L'allaitement maternel est largement reconnu comme le mode d'alimentation optimal pour les nourrissons, offrant une multitude d'avantages pour leur santé et leur développement. Cependant, la question de l'allaitement long et de ses implications sur la santé nutritionnelle de la mère suscite des interrogations. Cet article vise à explorer en profondeur les aspects liés à l'allaitement long, les carences nutritionnelles potentielles chez la mère, et les stratégies pour assurer une santé optimale tant pour la mère que pour l'enfant.
Introduction : Allaitement Maternel, un Choix Naturel
L'allaitement maternel est un choix naturel et bénéfique pour la plupart des mères et de leurs bébés. Le lait maternel est parfaitement adapté aux besoins nutritionnels du nourrisson, fournissant les nutriments essentiels, les anticorps et les enzymes nécessaires à sa croissance et à son développement. De plus, l'allaitement favorise le lien affectif entre la mère et l'enfant. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et le Programme National Nutrition Santé (PNNS) recommandent d'ailleurs l’allaitement exclusif jusqu’aux 6 mois de l’enfant. En effet, l’allaitement diminue la mortalité des enfants, en particulier dans les pays en voie de développement, mais diminue aussi le risque de développer des affections respiratoires et gastro-intestinales dans les premières semaines de vie. Pour les nouveau-nés prématurés, qui constituent une population fragile, le lait maternel est particulièrement recommandé car il diminue le risque de pathologies qui leur sont propres.
Selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) du ministère de la Santé, en France deux nouveau-nés sur trois sont allaités à la naissance. Six mois plus tard, seuls 22,8 % des bébés français sont encore allaités. Beaucoup de mères, dès la fin de leur congé maternité, commencent à compléter l’alimentation de leur enfant avec du lait maternisé.
Carences Nutritionnelles Potentielles chez la Mère Allaitante
Allaiter, c'est fournir les nutriments essentiels à son nourrisson tout en conservant des apports suffisants pour soi! Ce que mange la maman est utilisé pour la production de lait. Cette dernière nécessite ainsi d'augmenter les apports nutritionnels d'environ 500 kcal supplémentaires par jour pendant les 6 premiers mois d'allaitement. Il faut donc augmenter les apports alimentaires, mais de façon qualitative. La composition du lait en nutriments, vitamines et minéraux va dépendre de l'alimentation de la mère. Tous les types de nutriments passent dans le lait. Et à la différence de la grossesse, aucun aliment n'est vraiment à proscrire pendant l'allaitement! Poisson ou viandes crues, fromages à pates crues ne sont plus à exclure. Mais si l'alimentation maternelle manque de certains éléments, ce déficit se retrouvera dans le lait, au risque d'un apport insuffisant pour l'enfant ! Ainsi, les besoins en vitamines B2, B9, C, en cuivre, en iode, en potassium, en zinc, augmentent pendant l'allaitement. L'apport en vitamine A doit presque être doublé. Il est donc indispensable que l'alimentation de la mère soit variée et équilibrée.
L'allaitement maternel est une période de forte demande nutritionnelle pour la mère. Une alimentation déséquilibrée ou restrictive peut entraîner des carences en certains nutriments essentiels, affectant ainsi sa santé et potentiellement celle de son enfant.
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Vitamines
- Vitamine D: La vitamine D est essentielle pour l'ossature, aux fonctionnements des muscles et du système immunitaire. La vitamine D est la vitamine qui peut principalement faire défaut chez la mère (surtout si celle-ci n'est pas assez exposée au soleil) et donc chez l'enfant. Elle s’obtient principalement par l’exposition au soleil, et accessoirement par la nourriture. La recherche indique que la vie en intérieur et l’utilisation d’écran solaire ont sérieusement diminué le taux de vitamine D chez la plupart des femmes. Les poissons gras, le jaune d'œuf, les produits laitiers sont d'excellentes sources de vitamine D. Des recherches récentes montrent que le mode de vie actuel ne permet peut-être pas à toutes les mères allaitantes d’avoir assez de vitamine D dans leur propre corps pour en transmettre assez à leurs enfants par le lait maternel. En octobre 2008, l’American Academy of Pediatrics a émis la recommandation que les bébés reçoivent 400 IU de vitamine D par jour, dès les premiers jours de vie. Les enfants qui ne reçoivent pas assez de vitamine D risquent d’être atteints de rachitisme, et ont un risque accru d’infections, maladies auto-immunes, cancer, diabète et ostéoporose.
