Amélie Nothomb, romancière belge contemporaine de langue française, s'est imposée comme une figure marquante de la littérature depuis son premier roman, Hygiène de l'assassin, publié en 1992. Son œuvre, à la fois autobiographique et fictive, explore les thèmes de l'identité, de l'enfance, de l'expatriation et de la condition humaine avec un style unique, mêlant humour noir, profondeur psychologique et une fascination pour l'absurde.
Une Enfance Cosmopolite au Japon
Amélie Nothomb est née en 1967 à Kobé, au Japon. Issue d'une famille de l'aristocratie belge et fille d'ambassadeur, son enfance est marquée par des déménagements incessants au gré des affectations paternelles. De la Chine à la Birmanie, en passant par New York, elle découvre différents pays et cultures, une expérience qui façonnera profondément sa personnalité et son œuvre. Elle a passé les cinq premières années de sa vie au Japon, un pays qui la marquera profondément et où elle retournera après ses études pour travailler comme interprète.
Son enfance cosmopolite est une source d'inspiration majeure pour ses romans. Elle racontera une partie de son enfance dans ses romans Métaphysique des tubes, Le Sabotage amoureux et Biographie de la faim.
Le Retour en Belgique et la Découverte de l'Écriture
Ce n'est qu'à l'âge de dix-sept ans qu'elle découvre la Belgique. Elle y fait des études de philologie romane à l'Université libre de Bruxelles.
Nothomb décrit son arrivée en Belgique comme une expérience déstabilisante. Ce pays, censé être le sien, lui était totalement étranger. Cette incompréhension l'a motivée à écrire, comme un moyen de faire un diagnostic de la situation et de découvrir son identité. Plus mystérieux, peut-être, est le premier roman, écrit à son arrivée en Belgique, qui racontait l’histoire d’une omelette spatiale. Elle ne sait pas si c’était un diagnostic sur la situation belge ou mondiale.
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L'Éclosion Littéraire : Hygiène de l'Assassin et le Succès Immédiat
En 1992, elle publie chez Albin Michel son premier roman, Hygiène de l'assassin, qui connaît un énorme succès et sera adapté au cinéma. Ce roman marque le début d'une carrière prolifique, avec la publication d'un livre par an depuis lors.
Nothomb fut complètement étonnée par le succès d'Hygiène de l'assassin. Elle imaginait que ce livre était extrêmement élitiste, mais elle se trompait puisqu’il s’est avéré qu’il ne l’était pas et elle était heureuse d’être un écrivain grand public.
Un Rythme d'Écriture Intense et une Sélection Rigoureuse
Se définissant elle-même comme une « graphomane malade de l’écriture », elle dit écrire trois romans par an pour n’en faire paraître qu’un, soit dix-sept romans à ce jour, autobiographiques ou purement fictionnels.
Elle explique qu'elle écrit énormément, mais qu'elle ne publie pas tout ce qu'elle écrit. Elle considère même que le désir de publication est un accident de parcours par rapport à l'acte d'écriture lui-même. Elle a pris des mesures testamentaires pour que les livres qui ne sont pas publiés à ce jour ne le soient pas, même en cas de décès.
Généralement aux mois de janvier-février, elle relit ce qu'elle a écrit dans l’année. À ce moment-là, elle se pose la question de savoir si elle a envie de publier l’un des trois ou quatre manuscrits écrits dans l’année.
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L'Autofiction et l'Exploration de Soi
Une part importante de l'œuvre de Nothomb est autobiographique. Des romans comme Le Sabotage amoureux (1993), Stupeur et tremblements (1999), Métaphysique des tubes (2000), Biographie de la faim (2004) et Ni d'Ève ni d'Adam (2007) évoquent son expérience du Japon, qu'elle considère comme le fondement de sa personnalité.
Dans Biographie de la faim, elle dit que quand elle est arrivée en Belgique, à dix-sept ans, c’est le pays qu'elle a le moins compris et que cela l'a motivée pour écrire.
Elle a même tenté d'être une employée de bureau japonaise modèle, une expérience qu'elle relate dans Stupeur et Tremblements. Ce fut un véritable désastre et il a bien fallu qu'elle se reconvertisse.
