La mort subite du nourrisson (MSN) est une source d'inquiétude majeure pour de nombreux parents. Elle demeure l’une des principales causes de mortalité infantile dans le monde, touchant principalement les bébés entre 1 et 6 mois. En France, malgré une diminution de plus de 75 % du nombre de décès suite aux campagnes nationales « Je dors sur le dos » et aux conseils de prévention autour du couchage dans les années 1990, le nombre de décès stagne depuis les années 2000, avec environ 250 à 350 cas par an. La France est d'ailleurs l'un des pays européens où ces décès sont les plus fréquents. Cet article explore le rôle de l'allaitement dans la prévention de la MSN, en s'appuyant sur des études et des recommandations d'experts.
Qu'est-ce que la Mort Subite du Nourrisson (MSN) ?
Les Hospices Civiles de Lyon définissent la Mort Inattendue du Nourrisson (MIN) comme « le décès incompréhensible à première vue et imprévisible, le plus souvent pendant le sommeil, d’un tout-petit qui semblait jusqu’ici en bonne santé apparente ». Elle peut toucher un bébé de 0 à 24 mois, mais 80% des cas surviennent avant l’âge de 6 mois. Avant de parler de mort subite du nourrisson (MSN), les médecins commencent par diagnostiquer une mort inattendue du nourrisson (MIN). Le décès est soudain et survient chez un bébé dont aucun antécédent ni fait particulier ne pourrait l’expliquer. Parfois, les causes de MSN ne sont comprises qu’après des examens : infections, accidents liés à la literie, maladies cardiaques, digestives ou métaboliques… Lorsque rien n’explique le décès, on parle de mort « subite ».
L'allaitement : un facteur de protection contre la MSN
Depuis les années 1980, l'hypothèse d'une origine multifactorielle de la MSN a été soulevée, impliquant une accumulation de facteurs (génétiques, environnementaux…). Dans ce cadre, le rôle possible de l'alimentation infantile a été envisagé, et il a été discerné que l'allaitement était inversement corrélé à la MSIN. De plus en plus d’études ont constaté que l’allaitement pendant au moins 2 mois abaissait le risque de MSIN. L’allaitement n’a pas besoin d’être exclusif pour conférer cette protection à condition qu’il dure au moins deux mois.
Les mécanismes protecteurs de l'allaitement
Plusieurs mécanismes pourraient expliquer l'effet protecteur de l'allaitement contre la MSN :
Seuil de réveil plus bas : Selon le Dr. Karl Zwiauer, expert MAM, « Les bébés allaités au sein se réveillent plus facilement car leur seuil de réveil est plus bas. C’est peut-être un inconvénient pour les parents parce que les bébés ont tendance à se réveiller plus souvent, mais c’est très positif pour les enfants ». Le risque d’arrêt respiratoire tel qu’il se produit dans la mort subite du nourrisson est ainsi réduit.
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Sommeil dans la chambre des parents : De plus, les enfants allaités dorment souvent dans la chambre des parents. Dormir dans la même chambre que votre bébé jusqu’à ses 6 mois permettrait d’éviter 52 % des MIN, d’après les résultats d’un groupe d’étude européen portant sur 20 pays, entre 1994 et 1996.
Effet protecteur et durée de l'allaitement : L’effet protecteur de l’allaitement agit au bout d’environ 2 mois et diminue le risque de MSN de 50 % ! Une période d’allaitement supérieure à 4 mois renforce cet effet.
Multiples bénéfices : Les médecins ont envisagé les bénéfices nutritionnels et immunologiques du lait maternel, son impact bénéfique sur le développement neurologique ou sur la maturation du système respiratoire, du fait que les bébés allaités se réveillaient plus souvent, que la succion au sein favorisait une meilleure coordination entre la respiration et la déglutition, que l’allaitement augmentait la sensibilité maternelle au comportement de l’enfant…
La caféine dans le lait maternel : une hypothèse innovante
Une récente étude publiée dans le Journal of Perinatology explore une hypothèse innovante : la caféine, connue pour ses effets stimulants sur la respiration, pourrait jouer un rôle protecteur contre la mort subite du nourrisson (MSN). La caféine est un stimulant respiratoire bien connu, largement utilisé pour traiter les apnées chez les prématurés. Elle agit en bloquant les récepteurs de l’adénosine, favorisant ainsi l’éveil, la ventilation et la stabilité du rythme respiratoire. Après ingestion, la caféine passe rapidement dans le lait maternel. L’allaitement est connu pour réduire significativement le risque de MSN. Jusqu’ici, ce bénéfice était attribué à des facteurs immunitaires ou comportementaux. Cette étude propose une piste innovante : la caféine présente dans le lait maternel pourrait partiellement expliquer l’effet protecteur de l’allaitement contre la MSN. Cependant, les auteurs soulignent que cette hypothèse, bien que prometteuse, nécessite des études supplémentaires avant d’envisager toute recommandation.