- Vitamine B12: Les mères qui suivent un régime alimentaire particulier (notamment végétalien) peuvent présenter une carence en certaines vitamines, en particulier du groupe B. Les vitamines du groupe B sont impliquées dans de nombreux processus chez la mère et l'enfant. Les vitamines B1, B2, B6, B12 contribuent au fonctionnement normal du système nerveux. Elles soutiennent également le métabolisme énergétique. Elles sont les alliées antifatigues de la maman, avec la vitamine B9. La levure de bière, la bière sans alcool en sont riches. Elles se trouvent également dans les céréales complètes, les légumes verts, les viandes, poissons, et les œufs.
- Vitamine A: La vitamine A, ou rétinol, soutient la vision, la peau, le système immunitaire, et les processus de spécialisation cellulaire qui ont lieu pendant le développement de l'enfant. Les foies de poissons et d'animaux ont les teneurs les plus élevées en rétinol.
- Vitamine K: La vitamine K est aussi à risque de déficit. Si l'organisme en a besoin en petite quantité, les réserves sont faibles et les stocks doivent être régulièrement renouvelés. Elle est importante pour la coagulation sanguine et pour l'ossature. Une supplémentation est souvent recommandée chez le nourrisson allaité.
Minéraux
- Fer: Le fer et l'iode risquent aussi de manquer en période d'allaitement dans les pays industrialisés. Ils participent au métabolisme énergétique et aux fonctions cognitives. Le fer est important pour la constitution des globules et de l'hémoglobine, qui sert au transport du dioxygène dans le sang. Pendant le post-partum, l'accouchement étant accompagné d'une grande perte de sang, il peut y avoir une anémie chez la mère, qui nécessite une supplémentation. Les enfants nés à terme ont acquis un stock de fer par voie placentaire, qui sera mobilisé et utilisé pendant les 4 à 6 premiers mois de vie. Les prématurés, les enfants nés avec un faible poids pour leur âge gestationnel et les enfants nés d’une mère carencée en fer pendant la grossesse pourront avoir un faible stock de fer.
- Iode: L'iode est un composé essentiel pour la synthèse des hormones thyroïdiennes chez la mère. On le trouve principalement dans les fruits de mer, algues, produits laitiers, œufs.
- Calcium: Le calcium est un élément clé à apporter à bébé. Il est connu comme composant principal des os. Il est pourtant impliqué dans de nombreux autres processus fondamentaux pour le développement de l'enfant : neurotransmission, division cellulaire (mécanisme très actif en période de croissance), fonction musculaire.
- Zinc et Potassium: Enfin les besoins en zinc et en potassium augmentent également pendant l'allaitement, mais ils sont moins à risque de déficit dans les pays industrialisés. Le premier est impliqué dans de très nombreuses fonctions de l'organisme (système nerveux, immunitaire, ossature, …) et le second dans la contraction musculaire (notamment cardiaque) et la transmission nerveuse. On les trouve dans une grande variété d'aliments (légumineuses, tous les fruits secs et oléagineux comme les noix, viande rouge, graines…).
- Magnésium: Le magnésium est l'allié de la mère puisqu’il contribue à réduire la fatigue. Il est temps de se faire plaisir avec du chocolat noir, des fruits secs et oléagineux (amandes, noix, noix de cajou…).
Stratégies pour Prévenir les Carences Nutritionnelles
Afin d'éviter les carences nutritionnelles pendant l'allaitement, il est crucial d'adopter une alimentation équilibrée et variée, et de prendre des mesures préventives.
Alimentation Équilibrée et Variée
- Augmenter l'apport calorique: Cette dernière nécessite ainsi d'augmenter les apports nutritionnels d'environ 500 kcal supplémentaires par jour pendant les 6 premiers mois d'allaitement. Il faut donc augmenter les apports alimentaires, mais de façon qualitative.
