieux et six pour la crèche. Il comprenait également une salle d'examen, un cabinet noir pour les examens laryngoscopiques et ophtalmoscopiques, et un laboratoire rattaché à la pharmacie. Le Pr Desplats a demandé en vain la création d'un laboratoire de clinique indépendant dès 1897. Il semble avoir obtenu satisfaction en 1902, avec un laboratoire dirigé par les Drs Bosquier et Fiévez, où étaient effectués des examens courants.
En 1907, un service de radiologie-électrologie a été créé à la Charité aile droite, confié au Dr René Desplats. Dès 1899, les patients pouvaient bénéficier de la radiologie grâce à l'appareil à rayons X du laboratoire de physique du Pr A.Witz à la Faculté libre des sciences.
Henri Desplats a été chargé de la clinique médicale de l'aile droite de la Charité dès l'ouverture de l'hôpital. Pendant 37 ans, ses visites quotidiennes, ses leçons cliniques et son enseignement au lit du malade ont marqué ses étudiants et ses pairs. Son esprit ordonné, sa lucidité et son sens clinique ont contribué au succès de son enseignement.
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Le service de chirurgie occupait le rez-de-chaussée de l'aile droite, avec 70 lits. Après la mort d'A. Faucon, il a été placé sous l'autorité du professeur Henry Duret. Sa nomination a d'abord été refusée par Mgr Alfred Duquesnay, mais grâce à l'intervention de C. Feron-Vrau, il a pu mener une carrière remarquable pendant 27 ans. H. Duret faisait la visite tous les matins, donnait des leçons cliniques et était reconnu pour sa maîtrise chirurgicale.
La maternité Sainte-Anne, rue du Marché
Après le décès du Pr Vanverts, le service de la petite maternité de six lits de l'hôpital Sainte-Eugénie a été assuré en alternance par les deux chirurgiens, A. Faucon et G. Eustache. En février 1881, l'Administration des Hospices a décidé de supprimer cette maternité, ce qui a conduit à l'aménagement de nouveaux locaux rue du Marché. A. Faucon a assuré le service jusqu'en novembre 1881, puis G. Eustache a pris la relève et a finalement accepté la chaire de clinique obstétricale.
Transformation de l'hôpital Saint-Jean-Baptiste en pôle social cantonal
Aujourd'hui, l'ancien hôpital Saint-Jean-Baptiste d'Aire-sur-la-Lys a été transformé en un pôle social cantonal, réunissant de multiples services et une médiathèque de premier plan. Ce projet a été rendu possible grâce à une forte volonté communale, à la réhabilitation d'une friche de 6 400 m² et à une destination sociale et culturelle.
Les premières mentions de l'hôpital Saint-Jean-Baptiste remontent à 1221. Reconstruit après un incendie vers 1358, l'édifice comprenait l'hôpital, la chapelle et les dépendances. Entre 1715 et 1718, l'hôpital-hospice a été reconstruit, lui conférant l'architecture et la façade que l'on connaît aujourd'hui.
En 1948, sous l'impulsion de Julia Kerléveo, l'hôpital est devenu maternité. Jusqu'en 1977, il a vu naître 4 391 bébés. L'exposition consacrée à l'ancienne maternité d'Aire-sur-la-Lys, réalisée par Véronique Goblet, a séduit les visiteurs lors des Journées du Patrimoine.
Maternité Paul Gellé de Roubaix
La maternité Paul Gellé de Roubaix a également connu une histoire riche et évolutive. Ouverte à tous vents, dépouillée de ses portes et fenêtres, le site a été pillé et vandalisé.
Au fil des ans, la maternité Paul Gellé s’est adaptée en permanence aux évolutions de la médecine comme de la société. Avec l’obtention du droit à l’avortement en 1974, elle a créé un service d’orthogénie (IVG) et un centre de planification familiale. Elle a aussi été à la pointe de la prise en charge des prématurés.
Pourtant malgré cette volonté de se tenir constamment à la pointe de la technologie, et ses divers travaux de réfection, la maternité vieillit mal et souffre de son éloignement d’avec l’Hôpital Victor Provo. Au soir du 17 mai 2017, le bâtiment est donc complétement désactivé : tout y est éteint, des systèmes de ventilation au chauffage et les persiennes sont baissées pour éviter toute intrusion. En effet, après avoir vu naître 120.000 enfants, la maternité Paul Gellé ferme donc ses portes en 2017 pour laisser place à celle de Beaumont.
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