Principes élémentaires de l'allaitement
« Les bébés doivent, si possible, être allaités exclusivement au sein au cours des quatre à six premiers mois », recommande le professeur Zwiauer. Le lait maternel est l’aliment idéal pour les bébés pendant les premiers mois. Non seulement l’allaitement au sein prévient la MSN, mais il procure également au bébé le contact physique dont il a besoin. Il faut cependant apprendre à allaiter correctement, une mauvaise prise du sein entraînant souvent des lésions des mamelons. Les femmes enceintes doivent déjà se préparer à l’allaitement avant l’accouchement. Autre conseil du Dr. Karl Zwiauer, expert MAM : « Après l’accouchement, il peut être utile de faire appel à un service hospitalier de consultation en lactation ou d’intégrer un groupe de soutien à l’allaitement en cas de problèmes d’allaitement. On peut y trouver de l’aide en cas de difficultés à allaiter, d’excellents conseils de consultantes en lactation expérimentées et d’autres mères se trouvant dans la même situation et avec qui discuter de ses expériences.
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Autres facteurs de risque et mesures de prévention
Bien que l'allaitement joue un rôle protecteur, il est crucial de prendre en compte d'autres facteurs de risque et de suivre les recommandations de prévention pour réduire au maximum le risque de MSN.
Facteurs de risque
Certains bébés semblent présenter plus de risques de mort subite que d’autres, notamment parce que l’activité de leur nerf vague - celui qui a en charge de ralentir les battements du cœur - est excessive. Infections, maladies, prématurité et petit poids de naissance semblent des facteurs de risque de mort subite du nourrisson. Un environnement fumeur est un facteur de risque de mort subite. C’est aussi un facteur de risque d’infections respiratoires, d’otites chroniques et de régurgitations (en diminuant le tonus du sphincter inférieur de l’œsophage).
Recommandations pour un sommeil sûr
Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), voici quelques conseils pour le sommeil de votre bébé :
Position de couchage : Coucher toujours votre bébé à plat sur le dos, y compris pour les courtes siestes. Depuis que les pédiatres et les généralistes demandent aux parents de ne plus faire dormir Bébé sur le ventre, la mort subite du nourrisson a reculé de 76 % en l’espace de 20 ans. Dès sa naissance, allongez votre bébé sur le dos (et pas immédiatement après son repas : attendez au moins 15 minutes).
Literie : Utiliser un matelas ferme dans un lit à barreaux, parfaitement adapté à la taille du lit. Le faire dormir dans une turbulette adaptée, sans oreiller ni couette ni couverture. Ne laissez aucun objet dans son lit. Pour prévenir tout risque d’enfouissement du bébé et ne pas gêner sa respiration, ne laissez aucun objet mou dans le lit. Attention aux tours de lit (réducteurs de lit) : trop épais, ils représentent un danger si Bébé y enfouit sa tête en dormant. Si vous en utilisez un, il doit être fin, ferme, bien attaché au lit et non rembourré. De même, le cale-bébé, la serviette roulée, les coussin, les cale-têtes sont à bannir : initialement prévu pour obliger l’enfant à rester couché sur le dos, il devient vite un piège si ce dernier se retourne. Ne laissez pas vos animaux domestiques pénétrer dans la chambre de Bébé. Avec ses oreillers, ses couettes ou ses couvertures, le lit d’un adulte n’est vraiment pas adapté à bébé, sans compter qu’à votre contact, il risque d’avoir trop chaud.
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Température de la chambre : Maintenir une température ambiante de 18-19°C. Contrôlez la température de la chambre. La température idéale de la chambre du bébé doit être entre 18 ou 19°C, surtout pendant les mois où du chauffage est nécessaire. Inutile de la chauffer, donc. En effet, un nourrisson s’adapte mieux à des températures fraîches qu’à la chaleur.
Partage de la chambre : Faire dormir votre bébé dans la chambre des parents les 6 premiers mois, tout en évitant le partage du lit parental.
Objets à proscrire : Important : Les objets, types doudous, peluches, couettes, couvertures, tours de lit, peuvent représenter un risque d’étouffement et sont donc à proscrire !
Autres précautions
Éviter le tabac : Le tabac pendant la grossesse et l’exposition à la fumée de cigarette sont des facteurs de risque importants. Idéalement, aucune exposition au tabac : ni à l’intérieur ni à l’extérieur de la maison, pour les parents, mais aussi pour tous les adultes qui entourent le bébé. Autant de bonnes raisons pour ne pas fumer en présence des bébés et des enfants. Ni dehors, ni dans la maison.
Surveillance de l'enfant éveillé : Quand votre bébé est éveillé, veillez à ce que son nez soit dégagé et que sa tête ne soit pas penchée en avant. Vous pouvez le positionner sur le ventre et sur le côté, mais toujours sous surveillance.
Utilisation modérée du transat : Le transat ? Un objet à utiliser avec modération. S’il peut être confortable et pratique, mieux vaut limiter son utilisation et ne pas faire dormir votre enfant dedans. En effet, la position « tassée » qu’il entraîne peut présenter des risques physiologiques à plus long terme, surtout si son utilisation est fréquente, et donc augmenter les risques de mort inattendue.
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