- Privilégier les aliments riches en nutriments: L'alimentation de la mère doit être riche en fruits et légumes, céréales complètes, protéines maigres et bonnes graisses.
- Consommer des aliments riches en calcium, fer, iode et zinc: Il est important d'inclure dans l'alimentation des produits laitiers, des légumes verts, des fruits de mer, des œufs et des oléagineux.
- Maintenir une bonne hydratation: Boire suffisamment d’eau : pour produire votre lait maternel, le corps aurait besoin de +600ml à +700ml d’eau par jour par rapport aux 1,5L recommandés. Les recommandations seraient donc de boire 2L d’eau par jour pour une femme allaitante, sachant qu’environ 700ml supplémentaires vous seront apportés par votre alimentation.
- Éviter les aliments ultra-transformés, les sucres raffinés et les graisses saturées: Privilégier les aliments naturels frais, entiers et préférablement biologiques. Préférez l’achat en biologique de fruits et légumes très pollués en conventionnel (céleri branche, agrumes, endives, poires, pommes, patates, brocolis, carotte, haricots, petits pois et épinards…) : cela peut être du frais ou du surgelé si jamais votre budget est serré.
Suppléments Vitaminiques et Minéraux
Dans certains cas, une supplémentation en vitamines et minéraux peut être nécessaire pour combler les carences nutritionnelles.
- Vitamine D: En octobre 2008, l’American Academy of Pediatrics a émis la recommandation que les bébés reçoivent 400 IU de vitamine D par jour, dès les premiers jours de vie. L’Academy of Breastfeeding Medicine (ABM) écrit dans son protocole clinique #29 Suppléments de fer, de zinc et de vitamine D pendant l'allaitement :"Pour la supplémentation maternelle en vitamine D destinée à augmenter le taux lacté de vitamine D afin d’assurer un statut adéquat pour la vitamine D chez l’enfant, une dose maternelle de 160 μg/jour (6 400 UI) maintenait un bon statut infantile pendant 7 mois, tandis que des doses maternelles de 125 μg/jour (5 000 UI) ou une dose unique de 3 750 μg (150 000 UI) maintenaient un bon statut chez l’enfant pendant 28 jours. La prise maternelle de 60 μg/jour (2 400 UI) était insuffisante pour obtenir un bon statut chez l’enfant. L’allaitement maternel exclusif qui est la formule nutritionnelle idéale pour le nourrisson n’en expose pas moins à un déficit en vitamine D. Sa prévention repose sur une supplémentation avec une dose quotidienne recommandée de 400 UI de vitamine D3.
- Fer: Ainsi, certaines sociétés de pédiatrie, notamment l'American Academy of Pediatrics, recommandent un apport en fer systématique pour les bébés allaités de manière exclusive ou prépondérante à partir de 4 mois, tout en reconnaissant que cela repose sur des preuves scientifiques fragiles. D’autres sociétés savantes, en revanche, ont estimé que les preuves scientifiques n’étaient pas suffisantes pour recommander de tels suppléments de manière systématique pour les enfants nés à terme et en bonne santé.
- Vitamine B12: Les mères végétaliennes doivent impérativement prendre un supplément de vitamine B12 pour éviter une carence chez leur enfant.
- Iode: Dans les régions où l'apport en iode est insuffisant, une supplémentation peut être recommandée.
- Vitamine K: Une supplémentation est souvent recommandée chez le nourrisson allaité.
Surveillance Médicale
Il est important de consulter un professionnel de santé pour évaluer les besoins nutritionnels individuels et déterminer si une supplémentation est nécessaire. Les bilans sanguins réguliers permettent de détecter et de corriger les carences nutritionnelles.
Mythes et Réalités sur l'Alimentation de la Mère Allaitante
Contrairement à certaines idées reçues, il n'existe pas d'aliment qui empêche ou diminue la lactation. Certains peuvent changer le goût du lait, et c'est bébé qui décidera s'il apprécie ou pas ! Il peut également y avoir des aliments qui favorisent les ballonnements chez la mère et l'enfant. Il faut juste essayer, et observer les réactions de bébé.
Aliments à Éviter ou à Consommer avec Modération
Bien que l'alimentation de la mère allaitante ne nécessite pas de restrictions alimentaires strictes, certains aliments doivent être consommés avec modération ou évités.