Elle prélève la matière de ses livres de sa vie, mais si "les faits relatés sont vrais […], ça ne signifie pas pour autant que ce n'est pas un roman". Par ailleurs, il peut lui arriver de "se déguiser en [s]on contraire : un vieux bonhomme obèse, très célèbre et mourant", pour dire tout ce qu'elle pense.
L'Importance du Japon
Le Japon occupe une place centrale dans la vie et l'œuvre d'Amélie Nothomb. Elle y a passé les cinq premières années de sa vie et y est retournée après ses études. Son expérience de salariée - d'interprète à "dame-pipi" - dans une multinationale est l'objet de Stupeur et Tremblements (1998), son huitième roman depuis Hygiène de l'assassin.
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Elle est profondément marquée par le Japon où elle a passé les cinq premières années de sa vie et où elle retournera après ses études pour travailler comme interprète, période qu’elle transposera dans ses romans Stupeur et Tremblements et Ni d’Ève ni d’Adam.
L'Excentricité et la Mise en Scène de Soi
L'auteur est également célèbre pour son excentricité, n'hésitant pas à porter sur les plateaux de télévision des chapeaux extravagants ou un maquillage outrancier. Elle sait également très bien mettre en scène son personnage d’écrivain en pratiquant une autodérision de bon aloi.
Dialogue et Réalité : La Singularité du Style Nothombien
Nothomb trouve fascinant d’explorer des personnages à travers ce qu’ils ont à se dire et non forcément par leurs monologues intérieurs. Elle aime placer deux personnages ensemble, ne pas les décrire physiquement et explorer leurs échanges. En général, c’est étrange. Dans la vie de tous les jours, les gens se disent des choses très curieuses. Elle écoute souvent les gens, surtout dans le métro : les conversations sont vraiment incroyables. Elle ne s'en sert pas directement, mais cela verse de l’eau à son moulin. Elle voit bien que les choses qu'elle écrit ne sont pas beaucoup plus hallucinantes que ce que les gens se racontent en vrai.
Elle a la folle prétention de croire que ses livres parlent de la réalité.
Le Chocolat et le Champagne : Une Nostalgie Divine
Il y a deux ingrédients que l’on retrouve de plus en plus dans ses livres : le chocolat et le champagne. C’est normal puisqu’ils constituent la base de son alimentation. Comme dans les natures mortes ou les grottes de Lascaux, on dessine en quelque sorte ce que l’on mange. Le chocolat, l’alimentation des dieux, joue un rôle capital dans ce qu'elle écrit. Elle croit qu’il entretient chez elle la nostalgie divine.
Elle pense que le plaisir est puissamment mnémotechnique. C’est aussi pour ça que pour entretenir sa mémoire, elle s’octroie de grandes doses de plaisir quotidien, uniquement dans un but mnémotechnique bien sûr.
Une Œuvre Diversifiée : De l'Autofiction au Fantastique
Toujours à la frontière entre drôlerie et tragique, elle alterne l’autofiction et la pure fiction, parfois le fantastique, dans la veine du réalisme magique belge. D'autres sont au contraires purement fictifs et plutôt fantaisistes : Les Catilinaires en 1995, Péplum en 1996, Journal d'hirondelle en 2006.
Elle a parlé de son premier manuscrit, L’Omelette spatiale, qui semble être de la science-fiction. Elle y est revenu avec Péplum. Elle est incapable de savoir si elle en écrira d’autre, mais c’est possible.
Un Style d'Écriture Unique
Elle écrit à la main effectivement. Elle ne possède pas d’ordinateur et maintenant qu'elle a de bonnes relations avec son éditeur, c’est-à-dire qu’il n’est pas en état de lui refuser quelque chose, elle lui apporte le manuscrit à l’état de manuscrit, puis il est dactylographié.
Ses romans se caractérisent par une profondeur alerte, un humour décalé, parfois cruel, qui cultive l’aphorisme, la pointe ironique et le grincement cocasse.
Reconnaissance Littéraire
Depuis les années 1990, elle enchaîne les succès en librairie et les récompenses littéraires. Le 14 mars 2015, Amélie Nothomb était élue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. En 1999, elle reçoit le grand prix du roman de l’Académie français pour Stupeur et tremblements. En 2021, elle remporte le prix Renaudot avec Premier sang.
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