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- Alcool: Évitez de consommer de l’alcool et des boissons alcoolisées car l’alcool passe dans le lait maternel puis dans le corps de votre nourrisson. Restreignez bien votre consommation de bière, vin, cidre, alcools forts & spiritueux, apéritifs pendant les premières semaines de l’allaitement. Passé cette période, vous pouvez consommer de l’alcool 1-2 fois par semaine maximum à raison d’1 verre par consommation, après une tétée et le plus à distance possible de la prochaine tétée.
- Caféine: Limitez-vous à deux ou trois tasses par jour voire abstenez-vous complètement.
- Poissons riches en mercure: Toutefois, les poissons avec un taux élevé de mercure sont à proscrire. Les aliments riches en phytoœstrogènes : que faut-il savoir ?
- Soja (tofu, lait de soja, desserts à base de soja), les graines de lin ou encore les légumineuses, contiennent des phytoœstrogènes, des composés végétaux dont la structure chimique est proche de celle des œstrogènes. En raison de cette similarité, ils peuvent se lier aux récepteurs des œstrogènes et influencer l’équilibre hormonal, tant chez la mère que chez le bébé.Cependant, les études actuelles ne montrent pas de risques significatifs si ces aliments sont consommés avec modération.
- Tabac: Il est important de rappeler que le tabac est aussi à limiter au maximum, et à éviter quand cela est possible. La nicotine passe également dans le lait maternel et peut provoquer une irritabilité, des troubles du sommeil et une diminution de la production lactée. Il est fortement recommandé d’éviter de fumer.
Allergies Alimentaires
Il est peu probable que les bébés allaités présentent une allergie alimentaire. Cependant, dans de rares cas, le bébé peut présenter une allergie aux protéines présentes dans le lait maternel. Ces protéines sont issues le plus souvent de produits laitiers consommés par la maman. Si vous observez des symptômes chaque fois que vous mangez un aliment (pleurs excessifs, sang dans les selles, coliques, etc.), vous pouvez tenter un test d’élimination afin de confirmer ou d'infirmer l’allergie : 1/ Arrêtez de consommer l’aliment pendant une semaine et observez le comportement de bébé.2/ Si votre bébé va mieux après 7 jours, consommé de nouveau l’aliment suspicieux, et observez de nouveau votre bébé. 3/ Si les symptômes reprennent, vous pouvez supposer qu'il réagit à l'aliment en question. En cas de suspicion d’une allergie alimentaire de votre bébé pendant l’allaitement, nous vous conseillons de consulter votre médecin généraliste ou votre pédiatre.
L'Importance du Soutien et de l'Information
En dépit du fait que ce sujet concerne une grande majorité de femmes, peu de recherches ont été menées sur la façon dont la lactation peut mal se passer et le soutien institutionnel pour les femmes qui essaient d’allaiter est tout aussi minime. Contrairement à l’industrie laitière, qui a financé des études approfondies sur la lactation du bétail, les chercheurs ont à peine effleuré le sujet du lait maternel.
Selon Ann Kellams, pédiatre à l’université de Virginie et présidente de l’Academy of Breastfeeding Medicine, de nombreuses femmes peuvent surmonter leurs problèmes d’approvisionnement en lait avec du soutien et des informations. Comme Mme Burnside, la plupart des nouveaux parents ne reçoivent qu’une formation de base sur l’allaitement, et ils ne sont pas les seuls. Kellams affirme que la plupart des écoles de médecine elles-mêmes offrent peu de formation sur la science de la lactation. Pendant sa propre formation en pédiatrie, les séances sur l’allaitement organisées par son hôpital à l’heure du déjeuner étaient menées par des représentants de fabricants de lait maternisé.
Il est important de rechercher un soutien auprès de professionnels de la santé, de groupes de soutien à l'allaitement et de consultantes en lactation. Ces ressources peuvent fournir des informations précieuses, des conseils personnalisés et un soutien émotionnel. La Leche League France a pour but d’aider, par un soutien de mère à mère, toutes les femmes souhaitant allaiter, en leur transmettant l’art, le savoir-faire de l’allaitement.
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